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J
THE LIBRARY
OF
THE UNIVERSITY
OF CALIFORNIA
LOS ANGELES
GUIDE
AUX RUINES D'ANGKOR
GROUPS D'ANGKOR-THOM : BAYON, PROFIL D'UNE TETE DECORATIVE.
GUIDF. AUX RUINES D'ANGKOR.
FRONT1SPICE.
J. COMMAILLE
GUIDE
AUX RUINES
D'ANGKOR
OUVRAGE 1LLUSTRE
DE CENT CINQUANTE-QUATRE GRAVURES
ET DE TROIS PLANS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C'e
79, Boulevard Saint- Germain, Paris, 1912
PLAN CAVALIER DU GROUPE Df ANGKOR
situant la principaux monuments
Les deux lacs artificiels designes sous les noms de Baray occidental
et Baray oriental sont a sec de Janvier a Juillet.
GUIDE
AUX
RUINES D'ANGKOR
DE SAIGON AUX RUINES D'ANGKOR
MODES DE TRANSPORT DE SAIGON A ANGKOR. || VOYAGEURS LIBRES. ||
EXCURSIONS ORGANISEES PAR LES MESSAGERIES FLUVIALES DE
COCHINCHINE. || ESCALES. || OBJETS A EMPORTER.
ITINERAIRE, MODES DE TRANSPORT,
HOTELS, CURIOSITES.
AVANT de commencer la description des monuments du
groupe d' Angkor, il nous semble utile de donner aux
visiteurs quelques renseignements sommaires sur ce qu'ils
sont appeles a voir en cours de route et sur le confort qu'ils trou-
veront pendant le voyage et a destination.
Si la plupart des monuments cambodgiens, a 1'exception de Vat-
Nokor, dont 1'acces est extremement facile en toute saison, ne
peuvent etre visites que par des archeologues en mission d'etude ou
par des touristes peu presses, il n'en est pas de meme des mines
d' Angkor, qui pendant sept mois de 1'annee, de juillet a fevrier, sont
en communication rapide avec Saigon par I'intermediaire d'une
compagnie de navigation, les ' Messageries fluviales de Cochin-
chine ".
Le voyage de Saigon aux grands lacs du Cambodge a lieu une
fois par semaine, avec depart officiel de Saigon le jeudi. Un second
voyage est accidentellement effectue lorsque 1'abondance du fret pro-
venant de la region de Battambang necessite 1'envoi d'un bateau
supplementaire.
Les visiteurs d* Angkor peuvent, a leur choix, excursionner libre-
1714087
AUX RUINES D'ANGKOR
ment ou trailer avec la compagnie des " Messageries fluviales
moyennant le versement prealable d'une somme globale.
1° Voyageurs libres. — Les touristes de cette categoric paient
leur passage a bord d'un des bateaux des " Messageries fluviales ",
au tarif de cette compagnie (1 ). Us ont egalement a remettre la somme
de 0 piastre 50 (2) au sampanier qui les transpose du point de
debarquement a Siem-Reap et 1 piastre par jour aux proprietaires
des charrettes qui restent a leur disposition pendant leur sejour dans
les ruines.
Les locaux de I'h6tel d' Angkor sont mis gratuitement a la dispo-
sition des voyageurs libres, et les passagers ont la latitude de se
nourrir eux-memes en apportant leur materiel de table et de cuisine.
S'ils ne sont pas pourvus de ce materiel, les repas leur sont servis
par 1'hotel aux prix ci-apres :
Piastres.
Petit dejeuner 0,50
Dejeuner 2,50
Diner 3 »
Soil 6 » par jour.
2° Passagers ay ant accepte les conditions des " Messageries
fluviales ". — Les voyageurs qui traitent avec la compagnie pour
toute la duree de 1'excursion ont a lui verser 350 francs (14 livres
sterling). Cette somme comprend tous les frais : voyages sur navires,
sejour de vingt-quatre heures a Phnom-Penh, transport sur la riviere
de Siem-Reap, voitures pour se rendre aux ruines, sejour a 1'hotel
d* Angkor et nourriture. L'excursion complete dure huit jours, du
jeudi soir au vendredi matin de la semaine suivante. Au cas ou
des excursionnistes desireraient prolonger leur visite, ils auraient a
payer a 1'hotel 8 piastres pour chaque journee en plus du sejour regu-
lier de quarante-huit heures.
Le trajet de la capitale de la Cochinchine a celle du Cambodge
necessite trente-six heures de navigation, mais il ne peut manquer
d'interesser les voyageurs qui voient passer sous leurs yeux les rives
les plus fertiles du monde. De multiples escales rompent la monotonie
du voyage et permettent une visite rapide de tous les centres rencon-
tres sur Tune ou 1'autre berge du Mekong. Du reste, les passagers
ont la latitude d'abreger de douze heures la duree du trajet en pre-
(1) Le billet d'aller et retour donne droit a une reduction de 30 p. 100.
(2) La valeur d'une piastre, variable suivant les cours, est en moyenne de 2 fr. 30.
DE SAIGON AUX RUINES D'ANGKOR
nant a Saigon le train de six heures du matin qui les conduit en moins
de deux heures a Mytho, point terminus de la voie ferree, oil les
attend le bateau de la compagnie des " Messageries fluviales ".
FIG. i. — ITINERAIRE DE SAIGON A ANGKOR.
Escales : Mytho, Vinh-Long, Sadec, Tan-Chau, Vinh-Xuong,
Vinh-Loi, Banam, Phnom-Penh.
Le temps de sejour a Phnom-Penh est, cela va de soi, au gre de
chacun. Seuls, les visiteurs qui ne voudront pas interrompre leur
3
AVX RV1NES D'ANGKOR
voyage n'auront que vingt-quatre heures a passer dans la capitale du
Cambodge. Ce temps est suffisant pour voir la ville. Un h6tel con-
fortable met a la disposition des voyageurs une table irreprochable-
ment servie et des chambres spacieuses pourvues d'une salle de
bains.
A signaler parmi les curiosites : le jardin botanique et la pagode
du Phnom, le pont des Nagas, ceuvre remarquable due au talent de
I'archi^ecte D. Fabre, qui peut erte considere comme le createur du
centre europeen de Phnom- Penh ; le palais, la pagode royale pavee
d* argent, les quartiers indigenes, le village catholique, 1'ecole profes-
sionnelle et le Musee Khmer, ou les visiteurs trouveront quelques
beaux morceaux de sculpture ancienne et une bibliotheque choisie
qui leur permettra de se documentor sur les merveilles qu'ils auront
plus tard sous les yeux.
Le parcours de Phnom-Penh a Angkor s'accomplit en moins
de vingt-quatre heures.
Escales : Kompong-Luong, Kompong-Chhnang, Snoc-trou (1),
Viam (embouchure) de la riviere de Pursat, Viam de Siem-Reap.
C'est la que debarquent les visiteurs d' Angkor pour continuer leur
voyage jusqu'a Siem-Reap sur des embarcations legeres. Le trajet
sur la riviere ne depasse jamais cinq heures, meme par fort courant.
A Siem-Reap, les voyageurs trouvent des charrettes a bosufs qui
les conduisent en une heure a Angkor. Devant Angkor- Vat, en face
de rimmense douve dont le temple est entoure, un spacieux hotel
vient d'etre construit qui offre aux visiteurs un confort superieur a
celui qu'ils auraient pu desirer.
Objets a emporter. — Linge et vetements de rechange, princi-
palement des complets kaki, quelques objets de toilette et le peu de
medicaments dont on peut avoir besoin dans les pays tropicaux :
chlorhydrate de quinine en cachets ou en pastilles de 0 gr. 25, anri-
pyrine, un cordial quelconque.
(I) Les passes de Snoc-trou constituent 1' entree des lacs.
II
NOTES D'HISTOIRE ET D'ARCHITECTURE
IMPORTANCE DES MONUMENTS ANCIENS DU CAMBODGE. || HISTOIRE
ANCIENNE DU CAMBODGE (RESUME) ; CHRONOLOGIE DES ROIS CAM-
BODGIENS ETABLIE EN MAJEURE PARTIE PAR DES DOCUMENTS EPIGRA-
PHIQUES. || CAUSES DE LA RUINE DES MONUMENTS CAMBODGIENS. ||
ORIGINE DES FONDATEURS DU ROYAUME DES KAMBUJAS. || MATERIAUX
DONT LES TEMPLES SONT CONSTRUITS. |l PROJETS DES MAITRES
D' ANGKOR. || CARACTERES PRINCIPAUX DES MONUMENTS D' ANGKOR. ||
TEMPS NECESSAIRE A LA CONSTRUCTION DES MONUMENTS DU GROUPE.
IMPORTANCE DES MONUMENTS ANCIENS
DU CAMBODGE.
DE tous les pays d' Extreme-Orient, le Cambodge est certaine-
ment le mieux dote sous le rapport des monuments anciens.
Une multitude de mines, dont la splendeur depasse tout ce
que les Indes Anglaises et Neerlandaises peuvent offrira la curiosite
des visiteurs, sont disseminees sur tout ce vaste territoire que fertilise
un des plus beaux fleuves du monde et jalonnent, lies de pierre dans
un ocean de verdure, les etapes successives du peuple artiste et guer-
rier qui fonda, vers le V siecle de notre ere, leroyaume des Kambujas.
On ne peut parcourir le Cambodge dans une direction quelconque,
du nord au sud et de Test a 1'ouest, sans rencontrer presque jour-
nellement une magnifique preuve de la puissance des civihsateurs
hindous qui ont tenu le pays sous leur domination pendant huit
siecles (1). Partout d'immenses temples s'elevent a 1'abri de remparts
robustes et de fosses profonds destines autant a la protection des
princes, des pretres et des tresors qu'a augmenter le mystere des
( I ) II est a peu pres certain que les temples anciens du Cambodge sont 1'oeuvre de bra^a mnes
mais comme cette question n'est pas encore tranchee, 1'auteur de ce guide emploie pour Designer
les fondateurt d'Angkor des termes vagues tels que " ^••••'•'•-»'"— U:-J™. " " ^«-^. —
AUX RU1NES D'ANGKOR
asiles divins. Partout des digues, des routes, des lacs creuses de main
d'homme, des ponts de pierre nous indiquent quels projets grandioses
les maitres d* Angkor avaient su concevoir et executer.
Les monuments les plus importants du Cambodge sont ceux de
Vat-Nokor, a quelques minutes de la residence de Kompong-Cham,
situee sur le grand fleuve ; Bati (province du meme nom, residence
de Takeo) ; Phnom-Chisor (province de Bali, residence de Takeo),
sorte de citadelle haul perchee qui rappelle nos forteresses du
Moyen Age ; Prah-Khan (province de Kompong-Svai, residence de
Kompong-Thom), dont 1'enceinte n'a pas moins de 8 kilometres de
tour ; Beng-Mealea (province de Chikreng, residence de Kompong-
Thom), veritable merveille a peu pres inconnue parce que situee
dans une region aujourd'hui deserte dont aucune route ne facilite
1'acces ; Koh-Ker (province de Prom-Tep, residence de Kompong-
Thom), a peu pres inaccessible pour les memes raisons ; enfin le
magmfique groupe d*Angk9r, situe dans la province de Siem-Reap,
qui fut retrocedee par le Siam a la France, en meme temps que tout
le territoire de Battambang, par le traite du 23 Mars 1907.
II est inutile de nommer ici les monuments secondaires dont la
liste demanderait plusieurs pages et dont on trouve une description
detaillee dans la plupart des ouvrages que cite la bibliographic qui
termine ce guide.
HISTOIRE ANC1ENNE DU CAMBODGE.
A proprement parler, 1'histoire de 1'ancien royaume des Kambujas
est encore masquee sous une ombre epaisse dont elle ne se degage
que bien lentement, au fur et a mesure de la decouverte et de la
traduction des inscriptions. Les annales de la cour de Phnom-Penh
ne donnent, pour les temps anterieurs a la dynastic actuelle, que des
relations ou la fantaisie tient une si large place qu'il est malaise de
discerner la verite de la simple legende. Nous ne trouvons de donnees
precises que dans les inscriptions traduites par les sanscntistes, et ces
documents, du moins ceux qui se rapportent nettement a 1'histoire du
pays, ne sont guere nombreux (1). Si bien que, s'il est assez facile
aujourd'hui d'eludier 1'art architectural qui etmcela sur le temtoire
cambodgien du VI* au Xlle siecle, on ne peut rattacher cette etude
qu'a des apergus historiques trop brefs et souvent legendaires.
(I) La plupart des inscriptions decouvertes jusqu'a ce jour n'ont trait qu'a del donations
pieuses ct ne preseatent, par consequent, qu'un interet de second plan.
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
Voici, cependant, quelques renseignements precises en majeure
partie par des documents epigraphiques (1).
Dans les premiers siecles de 1'ere chretienne, des immigrants
hindous fondent sur le bas Mekong le royaume de Founan, dont le
premier roi est, selon la legende, le brahmane Kaundinya.
Un autre brahmane, non moins legendaire, Kambu, fonde plus
au nord le royaume des Kambujas ( "fils de Kambu "), que nous
appelons Cambodge.
Les premiers rois cites sont (^rutavarman et £reshthavarman.
Apres avoir subi pendant un certain temps la suzerainete du Fou-
nan, le Cambodge conquiert et remplace cet Etat sous le regne de
Bhavavarman (vers 550-590 ?).
Derniere decade du Vie siecle. — Citrasena Mahendravarman
succede a Bhavavarman, son frere aine. C'est a ce regne que se
rattache 1'inscription la plus ancienne trouvee jusqu'a present au
Cambodge : 604 A. D.
Vers 620 A. D., Ifanavarman succede a son pere Mahendra-
varman ; plusieurs fondations pieuses.
En 639 regne Bhavavarman II, connu par une seule inscription.
Entre 640 et 650, Jayavarman Ier succede a Icanavarman,
qui etait peut-etre son pere. D'apres les relations chinoises, le
royaume avait, a 1'epoque des regnes cites precedemment : " mon-
tagnes et vallees au nord, inondation, grand lac et vastes mare-
cages au sud. On y comptait jusqu'a trente villes, dont la plupart
possedaient des edifices magmfiques. Chaque ville etait peuplee de
rmlliers de families ".
Pendant tout le VII Ie siecle, periode troublee et de decadence.
802 A. D., Jayavarman II monte sur le troneet restaurela puis-
sance cambodgienne. D'apres M. Barth, 1'avenement de Jayavar-
man semble avoir eu lieu a la suite d'une revolution inteneure ou
d'une extinction parmi les hgnes directes des anciennes maisons
royales du Cambodge. Ce prince meurt en 869 apres un regne de
de soixante-sept ans. II semble avoir reside a Prah-Khan (a 1 kilo-
metre au nord d' Angkor-Thorn) et avoir edifie Banteai-Chhmar, au
nord de la province de Battambang.
869, Jayavarman III, fils du precedent, monte sur le trone. II
meurt en 877, apres huit ans de regne. Aucun fait saillant.
877, Indravarman, fils du seigneur Prithivindravarman, grand
(1 ) Inscriptions sanscrites traduites par MM. Bergaigne et Barth, Notices et extraits Jet manu-
tcritsde la Bibliotheque Nationalt. — V.-E. Aymonier. le Cambodge, t. Ill, E. Leroux, 1904
AVX RUINES D'ANGKOR
dignitaire de la cour, succede a Jayavarman III. II regne de 877
a 889. A partir de ce moment, la descendance directe de Jayavar-
man Ier est completement ecartee du pouvoir. Indravarman erigea le
temple de Bakou et, sans doute, celui de Bakong, voisin du prece-
dent. II semble avoir creuse le vaste bassin qui entoure le temple de
Loley. On suppose qu'il commenga la construction du Bayon, ter-
mine par son successeur.
889, Yac,ovarman, fils du precedent, prend le pouvoir et regne
une vingtaine d'annees. A son regne remonte probablement 1'ache-
vement d' Angkor-Thorn ou Yagodharapura, qu'il habile vers 900.
Xe siecle. — Une periode de detente politique suit, pendant dix-huit
ans, le regne de Yagovarman. Les deux fils de ce prince regnent
successivement a Angkor-Thorn: Harshavarman Ier, 1'aine, et Igana-
varman II, le cadet, qui reste sur le trone jusqu'en 928. C'est sous
le regne de Harshavarman que hit inaugure le Phimeanakas.
928, Jayavarman IV, beau-frere du roi Yagovarman, monte sur
le tr6ne, abandonne Angkor-Thorn et se fixe en un lieu sauvage, ou
il eleve les constructions connues sous le nom de Koh-Ker.
942, Harshavarman II, fils cadet de Jayavarman IV, lui succede.
II ne reste que deux annees sur le trone.
944, le frere aine du precedent regne jusqu'en 968 sous le nom
de Rajendravarman. II replace la residence royale a Angkor-Thorn,
abandonne depuis seize ans. Plusieurs donations religieuses, notam-
ment celle d'une statue en or de (^iva. Sous ce regne, le Bouddhisme
prend un developpement qu'il n'avait pu avoir jusqu'a ce jour, mais
le Brahmanisme n'en est pas moins la religion la plus florissante. Les
grands temples de Ta-Prohm et de Banteai-Kedei ont etc con-
struits probablement par Rajendravarman.
968, Jayavarman V, fils du precedent, lui succede. Le Bouddhisme
jouit des faveurs royales presque a 1'egal du Brahmanisme. Le
temple de Baphuon a peut-etre etc eleve sous ce regne.
XI« siecle. — On peut croire que Jayavarman V cut pour succes-
seur immediat Suryavarman Ier, qui regne d'abord pendant cinq ans
sous le nom de Jayaviravarman. Ce roi fit preter en 101 1, a tous
les gouverneurs el digmtaires de 1* Empire, un serment de fidelite qui
se trouve grave sur les piliers de la porte orientale du Phimeanakas
(Angkor-Thorn). Le Bouddhisme est de plus en plus florissant, a
1'egal du Brahmanisme officiel, mais cependant les ceuvres brahma-
niques sont plus nombreuses sous le regne de Suryavarman I "que
celles dues a 1'influence bouddhique. Une dizaine de temples, au
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
moins, datent de cette epoque, notamment ceux du Phnom-Chisor,
de Prah-Vihear et de Prah-Khan (ce dernier dans la province de
Kompong-Svai) .
1050, Udayadityavarman, fils ou petit-fils du precedent, prend
le pouvoir. II semble avoir favorise le Brahmanisme, quoique le
Bouddhisme ne cesse de progresser. Quelques donations. Le grand
monument de Phimay (province de Korat) peut dater de cette
epoque. Regne trouble pendant quinze ans par des revokes.
1070 (?) (date supposee). Harshavarman III, frere cadet du
precedent, lui succede. Une inscription indique que ce prince regnait
en 1089, mais on ne connait ni la date de son avenement, ni celle
de la fin de son regne.
xiie siecle. — Harshavarman III cut pour successeur immediat
Jayavarman VI. Peu de renseignements. Les dates exactes de
I'avenement et de la mort de ce roi sont inconnues. On est en droit
de supposer qu'il fonda une dynastic nouvelle. II semble que le
temple de Vat-Phou (a Bassak, Laos) fut commence sous ce regne.
Jayavarman VI meurt vers 1 1 08.
Vers 1109, regne de Dharanindravarman I", qui succede au
precedent, son frere cadet, et meurt vers 1112.
1112, Suryavarman II monte sur le trone en prenant un nom
qu'avait porte un souverain du siecle precedent. Doit etre le petit-
neveu de ses deux predecesseurs. Guerre entre le royaume du Cam-
bodge et le Champa (1). C'est sous le regne de Suryavarman II que
vivait le pandit Divakara, que Ton suppose avoir etc 1'architecte
d' Angkor- Vat. Le Brahmanisme domine, mais le Bouddhisme
continue a prosperer. Suryavarman II meurt vers 1 152.
1 152 a 1 182 (?), dates approximatives ; regne de Dharamndra-
varman II. Continuation des guerres entre le Cambodge et le
Champa. De 1 1 53 a 11 56, les Cambodgiens soumettent une partie
du Champa, mais cette premiere conquete ne dure pas longtemps.
En 1 159, leroide Champa repousse les envahisseurs.
1182, Jayavarman VII (2) succede a son pere Dharamndra-
varman II. Abandon sous ce regne des grands travaux de construc-
tion. Le Cambodge est envahi par les Chams (3). Les temples sont
pilles, mais 1'ennemi se retire aussitot, en emportant un riche butm.
En 1190, apres plusieurs annees de preparatifs secrets, Jayavar-
( 1 ) Prononcez : tiampa.
(2) Ce roi etait bouddhiste. — G. Coedes, la Stele de Ta Prohm (Bulletin de I'Ecole
franfaise J'Extreme-O,ient, janvier-juin 1906).
(3) Prononcez : tiami, bref, tans appuyer sur 1'i.
AUX RUINES D'ANGKOR
man VII tire de son ennemi une eclatante vengeance. Le Champa
est conquis, et la couronne de ce royaume passe a un general cam-
bodgien. Jayavarman VII meurt en 1201 (date probable). II laissait
1'empire fort etendu mais atteint, semble-t-il, , aux sources de sa
puissance. On peut dire que Jayavarman VII futle dernier des grands
rois du Cambodge. Apres lui, la decadence (1).
Les donnees histonques que nous venons de resumer ne nous
renseignent pas sur les populations autochtones qui habitaient le
pays au moment de 1'invasion cambodgienne ni sur les difficultes de
la conquete. Par contre, les inscriptions du Cambodge nous ont
appris la rivalite constante de deux peuples voisins, les Chams et
les Cambodgiens, qui avaient pourtant meme culture et meme religion.
Nous pouvons ajouter a ces renseignements ceux que fournissent les
inscriptions sanscntes du Champa. Nous verrons qu'elles prouvent
egalement, de leur cote, que 1'histoire des deux royaumes est intime-
ment liee (2).
D'abord, nous apprenons qu'un roi cham, appele Prakacaditya
Vikrantavarman, avait epouse la princesse Carvani, fille du roi du
Cambodge Iganavarman. L'inscription est de 658 A. D. ; elle ne
commemore pas ce manage, elle rappelle seulement le fait.
Une inscription chame de 817 A. D. fait allusion aux succes
qu'un general cham, le Senapati Par (nom mcomplet), aurait rem-
portes sur les Cambodgiens.
Erection en 965, par le roi cham Jaya Indravarman, d'une statue
de Bhagavati en pierrepour remplacer la statue d'or qu'avait engee
Indravarman II et qui avait etc enlevee par les Cambodgiens. Le
texte ajoute que les ravisseurs en sont morts, donnant a entendre,
peut-etre, qu'ils ont ete chaties par les Chams. Mais en tout cas le
fait d'un premier succes subsiste. D'un autre cote, nous savons que
de 944 a 968 regnait au Cambodge un prince nomme Rajendra-
varman, qui, sur 1'une de ses inscriptions trouvee a Prasat-Batchum,
est compare ' au feu de la destruction universelle qui brulait les
royaumes ennemis, a commencer par celui de Champa ". Allusion
possible au pillage de P6-Nagar (temple cham ou se trouvait la statue
(1) Dans son tableau chronologique des rois du Cambodge, M. Maspero ajoute a la liste que
nous avons donnee : Indravarman II (1201), Crindravarman (1221) et Jayavarmadiparameq-
vara ( ? ). — Georges Maspero, I 'Empire Khmer, Phnom-Penh, Imprimerie du Protecto-
rat, 1904.
(2) Tous ces renseignements sont pris dans les traductions d'Abel Bergaigne (.Inscriptions
sanscrites du Champa ; Notices el extrails del manuscrits de la Bibliotheque Nationals,
t. XXVII. 2e fa«c., Paris, Imprimerie Natipnale, 1893) et dam celles de M. L. Finot (le
Cirque de Mi-Son; les Inscriptions, Hanoi, imprimerie Schneider, 1904).
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
d'or d'lndravarman II), ou a quelque autre fait du meme genre.
Dans une inscription chame de 1 044, gravee sous le regne de
Rudravarman, il est fait mention d'une cruche en argent " du Cam-
bodge ", offerte a un temple. On peut voir la la trace d'une incursion
des Chams en pays cambodgien et du pillage qui s'en serait suivi.
Harivarman II, qui regnait sur les Chams en 1080, battit a
Somecvara 1'armee cambodgienne commandee par Qri Nandana-
varmadeva.
Paramabodhisatva, pnnce Pan (1081-1084), s'lllustre par une
expedition victorieuse a Qambhupura (Sambor, province de Kratie,
Cambodge).
Le roi Jaya Harivarman, qui regnait a Rajapura, capitale du
Panduranga (Phanrang), fut attaque par le general cambodgien
C^ankara (1145). Vaincus une premiere fois, les Cambodgiens ne
furent pas plus heureux treize ans plus tard, dans une seconde
guerre. I Is furent battus a Virapura, dans la plaine de Phanrang,
en 1 1 58. Par contre, ils occupaient la capitale du Champa, Vijaya
(Binh-Dinh). Le roi du Cambodge confera la dignite royale a son
beau-frere (frere cadet de la premiere reine), Harideva, et 1'envoya
regner a Vijaya. Jaya Harivarman 1'attaqua et le battit dans la plaine
de Mahica, en 1159.
Apres le regne de Jaya Harivarman (1145-1170), le Champa
semble avoir subi de grands bouleversements. Les Cambodgiens
etablirent leur domination sur une partie du pays et des pretendants
se partagerent les provinces du royaume. L'invasion cambodgienne
cut lieu en 1 190. Elle fut provoquee par le roi Jaya Indravarman,
ou Vatuv, qui etait un usurpateur. Ce prince devait regner a Vijaya,
capitale du Champa, puisque c'est contre cette ville que marcha
1'armee cambodgienne. A la tete de cette armee etait un refugie que
le roi du Cambodge avait eleve a la dignite de yuvaraja et qui se
nommait Qri Vidyanandana. II s'empara de Vijaya, fit le roi pri-
sonnier, 1'envoya au Cambodge et proclama roi a sa place Surya
Jayavarman, pnnce In, beau-frere du roi du Cambodge. En 1 192,
Indravarman Vatuv, qui vivait captif au Cambodge depuis sa defaite
et avait sans doute gagne les bonnes graces du roi de ce pays,
reparut avec une armee cambodgienne pour reconquerir son tr6ne.
Apres divers avatars, il fut battu et tue par Suryavarman Vidyanan-
dana. Celui-ci cut a subir en 1 1 94 une nouvelle attaque des Cambod-
giens, qu'il repoussa victorieusement.
Nous avons dit precedemment que 1'histoire de la grande e*poque
ii
AUX RUINES D' ANGKOR
d' Angkor n'apparalt que lentement a la lumiere, parce que les inscrip-
tions decouvertes sont peu nombreuses, mais il n'en faudrait pas
conclure que 1'histoire ancienne complete du Cambodge nous restera
pour toujours scellee. On doitmeme esperer le contraire, car, dans de
nombreux temples, dans la presque totalite meme, aucune fouille
serieuse n'a encore ete entreprise. Cela viendra en temps voulu,
suivant la marche des travaux scientifiques de 1'Ecole fran^aise
d' Extreme-Orient, et il est probable que les vastes espaces inexplores
d' Angkor-Thorn, de Ta-Prohm ou de Prah-Khan, livreront enfin
de nombreuses inscriptions. II n'y a pas de raisons pour que le succes
obtenu en Annam par M. H. Parmentier, le savant et distingue
chef du service archeologique de 1'Ecole fran9aise, qui, en peu de
temps, a double le nombre des mscnptions chames decouvertes aupa-
ravant, ne se repete pas au Cambodge. Seulement, c'est une affaire
de chance. On trouve ou on ne trouve pas descriptions > et dans
Angkor-Thorn, dont 1'enceinte n'a pas moins de 1 2 kilometres de
developpement, il faudrait une chance exceptionnelle pour que les
premiers coups de pioche inleressassent precisement un endroit recelant
des pierres inscrites. Pour 1'instant, nous ne possedons que les
traductions dont les elements principaux ont ete resumes plus haut.
Restent les hypotheses, moms rares evidemment que les inscrip-
tions. L'ouvrage de Moura en est farci, celui de Delaporte egale-
ment. M. Aymonier les accepte avec prudence et toujours sous la
forme dubitative qui leur convient. Nous n'en retiendrons qu'une
seule presentee par ce dernier auteur et qui a trait a la chute des
constructeurs d* Angkor : les rois cambodgiens affaiblis par leurs
luttes contre le Champa n'auraient pu resister aux coups que leur
portaient subitement a 1'ouest les Siamois et auraient fui devant les
armees thai victorieuses (1). C'est une hypothese tres vraisemblable
qui cadre assez bien avec les annales des peuples voisins et que
confirme le temoignage du Chinois Tcheou Ta-Kouan, qui visita le
Cambodge en 1296 : " Den; la recente guerre avec les Siamois,
dit-il, le pays a ete entierement devaste. "
Maintenant, — et ce qui va suivre nous parait devoir etre rattache a
ce chapitre d'histoire, — a qui attribuer la destruction des monuments
cambodgiens ? Car, en bien des endroits, il y a eu destruction
systematique ou tentative de destruction. La chose ne peut faire
aucun doute, et voici ce qui nous fait emettre cette affirmation : on
(I) Les Siamois font partie de la grande race Thai qui comprend en outre les Laotietu lei
Shans, lei Tho, etc.
12
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARC H ITECTURE
rencontre partout des constructions ruinees dont 1'etat ne peut etre
du qu'a 1'effort de centaines d'hommes reums dans 1'esprit de detruire.
A Prah-Khan, a Angkor-Thorn et ailleurs, des tours, des galeries,
des edifices entiers se sont ecroules du faite a la base, sous une
poussee vigoureuse dont la vegetation ne saurait etre rendue respon-
sable. Nous distmguons, en effet, sur le sol ou dans les eboulis, des
pierres intactes correspondant a d'autres pierres en parfait etat
restees en place. Nous apercevons les parties massives d'une con-
struction ne formant plus qu'un prodigieux amas de blocs, alors que,
tout a cote, se dresse encore un mur leger qu'un moindre effort
aurait abattu. D'autre part, nous savons qu'un phenomene sismique
ne peut etre en cause, puisque les tremblements de terre sont inconnus
dans la region. II convient done de rechercher a qui peut e- re attribue
ce bouleversement. — Deux hypotheses se presentent : 1° les
esclaves des conquerants, apres les revers de leurs maltres
(xille siecle), se seraient revokes et auraient tourne leur rage contre
les asiles des divinites qui leur etaient defavorables, contre les temples
dont la construction avail coute tant de peine et cause tant de morts.
Car on peut croire que les travaux prodigieux que les maitres
d' Angkor exigeaient de leurs esclaves, au moms pour 1'exploita-
tion des carneres et le gros ceuvre, au milieu de forets hantees par
la fievre, sous un soleil de feu ou des pluies torrentielles, n'allaient
pas sans d'innombrables accidents ;
2° Les armees thai victoneuses ont porte le comble a 1'humi-
hation du vaincu en delruisant la preuve de son genie et de son
ancienne puissance.
Quoi qu'il en soil, nous avons a deplorer aujourd'hui un acte de
vandalisme qui n'alaisse, sur certaines places, que des squelettes de
monument.
Si les faits qui se sont produits dans le royaume du Cambodge, a
1'epoque de la domination hindoue, nous sont a peu pres inconnus,
deux autres points, pourtant d'une importance capitale, sont restes
jusqu'a ce jour le secret du passe : 1'ongme exacte des fondateurs
du royaume, le trajet qu'ont suivi les conquerants pour aboutir au
bassin du Mekong.
Sur ces questions, voici comment s'expnme le general de
Beyhedans son livre, I' Architecture hindoue en Extreme-Orient (I ) :
(I) Leroux, editeur.
,3
AUX RUINES D'ANGKOR
Les Birmans, les Khmers (1) et les Chams etant de civilisation
indienne, on serait porte a croire que la penetration hindoue s'est
faite par terre au moyen de vagues successives venues du bassin du
Gange, vagues humaines qui se seraient plus ou moins fondues
dans les populations conquises en constituant chaque fois une classe
dirigeante nouvelle, mais de meme origine, se greffant sur 1'ancienne.
Cette theorie n'est guere admissible. On croit plus generalement,
conformement a certaines indications des annales chinoises et aussi
d'apres 1'etude du systeme orographique du pays, que la civilisation
a etc apportee aux peuplades aborigenes de 1'Indo-Chine, non par
terre et par larges poussees de peuples, mais surtout par des aven-
turiers, des exiles, des pretres, des commer9ants venus par mer. Ces
emigrants auraient etc originaires non seulement du Dekkan et de
1'Inde meridionale, amsi que tendent a le prouver le style des
monuments et les alphabets khmers et chams derives plus ou moins
de 1'alphabet vatteluttu, qui a precede 1'alphabet tamoul moderne,
mais encore de la cote d'Onssa et de la vallee du Gange, speciale-
ment en ce qui concerne les cotes de Birmanie. Leur point de depart
aurait etc la region de Madras, avec escale aux differents ports de la
cote Est de la presqu'ile de Malacca et transbordement frequent a
I'isthme de Kra, — pour eviter les facheuses pannes du doublement
des caps par des navires a voiles, — puis les deltas du Menam et du
Mekong. " Le general de Beylie doit avoir raison, si on admet
que les propagateurs de I'hindouisme au Cambodge furent des
aventuners ou des marchands ; si au contraire on prefere, suivant
les vues exprimees en 1 908 par M. Foucher dans une conference
au Comite de 1'Asie franfaise, attribuer cette hindouisation a des
religieux 9ivaites, on jugera egalement possible, ou meme plus pro-
bable, que leur entree ait eu lieu par la voie de terre.
Mais que les envahisseurs soient venus par terre ou par mer, ils
apportaient avec eux un art tout fait, d'une conception geniale, qu'ils
ont prodigue pour le plaisir des yeux. Ils ont edifie des temples
gigantesques, fouilles, decores, ciseles du sol a la cime comme une
piece d'orfevrene. Et voila qu'une interrogation se pose : ou les
constructeurs d' Angkor ont-ils trouve les milliers d'artisans neces-
saires a la realisation de leur projet ? — Pour 1'extraction de la
pierre, sa preparation et le transport des materiaux a pied d'oeuvre,
il est probable que les peuplades vaincues ont etc mises a contribu-
(1) Khmers II Cambodgieni.
14
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
tion. Mais pour les travaux d'art, pour 1'execution des bas-reliefs
et des motifs decoratifs qui couvrent la pierre et temoignent d'une
maitrise absolue, on ne peut supposer que les artistes et les ouvriers
qui ont execute cette besogne delicate aient etc trouves sur les lieux.
Us venaient done de 1'Inde, a la suite des armees, et peut-etre
avaient-ils, en cours de route, troque le maillet et le ciseau contre la
lance et le bouclier.
Une deuxieme question se presente : pourquoi les maitres
d'Angkor ont-ils installe leur capitale et les plus beaux de leurs
temples dans la region des grands lacs plut6t que sur les montagnes
voisines, abondamment pourvues de sources et ou leurs citadelles
auraient etc mieux assises ? — La reponse est dictee par une simple
inspection des lieux, et nous croyons que le choix de 1'endroit
s'imposait par le voisinage d'un vivier inepuisable permettant de
nourrir non seulement les guerriers mais aussi les innombrables
ouvriers, les esclaves et toutes les populations vaincues que les con-
quer ants gardaient aupres d'eux en vue de coloniser le pays. A cette
raison Ton peut ajouter que le lac, qui etait autrefois beaucoup plus
profond qu'aujourd'hui, permettait la navigation en toute saison, ce
qui facilitait le commerce et 1'ecoulement des produits d'echange
fournis par les regions voisines d'Angkor.
MATERIAUX; EMPLACEMENT DES CARRIERES;
MODES DE TRANSPORT DE LA PIERRE.
Trois sortes de materiaux ont etc generalement employes dans la
construction des temples : la limonite, habituellement designee en
Indo-Chine sous le nom de " pierre de Bien-Hoa ", le gres et le bois.
On verra dans le cours de notre description comment ces materiaux
ont etc utilises. Sur certains points peu frequents, au Phnom-Chisor,
a Loley et sur le Phnom Bak-Keng, par exemple, nous rencontrons
la brique, mais son emploi ne s'est pas generalise.
La limonite et le gres entrant dans la composition des edifices des
deux Angkor et des temples voisins proviennent des montagnes de
Koulen, situe'es a plus de 30 kilometres, dans la direction est-nord-
est. On retrouve, au sommet et sur le flanc de ces montagnes, les
puits d'extraction aux trois quarts pleins d'eau, surtout pendant
la saison des pluies, et formant de veritables citernes. La pierre
etait transported, sans doute sur des rouleaux, pendant une dizaine
de kilometres. Le trace de la route existe encore dans la foret, et
on le reconnalt d'autant plus aisement que ses bords sont couverts
AUX RUINES D'ANGKOR
de dechets innombrables. Ensuite, des que les convois atteignaient le
point navigable de la riviere, ils empruntaient la voie d'eau et
gagnaient sur des radeaux Angkor- Vat, Angkor-Thorn ou Tun
quelconque des emplacements choisis. Angkor- Vat est a 800 metres
de la riviere, Angkor-Thorn a 700. Le transport sur ces courtes
distances se faisait assurement, comme dans la premiere partie du
trajet, au moyen de rouleaux. Nous supposons que, pour rendre
le cours d'eau navigable pendant les mois de saison seche, les Cam-
bodgiens installaient un barrage, en aval, sur un point determine.
Quant au bois, dont il fallait d'enormes quantites pour les echa-
faudages, les fermetures des baies et les plafonds, car toutes les
galeries etaient plafonnees, il etait pns dans la foret d'alentour et
choisi parmi les especes les plus imputrescibles. C'est ce qui explique
que les environs d' Angkor soient aujourd'hui completement depourvus
de bonnes essences.
PROJETS CO/VCt/S PAR LES FONDATEURS
DU ROYAUME.
Malgre leur rage de construire, les rois Kambujas n'ont pas disse-
mine au petit bonheur leurs temples et leurs residences pnncieres. II
apparait clairement, au contraire, qu'apres avoir reconnu la region qu'ils
desiraient occuper et en avoir dresse la carle (1), ils ont elabore un
projet situant chaque monument a 1'endroit quiluiconvenaitlemieux,
soit pour des raisons militaires, soit pour des raisons d'approvisionne-
ments. Ils ont aussi songe a defendre leur temtoire, et nous en voyons la
preuve dans les innombrables prasdt (2) dont la ligne part d* Angkor
pour gagner Beng-Mealea, Koh-Ker, et s'etendre ensuite sur toute
la frontiere nord de la province de Prom-Tep, en constituant une
veritable zone de protection du pays conquis.
Les temples et les villes etaient relies par des chaussees surelevees a
la commande de 1'inondation et, parfois, de fortes digues mettaient a
1'abri des crues la campagne et les villages. Des ponts de pierre aux
arches etroites franchissaient les cours d'eau. On en voit encore de
(1) Les constructeurj d' Angkor possedaient des connaissances astronomiques fort etendues
et se servaient d'instruments assez precis pour pouvoir faire des observations sur le soleil et. par
consequent, dresser une carte. Cela saute aux yeux lorsque Ton etudie les monuments cambod-
giens et les anciennes voies de communication.
Les Horas, astronomes entretenus par la cour de Phnom-Penh, ont conserve pendant long-
temps une instruction astronomique tres complete qui leur venait certainement des brahmanes.
Ils ne se servent plus aujourd hui que de formules empiriques, mais toutes leurs f rmules ont une
base mathematique que M. Faraut, mathematicien distingue, a pu retrouver grace a sa connais-
sance parfaite de la langue cambodgienne.
(2) Prasat — tour.
ROL'TK DC VILLAGE DK Si K.M-R KAl1.
RIVIERE DE SIE.M-REAP.
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l'L. i, PAOI-: 16.
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GUIDE AUX RUINF.S IVANGKOR.
PL. 2. PACK 17,
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
nombreux vestiges, dont un a 700 metres a Test de la porte de la
Victoire (Angkor-Thorn). Quelques-uns ont meme resiste a travers les
siecles, et nous en trouvons un magniKque exemple dans la province
de Chikreng, le spean (1) Ta-Ong.
Entre Angkor et Beng-Mealea, puis de ce temple a la ville de
Prah-Khan, enfinde Prah-Khan a Vat-Nokor (rive droite du grand
fleuve), les rois avaient projete la construction d'une route large et
elevee qui aurait reuni tous ces points. Leur projet n'a pu etre realise
en entier, mais une grande partie en a etc faite, et Ton peut encore
aujourd'hui aller de Beng-Mealea a Prah-Khan sans quitter la
chaussee. Malheureusement, cette ancienne voie est tombee dans
1'abandon, surtout depuis le depeuplement par les dernieres incursions
siamoises de toute la region qu'elle traverse, et la plus folle vegeta-
tion y pousse a 1'envi. Les routes de ce genre sont innombrables dans
1'ancien Cambodge, et les environs immediats d' Angkor en sont
sillonnes.
Cependant ces levees de terre s'etendant sur plusieurs centaines
de kilometres represented un travail a peine comparable a celui qu'ont
necessite les deux lacs qui portent les noms de Baray oriental et de
Baray occidental et qui sont entierement creuses de mam d'homme.
Le Baray occidental se trouve a quelques centaines de metres de la
porte ouest d* Angkor-Thorn. II ne mesure pas moins de 8 kilometres
de longueur sur 2 kilometres de largeur et se presente done sous
la forme d'un rectangle tres allonge dont la superficie est de 1 6 kilo-
metres carres. Sa profondeur actuelle est de 7 a 8 metres dans la
partie occidentale, mais elle atteignait autrefois 10 metres. Au centre
du rectangle s'eleve, emergeant de 1'eau, un petit edicule. Les
dimensions du Baray oriental (completement a sec aujourd'hui) sont
un peu moindres ; elles atteignent 7 500 metres de longueur pour une
largeur de 1 600 metres. Un troisieme lac beaucoup plus petit a etc
creuse pres de Prah-Khan (a 1 kilometre au nord d' Angkor-Thorn).
A quoi servaient ces immenses reservoirs ? Certainement pas aux
approvisionnements d'eau, puisque les temples etles villesse trouvaient
toujours a proximite de la riviere et que, de plus, de tres nombreux
etangs etaient creuses dans les enceintes memes pour les besoins des
habitants. Nous estimons done que les baray etaient des bassms ou
Ton conservait pendant la saison des pluies le poisson destine a la
nourriture de la population. Les pecheries s'installaient dans le grand
(I) Spean II pent. Prononcez : ipien.
17
AUX RUINES D-ANCKOR
lac, comme aujourd'hui, pendant la saison des basses eaux, c'est-a-
dire a Kepoque ou la peche etait facile, et Ton prenait en trois ou
quatre mois, exactement comme cela se passe encore maintenant, des
milliers de tonnes de poisson. Chaque jour la quantite necessaire
etait consommee, et le reste (1) etait porte vivant dans les bassins.
On pouvait ainsi capturer aisement le poisson, au fur et a
mesure des besoms, tandis que, s'll etait reste dans les eaux du
lac, les resultats journaliers de la peche, a 1'epoque des hautes
eaux, auraient etc msuffisants pour 1'innombrable population de la
capitale et des environs. II ne faut pas oublier que le grand lac s'etend
sur plus de 100 kilometres pour une largeur moyenne de 30 kilo-
metres et que sa crue, de Juillet a Janvier, atteint 1'etiage de 8 metres.
Dans une pareille masse d'eau, le poisson devient difficile a prendre,
quelle que soit son abondance ; d'ou necessite de reserves propor-
tionnees a la densite de la population.
Mais la principale destination des baray etait sans doute de servir,
pendant la saison seche, a 1'irrigation des jardins et des champs.
Peut-etre encore le baray occidental etait-il le port de guerre
d* Angkor-Thorn ; mais il convient, avant de se prononcer sur ce
point, d'examiner la question de tres pres et d'etudier les moyens de
communication avec le grand lac. Etant donnes 1'etat de rume des
parois du bassin et le colmatage de ses abords dans la partie occiden-
tale, cette etude n'ira pas sans quelques difficultes.
Enfin, en plus des chaussees et des lacs artificiels que nous
venons de voir, les maitres du pays avaient etabli, dans les eaux
memes du lac, trois digues en pierre de 40 metres de largeur, qui
commen9aient a la hauteur de la parlie occidentale du grand baray
et s'etendaient dans trois directions. L'une d'elles traversal le lac
completement. Ces digues n'ont probablement pas etc terminees,
puisqu'elles restent immergees, mais on les retrouve au moment
du bas etiage ; elles ne sont alors recouvertes que d'une vingtaine de
centimetres d'eau. Tous les pecheurs les connaissent et ont meme
1'habitude des'en servir comme chemin de halage poureviterderamer.
CARACTERISTIQUES DES MONUMENTS
DU CROUPE D' ANGKOR.
Les Cambodgiens ont eleve, sur le sol conquis, des temples isoles
- NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCH 1TECTURE
(Angkor- Vat, le monument du Phnom Bak-Keng, les sanctuaires du
Phnom-Krom, etc.) et des villes au milieu desquelles se dressaient
des temples nombreux, groupes ou dissemmes. L'anaenne capitale,
Angkor-Thorn, nous offre le type parfait d'une ville construite d'apres
les conceptions des fondateurs du royaume. Temples et villes etaient
abrites d'une haute muraille souvent precedee d'une douve exterieure
pourtournante.
Dans 1'enceinte etaient pratiques d'immenses porches permettant
le passage des elephants bates, ou des porles plus modestes destinees
aux gens a pied. En avant de ces ouvertures qui, comme nous le
verrons dans la par tie descriptive, affectent des formes assez diffe-
rentes, se developpait, lorsqu'il y avail lieu, une chaussee qui
traversait le fosse. De 1'autre cote, c'est-a-dire a 1'interieur du paral-
lelogramme occupe par les villes ou les temples, des avenues recti-
lignes conduisaient au centre, vers les monuments les plus importants.
Les avenues suivaient une direction nettement nord-sud ou est-ouest.
Chacune des faces de 1'enceinte n'etait ouverte que dans sa partie
mediane, sauf a Angkor-Thorn, ou la muraille orientale possede deux
ouvertures eloignees 1'une de 1'autre de 400 metres.
Dans les villes, les constructions dediees aux divinites etaient
encore ou n'etaient pas (les exemples sont nombreux de Tun et
1'autre cas) protegees par des petits fosses ou des murs assez eleves
qui les isolaient. Un groupe de temples affectait le plus souvent une
disposition reguliere, mais ce n'etait pas une regie generale, et nous
verrons qu'a Prah-Khan d' Angkor ( 1 ) la symetrie n'est observee
que pour un seul monument et ses dependances. D'autres fois, a
Ta-Prohm notamment, la partie gauche du plan se repete syme-
triquement a droite. Le grand axe des temples est toujours oriente
est-ouest, et 1'entree principale occupe le cote oriental, excepte
a Angkor -Vat, ou elle se trouve a 1'ouest.
Voyons maintenant les caracteres generaux des constructions. La
plupart du temps, mais pas toujours, les monuments du groupe
d' Angkor s'ordonnent de la fa9on suivante : ils sont entoures d'une
enceinte particuliere percee, sur la face orientale, d'une entree prin-
cipale surmontee d'une tour et flanquee, quand le monument est
important, de deux entrees laterales de hauteur moindre reliees a
(1) Le nom de Prah-Khan d' Angkor designe des ruir.es qui se situent a 1 kilometre au
nord d'Angkor-Thom et qu'il ne taut pas confondre avec d'autres ruines qui portent ce meme
nom de Prah-Khan, mais qui se trouvent a 1 50 kilometres a Test des premieres, dans la pro-
vince de Kompong-Svai. Un troisieme Prah-Khan, dont il ne reste plus que de vagues vestiges,
*x ste dans la region de Pursat, pres du chef-lieu de la circonscription.
AUX RU1NES D'ANGKOR
celle du centre par des galeries. Chacune des autres faces de 1'enceinte
particuliere s'ouvre par un gopoura de meme style que celui de la
face orientale, mais sans passages lateraux. (Le gopoura se compose
d'une porterie, d'un vestibule et d'une tour decorative.) Quelquefois
1' entree principale est reliee au temple par une chaussee dallee ou
une passerelle ; exemples : Angkor- Vat et Baphuon (1).
Quelques monuments s'elevent en galeries concentriques et eta-
gees posees sur des soubassements dont la hauteur double d'etage en
etage. Aux angles des galeries superieures se dressent des tours plus
ou moins hautes dominees par une tour centrale dressee a 1'inter-
section des axes de 1'etage superieur et sous laquelle se trouve le
sanctuaire. Exemples : Angkor- Vat, Baphuon, le Bayon, etc. Les
etaees sont separes par des cours de proportions tres variables.
D'autres monuments, beaucoup plus nombreux, n'ont pas le meme
relief ; leurs galeries et les cours sont sur un meme plan horizontal.
On remarquera que nous donnons le nom de ' ' temple " a tous les
edifices cites jusqu'a present pour les besoins de notre expose. Cela
est intentionnel, bien que cette appellation contrarie ce qu'ont dit
plusieurs auteurs quicrurent pouvoir attribuer aquelques constructions,
qui ne ressemblaient pas exactement aux autres, une destination
qu'elles ne meritaient pas. Ainsi Moura voit, dans les deux edifices
qui se trouvent a Test de la place centrale d* Angkor-Thorn, derriere
les tours de limonite, des palais reserves aux ambassadeurs etrangers.
M. Aymonier ne se prononce pas categoriquement, mais para!t
admettre 1'idee des indigenes qui placent la les anciens magasins
royaux. D'autres auteurs ont fait du Phimeanakas un palais royal.
En verite, tous les monuments du groupe d' Angkor ont un caractere
religieux qu'il convient de leur conserver. A notre avis, toutes ces
constructions, sans aucune exception, sont des temples.
Les habitations particulieres etaient beaucoup moins importantes.
Le roi, les princes, les guerriers, les hommes hbres, en un mot toute
la population des villes habitait dans des maisons plus ou moins
vastes et confortables, construites vraisemblablement en bois et cou-
vertes certainement en tuiles (2). Les innombrables tessons de tuiles
et debris d'argile cuite que Ton rencontre le long des avenues
d' Angkor-Thorn fournissent, sur le mode de couverture des habita-
tions, une indication qui ne saurait etre negligee. Le terrain libre
1 I ) Prononcez : Bap'ouon, en faisant sonner \'n.
(2) Cependant Tchao Jou-Koua dit en parlant du Cambcdge : " Let mandarins et le
peuple construisent leurs maisons en entrelacant des bambout et les couvrent de chaume. Seul
le roi fait faire son habitation en pierres tailleei. "
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
FlG. 2. — EPI DE FAtTAGE ET TUILE DE CHEXEAU
EN TERRE CUITE TROUVES DANS LES FOUILLES
D'ANGKOR-VAT.
d' Angkor- Vat, c'est-a-dire toute la partie circonscrite par 1'enceinte
et que n'occupait pas le temple, etait egalement habite. Des tuiles de
divers modeles et des epis de faitage se rencontrent partout en quan-
tites innombrables
et prouvent que
non seulement les
maisons particu-
lieres etaient cou-
vertes en tuiles,
mais encore, a en
juger par la per-
fection du travail,
que les brique tiers
de 1'epoque sa-
vaient donneraux
toitures le plus
d' elegance possi-
ble. Les croquis
ci-contre reproduisent une tuile de bordure et un epi trouves dans le
degagement de 1'avenue dallee d' Angkor- Vat. On voit par ces deux
types que le gout de la decoration s'etendait autrefois aussi bien aux
habitations des simples mortels
qu'aux splendides demeures des
divinites.
EMPLOI DES MATE RI AUX.
La limonite est employee
dans les monuments anciens
du Cambodge pour toutes les
parties d'infrastructure, les sou-
bassements de certains edifices et
les murs d'enceinte. On la trouve
apparente.nue ou decoree de mou-
lures.maisle plus souvent elle est
couverte d'un revetement de gres.
Pour des temples de 1'importance d* Angkor- Vat (1), du Baphuon
et du Bayon, les constructeurs ont dfi clever, pour constituer une
(1) II n'est pas absolument certain que pour Angkor-Vat les cons'ructeurs n'aient pas
utilise une petite colline naturelle ; cependant c'est peu probable et, dans tous les cas, 1'assise de
limonite est importante, comme 1'ont prouve quelques sondages executes dans les cours du masisf
central et dans la cour du deuxieme etage, avant reparation du dallage.
FlG. 3. — PlERRES RELIEES
PAR UN DOUBLE T EN FER PLAT.
21
AUX RUINES D'ANGKOR
assise assez forte, de veritables collines de limonite. Tous les blocs
etaient tallies sur leurs six faces aussi soigneusement que possible et
superposes ou juxtaposes sans la moindre parcelle de mortier. Les
quelques vides qui se presentaient etaient hourdes au sable. Sur ce pre-
mier travail, deja considerable, venait s'appliquer un revetement ou
un dallage de gres, puis, a chaque etage, s'elevaient les portiques
et les galeries. Les pierres de gres etaient quelquefois appareillees
au moyen de doubles T en fer plat, encastres dans les blocs a lier
(rares exemples)
ou par des dou-
bles T en pierre
qui ne resistaient
pas longtemps.
Ici, il ne nous
parait pas super-
flu de faire re-
mar quer que, si
les constructeurs
d' Angkor sesont
montres architec-
tes de talent et
decorateurs m-
comparables, ils
ont fait preuve,
en matiere de
construction,
d'un manque absolu de technique. D'abord ils ignoraient la formule
de Tare et ont eleve leurs toitures, fort gracieuses du reste, par le
procede d'encorbellement, qui a pour moindre defaut de limiter la
largeur des galeries (1). Ensuite ils n'ont pas su trouver un moyen
pratique et solide de fixer les petites toitures en demi-voute des
verandas. Mais cela ne serait rien s'ils n'avaient commis la
faute bien plus grave de construire les tours et la plupart des murs
par tranches verticales (2), au lieu d'adopter le systeme qui
consiste a faire chevaucher les pierres en croisant les joints. Cette
FlG. 4. — VoOTE CAMBODGIENNE (COUPE).
(1) Notons, a ce propos, que les Grecs n'ont pas adopte la voute et que les Egyptians ne
1'ont employee que rarement. Au contraire les Assyrians ont construit des voutes et des coupples
et sont meme Its premiers a avoir applique ces formules, qvi se sont transmises aux Lydiens
puis aux Etrusques et enfin a Rome (S. Reinach, Hisloire generals Jes arts plasliques).
(2) Cette faute est commune a tous les peuples d'Extreme-Orie. I : Chinois, Annamites,
Khmers, Chams, Javanaii (Indication de M. H. Parmentier).
— 22
NOTES D'HISTOIRE El D' A RCH ITECTURE
erreur est la cause principale de la ruine des tours du Bayon et de
tant d'autres parties qui seraient restees mtactes si elles avaient etc
bien construites. On comprend
aisement que, dans une tranche
verticale, la simple poussee d'une
racir.e agissant sur un bloc jettera
par terre tcutes les pierres qui se
trouvent au-dessus. Dans le sys-
teme a joints croises, le bloc se
deplacera et meme pourra tom-
ber sans entramer dans son depla-
cement ou dans sa chute les
pierres qui le dominent. On est
done etonne de voir des archi-
tectes qui ont su dresser des
plans comphques et mener a
bien une des ceuvres les plus
colossales qu'un peuple ait
accomplies, ignorer les principes
elementaires de la construction.
Ce que Ton vient de lire n'm-
firme pas, bien entendu, ce que
nous avons dit au sujet des actes de vandalisme qui restent la cause
dominante de la destruction de la plupart des monuments cambodgiens.
La pierre de gres, avant sa mise
en place, etait rodee, pohe comme
une table de marbre sur les lits et
les joints, c'est-a-dire sur toutes les
parties a mettre en contact avec les
pierres voismes. Ce travail de po-
lissage sur des millions de blocs
exigeait un nombre d'ouvriers que
Ton ne peut guere evaluer. La face
tournee vers I'lnteneur etait simple-
ment degauchie, de meme que le
parement externe. Plus tard, les ou-
vriers tracaient sur la face apparente
lesgrandes lignes des moulures et les taillaient dans levif. L'ensemble
etait ponce et les artistes venaient a leur tour dessiner les ornements
des moulures, des chapiteaux, des socles, des pilastres, des domes,
FlG. 5. — DEMI-VOOTE DE VERANDA
(COUPEI.
FIG. 6. — APPAREIL FREQUEMMENT
RENCONTRE DANS LES MURS
D'ANGKOR.
AUX RUINES D'ANGKOR
des linteaux, des frontons, en un mot de toutes les parties a de*corer,
pendant que d'autres dessinateurs esquissaient a la pointe de 1'outil
les figures des bas-reliefs. En fin les sculpteurs entreprenaient leur
interminable besogne.
Le bois a etc utilise seulement pour les plafonds, les vantaux des
portes et, plus rarement, comme poitrails. II en reste encore des
fragments qui temoignent que les decorateurs d' Angkor travaillaient
le bois aussi adroitement que la pierre.
En ce qui concerne la mise en place des maleriaux a des hauteurs
souvent considerables, il n'est pas autrement certain que les construc-
teurs aient installe des echafaudages compliques, excepte pour les
tours et les galeries. Quand on examine de pres les soubassements
de quelques monuments, on s'aper9oit que les pierres sont posees
par assists reglees, bien nettes, et comme le remplissage en
limonite s'elevait probablement en meme temps que le revetement
de gres, les ouvriers avaient toujours, pour manoeuvrer, une surface
plane sur laquelle il leur etait facile de rouler les matenaux mis a
leur portee au moyen d'un simple plan incline. Pour les galeries et
les tours, c'etait une autre affaire, et la 1'echafaudage s'imposait ; mais
le bois etait abondant ; la foret voisine en fourmssait tant qu'on en
pouvait desirer.
TEMPS NECESSAIRE A LA CONSTRUCTION
DES MONUMENTS D'ANGKOR.
Cette question se pose, mais ne se re'sout pas. D'ailleurs, bien qu'il
y ait entre les monuments du groupe des differences d'age allant
jusqu'a plusieurs siecles, aucun n'a etc termine. Les temples les plus
anciens comme ceux de Prah-Khan d' Angkor, de Ta-Prohm et
d' Angkor-Thorn sont restes aussi inacheves qu* Angkor- Vat, qui est
peut-etre le plus recent des monuments de la bonne epoque (1).
Certaines parties ne demandaient plus que quelques coups d'outil
pour etre terminees ; d'autres sont restees a 1'etat d'ebauche (inte-
rieur des entrees est, nord et sud d' Angkor- Vat ; interieur des edi-
cules voisins de la chaussee dallee), et Ton sent que les ouvriers ont
abandonne leur besogne brusquement et partout a la fois. Les causes
(1) Au sujet de la date d' Angkor- Vat, nous voudrions etre plut affirmatif, mais il nous manque
la preuve indiscutable que seule une inscription peut apporter. Nous nous contentorons done de
dire que notre opinion, basee sur des observations techniques nombreuses, est qu'Angkor-Vat
do_it etre le dernier construit de tous les edifices d'Angkor et peut-etre de tout le Cambodge.
D'apres M. G. Coedes, les limites extremes entre lesquelles a pu etre construit le temple
d'Angkor- Vat sont 1050 et 1 170 A. D.
a a
z 3
<! £
GL'IUE At X RUINES D'ANGKOR.
GUIDE Aux KfixEs D'AXC.KOR.
PL. 4. PAGE 25.
NOTES D'HISTOIRE ET D" ARCHITECTURE
de cet arret restent a determiner. Nous e*mettrons 1'hypothese d'une
revolte generate ou d'une panique.
LES DEUX CULTES EN HONNEUR
A L'EPOQUE D'ANGKOR.
Si les principaux monuments dus a 1'initiative des conquerants
cambodgiens s'elevaient a la gloire des dieux de 1'Olympe brahma-
nique, quelques chapelles plus modestes etaient nettement, et a la
meme epoque, affectees au culte du Buddha (doctrine du Nord).
Nous en trouvons de nombreux specimens contenant encore des
statues bouddhiques. Ces chapelles se presentent toutes sous 1'aspect
de terrasses non couvertes, elevees sur un soubassement paremente
de gres et bordees d'une corniche en encorbellement qui supportait
une elegante balustrade.
Ainsi nous constatons que les maitres du pays faisaient preuve
d'une grande tolerance religieuse en permettant a deux cultes bien
differents de cohabiter a 1'abri des memes remparts. Et ceci con-
firme ce que nous avons vu dans le resume historique, a savoir que
sous plusieurs regnes le Bouddhisme etait flonssant, presque a 1'egal
du Brahmanisne. Du reste, les ruines de Prah-Khan (province de
Kompong-Svai) fournissent un exemple de 1'association des deux
cultes : la balustrade qui s'etend de chaque cote des ponts d'acces
est du meme style que celle que nous voyons a Angkor- Vat et
ailleurs, mais sous le deploiement des tetes du Naga se trouve,
sculptee dans le meme bloc, une petite figure du Buddha accroupi ;
et une inscription du XI' siecle gravee sur la porte d'un sanctuaire du
meme monument invoque a la fois (^iva et le Buddha.
BRAHMANISME.
Principe : " Toute action produit des fruits qu'il faut manger. "
L'acte qui developpe ses consequences est compare a un fruit qui
murit.
Les dieux. — Les dieux sont des etres finis, des portions du
systeme existant d'un univers perissable. Us ont un corps soumis a
la dissolution, une ame soumise a la meme necessite d'absorption
finale dans 1'ame supreme. Us mangent reellement les oblations qui
leur sont faites. Us subissent des penitences, ont des passions et des
affections.
Trimurti. — La substance universelle voulant creer pour son
25
AUX RUINES D'ANGKOR
divertissement les phenomenes de 1'Univers prit la qualite d* Activite
(Rajas) et devint Brahma, le Createur. Dans le deuxieme stage de
cette evolution, elle prit la qualite de Bonte (Sattva) et devint
Vishnou, le Conservateur. Dans le troisieme, elle prit la qualite
d'Obscurite (Tamas) et devint £iva, le Destructeur.
Ces trois manifestations divines (Trimurti) sont finies et obeissent
a la loi de dissolution generate. Elles repondent aux trois moyens
de salut : les Actes (Kantian), la Foiet 1* Amour (Bhakti), la Science
spirituelle (Jiiana).
Brahma. — Createur du monde. Rien de populaire, presque
pas de culte. Dans 1'Inde, on ne rencontre que tres rarement des
temples dedies a Brahma.
Dans Angkor-Thorn, on voit les quatre visages de ce dieu
(Caturmukha = 4 faces) au-dessus de toutes les portes de 1'enceinte
et sur toutes les tours duBayon, mais ilest possible que lesanctuaire
de ce temple ait contenu la statue d'une autre divinite et que les
tetes de Brahma n'aient ele aussi souvent reproduces que parce
qu'elles se pretaient admirablement a la decoration des tours.
1 cono graphic. — Quatre visages, quatre bras tenant : le Veda,
un rosaire, un vase sacrificiel ou un pot a aumones, une cuiller de
sacrifice. II chevauche une oie doree (hamsa). II siege souvent sur
un lotus qui s'eleve du nombril de Vishnou couche sur les eaux.
Sa <jakti est Sarasvatl (!)•
Vishnou. — II a pour fonction speciale la conservation de
1'umvers.
I cono graphic. — Quatre bras. Attributs : massue, conque et
disque. II a pour cakti Lakshmi. Sa monture est Garouda (2). On
le represente aussi flottant endormi dans 1'Ocean sur une feuille de
lotus ; de son nombril sort une longue tige de lotus, dont la fleur sert
de siege a Brahma.
Vishnou a dix incarnations : le poisson, la tortue, le sanglier,
1 homme-lion, le nain, Rama a la hache, Rama-Chandra (le heros
de Ramayana), Krishna (le dieu noir), le Bouddha ; la dixieme
incarnation ne se produira qu'a la fin de 1'age kali. On retrouvera
quelques-uns de ces avatars dans la description des bas-reliefs
d' Angkor-Vat.
£iva. — Dieu de la destruction, mais comme la mort mene a une
(1) Voy. plus loin la definition des £akti.
(2) Oiseau (antastique : tele d'oiseau ou quelquefois de tigre, buste et bras d'un homme, des
ailes, arriere-corps d'un tigre, cuisses couvertes d'ecailles.
26
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCH ITECTURE
nouvelle vie, c'est aussi une divinite generatrice adoreesous la forme
du phallus (Linga) entoure souvent de 1'embleme femelle (Yoni). II
est aussi represente sous la forme humaine en compagnie de sa
9akti, Parvati ou Durga. II porte, en guise de cordon brahmanique,
un serpent et un collier de tetes de mort. Sa monture est un taureau
blanc (Nandin). Ses emblemes : trident, peau de tigre. Le trident
est seul represente dans les bas-reliefs d'Angkor.
Sous le nom de Mahadeva, il est figure nu, les cheveux nattes,
vivant en ascete dans une foret, enseignant aux hommes, par son
exempie, la penitence et la meditation (1).
On le represente encore dansant le tandava, avec de multiples
bras qui 1'entourent comme une aureole.
£a£ft. — Les divinites brahmaniques ont une double nature :
immobile, active. Cette derniere est appelee ?akti. En somme, la
fakti est le symbole de 1'energie active de la divinite.
Iconographie. — Les 9akti sont souvent representees, sous une
forme de femme, a cote de leur epoux. Quand elles sont seules, on
les reconnait aux attributs du dieu qu'elles personnifient. Ainsi nous
trouvons au Cambodge de nombreuses statues de Parvati sous
1'aspect d'une femme debout sur un socle qui porte en relief des
cornes de taureau (2), simplification de la monture de Qiva.
Divinites secondaires du Brahmanisme et genres. — Indra. — II
trone dans son ciel avec sa fakti, (^aci. II se transporte dans son
char conduit par Matali, ou monte 1'elephant Airavata. II etait
autrefois considere comme un des dieux de la guerre.
Ganeca ou Ganapati. — Conducteurdesganas, chef de la suite de
Qiva. II est le maitre des obstacles parce qu'il sail les creer et les
ecarter. Sa monture est un rat. Ganeca est le dieu a tete d'ele-
phant.
Kama ou Kdmadeva. — Dieu de 1 'amour. Son epouseest Rail.
Sesarmes : unarc de cannea sucre, des Heches de fleurs. Sa monture :
un perroquet.
Skanda ou Karttif^eya, fils de Qiva ; dieu de la guerre. Sa mon-
ture est le paon, oiseauguerrier. Ce dieu est d'une eternelle jeunesse.
Kubera. — Primitivement esprit terrestre gardant les tresors sou-
terrains, puis dieu de la richesse. Nain et difforme, il reside sur le
mont Kailasa, dans 1'Himalaya. II commande aux Yakshas.
1 I) La statue dite du " roi lepreux " qui se trouve a Angkor -Thorn est sans doute une repre-
sentation de Qiva sous sa forme d'ascete.
(2) Quand le socle est orne d'une tete de buffle, ce n'est plus de Nandin qu'il est question,
maij du demon-buffle, Mahishasura, dont Parvati fut victorieuse.
AUX RUINES D'ANCKOR
Gandharva. — Le Veda parle d'un Gandharva decouvreur et
gardien du Soma celeste. Les Gandharvas sont en grand nombre
dans le ciel d'Indra. Ce sont des demi-dieux habiles a lamusique et
au chant et s'adonnant aux plaisirs amoureux.
Apsaras. — Demi-deesses inseparables des Gandharvas (I),
comme etaient inseparables les satyres et les nymphes, les tritons
et les Nereides. Elles etaient primitivement les divinites des eaux
celestes et sont devenues les servantes d'Indra, qu'elles rejouissent
par la musique et la danse. Elles sejournent dans le Nandana, jardin
voisin de la capitale du royaume d'Indra. Leurs palais d'or sont au
bord de la Ganga celeste. Elles representent les houris du paradis
indien et sont la recompense des morts pieux et braves (2).
On trouve une delicate frise d'apsaras dans la partie haute de la
scene du barattement a Angkor- Vat.
Kinnaras. — Demi-dieux a tete de cheval ; musiciens du ciel
d'Indra, quelquefois comptes parmi les Gandharvas.
Caranas. — Sont aussi des musiciens celestes.
Siddhas. — Demi-dieux possedant des pouvoirs surnaturels,
notamment celui de voler dans les airs.
Vidyadharas. — Genies de 1'air qui habitent 1'Himalaya a la
suite de Qiva et sont doues d'un pouvoir magique.
BOUDDHISME.
Le Buddha (3) naquit vers 560avant Jesus-Christ a Kapilavastu,
dans le royaume de Kocala. Kapilavastu appartenait a la famille
noble des £akyas, vassale des rois de Kocala. D'apres la coutume
des nobles, cette famille ajoutait a son nom celui d'une ancienne
famille de rishis (grands saints), les Gautamas. D'ou le Buddha, dont
le nom personnel est Siddharta, est aussi appele Gautama. II fut
eleve dans des exercices guerriers et instruit dans les arts et les
sciences. II se maria et cut un fils, Rahula.
Tandis que Qakyamuni vit dans les plaisirs, il rencontre un vieil-
lard, un lepreux, un cadavre et un moine. Resolution de quitter le
monde. Fuite nocturne.
II visite d'abord Rajagrisha, capitale du royaume de Magadha, et
est instruit dans la sagesse brahmanique par deux maitres : Arada et
(1) Inseparables en pocsie, mais dans la sculpture cambodgienne et notamment dans les bas-
reliefs d'Angkor, les Apsaras sont toujours representees sans les Gandharvas.
(2) Analogic avec les Walkyries qui devenaient les epouses des Norses morts courageusement.
(3) Tous les u de» mots sanserifs se prononcent ou.
NOTES D'HISTOIRE ET D' ARCHITECTURE
Udraka, mais n'est pas satisfait de leur enseignement. II va dans les
forets d'Uruvilva accompagne de cinq ascetes. Ses compagnons le
quittent. II se rend ensuite a Gaya, nomme apres lui Bodhgaya, et,
FIG. 7. — CARTE DU GROUPE D'ANGKOR DRESSEE EN 1908 PAR LE
LIEUTENANT BUAT, GEODESIEN, ET LE LIEUTENANT DuCRET, TOPOGRAPHE.
assis sous 1'arbre de la Bodhi (Banian), il devient Buddha, " illu-
mine ". Deux marchands lui rendent hommage. (^akyamuni se prend
a douter que 1'humanite comprenne et accepte sa doctrine ; il veut
renoncer a la precher. Brahma descend du ciel et le prie de repandre
la science du salut. II s'y resout, va a Benares, ou il retrouve les
29
AUX RU1NES D'ANGKOR
cinq compagnons qui 1'avaient jadis abandonne et preche, dans le
Bois des Gazelles, les quatre saintes verites : la douleur, la cause de
la douleur, la suppression de la douleur, le moyen de supprimer la
douleur. Les cinq momes adherent a sa doctrine. II relourne a Uru-
vilva et convertit mille ascetes brahmanes. II se rend ensuite a son
point de depart, Rajagnsha, dont le roi Bimbisara le re9oit avec
respect et se convertit. Le Buddha preche a 1'orient de la vallee du
Gange, dans les pays de Kofala.Kaci, Magadha. II touche rarement
la partie occidentale. Jamais (^akyamuni ne pretendit porter seul le
titre de Buddha ni ne reclama un culte. II enseignait que d'autres
sages avaient existe avant lui.
Doctrine. — Pessimisme philosophique. Point de depart : la vie
est un mal. But: la dehvrance. — Comme la mer immense est
penetree d'une seule saveur, la saveur du sel,ainsi cette doctrine est
penetree d'une seule saveur, celle de la delivrance. " La racine du
mal est 1'ignorance des quatre verites. Un des principaux preceptes
est la Bonte. Autre precepte : la Meditation. — " Quand au del
le nuage orageux fait resonner son gong, quand des torrents de
pluie remplissent le chemin des airs et que le moine, dans une
grotte de la montagne, s'adonne a la meditation, il ne peut gouter
une joie plus haute. Quand au bord des torrents pares de fleurs,
couronnes du diademe diapre des forets, il est assis joyeux dans le
recueillement, il ne peut gouter une joie plus grande. " Mais la
vertu principale est la sagesse qui detruit 1'ignorance et mene a la
delivrance.
Ce qui caracterise surtout le Bouddhisme, c'est une tendre bien-
veillance envers toutes les creatures animees, meme nuisibles.
3o
Ill
ANGKOR. VAT (1)
APERCU D'ENSEMBLE. || MASSIF CENTRAL : SOUBASSEMENTS ; ESCALIERS ;
VESTIBULES ; COURS SUPERIEURE3; PARTICULARITY. || DEUXIEME ETAGE.
|| LE PREAU COUVERT. || LES BIBLIOTHEQUES. || PREMIER ETAGE : LA
COUR ; ASPECT GENERAL DE LA GALERIE DES BAS-RELIEFS ; PORCHES
ET VESTIBULES D'ACCES ; LES BAS-RELIEFS. || LE PERRON D'HONNEUR.
|| LA TERRASSE DE POURTOUR ET LES BASSINS. || L' AVENUE DALLEE ET
SES DEUX EDICULES. || LES ENTREES OCCIDENTALES. || LE FOSSE ET LA
CHAUSSEE TRAVERSIERE. || LES FORTES SECONDAIRES DE L'ENCEINTE.
APERCU D'ENSEMBLE.
Dans ses grandes lignes, le temple d' Angkor- Vat donne 1'impression
d'un temple assyrien. — " Les vastes monuments assyriens, nous dit
M. S. Reinach, etaient composes de salles rectangulaires et de longs
corridors entourant une serie de cours mteneures. Nous savons peu
de chose sur les temples assyriens, smon qu'ils affectaient la forme
de pyramides a degres surmontees d'une chapelle ou etait l'image
du dieu (2). " Ces quelques lignes sont une description resumee
d' Angkor-Vat. Nous allons trouver, en effet, des salles rectangulaires
et des galenes etagees entourant des cours mterieures ; puis, au
sommet de 1'edince, une cella qui abritait la statue de la divinite.
L'analogie ne s'arrete du reste pas la, puisque nous savons que
les constructeurs assyriens couvraient de bas-reliefs les grandes
surfaces de leurs temples, amsiqu'en ont use les decorateurs d' Angkor
avec les murs pleins des galeries. — II ne faudrait pourtant pas con-
clure de ce court preambule qu Angkor- Vat precede de 1'architecture
assyrienne, ou, si 1'onadopte cette conclusion, il vaut mieux la garder
pour soi de cramte de rester seul de son avis.
Si nous nous arretions a ce paragraphe, notre ebauche serait peut-
etre insuffisante pour donner un premier aperc,u d'un temple qui est
non seulement le plus vaste du groupe d* Angkor, mais aussi le mieux
(1) Angkor est une ^corruption du mot Sanscrit " Nagara " : capitate. — Vai est un mot
cambodgien qui signifie " pagode ". Son origine est incertaine.
(2) S. Reinach, Apollo, Hachette, 1907.
3! . .
AUX RUINES D'ANGKOR
conserve. Nous allons done examiner d'abord assez rapidement
ses traits principaux pour permettre aux visiteurs de comprendre
le plan du monument, et nous reviendrons ensuite sur chacune des
parties separement.
Un fosse de 200 metres de largeur s'etend autour d' Angkor- Vat
et 1'isole comme une ile au milieu d'un lac. Dans sa partie occiden-
tale (c'est par ce cote que Ton arrive au temple), le fosse est traverse
par une chaussee dallee. Dans 1'orientation opposee, cette chaussee
est remplacee par une simple levee de terre. Au nord et au sud, la
douve est libre, mais elle ne devait pas, sans doute, rester dans cet
etat, et Ton peut supposer que le projet primitif prevoyait, sur les
quatre cotes, une chaussee analogue a celle que nous rencontrons a
1'ouest.
Entre la douve et le mur d'enceinte regne une berme, sorte de
cHemin de circulation d'une trentame de metres de largeur.
La chaussee dallee conduit directement a 1'entree occidentale de
1'enceinte. Une entree de dimensions beaucoup plus restremtes est
ouverte au centre de chacune des autres faces. Angkor- Vat est
done pourvu de quatre entrees, mais deux seulement sont praticables,
puisque les chaussees nord et sud n'existent pas. Le mur suit le
mouvement du fosse a la largeur de la berme et ne s'interrompt que
dans la partie centrale de ses quatre faces pour faire place aux portes
d'entree et aux galeries qui les accompagnent,
Apres avoir franchi la porte occidentale de 1'enceinte, on descend
sur une avenue dallee qui est le prolongement de la chaussee jetee
sur le fosse. Elle passe entre deux petites constructions et conduit a
une terrasse qui fait le tour du temple.
Nous poursuivons toujours notre marche en allant de 1'ouest a
Test, c'est-a-dire en suivant le grand axe du monument. — Sur la
terrasse de pourtour, a quelques metres du point terminus de
1'avenue dallee, s'eleve une vaste plate- forme cruciale precedee d'un
escalier. A la suite de cette plate-forme se trotfve le porche de 1'entree
principale de la premiere galerie. Ici, nous sommes au premier etage,
au vestibule de la galerie que nous appellerons, dans la description
de detail, la galerie des bas-reliefs.
Disons des maintenant que les galeries etagees d' Angkor- Vat
sont inscrites ( 1 ) avec deplacement au benefice de la partie occi-
(1) C'est-a-dire que 1'une est entouree par 1'autre a la distance d'une cour. Noui ne trouvons
pas d'autre terme, et celui que nous employons ne nous latisfait pas. Cet galeries ne sont pas con-
centriques par le fait qu'elles s'etendent plus d'un cote que de 1'autre et que, par consequent, elles
ne peuvent avoir un centre commun.
•i
0 S
o
C o
CJL'IDE AL\ KUIXKS U'ANGKOK.
1>L. 5, 1'AGE 32.
GUIDE AL-X RUINKS D' ANGKOR.
PL. 6. PAGE 33.
ANGKOR. VAT
dentale ; ce qui revient a dire que, par rapport a 1'axe qui passe
par les portes nord et sud, tout ce qui est a 1'ouest s'etend davan-
tage que ce qui se trouve a Test.
L'entree principale du premier etage communique par un escalier
de quelques marches avec le preau couvert compose de galeries
croise*es au milieu desquelles sont amenages quatre bassins.
Une porte ouverte dans la galerie nord du preau couvert donne
acces dans la cour ( 1 ) qui separe la galerie des bas-reliefs de celle de
1* etage superieur. Le preau communique avec la cour par une
deuxieme porte perce'e dans le mur de fond de la galerie sud ; mais
1'ouverture de cette baie est depuis longtemps obstruee par des
statues.
Dans la cour
du premier etage
se dressent, aux
angles nord-ouest
etsud-ouest.deux
petites construc-
tions que Ton
designe sous le
nom, bien hypo-
thetique, de ' ' bi-
bliotheques ".
La galerie cen-
trale du preau (axe est-ouest) correspond par un escalier a trois
paliers avec la galerie du deuxieme etage qui circonscrit une grande
cour dallee et supporte, sur chacun de ses angles, une tour fortement
endommagee. Le vestibule central de la galerie du deuxieme
etage (ouest, toujours) se trouve au niveau d'une passerelle cruci-
forme qui le relie a 1'escalier d'honneur du massif central et fait
communiquer deux edicules disposes syme'triquement a une vingtaine
de metres 1'un de 1'autre.
Le grand escalier conduit au massif central, qui se compose d'une
galerie de pourtour supportant une tour conique sur chacun de ses
angles, de quatre cours dallees et de galeries croisees aboutissant a
un sanctuaire place sous le dome de la tour centrale qui domine tout
I'ldffice.
( I ) Certains auteurs deiignent cette cour sou« le nom de " cloitre ". Noui ne lui avoni pa<
conserve cette appellation qui pourrait aussi bien s'appliquer a la cour du deuxieme etage egale-
ment entouree de galeries et ne differant de la premiere que par tes dimeniioni et ton daJlage de
grei.
, 33
FIG. 8. — TEMPLE D'ANGKOR-VAT (PLAN).
AUX RU1NES D'ANCKOR
Tels sont les elements principaux de la composition d' Angkor- Vat.
Ces quelques donnees nous permettent d'avoir une impression d'en-
semble que nous allons completer par une visite plus detaillee. Mais,
avant de poursuivre cette description, 1'auteur, qui desire guider les
gens en leur evitant d'inutiles fatigues, se permettra de leur donner
un conseil : il faut toujours commencer la visite d' Angkor- Vat par le
massif central, parce que, de ce point culminant, on se familiarise
tres vite avec le plan du temple, ce qui permet de se diriger plus
tard, sans erreur, au gre de sa fantaisie.
MASSIF CENTRAL.
Soubassement. — Escaliers, — Dans la cour du deuxieme e'tage,
que nous visiterons plus tard, s'eleve le soubassement du massif
central, forte assisea base carree, de 75 metres de c6te, sur laquelle se
detachent les saillies de nombreux escaliers, et dont la hauteur to tale
est de 1 3 metres. Ce soubassement se divise en trois gradins ; il est
decore de fortes moulures chargees d'une ornementation un peu
precieuse.
Douze escaliers, deux a chacun des angles et un dans la partie
mediane de chaque face, soit trois de chaque cote, partent de la cour
du deuxieme etage et gravissent le soubassement. Tous ces escaliers
aux marches trop etroites sont a peupres impraticables, sauf 1'escalier
d'honneur, qui empiete plus que les autres sur la cour et dont 1'incli-
naison est de 45°. Les rampes s'interrompent par de larges paliers
etages sur lesquels etaient poses autrefois des lions decoratifs qui
ont disparu, emportes par quelque fournisseur de musee.
Porteries; vestibules. — L'escalier d'honneur place au centre de
la face occidentale aboutit aun porche supporteparquatre pilierscarres
hauts de 3m. 50. Les escaliers centraux des autres faces atteignentun
porche du meme style, mais d'une saillie moindre accusee seulement
par deux piliers. Les porches precedent un vestibule de forme cru-
ciale mesurant 9 metres sur 7, Manque a droite et a gauche de deux
petites pieces d'un niveau plus bas. De grandes baies font commu-
niquer le vestibule avec les chambres laterales. L 'ensemble est eclaire
par des fenetres a balustres. Les fermetures interieures n'existent
plus ; elles se composaient autrefois de portes en bois, dont on
retrouve encore quelques traverses ouvragees finement. Les vestibules
commandent les galeries d'axe ; les pieces laterales se prolongent en
contre-bas par les galenes de pourtour.
34
ANGKOR-VAT
Les escaliers d'angle aboutissent & un petit vestibule accompagne*
de deux pieces minuscules (2 metres X 2 metres).
Galeries. — Une galerie regne tout autour du massif central, qui
se presente en plan sous la forme d'un carre de 60 metres de
c6te. Nous avons done, en realite, a la peripherie du carre, quatre
gal cries se joignanta angle droit sous les tours et s'interrompant, dans
leur partie cen-
trale et aux an-
gles, par les ves-
tibules. La gale-
rie de pourtour
prend jour exte-
rieurement par
des fenetres a
balustres. Elleest
soutenue sur la
face interieure
(en regard des
cours) par des
piliers carres de
forme legerement
pyramidale (44
centimetres a la
base, 38 & 1'at-
tache du chapi-
teau) et s'accom-
pagne en contre-
bas, sur tout son
parcours, d'une
petite galerie la-
terale a piliers egalement carres, mais de hauteur et de section plus
faibles que les precedents. Cette veranda fait, sans interruption, le
tour des cours meme le long des vestibules dont elle accuse les
differences de largeur et de niveau par des ressauts verticaux et
horizontaux correspondant aux differentes hauteurs et largeurs des
pieces. Ces differences sont egalement indiquees par les toitures
dont les vovites et les pignons s'etagent en stride correspondance
des plans horizontaux de la galerie.
Les pignons des galeries et ceux des demi-voutes des verandas
sont de ce style immuable que les constructeurs d' Angkor ont pro-
. 35
FIG. 9. — ANGKOR- VAT. — PLAN DU MASSIF CENTRAL
(D'APR£S FRANCIS GARNIER).
AUX RUJNES D'ANCKOR
digue dans tous leurs monuments : le Naga polycephale relevant en
gracieux acrotere 1'eventail de ses t&es, dressant les ondulations
flammees de son arete dorsale et encadrant dans une ogive aux
courbes molles un sujet central sculpte sur la partie verticale des
pignons. II faut remarquer que les t&es du Naga sortent de la gueule
ouverte d'un makara (1).
Des moulures d'un relief accuse courent en bordure des toitures,
dont les voutes en encorbellement sont traitees exterieurement dans
la forme de tuiles demi-rondes et sont decorees d'un motif que les
mousses masquent en partie. Disons que le dommage cause aux
toitures par les mousses est largement compense par les colorations
varie'es qu'elles repandent sur la pierre, surtout a I'epoque des pluies.
Du centre des galeries de pourtour partent d'autres galeries qui
determinent les axes du massif central et conduisent au sanctuaire.
Elles sont flanquees de chaque cote d'une galerie laterale presentant,
dans sa partie centrale, un ressaut dans lequel est taille un escalier
de quelques marches qui commande les cours. Cette saillie est cou-
verte d'une petite toiture reposant sur deux piliers. Une restaurau'on
malheureuse a etc entreprise en cet endroit par les indigenes ou les
bonzes : quelques-uns des piliers carres qui manquaient aux portiques
ont etc remplaces par des colonnes rondes empruntees a la plate-
forme situee devant 1'entree ouest de la galerie du premier e'tage.
Une autre colonne posee horizontalement tient la place d'un linteau
disparu. On sent encore la main des bonzes dans le murage des deux
verandas qui flanquent la branche occidentale de la galerie etablie
sur 1'axe est-ouest.
Remarquons ici que les etresillons reliant les petits et les grands
piliers des galeries de pourtour ne sont pas brisks comme ceux que
nous rencontrerons aux etages inferieurs. Cela prouve simplement
que les constructeurs ont particulierement soigne les fondations du
massif central qui avaient a supporter 1'enorme poids des tours et
qu'il n'y a pas eu d'afraissement.
Decoration des galeries. — Les motifs decoratifs sont identiques
dans les galeries placees a la peripherie et dans celles qui aboutissent
au sanctuaire. La demi-voute des verandas est plafonnee de fleurs
de lotus sculptees, en faible relief, dans la pierre ; les piliers et les
Etresillons portent la decoration dont Jls sont revetus partout : fleurettes,
(I) Le veritable Makara est un poisson a trompe d'elephant. II a ete stylise par les artistai
cambodgieni de differentes facons, et la trompe s'est transformee tantpt en serpents sof tant de !a
gueule ouverte du monstre, comme nous le voyons ici. tantot en tete d'oiseau.
36 — _
ANGKOR-VAT. — INDIGENES TRAVAILLANT A LA RESTAURATIOX
DE LA CHAUSSEE DALLEE.
ANGKOR- VAT. — INDIGENES TRAVAILLANT A LA RESTAURATIOX DE LA BALUSTRADE
DE LA CHAUSSEE DALLEE.
GUIDE AUX KUINES I/ANGKOK.
PL. 7, PAGE 36.
ANGKOR- VAT.
FACE D'L-.NE TETE DE BALUSTRADE.
ANGKOR-VAT.
PROFIL D'UNE TETE DE BALUSTRADE.
ANGKOR- VAT. — CHAUSSEE TRAVERSIERE : TETE DE BALUSTRADE
(NAGA sous TROIS ASPECTS).
GUIDE AI/X KUINKS D'AXCKOR.
PL. 8. 1'AGB 37.
ANGKOR-VAT
fleurons, moulures. Au-dessus des grandes colonnes, 1'entablement
s'orne d'une frise de danseuses faiblement indiquee — partie pro-
bablement inachevee. La corniche superieure soutenait un plafond
en bois dont il ne reste rien. Les chambres des vestibules paraissent
achevees, mais peut-etre 1'entablement que nous voyons, a peine
degauchi, au-dessus de la premiere corniche ne devait-il pas rester
dans cet etat. L'en-
cadrementdes por-
tes et des fenetres
estfortement mou-
lure' ; les faces in-
ternes du cham-
branle sont tapis-
sees de fleurs. On
voit sur les murs
des vestibules, au-
dessus d'une bor-
dure de tapisserie,
un motif qui se
repete a 1'infini
dans tous les tem-
ples du Cambod-
ge : danseuses en-
cadrees d'une ogi-
ve fleurie. II est
tres possible que
cette frise, qui
semble e'tre restee
a 1'etat d'ebauche,
ait etc destinee a
un relief plus ac- FIG. 10. — GALERIE CAMBODGIENNE (COUPE).
centue, dans le
genre de celui que nous rencontrerons pour un sujet pareil sur les
murs de 1'entree occidentale de 1'enceinte. — Au-dessus des fe-
netres des galeries de pourtour, la partie pleine du mur est decoree
de fleurs d'un faible relief.
De nombreuses figures de tevadas (1) sont sculptees sur les murs
(1) Teoada (prononciation cambodgienne du Sanscrit deoata, ' deite ") : figure de (emme;
coiffure v riant a 1'infini, buste nu orne de bijoux, jupe courte couvrant le bas du venire et lei
cuisses ; les poignets et les chevilles sont cercles d'anneaux, de meme que le haut du brat ; une de«
maim tient habituellement une fleur ou un bouton de lotus.
37
AUX RUINES D'ANGKOR
des verandas entre les fenfires et dans tous les angles. Ces tevadas,
qui sont ce que les decorateurs d* Angkor ont le plus mal execute,
se detachent sous des rinceaux dont 1'elegance et la belle facture
viennent en dedommagement des fautes de plastique commises dans
les images de femmes. — A 1'exterieur, c'est-a-dire en regard de la
cour dallee du deuxieme etage, la partie pleine des murs est couverte
d'une tapisserie representant une infinite de petits personnages dans
des cadres agrementes de fleurs. A remarquer la aussi de nombreuses
tevadas sculptees sur le mur des vestibules.
Les balustres des fenetres sont semblables a ceux que nous
rencontrons a des milliers d'exemplaires dans les monuments
cambodgiens. Us sont d'abord fa9onnesau tour, pour la forme generale,
et termmes ensuite a 1'outil par des gorges longitudmales et des
fleurettes.
Le sanctuaire. — Au point d' intersection des galeries d'axe, sous
le dome de la grande tour, se place le sanctuaire qui contenait la
divinite dedicatoire du temple d' Angkor- Vat. Ce sanctuaire se
compose d'une cella centrale precedee de quatre petites chambres,
une sur chaque face, ouvertes sur les cours par des fenetres a
double garniture de balustres et, sur les galeries, par deux baies
rapprochees disposees en tambour et commandees chacune par un
escaher de quelques marches. L'etat d'usure de ces marches prouve
que d'innombrables fideles se rendaient autrefois au sanctuaire venere.
Les portes de la cella sont encadrees de pilastres a section polygo-
nale dont il ne reste plus que des fragments. Le Imteau des quatre
portes est dans un etat de conservation parfait.
Nous croirions volontiers que le d6me de la grande tour centrale
abritait a 1'epoque des brahmanes la statue de £iva (1). Le culte
9iva!te etait, en effet, de beaucoup le plus en honneur, et il serait
etonnant que le plus grand des temples eleves aux dieux de la Tri-
murti ne fut pas dedie a la divinite la plus honoree.
Les cours. — Le massif central comprend quatre cours carrees
disposees en contre-bas des galeries. Elles sont pavees de dalles de
gres et pourvues de caniveaux d'ecoulement qui permettent 1'evacua-
tion des eaux de pluie. On voit a 1'exterieur du massif, sur la partie
plane du deuxieme gradin du soubassement (face occidentale, partie
droite), une tete de lion, gueule ouverte, qui est une gargouille de
(I) Le sanctuaire a ete ouvert et fouille en Juin 1908. On y a trouve des statues bouddhiquei
et quelques rares fragments d'images brahmaniques. Au centre, s'eleve encore un grand socle en
partie brise sur lequel etait autrefois la divinite.
38
ANGKOR-VAT
caniveau. Un autre specimen du meme genre a 6t6 retrouve' dan» la
cour du deuxieme etage ou il etait tombe.
Les tours. — Aux angles des galeries de la peripherie s'elevent
quatre tours identiques. Au centre exact du massif, a 1'intersection
des galeries, se dresse une cinquieme tour qui domine de
65 metres ( 1 )
1'ensemble et
couvre de sa
masse le sanc-
tuaire. En voici
la composition,
qui se repete en
reduction dans
les tours d'angle :
un soubassement
de 2 metres de
hauteur ; une
petite veranda
etage'e suivant le
mouvement indi-
que par les diffe-
rents plans hori-
zontaux du tam-
bour et de la
petite piece qui
precedent sur
chaque face la
cella centrale ;
au depart de cha-
cune des galeries
d'axe, deux hau-
tes toitures super-
posees et a frontons verticaux interessentegalementlesavant-corpsdu
sanctuaire et se Kent a la tour ; puis, le developpement par gradins de
la tour elle-meme qui se presente.en coupe, sous 1'aspectd'un c6ne
renfle dans la partie basse. Les gradins sont en saillie fortement
marquee sur 1'elevation verticale et diminuent progressivement de
hauteur en se rapprochant du sommet. Us supportent des antefixes,
FlG. II. — TOUR CAMBODGIENNE (COUPE).
( I ) Hauteur prise de 1'avenue dallee qui relie 1'enceinte occidental au temple.
AUX RU1NES D'ANCKOR
pierres non scelle'es de forme pointue ou ogivale. Ces ante'fixes sont
pour la plupart inacheves ; ceux qui ont etc termines representent
des garoudas ou des personnages divers encadres du Naga.
Les tours affectent assez exactement 1'aspect d'un bouton de
lotus ; mais ce ne doit pas etre la 1'idee qui fit adopter leur forme,
car nous trouvons au sommet de la fleche une veritable fleur de lotus
epanouie.
Nous avons cut que les tours d'angle empruntent le gabarit de la
tour centrale. Cependant elles different de cette derniere par leur
hauteur, qui est inferieure d'au moins 10 metres, et par leur base
moins developpee.
Le couronnement des cinq tours est perce d'un trou carre assez
profond dans lequei venait evidemment se placer quelque chose,
hampe de drapeau ou d'oriflamme, ou un attribut quelconque.
A notre avis, la fleche des tours portait le trident de Qiva, et notre
supposition se trouve fortifiee par un panneau des bas-reliefs de la
galerie exterieure du Bayon qui donne le dessin presque exact des
tours d' Angkor- Vat avec, au sommet, le trident. Nous savons tres
bien que la fondation du Bayon est anterieure a celle d' Angkor- Vat,
mais rien n'indique que le bas-relief en question n'a pas etc
execute plus tard, alors que les tours d' Angkor- Vat etaient deja
construites (1), et rien non plus ne dit que les constructeurs
n'avaient pas, avant la creation d* Angkor- Vat, 1'idee d'edifier un
temple dont ils nous donnaient graphiquement par avance une idee
generate. Quoi qu'il en soit, nous trouvons sur les murs du Bayon
une reproduction des tours d' Angkor- Vat assez fidele pour inspirer
naturellement 1'idee d'une relation entre cette image et les tours du
grand temple.
Lorsque le visiteur se trouvera dans la cour du deuxieme etage,
il remarquera les magnifiques frontons des portes situees sous les
tours, au-dessus des escaliers d'angle. Les reliefs sont ici parfai-
tement conserves, surtout ceux qui se trouvent aux angles nord-est
et sud-est.
Particularites. — Nous noterons ici, pour ne plus y revenir, que
sur la crete de toules les galeries d' Angkor- Vat existaient des epis
(I) Les bas-reliefs du Bayon sont inacheves; par consequent, leur execution s'est poursuivie
longtemps apres 1'inauguration de ce temple, et Angkor- Vat eta it construit que les artistes travail-
laient encore aux bas-reliefs du Bayon. — II est evident que bien des reserves sont a faire en
face de cette hypothese, qui ne t'appuie, en somme, que sur une idee personnelle ; mais on pout
dire que, si le bas-relief du Bayon n'est pas une representation d' Angkor-Vat, il nous donne tout
au moins 1'image d'un monument que les constructeurs d' Angkor connaissaient ou projetaient de
construire.
40
GUIDE AUX RUINES IVANGKOK.
PL. 9, 1'ACiR 40
GUIDE AUX RUINES D'ANGKOR.
PL. 10. PAGK 41
ANGKOR-VAT
de'coratifs qui ont partout etc brises. Les travaux de deUaiement
executes dans la cour du deuxieme etage ont fait retrouver des
milliers de fragments de ces epis, mais pas un seul exemplaire complet.
Us representaient, sur un petit socle, deux personnages adosses dans
une pose de danse et sculptes a jour au milieu d'un cadre de volutes
seterminantenpointe. La base etait pourvue d'un tenon qui corres-
pondait aux cavites creusees dans les pierres de faitage qui couvrent
encore aujourd'hui 1'arete des toitures. Les epis mesuraient Om. 50
de hauteur et se trouvaient a 30 centimetres Tun de 1'autre ; on peut
done calculer leur nombre d'apres le developpement total des toils :
il approchait de dix mille.
On remarquera qu'au-dessous des piliers des verandas la bor-
dure du cheneau est percee d'un trou (1). Ce travail, mal fait, ne
date certainement pas de la fondation d* Angkor- Vat, car a cette
e*poque tout etait soigne', meme les details les plus secondaires. II est
alors permis de supposer qu'a une date peut-etre assez recente, mais
qu'il est impossible de determiner, les traditions locales n'en ayant
pas conserve le souvenir, un velum a etc tendu sur les cours du
massif central et que ses points d'attache etaient fixes a des crampons
de bois ou de fer places dans les trous en question.
On observera egalement, sur les tours, des plaques jaunatres. A
notre avis, les cinq tours du massif central ont re9U autrefois, sinon
dans toute leur elevation, du moins dans certaines parties, un enduit
de chaux ou de mortier peint d'une couleur vive. Les pluies torren-
tielles ont decolore et desagrege cet enduit, dont il ne reste plus que
des traces.
Nous ne pouvons pas quitter 1'etage supe'rieur d* Angkor- Vat
sans jeter un coup d'ceil sur la magnifique foret qui couvre la region.
Au loin, le Phnom-Bauk dresse son dome regulier en avant de la
ligne bleue des Phnom-Koulen et plus loin, par temps clair, on
apercoit la chaine des Dang-Rek, dont le profil s'estompe a peine.
Pour se rendre compte de I'&endue et du plan d' Angkor- Vat, le
visiteur n'a qu'a passer de portique en portique. II dominera le
temple et pourra en etudier 1'ordonnance.
DEUXIEME ETAGE.
Le deuxieme etage comprend, en gros, une cour (au milieu de
( I ) Nous rencontreron* cette meme particularity dans le preau couvert. autour des basiini.
41
AUX RUINES D'ANGKOR
laquellc s'eleve le massif centred que nous venons de visitor), une
galerie pourtournante, deux edicules et une passerelle.
La cour est dallee de gres. Ses quatre cotes different par leur
largeur. II y a meme desaxement de tout 1'etage, puisque la partie nord
mesure 16 m. 20 de largeur, tandis que la partie sud n'a que
1 3 metres. On ne peut guere exphquer ce defaut de symetrie.
Edicules. — Dans le developpement occidental de la cour qui, sur
cette face, mesure 31 metres, empattement des escaliers du massif
central non compte, se trouvent deux edicules symetriquement
disposes de chaque c6te de 1'escalier d'honneur et relies par une
passerelle. Ces deux constructions, un peu massives mais ne manquant
pas d'une certaine elegance robuste, contiennent une piece unique
flanquee de deux petites galeries laterales tres e*troites. Les piliers carres
qui se trouvent a 1'interieur soutiennent uneimposte percee de fenetres
basses et sur laquelle etait posee la toiture aujourd'hui disparue.
Chacun de ces edicules s'ouvre par quatre portes : une des portes
donne sur la passerelle, une sur la cour, les deux autres (est et ouest)
sur un perron jadis couvert d'un portique qui n'existe plus, sauf a
Test de la construction de droite ; encore ne reste-t-il en cet endroit
que les piliers et les architraves. Les portes nord et sud s'encadrent de
pilastres portant une decoration extremement soignee et de colon-
nettes dont on ne retrouve que des vestiges. L'edicule nord presente
encore quelques restes de linteaux et des fragments de fronton.
Ces deux petites constructions s'eleventsurunsoubassementtrapude
1 m. 20 de hauteur et sont ornees exterieurement de fausses fenetres
a balustres. Aux angles superieurs se detachent en forte sailhe des
tetes de Naga. Des figures de femme et une tapisserie de petits
personnages decorent les murs pleins. Quatre escaliers de quelques
marches, un sur chaque face, sont failles dans le soubassement.
Par exception, ces deux edicules ne semblent pas etre des temples
et, vraisemblablement, nous avons la des logements de brahmanes
ou les chambres de veille des pretres de garde. On peut croire, en
effet, que la divinite et surtout les tresors que contenait le sanctuaire
n'etaient pas abandonnes pendant la nuit. Les portes du massif
central et meme toutes les portes du temple etaient sans doute
fermees prudemment chaque soir, mais un surcroit de precautions
n'etait pas inutile. Dans tous les cas, la situation de ces petites
constructions et leur degre d'habitabilite permettent de croire que
quelqu'un y logeait.
La passerelle. — Sur la face ouest de la cour, nous rencontrons
ANGKOR. VAT
une sorte de petit pont de forme cruciale qui relie le grand escalier fc
1'entree centrale de la galerie du deuxieme etage et fait communiquer
entre eux les deux edicules que Ton vient de voir. Cette passerelle
est etablie sur une quantite de petites colonnes rondes et mafflues
de 0 m. 60 de hauteur. De chaque c6te du portique d'entree, elle se
poursuit en bordure de la galerie sur une douzaine de metres. Une
elegante balustrade en garnissait les bords ; aux extremites des
branches de la croix, les tetes du Naga se dressaient, enlacees par le
Garouda.On a retrouve la plupart des travees de la main-courante et
quelques tetes endommagees, mais les des de support ont presque
tous disparu.
L'assemblage
des elements de
la passerelle
n'offre aucune
resistance. Les
pierres du pla-
telage etant dis-
posees dans le
sens longitudinal
ont necessite la
multiplication des
supports, tandis
que, si elles
avaient etc pla-
cees transversal ement, une sur deux des colonnes mtermediaires
aurait pu etre supprimee et 1'ensemble y aurait gagne en solidite.
Pour une largeur de 3 m. 20, quatre colonnes sont utilisees.et ce n'est
evidemment pas dans un but decoratif, puisque deux sur quatre sont
invisibles.
Nous avons la conviction que cette passerelle n'etait pas prevue
dans le projet primitif d' Angkor- Vat et qu'elle a etc placee, en
cours de construction, pour reparer une faute de nivellement com-
mise dans le dallage de la cour. Les eaux de pluie sejournent volon-
tiers en cet endroit, et c'est apparemment pour eviter de se mouiller
les pieds que les brahmanes ont fait construire ce pont. Mais une
autre observation plus technique vient appuyer notre conviction : les
degres de 1'escalier d'honneur et des escaliers des deux edicules aussi
bien que ceux du portique ouest sont sculptes jusqu'aux dalles de la
cour, comme Ton peut aisement s'en rendre compte en regardant sous
43
FIG. 12. — ANGKOR- VAT. — VESTIBULES OCCIDENTALS
DU DEUXIEME ETAGE, EDICULES DE LA COUR DALLEE,
PASSERELLE ET ANGLE SUD-OUEST DE LA DEUXIEME
GALERIE (PLAN).
AUX RUINES D'ANCKOR
lapasserelleaujourd'huidegage'e des terres qui s'ytrouvaientautrefois.
On remarquera que non seulement les marches existent, mais qu'elles
sont decorees avec le meme soin que si elles etaient apparentes. On
observera egalement que le platelage vient s'appliquer sur une de ces
marches, et Ton conviendra que, si la passerelle avail etc comprise
dans le pro jet primitif, les constructeurs auraient neglige de tailler
des marches inutiles et de les decorer.
La galerie pourtournante. — Cette galerie circonscrit la cour du
deuxieme etage. Aux angles se dressent des tours du meme style
que celles du massif central. Elles sont ou tres ruinees ou inachevees.
De nombreux blocs provenant de ces tours ont etc trouves dans la
cour, et d'autres sont rested a leur point de chute, sous le d6me de
Tangle sud-ouest. Mais, si nombreuses que soient ces pierres, leur quan-
tite est encore trop restreinte pour nous laisser supposer que les tours
ont etc construites completement. Cependant, commeles gradins sont
couverts de motifs decoratifs et que la decoration ne venait probable-
ment qu'apres Tachevement du gros oeuvre, il est possible que
les tours aient etc terminees puis detruites.
Exterieurement, la galerie est posee sur un soubassement de
7 metres de hauteur construit au centre de la cour non dallee du
premier etage. De nombreux escaliers etablissent la communication
entre la cour inferieure et la galerie. Nous en trouvons deux &
chaque angle, au bas des tours, et un plus important, place sous un
porche couvert, au centre des faces nord, est et sud. C'est, en
somme, la repetition de ce que nous avons vu a Tetage superieur.
Les frontons exterieurs des porches n 'existent plus. Les piliers du
porche nord sont dans un tel etat de mine que leur chute est immi-
nente. Par contre, les portes donnant acces sous les tours d'angle
sont assez bien conservees, et celles des angles sud-ouest et nord-
ouest possedent encore leurs frontons presque complets. Remarquer
que la tour et les portes de Tangle nord-est sont infiniment plus
endommagees que les autres.
Le soubassement est uniforme sur ses quatre cotes, excepte dans la
par lie centrale de la face ouest, ou il s 'inter romp t pour faire place au
preau couvert. Sur cette face, Taspect exterieur de la galerie du
deuxieme etage est completement modifie par les elements que nous
rencontrerons en visitant le preau.
Le pourtour du deuxieme etage se compose de quatre galeries se
joignant a angle droit sous les tours et s'elargissant au centre de
chaque face par des vestibules. Nous connaissons deja cette disposi-
44
GUIDK AUX KL'l.VES U'A.NGKOK.
PL. II, PAGE 44.
ANGKOR-VAT. — STATUE EN BOIS
REPRESENTANT UN BONZE PRIANT.
ANGKOR-VAT. — BASE nu SOUBASSEMKNT nu MASSIF CENTRAL.
GUIDE AUX Rl :i.\KS D'ANGKOR.
PL. 12. PACK 45.
ANGKOR. VAT
tion pour 1'avoir rencontree au massif central. Ces quatre galeries ne
sont eclairees que du c6te de la cour dallee. Sur la face opposee,
c'est-a-dire en regard de la cour du premier etage, elles sont bou-
chees par un mur plein decore exterieurement de moulures et de
fausses fenetres a balustres.
Chacune des galeries nord et sud du pourtour communique avec
la cour dallee par trois portes, ou plutot par deux petites portes
situ^es pres des extremites et par un porche central. La galerie de la
face Est ne possede que le porche central, qui s'abrite sous un por-
tique a deux piliers. Toutes les portes d'axe sont surmontees de tres
beaux frontons superposes ; les baies laterales s'encadrent d'un linteau
soutenu par des colonnettes dont il reste encore quelques exemplaires
et sont dominees par un fronton en parfait etat pose sur des pilastres
finement decores.
La partie la plus importante de la galerie pourtournante est celle
qui s'etend en facade principale (ouest) du massif central. Cette
partie est presque completement occupee par les trois vestibules
d'entree qui correspondent a trois porches : un grand porche central
prolonge par la passerelle et faisant face a 1'escalier d'honneur, deux
porches lateraux debordant sur la cour dallee. Le vestibule central
comprend trois pieces; les vestibules lateraux n'en ont qu'une.
Les chambres des entrees occidentales s'eclairent sur la cour du
premier etage et le preau couvert, tandis que du cote de la cour
dallee le mur est plein, excepte dans la chambre centrale, ou Ton
trouve deux fenetres. La meme disposition d'eclairage se rencontre
dans la galerie qui s'etend entre le vestibule de droite et la tour de
Tangle sud-ouest. Cette galerie est ouverte sur la cour inferieure mais
fermee sur la cour dallee. Quant a la galerie symetrique (celle qui
aboutit a la tour nord-ouest), elle ne prend jour ni d'un c6te* ni de
1'autre, mais seulement par deux petites portes extremes, et se trouve,
par consequent, dans une obscunte a peu pres complete.
Le porche central (ouest) se distingue par la decoration tres
pure de ses pilastres. Dans le fronton, nous remarquons que
quelques pierres non sculptees, ramassees dans les eboulis, ont rem-
place des blocs perdus.
Dans les angles des galeries et sur le trumeau des fenetres, du
cote de la cour dallee et sur la face opposee (1)* se rencontrent de
nombreuses tevadas qui ne sont pas d'un galbe meilleur que celle*
de 1'etage superieur.
(1) En regard de la cour du premier etage.
45
AUX RUINES D'ANCKOR
Les toitures des galeries se trouvent dans un etat de conservation
presque parfait. Les pierres de faitage ont seules etc deplacees, mais
comme elles existent au complet, il sera facile de leur faire reprendre
1'alignement qu'elles doivent avoir.
Du c6te oppose a la cour dallee, les vestibules occidentaux
dominent le preau couvert et cbmmuniquent avec ses galeries par
trois escaliers.
Sous les galeries du deuxieme etage, on a rassemble de nom-
breuses statues du Buddha et de Bodhisattvas (1), d'une facture
plus que mediocre, mais qui ne manquent pas d'interet, car ces figures
doivent etre des portraits. En effet, 1'usage s'etait autrefois etabli de
portraicturer les rois et les princes, peut-e'tre aussi les pretres, sous
1'aspect de divinites, et toute la galerie du deuxieme etage est plus
ou moins un musee d'effigies historiques dont les etiquettes ont dis-
paru. Les deux statues les plus remarquables sont celles qui se
trouvent dans la grande piece du vestibule occidental. Ces deux
figures datent de la bonne epoque d' Angkor et sont taillees dans ce
bois de koki (2) que Ton retrouve sous la forme de traverses au-
dessus de certaines portes du temple.
LE PREAU COUVERT (3).
Nous appelons ainsi les galeries qui s'etendent dans le developpe-
ment occidental du plan d* Angkor- Vat, entre les vestibules qui cons-
tituent 1'entree principale du premier etage et ceux de 1'etage
suivant. Ces galeries occupent un carre de 45 metres de cote et
enveloppent quatre superbes bassins amenages dans les angles.
Par mi tous les monuments anciens du Cambodge, deux temples
seulement posse dent un preau distinct, bien que compris dans la
masse de la construction : Beng-Mealea el Angkor- Vat.
Le preau d' Angkor- Vat est forme de deux galeries disposers
en croix et flanquees de verandas laterales. Celle de 1'axe nord-sud
aboutit a d'autres galeries pourvues dans leur partie centrale d'un
passage qui conduit sous un porch e dominant la cour du premier
etage. Le passage du nord a des proprietes de resonance qui lui
ont valu le nom de " chambre des echos ". II ne faut voir dans ce
phenomene qu'un effet du hasard.
(1) Bodhisattva : personnage destine par sa saintete a la dignite de Buddha.
(2) Koki est le nom cambodgien. L'auteur ignore le nom scientinque de cette essence
(3) Le terme de " preau couvert " ne convient pas a souhait pour designer la partie_d'Angkor-
Vat que nous decrivons. Celui de " galeries croisees " cut etc preferable, et nous 1'employons
quelquefois dans le texte, mais nous 1'avons ecarte comme titre, parce que d'autres galeries croisees
existent, ainsi que nous 1'avons vu, au troisieme etage.
46
ANGKOR- VAT
Dans la partie occidentale du preau, une petite veranda longe
les bassins. Elle est decoree de fausses fenetres a colonnettes et,
sur les trumeaux, de tevadas que les mains des visiteurs indigenes
ont polies par endroits. A Test s'eleve le soubassement, charge
de moulures et de motifs decoratifs, de la galerie du deuxieme
e'tage. Les trois galeries orientees est-ouest sont reliees a 1'etage
superieur par des escaliers a larges marches.
Entre les gale-
ries, quatre bas-
sins dalles et pa-
rementes de gres
ont etc amena-
ges. Chacun
d'eux est pourvu
d'un escalier que
decoraient autre-
fois des lions
places sur le plat
des rampes. Ces
statues ont ete
brisees ou em-
portees. Les pa-
rois des bassins
sont couvertes de
moulures hori-
zontales fine-
ment travaillees.
L'eau que contenaient ces reservoirs servait tres probablement aux
ablutions purificatrices des fideles.
Le preau est une des parties les plus achevees d' Angkor- Vat,
mais cependant son achevement n'est pas absolument complet.
Nous remarquons, entre autres details, a la base de nombreuses
colonnes, des figures a peine dessinees ; a la cimaise des murs
pleins nord et sud, une frise de danseuses simplement tracee et,
sur 1'entablement dominant les piliers des galeries, on voit a cer-
taines places que les decorateurs n'ont meme pas eu le temps
d'ebaucher leur besogne.
Chaque branche des galeries croisees est coupee par des portes
libres avant d'attemdre les galeries nord et sud ou les escaliers
de 1'axe est-ouest. Au dela de ces ouvertures, la hauteur des
47
FIG. i3! — ANGKOR-VAT. — PLAN DU PREAU COUVERT
ET DES BASSISS.
AVX RU1NES D'ANGKOR
piliers, de 1'entablement et de la voute diminue, de meme que
celle des verandas. Les galeries sont done en deux parties de
hauteur differente, et les constructeurs ont accuse exterieurement
cette difference par une inegalite dans les plans horizontaux des
toitures.
Les hauls piliers du preau ont re£u la decoration qui se ren-
contre le plus frequemment dans Angkor- Vat : court chapiteau a
gorges profondes accusant vigoureusement un motif de feuilles et
de fleurs ; sur le fut, le relief tres faible d'une draperie ou d'un
rideau; a la base, dans un ecusson, une figure de brahmane en
priere. La distance entre les grands piliers est de 3 m. 64 d'axe en
axe ; la hauteur du fut depasse 4 metres.
Les piliers de la veranda ont un chapiteau identique a celui des
grandes colonnes, mais leur base est differente. La veranda est
couverte de la demi-voute plafonnee de fleurs de lotus que nous
connaissons deja.
Les toitures des galeries se joignent en vovite d'arete et sont
semblables a celles que nous avons observees aux etages supe-
rieurs. A 1'exterieur de 1'entablement qui se'pare la demi-voute de
la voute se detache une frise de personnages (1) en priere du
meme dessin que les figures sculp tees a la base des piliers, mais
d'un modele plus petit. Les pignons droits des toitures n'offrent
aucune difference avec ceux qui se rencontrent dans les autres
parties du temple, sauf dans le choix des sujets mythologiques,
sujets superieurement traites mais que la mine n'a pas assez
e'pargnes.
L'interieur de 1'entablement retient 1'attention par sa belle
execution : frise de danseuses d'un relief fortement accuse et d'un
assez bon dessin. L'architrave des grands piliers est decoree de
lotus dans un cadre de fleurettes. Les tympans des portes libres
pr&entent des sujets divers se rapportant tous a la legende de
Vishnou. A remarquer, au-dessus des peu'tes portes fractionnant
dans 1'orientation nord les verandas de la galerie nord-sud, deux
reliefs qui evoquent 1'idee des travaux d'Hercule : a droite, un
geant combattant le Naga; a gauche, un autre geant soulevant
un taureau. Par le fait, ce sont bien la des scenes de la legende
heVoIque de 1'Hercule indien.
De chaque cote des portes qui se trouvent aux extre'mite's des
(I) Sans doute del br»hm«nes.
rn •*
•— ' U
AU\ KLINES D'ANCKOR.
FL. 13. PAGE 48.
ANGKOR-VAT. — ANGLE SUD-OUEST DU\MASSIF CENTRAL.
ANGKOR-VAT. — BASE DE LA GRANDE ANGKOR-VAT. — UNE DES TOURS
TOUR DU AIASSIF CENTRAL. n'ANGI.E DU MASSIF CENTRAL
GUI UK AUX RUINKS I/ANGKOR.
PL. 14. PACK 49.
ANGKOR-VAT
galeries, nous rencontrons des pilastres couverts d'une magnifique
decoration : feuilles tournees en volutes autour d'un petit personnage
et disposees en chevrons superposes.
A Test des bassins s'eleve le soubassement du deuxieme etage,
supportant la galerie et sa veranda. Les coins etages situes dans la
meme orientation sont une pure merveille, autant par la composition
architecturale que par 1'execution, et il faut avouer que, si les archi-
tectes d' Angkor ne connaissaient guere la technique de la construction,
ils n'en reussissaient pas moms a mettre debout les projets les plus
compliques. Nous avons la une preuve du genie decoratif des
constructeurs cambodgiens et la critique la plus severe ne pourrait y
decouvrir une faute de gout ni meme une faute de composition.
Sous la galerie qui longe au sud le preau, les bonzes ont
rassemble d'innombrables figures du Buddha parmi lesquelles
aucune ne presente un interet meme mediocre. Ces statues paraissent
d'ailleurs assez depaysees dans un temple que les dieux heroiques
du brahmamsme habitaient autrefois.
Si les galeries croisees d' Angkor- Vat ne sont pas la partie la
mieux conservee du temple, elles n'en sont pas non plus la plus
ruinee, et seule la demi-voute des galeries laterales a reellement souffert,
mais les fouilles ont rendu au jour un certain nombre de pierres de
toiture qui pourront etre remises en place. Quant aux galeries elles-
memes, nous les voyons presque mtactes, et leur reparation ne
demandera qu'un peu d'argent et de temps.
Pour en terminer avec ce chapitre, disons que les traces de
couleur rouge qui maculent les entre-colonnements et les chapiteaux
de quelques piliers du preau sont les restes d'une peinture qui ne
date certainement pas de 1'epoque primitive. Ce badigeon a etc
applique assez recemment et ce qui prouve qu'il n'est pas ancien,
quoi qu'en pensent certains auteurs, c'est qu'il n'interesse que la
surface des reliefs, alors que, si sa disparition partielle etait due au
temps, la teinte serait restee surtout dans les creux.
LES BIBLIOTHEQUES.
Aux angles sud-ouest et nord-ouest de la vaste cour du premier
etage s'elevent deux constructions qui sont designees, on ne sait
pourquoi, sous le nom de " bibliotheques ". En realite, rien
n'indique que les pretres d' Angkor aient reuni la leurs ouvrages
sacres qui ne s'y seraient guere trouves a 1'abri de la pluie, et il est
probable que les deux petits edifices en question sont des chapelles.
49
AUX RUINES D ANGKOR
Un haut soubassement supporte chacun de ces edicules qui, etant
semblables, ne demandant qu'une seule description. — Le sou-
bassement est pourvu de quatre escaliers (un dans la partie centrale
de chaque face) dont les rampes a gradins se detachent en vigou-
reuses saillies. La construction emprunte une forme allongee et ne
se compose que d'une piece flanquee de galeries laterales eclairees
par des fenetres a balustres. Entre la demi-voute de la veranda
et la voute de la galerie se trouve une imposte ajouree de petites
ouvertures basses a colonnettes qui sont d'un effet ties gracieux.
C'est la presence de ces ouvertures, par lesquelles la pluie entre
librement, qui nous fait douter que des livres pre'cieux aient etc
conserves ici.
Aux extremites de son grand axe (est-ouest), la construction
est prolongee par un porche compose de quatre hauts piliers carres
supportant une toiture en encorbellement. La ruine de ces entrees
est tres avancee, sauf dans la partie orientale, ou une bonne moitie
de la voute existe encore. Les linteaux et les frontons ont
disparu.
Au nord et au sud s'ouvrent deux portes encadrees de mou-
lures et de pilastres et surmontees d'un fronton en assez mauvais
etat.
Les pierres du soubassement et des rampes d'escalier ont etc
disjointes par la vegetation ; quelques-unes sont tombees ; d'autres,
en tres petit nombre, ont disparu. Tout cela pourra etre remis un
jour en place, mais on ne saurait en dire autant de la couverture des
porches, car la plupart des elements de ces toitures n'ont pu etre
retrouves.
En ce qui concerne la galerie proprement elite et ses deux
verandas laterales, la ruine est moins complete. L'interieur est dalle
assez regulierement ; la toiture s'est conservee a peu pres intacte ;
les piliers sont en place.
PREMIER ETACE.
La cour. — Apres la visite des edicules decrits au chapitre pre-
cedent, on ne peut se dispenser d'une promenade dans la cour du
premier etage, d'ou Ton jouit d'une tres belle vue sur plusieurs
parties du monument. Nous avons deja dit, dans 1* " aperfu d'en-
semble ", le motif qui nous a fait re Jeter la denomination de ' ' cloitre "
employee par certains auteurs pour designer ce vaste enclos.
On penetre habituellement dans la cour par le tambour ame'nage
5o
ANGKOR-VAT
dans la galerie nord du pre'au couvert, mais on peut egalement y
arriver par un des nombreux escaliers qui descendant de la galerie
pourtournante du deuxieme e'tage.
La cour n'est pas dallee ; elle est simplement remblaye'e de terre
au niveau de la base des soubassements qui 1'entourent. Elle enve-
loppe, sur une largeur a peu pres egale, trois cotes du deuxieme
etage, mais s'etend da vantage sur la face occidentale. C'est dans
cette orientation que se trouvent les ' bibliotheques " et le preau
couvert.
Galerie des bas-reliefs (aspect general). — Le premier etage
d* Angkor- Vat se divise en huit galenes separees par des vestibules
centraux et des vestibules d'angle et composant une galerie pour-
tournante qui s'etend sur 215 metres de longueur dans 1'orientation
est-ouest et 1 87 metres dans la direction nord-sud. Elle a done plus
de 800 metres de developpement. Les portes centrales font face aux
gopuras de 1'enceinte et se trouvent par consequent dans les axes
du temple. L'ensemble est pose sur un soubassement de 3 m. 50,
dont la partie superieure est assez large pour permettre la circulation
autour du monument.
Les huit galeries decorees de bas-reliefs sont accompagnees
d'une veranda et se joignent aux angles sous de hauts vestibules.
Leur composition est identique : une double colonnade a piliers
carres soutient la demi-voute de veranda et la voute ogivale ; cette
derniere repose de 1'autre cote sur un mur plein couvert des bas-
reliefs que nous examinerons tout a 1'heure. Immediatement au-
dessous de la voute, se trouve une corniche qui supportait un
plafond en bois (disposition rencontree deja plusieurs f ois) . L'aspect
exterieur du premier etage est aussi puissant qu'harmonieux et
devait 1'etre encore davantage avant la degradation de certaines
parties. Les quatre fa?ades sont d'une ligne superbe, brisee au
centre et aux angles par les ressauts des toitures et le debordement
des porches.
L'etat de conservation de tout le premier etage est assez bon , sauf
en ce qui concerne les porches, qui, pour la plupart, ont etc endom-
mages soit par les destructeurs du temple, soil par la vegetation.
Quelques vides dans latoiture sont egalement regrettables parce que,
sur certains points, les eaux de pluie passent librement et laissent
sur la pierre une humidite tenace qui a couvert de mousse une partie
des bas-reliefs. Cinq ou six colonnes de la veranda ont disparu.
Tous les etresillons existent encore, sans exception, mais ils sont
5,
AUX RUINES D'ANGKOR
brises pres des grands piliers. Cela rient a un affaissement du au
manque de solidite de 1'assise.
Porches et vestibules d'acces. — Un vestibule central place dans
1'axe est-ouest du monument et deux vestibules lateraux occupent une
forte partie de la face occidentale du premier etage. Us comprennent
en tout sept pieces, de longueur et de largeur inegales, disposees
en enfilade et separees par des portes a seuil eleve. Trois de ces
chambres appartiennent a 1'entree principale. Les deux autres
entrees n'utilisent qu'un passage en croix accompagne d'une toute
petite piece qui le relie au vestibule central.
Le passage d'honneur mesure 1 6 metres nord-sud et llm. 50
est-ouest. II est de forme cruciale, comme toutes les entrees des
galeries d' Angkor- Va*.. Un escalier le fait communiquer avec le preau
couvert. II s'accompagne, en avant de la ligne de fa9ade, d'une
piece eclairee par six larges fenetres. Cette piece est elle-meme
precedee du porche central dominant de quelques marches le
perron qui lui fait face.
Les vestibules lateraux sontde dimensions momdres, 10 X 7 metres.
Us communiquent egalement avec le preau couvert par un large
escalier. La piece que nous trouvons en avant du vestibule central
n'est pas repetee devant les entrees laterales, qui etaient autrefois
precedees d'un simple petit porche dont on ne retrouve plus que
quelques elements : un seul pilier et une architrave au passage de
droite (1). La saillie du soubassement des porches lateraux com-
porte un escalier a deux paliers dont les rampes supportaient des
lions encore representes par deux specimens en place (escalier de
droite).
La decoration interieure des trois vestibules occidentaux est des
plus sommaire et n'a du reste pas etc terminee, excepte dans 1'enca-
drement des fenetres et les rinceaux dont lestevadassontentourees.
Nous trouvons ici, sur la face interne des chambranles des fenetres,
un motif decoratif, perroquets combattant, qui se representera a la
meme place dans les vestibules de 1'enceinte occidentale. — On
distingue sur la surface pleine des murs des vestibules, a hauteur
d'appui, 1'esquisse d'une frise de danseuses. Dans les parties hautes,
la corniche du plafond est achevee.
Les trois vestibules sont couverts de toitures etagees s'arretant,
comme toutes les voutes d' Angkor, par des pignons verticaux.
( 1 ) Admettons des maintenant que " droite " et " gauche " s'entendent par " a main droite
ou " a main gauche " en regardant le centre du temple.
AN<,KOR-Y.\T. — COUR DU DEUXIEME ETAGE. FACE sun,
AVAST l.F.S TRAVAVX 1>E DEOAGEMEXT.
ANGKOR-VAT. — Us DES EDICULES SITUES DANS LA PARTIE OCCIDENTAI.E
DE LA COUR DU DEUXIEME ETAGE.
GUIDE AUX KLlNfc.S D'ANGKOk.
ANGKOR- VAT. — PARTIE OCCIDENTALE DE LA COUR DU DEUXIK.ME ETAGE
ET TOUR SUD-OUEST DU MASSIF CENTRAL.
ii_t^^**x. i^r* -:.3tt>x WA*** J2C-* .*r- V^
AXGKOR-VAT. — PARTIE SEPTEXTRIOXALE DE LA COCR nr DKCXIKME ETAGE.
GUIDE AUX KUI>'KS D'AM.KOK.
I'L. 16. PAGE 5j.
ANGKOR-VAT
LmJ
Repetons ici qu'on ne rencontre dans tous les monuments cambod-
giens qu'un seule type de pignon.
Le porche central offre quelques beaux motifs de decoration,
notamment sur les deux pilastres qui encadrent la porte d'axe.
Ce que nous venons de dire au sujet des vestibules occidentaux
s'applique presque mot pour mot aux entrees des autres faces du
premier etage, qui en sont la repetition simplified.
Les entrees nord et sud ne se composent que d'un seul vestibule
etabli dans 1'axe du monument et precede d'une piece et d'un
porche. Le passage
central est flanque
lateralement de deux
chambres. On voit
que la disposition
est la meme que sur
la fafade principale,
avec cette difference
que 1' entree est uni-
que au lieu d'etre
accompagnee de
deux entrees late-
rales.
Du c6te oriental,
la similitude est en-
core plus grande, puisque nous y trouvons trois vestibules precedes
chacun d'un porche. Mais une particularite se presente ici : le
porche central n'est pas pourvu d'escalier et s'arrete verticale-
ment. II est possible que ce soit la le montoir oil venaient se
ranger les elephants pour prendre ou deposer les fideles d'un rang
el eve.
Les vestibules d'angle affectent la forme d'une croix grecque. Us
sont eclaires par six fenetres carrees gnllees de balustres. Leur
communication avec la terrasse de pourtour est etablie par deux
porches semblables a ceux que nous venons de rencontrer en avant
des entrees centrales.
Notons que les surfaces murales des vestibules des angles
nord-ouest et sud-ouest sont couvertes de bas-reliefs, tandis qu'aux
angles nord-est et sud-est les murs sont restes vierges.
53 .
FIG. 14. — ANGKOR-VAT. — VESTIBULES OCCIDENTAUX
DE LA PREMIERE GALERIE (PLAN).
AVX RU1NES D'ANGKOR
LES BAS-RELIEFS.
Pour la visite des bas-reliefs, nous partirons de 1'entree d'honneuir
(face occidentale) et tournerons a main droite pour terminer par la
galerie qui se trouve a gauche de notre point de depart.
Nous nous servirons, dans 1'explication de ces scenes, des
identifications proposees par Moura (1), M. E. Aymonier (2).
M. G. Ccedes (3), et nous en presenterons nous-meme quelques-
unes.
Face occidentale (partie droite). — " La composition de cette
galerie est inspiree de la legende du Mahabharata. Elle represente
une grande bataille entre les Pandavas et les Kauravas dans les
plaines situees au nord de Delhi. Les simples guerriers de
l'armee des Pandavas (4) sont coiffes d'un casque a large cimier,
les Kauravas d'uae coiffure conique que portent indistinctement
les chefs des deux armees. A part cette difference de coiffure,
les deux troupes ont a peu pres le meme type de figure et le
meme armement. Certains fantassins portent la cuirasse, d'autres
des boucliers bombes (E. A.). " Le superbe alignement des
combattants etonne un peu. II est probable que la marche au pas
et par files est de date assez recente, et Ton est surpris de ren-
contrer sur les murs d' Angkor des soldats partant en guerre au pas
de parade. La verite, c'est que nous avons la un precede tres
commode employe par les dessinateurs cambodgiens pour mettre le
plus possible de guerriers en ligne par la simple repetition du
contour des personnages du premier plan.
La musique militaire, que nous savons remonter a la plus haute
antiquite, est represented dans cette galerie par quelques tam-tams
sur lesquels des esclaves tapent a tour de bras. — Au bas du
panneau, des morts et des blesses sont etendus. Les chefs sont
nombreux ; ils se trouvent, suivant leur grade, sur des chevaux, des
chars ou des elephants. Les chefs principaux se distinguent par
une stature sensiblement plus elevee que celle des officiers subal-
ternes et des simples guerriers. Nous remarquerons, a ce propos,
que le grandissement de la taille des heros et des chefs est une
regie adoptee dans tous les arts primitifs, en Egypte, en Assyrie et
dans les manuscrits romans.
(1) Le Royaume du Cambodgc, Parii, 1883.
(2) LeCamboJge.t. Hl.ParU. 1900-1903.
(3) Bulletin archeologique de 1'lndo-Chine. n° 2 de 191 I.
'arraee des Kauravat >e trouve a gauche (Nord) du paoneau. cellc Jc. Paiulava* a droite.
54
ANGKOR-VAT —
Le rang des chefs est, en outre, indique par le nombre des
parasols et des eventails que des esclaves tiennent en main. Ainsi
les deux commandants des armees ennemies doivent etre des
rois, ou tout au moins des personnages de sang royal, car nous
les voyons accompagnes des insignes de la royaute : le sen-tvan,
eventail emblematique de la toute-puissance, et le chamar, eventail
concave ayant la meme signification (E. A.).
Une figure retient notre attention pres de l'extremite gauche de
la galerie. C'est celle d'un chef mort.qui ne peut etre que Bhtshma,
le general en chef de 1'armee des Kauravas. La multitude de
fleches dont son corps est herisse indique que ce guerrier fut
vaillant parmi les vaillants.
II est entoure de person-
nages, ses parents, croyons-
nous, a qui il dicte son
testament philosophique
en dix mille stances.
A part Bhishma, on
ne peut identifier avec cer-
titude que le brahmane
Drona et, du cote des
Pandavas, le seul guerrier
reconnaissable est Arjuna,
grace, du reste, a la pre-
sence, sur le timon de son
char, d'un ecuyer a quatre bras qui n'est autre que Krishna
(G. C).
Notons que, si les guerriers qui peuplent cette galerie sont d'une
academic peu etudiee, certains details comme les casques, les armes
et les chars, sont trait es avec precision et fournissent des renseigne-
ments precieux sur 1'appareil guerrier des armees de 1'epoque.
Angle sud-ouest. — Les huit panneaux des murs et les tympans
sontcouverts de bas-reliefs. Un des motifs les plus interessants estcelui
du panneau situe a gauche de la porte sud. ' ' On y voit la lutte
des deux freres Bali et Sougrlva, princes des singes, combattant
pour la royaute. Bali succombe atteint par la fleche de Rama, 1'allie
de Sougriva. Au-dessous de la scene de combat est representee
la mort de Bali, que nous voyonscouche sur unlit de parade. Une
guenon soutient la tete du prince simien. Un grand nombre d'au-
tres guenons entourent 1'illustre mort (E. A.).
55
FIG. i5. — ANGKOR- VAT. — PLAN D'UN DES
ANGLES DE I.A GALERIE DU PREMIER ETAGE.
AUX RUINES D'ANGKOR
Nous attirerons 1'attention du visiteur sur le magnifique panneau
representant deux jonques dont la proue figure une tete d'oiseau et
dont la partie mediane est couverte d'un rouf a toiture crochue. Ces
deux embarcations glissent a la pagaie sur une riviere dont les eaux
calmes sont representees par des ondulations au milieu desquelles
nagent des poissons et des caimans. Sous le rouf de la jonque du bas
se tient une femme s'amusaritavecunenfantet entouree de servantes.
A 1'avant, des pitres distraient par leurs chants et leurs danses les
rameurs qui levent la tete pour les regarder. A 1'arriere, nous voyons
un combat de coqs (scene parfaitement dessinee). Sous le rouf de
1'embarcation qui occupe la partie superieure du panneau, se tient un
personnage reveiu du costume royal.
Les deux jonques voguent cote a c6te entre les deux rives d'un
fleuve;mais, comme les decorateurs d' Angkor ignoraient la perspec-
tive, ils ont determine les differents plans en les superposant. II faut
done comprendre ce bas-relief ainsi : au premier plan, la berge
representee par des arbres ; immediatement apres, un peu d'eau
donne du recul a la premiere embarcation qui occupe le plan moyen ;
comme arriere-plan, nous avons la jonque du roi se detachant sur
un fond de verdure. La signification du sujet n'est pas certaine.
Un autre panneau se rapporte a la legende de Krishna. La scene
represente le dieu soulevant le mont Govardhana pour mettre a 1'abri
de 1'orage dechaine par le courroux d'Indra ses seize mille bergers
et bergeres ainsi que ses troupeaux et manifester, pour la premiere
fois, sa puissance divine. Le personnage qui 1'accompagne est
probablement Balarana.
Le visiteur trouvera aisement le panneau en question, ou les trou-
peaux de Krishna sont representes par une quantite de taureaux. Le
dieu souleve la montagne de la main droite et tient dans la gauche
une houlette recourbee.
En face, nous avons la scene du barattement, que nous reverrons,
dans des dimensions autrement importantes, sur le mur plein d'une
des galeries orien tales. Mais ici, malgre son format reduit, la scene
est plus complete parce qu'elle nous montre, au-dessus de la tortue
qui est le pivot du barattement, une tete de cheval et celle de
Lakshmi. (On trouvera la legende dans la description de la galerie
orien tale, partie gauche.)
Un des sujets du meme vestibule sud-ouest nous est explique par
M. E. Aymonier dans les termes suivants: "C'est Ravana, le cruel
roi des Rakshasas, se metamorphosant en cameleon pour s'intro-
56
(iril)K ALX Kl/IXliS D'AXCKOK.
1-L. 17, I'.U;K 56.
£ a
GUIDE AL'X RUINES IVAXGKOR.
ANGKOR-VAT
cluire plus facilement dans le palais du dieu Indra, dont il doit
seduire les femmes. " Le cameleon que nous apercevons passant
sur la barre transversale d'une porte qui encadre Ravana a 1'air d'un
parfait crocodile, mais ce n'est qu'une faute de dessin et 1'in-
terpretation que M. E. A. a empruntee a Moura (Royaume du
Cambodge, II, 315) peut etre exacte, car nous voyons les femmes
d'Indra venir en foule aupres de Ravana (1).
Le panneau qui regarde le bas-relief precedent represente le meme
Ravana, pourvu
cette fois des dix
tetes et des vmgt
bras que lui attri-
bue la legende,
faisant effort de
tous ses muscles
pour soulever une
montagne sur
laquelle Qiva est
assis en compa-
gnie de Parvati.
Le dieu s'ldenti-
fie facilement
grace au trident
FIG. 16. — ANGKOR-VAT. — BAS-RELIEFS
DE LA PREMIERE GALERIE.
qu Un personnage Face ocddentale, partie droite : combat des Pdndavas
VOlsm tient en contre les Kauravas (fragment).
main (2).
Nous rencontrons encore, sans sortir du vestibule sud-ouest, un
fragment de la le'gendede Kama, le dieu de 1' Amour. La scene s'or-
donne ainsi : en haut du panneau, C^iva est assis sur une colline.
Parvati se trouve aupres de lui ainsi qu'un autre personnage qui
porte le trident, attribut du dieu. Dans le registre central, Qiva se
retrouve, mais sous 1'aspect d'un ascete enseignant sa doctrine a des
(1) Ceper.dant nous serions heureux de savoir oil Moura et M. E. Aymonler ont pulse cette
anecdote qui n'a pu etre retrouvee.
(2) M. G. Coedes nous donne la legende : " Un jour, parcourant le Qaravana sur son char
rrerveilleux, Ravana vit subitement le Puspaka s'arreter. car il etait arrive au pied d'une
montagne sur laquelle Qiva prenait ses ebats. Irrite, le Rakshasa saisit le mont dans ses bras et
tecoua le roc. A cet ebranlement, les Ganas tremblerent et Parvati embrassa Mahe<;vara. Alori
Matiadeva, le premier des dieux. de son orteil ecrasa le mont comme en se jouant : et il ecrasa
en meme temps les bras de Ravana. "
Le bas-relief ne s'ecarte du texte que sur un point : Qiva assii entre Parvati et un personnage
arme du trident, ne (ait pat le geste d'appuyer le pied sur la rnontagne ; il est simplement assii
** i 1'indienne ".
AUX RUINES D'ANGKOR
brahmanes. Au pied de la colline, c'est-a-dire au bas du panneau,
nous voyons Kama bandant son arc. Devant lui un personnage est
etendu sur le sol, la tete appuyee sur les genoux d'une femme.
Voici 1'explication de la scene et le resume de la legende: Qva
etant le seul dieu qui cut resiste a 1'amour, Kama entreprit de le
rendre amoureux et lui decocha une de ses fleches (1). (L'arc de
Kama est fait d'une tige de canne a sucre ; la fleche est composee
de fleurs et la corde d'abeilles se tenant par les pattes.) (^iva,
furieux d'etre derange dans ses pratiques ascetiques, reprit sa qua-
lite divine et lanca a Kama un tel regard que le dieu de 1'amour
fut aussit6t reduit en cendres. C'est ce que traduit notre bas-relief.
Le personnage etendu est Ka*ma mort, et la figure de femme qui
complete la scene est la representation de Rati tenant dans ses
bras son e'poux. On confoit qu'il etait difficile de representer un
tas de cendres ; aussi 1'artiste a-t-il plus simplement reproduit le
dieu sous sa forme humaine.
Le sujet qui se trouve sur le tympan de la porte nord du vesti-
bule sud-ouest est emprunte au Ramayana. Nous profiterons de cette
occasion pour resumer ici une legende interessante qui pourra
servir a 1 'intelligence de plusieurs des bas-reliefs d'Angkor-Vat et
a laquelle nous renverrons le lecteur toutes les fois qu'il y aura
lieu.
Legende. — II existait a Ayodhya (1'inexpugnable), dans
1'Inde, un roi qui s'appelait Dafaratha et qui avait deux femmes.
II cut quatre fils. De la premiere femme nommee Kausalya,
naquirent Rama (incarnation de Vishnou) et deux autres enfants :
Lakshmana et (^atrughna. De la deuxieme femme appelee Kai-
keyi naquit le quatrieme fils, Bharata. De par son droit d'ainesse,
Rama devait succeder a son pere. Da?aratha etant devenu vieux
et aveugle voulut installer Rama sur le trone, mais Kaikeyi s'y
opposa en lui rappelant qu'il lui avait promis solennellement de lui
accorder deuxfaveurs a son choix. En foi dequoi elle exigea, malgre
la resistance du vieux roi, que son fils Bharata fut place sur le
trone et Rama banni dans la foret. Ce bannissement dura douze
ans. Avant de partir, Rama supplia Sita, son epouse, de ne pas
1'accompagner dans les bois ou 1'existence serait penible; mais la
douce Sita ne consentit pas a abandonner son epoux et le suivit
en exil. Lakshmana accompagna egalement son frere.
(I) Inutile d'insiiler sur 1'analogie qui entile entre Kama et Cupidon.
ANGKOR- VAT
Havana, roi de Lanka (1), pays des Rakshasas (2), furieux
centre Rama qui venait de tuer quatorze mille demons dans la foret
de Dandaka, resolut de se venger et d'enlever Sita. A cet effet,
il se transforma en ascete et gagna la foret ou R&ma, son frere
Lalshmana et Sita,
vivaient dans une
grotte ou sous une
hutte de feuillages.
Maricha, le com-
pagnon de Ravana,
prend la forme d'une
gazelle couleur d'or qui
excite le desir de Sita.
Pour complaire a sa
femme, Rama se lance
a sa poursuite et la
perce d'une fleche (3).
Frappe a mort, le
Rakshasa reprend sa
forme et appelle a
grands cris Laksh-
mana et Sita. Celle-
ci, croyant son epoux
en danger, decide
Lakshmana a courir
a son secours. Aussitot
Ravana, deguise en
ascete, s'introduit dans
1'ermitage et cherche
a seduire 1'epouse de
Rama. Repousse, ii
reprend sa forme de-
moniaque et 1'enleve
sur son char aerien.
11 parcourait 1'espace, charge de son gracieux fardeau, lorsqu'un
vautour gigantesque, lie d'amitie avec Rama et dont le nom est
(1) Lanka : Ceylan.
(2) Geants, demons.
(3) C'est cette scene que traJuil le tympan du vestibule >ud-oue«l. On y voit Rama blenMol
d'une fleche la gazelle d'or.
Fro. 17. — ANGKOR- VAT. — UN DES PANNEAUX
DE L'ANGLE SUD-OUEST DE LA PREMIERE GALERIE.
FUlvana soulevant une montagne au sommet
de laquelle se trouve fiva.
AUX RU1NES D'ANCKOR
Jatayus, l'aper?oit et fond sur lui. Ravana se defend et blesse a
mort le vautour, qui tombe sur le sol.
Rama revenait apres avoir tue Maricha, lorsqu'il rencontra
Lakshmana. Pleins d'inquietude pour Sita, les deux freres se hatent
vers 1'ermitage et ne 1'y trouvent plus. Us partent a sa recherche
et rencontrent bient6t le vautour mourant qui leur apprend que
Sita a etc enlevee par Ravana et leur mdique la direction qu'ils ont
a suivre. A quelque temps de la, et tandis qu'ils poursuivent sans
se lasser le roi de Lanka, ils font la connaissance de Hanuman,
general de 1'armee des singes, et plus tard celle de Sugriva, prince
simien, qui leur dit que la royaute vient de lui £tre ravie par son
frere Bali (1), qui pretend regner sans partage sur le peuple des
singes. Rama voit en cette occurrence la possibilite de se faire un
allie qu'il estime necessaire pour combattre Ravana et offre son aide
a Sugriva dans la guerre que ce prince veut livrer a son frere. Lutte
entre les deux princes simiens. Sugriva est surle point de succom-
ber lorsque Rama vient a son secours et decoche a Bali une
fleche qui le perce de part en part (2). A la suite de cette aven-
ture, Sugriva reconnaissant devient 1'allie de Rama, et tous deux,
suivis de 1'armee des singes, entrent en campagne contre
Ravana.
Leur premier acte est de charger Hanuman de s'enquerir du
sort de Sita et de 1'endroit ou elle est retenue captive. Hanuman,
d'un bond prodigieux, franchit le bras de mer qui separe 1'Inde
de 1'ile de Lanka et tombe pres du palais de Ravana. II rencontre
Sita pendant la nuit et 1'avertit que Rama se propose de venir
la delivrer. II retourne ensuite dans 1'Inde, aussi facilement qu'il
en etait venu, mais avant de partir il brule la capitale de 1'ile en
s'attachant a la queue une torche qu'il promene dans les rues pour
incendier les maisons.
Depart de Rama, de Lakshmana et de 1'armee des singes pour
Lanka. Peripeties nombreuses; une epidemic decime les guerriers
simiens, mais un petit singe guerisseur trouve un remede contre
cette maladie. L'armee arrive au bord de la mer et construit avec
des quartiers de roche le " pont d'Adam ", qui lui permet de
traverser le detroit et de penetrer dans 1'ile. Bataille terrible (3).
Nombreux exploits de Hanuman. (Dans le poeme, des chapitres
(DOuVali.
(2) Bas-relief deja vu.
(3) Bas-relief de la galerie occidentale. partie gaucbe. C'e«l le dernier panneau que noui
examineront.
60
ANGKOR- VAT. — UNE DBS FORTES
DE LA GALERIE DU
DKrXIKME ETAGE.
ANGKOR-\"AT. — PORCHE CENTRAL
(QUEST) DE LA GALERIE DU
DEUXIE.ME ETAGE ET PASSERELLE.
AXGKOR-VAT. -— ANGLE NORD-
OfEST DE LA GALERIE DU
DEt'XIE.ME ETAGE.
ANGKOR-VAT. — PREAU COUVERT
PARTIE DES GALERIES
CROISEES.
E AUX KL'IXKS IJ'ANUKOk.
PL. 19, PAGE
I
(JUIDE AL'X KITINES U'AXGKOR.
l-L. 70. PAGE 61
ANGKOR. VAT
cntiers sont consacres a la description detaille'e des combats singu-
liers et des melees generales.)
Ravana est vaincu, Sita reprise et Rama dit a son epouse :
Je t'ai delivree, mais tu ne peux plus etre a moiparce quemon
ennemi Ravana t'a souillee. " Slta proteste de son innocence.
Elle subit 1'epreuve du feu en se plafant au milieu d'un brasier
dont les flammes
ne lui font aucun
mal (1). Puis la
deesse de la terre
sort d'une cre-
vasse du sol pour
declarer que Sita
est pure de tout
contact avec Ra-
vana. Rama re-
prend son epouse.
Face meridio-
nale (partie gau-
che). — Gale-
rie tres impor-
tante au double
point de vue
historique et eth-
nographique. Sa
longueur est de
pres de 100 me-
tres. Voici les
explications que
M. E. A. nous
donne a son sujet : ' ' Cette galerie se divise en deux tableaux
qui se suivent sur la pierre sans interruption : une promenade de
reines et de princesses et une audience royale tenue sur une mon-
tagne ; puis un long defile ou, plus exactement, une revue de sei-
gneurs figures en marche et entoures de leurs troupes.
Le premier tableau, qui est long d'une quinzaine de metres,
se divise done lui-meme en deux registres, dont les sujets parais-
sent etre connexes mais sont parfaitement distincts. Au premier
FIG. 18. — ANGKOR-VAT. — UN DES PANNEAUX
DE I.'ANGLE SUD-OCEST DE LA PREMIERE GALERIE.
Sc£ne entre Kdma et fiva.
( I ) Bas-relief que nous verront plus tard dans le vestibule de Tangle nord-ouest.
6,
AUX RUINES D'ANCKOR
plan, defilent des corteges de reines et de princesses coiffees de
diademes a triple pointe. Values de belles jupes, ces dames ont
le buste nu, comme toutes les femmes sculptees sur le temple. En
avant, ce sont cinq reines portees sur des palanquins que surmon-
tent de magnifiques dais. Suivent cinq princesses, de rang infe-
rieur sans doute, trainees a bras d'homme sur de legers chars a
grandes roues. Si ces princesses etaient a 1'interieur, elles resteraient
completement cachees par la toiture de cuir ou de drap qui
retombe en rideau des deux c6tes du char; 1'artiste a tourne la
difficulte en les pla9ant sur le bord anterieur du vehicule. Toutes
ces dames, entourees d'une suite nombreuse, cueillent des fruits en
passant sous les arbres, re9oivent des presents, font des cadeaux
a leurs enfants. Empressees autour d'elles, les servantes les abritent
sous des parasols, agitent de grands eventails sur leur front, ouleur
offrent des corbeilles de fruits. En ce brillant appareil, elles tra-
versent la foret peuplee de cerfs et dont les arbres, portant des
oiseaux, recouvrent aussi de leur epaisse frondaison les pentes de
la montagne et remplissent tout 1'mtervalle qui separe les deux
registres de ce premier tableau.
Au plan superieur, sur la montagne largement taillee en
esplanade, on aperfoit tout d'abord une nombreuse garde royale :
lanciers et archers, portant des coiffures variees, sous les armes et
assis, c'est-a-dire dans la tenue et 1'attitude qui conviennent a une
audience royale solennelle.
Apres les archers, vient le groupe des brahmanes qui sont
plus vetus, ou, pour parler plus exactement, moins nus qu'a 1'or-
dinaire, ayant sans doute endosse un pagne (sic) d'apparat plus
large que 1'etroite bande d'etoffe qui, dans la scene du defile ou
nous les retrouverons, cache a peine leur nudite. Ces pretres ont
de gros pendants piriformes suspendus aux oreilles, tandis que les
princes et les guerriers de cette galerie ont les oreilles sans orne-
ments, quoique largement percees. La longue chevelure de ces
brahmanes, formant un haut chignon, est prise sous un bonnet
d'etoffe a fleurs ; mais chez plusieurs les cheveux sont simplement
tresses, releves sans bonnet. Trois brahmanes sont debout au milieu
du groupe ; le chef se retournant face en arriere, le bras droit
tendu, donne des ordres que recoivent les deux autres porteurs
de plateaux charges de fruits. C'est ici que nous rencontrons la
premiere des legendes explicatives qui ont etc burinees dans cette
galerie et que nous traduirons en les numerotant : I . " Presents
62
ANGKOR. VAT
des seigneurs et maitres, les Pandits " (Presents offerts au
roi). Cette inscription, tracee sous le bras horizontalement tendu du
chef des brahmanes et au-dessus d'un amas de fleurs et de feuil-
lages, nous apprend done que ce grand-pretre ordonne de porter
les deux plateaux de fruits au roi qui est assis quelques pas plus
loin. -- 2. " Sa Majeste, les pieds sacres, seigneur et maitre,
Parama Vishnuloka, lorsque le roi est sur le mont £ivapada
(donnant des ordres) pour le rassemblement des troupes. " ...
Le roi que designe notre inscription est bien conserve. Les gens
du pays ont cou-
tume de le recouvrir
de minces feuilles
d'or, ce qu'ils font
traditionnellement
pour plusieurs figu-
res specialement ho-
norees en ces bas-
reliefs. Coiffe du
mukuta, ou diademe
a sommet pointu, ce
souverain porte de
gros ornements sus-
pendus aux oreilles.
Son buste nu est de-
core d'un riche et
large collier et d'un
double baudrier ou d'une echarpe se croisant sur la poitrine. Deux brace-
lets ornent chacun de ses bras, Tun au poignet, 1'autre au-dessous
de 1'epaule ; a chaque jarret est un large anneau de jambe. Pour
arme, il a un poignard passe a une superbe ceinture. Dans une pose
pleine d'aisance, le roi est assis a 1'orientale sur un trone recouvert
d'un beau tapis, le coude droit appuye sur un coussin, la main tenant
un objet en forme de lezard a courtes pattes, sorte de sachet par fume,
peut-on supposer, dont sont munis la plupart des bienheureux, rois
ou reines, de la galerie suivante (1). Le bras gauche est tendu pour
joindre le geste aux ordres donne*s aux personnages des inscriptions
suivantes ; la main gauche tient aussi un objet, sachet ou mouchoir,
cache* en par tie.
(1) Noui croyoru qu'il «'agil tout simplement d'une fleur. Ij. C.]
63
FIG. 19. — ANGKOR- VAT. — UN DES TYMPANS
»E L'ANGLE SUD-OUEST DE LA PREMIERE GALERIE.
Rama tuant la biche d'or.
AUX RUINES D'ANGKOR
Entoure de nombreux serviteurs, le roi est abrite sous quaton
parasols, rafraichi par cinq longs even tails oblongs a long manche <
par quatre chasse-mouches de poils en forme de queue de vach<
Deux autres larges insignes, plats, evases, paraissent fails de quev
de paon.
Du roi nous passons a ses ministres. "3. Le saint seignei
et maJtre £ri Virasinha Varmma ". Vu de profil, a genot
devant le roi, ce personnage lui presente des deux mains un objet
rouleau, tablette ou registre.
" 4. Le seigneur et maitre, le principal Qri Varddha. " Celui-
est vu de face, assis, la tete tournee vers le roi ; la maindroite, pose
sur le coeur, indique ses sentiments de fidelite, d'obeissance at
ordres qu'il rejoit. II a pour ornements un simple collier au coi
" 5. Le seigneur et maitre Dhananjaya. " Ce ministre est assis,
main droite posee sur la poitrine et la gauche sur la cuisse.
" 6. Le saint seigneur et maitre des mentes et des fautes, le qu.
trieme. " La legende indicatrice ne donne pas son nom, mais el
nous apprend que la surveillance des Guna dosa, ' ' merites et faute
recompenses et chatiments ", c'est-a-dire de la justice criminell
etait la quatrieme charge ministerielle.
" Au dela des quatre ministres sont trois autres grands officie
de la couronne, ay ant meme tenue et meme attitude, et recevant <
meme les ordres royaux, sans armes ni ornements. Puis, six chefs <
armes, avec casque, bouclier et cuirasse, saluent en portant les de
mains a leur front. Ce sont sans doute des seigneurs que nous retro
verons au defile qui suit cette scene.
Plus loin d'autres grands personnages se retirent et descend*
la montagne dans la tenue qu'ils auront au defile, c'est-a-dire t
nue et armes. C'est au pied de la montagne que finit ce prem
tableau qui represente le roi donnant une audience solennelle
une colline, donnant des ordres a ses ministres, a ses dignitaires
vassaux ; et pendant qu'il fait prendre toutes dispositions pour
grande revue qui va suivre, le harem royal sort et se divertit dans
bois, prenant ainsi sa part de 1'allegresse publique.
Imme'diatement apres paraissent les soldats armes....
Avant de poursuivre 1'interessante description de M. Aymoni
nous avouerons ne pas comprendre, comme cet auteur les a cc
pris, quelques sujets de la galerie que nous visitons en ce moment.
A notre sens, le personnage de 1'mscription 3 ne presente pas
objet au roi. La pose de la tete nous fournit une indication : Si
64
CHIDE ATX KllNKS li'ANGKOK.
ANGKOR- VAT. — PREAU COUVEUT : UN DES ANGLES DES GAI.ERIES CROISEES.
ANGKOR-VAT. — PREAC COUVKRT : TV.MPAN i>r. I.A GAI.ERIE ORIENTEE KORD-&UD.
( SCENE DE I.A i EGENDE DE VISHNOU.)
CflDK ACX Kl'lM-is tTANGKOR.
ANGKOR-VAT
Virasinha Varmma (c'est le nom du personnage) offrait au monarque
un objet quelconque, il baisserait le front davantage en signe d'humi-
lite. Nous voyons done ici un secretaire d'un certain rang lisant sur
un rouleau de papyrus la liste des guerriers qui s'inclinent, a 1'appel
de leur nom, devant le roi et descendent ensuite les degres de la
colline, non pour prendre part a une revue, mais pour partir en guerre.
Ces memes guer-
riers etaient d'a-
bord a la droite
du roi, oil nous
en apercevons
encore un grand
nombre. — Quant
aux cinq reines et
aux nombreuses
princesses qui
prennent leurs
ebats dans la foret,
nous les transfor-
mons volontiers en
simples femmes de
chefs suivant Tar-
mac pour ne pas
elre separees de
leurs epoux. Tout
ce monde a 1'air
de cheminer ha-
tivement plutot
que de s'amuser.
Une quantited'es-
claves captures au
cours des batailles prece'dentes font partie de la suite de Tarmee
et portent une chrage de provisions.
Revenons a la description de M. E. Aymonier, qui est extreme-
ment precieuse quant aux details : " Immediatement apres paraissent
les soldats armes formant 1'escorte du premier des nombreux seigneurs
qui defilent fierement, chevauchant leurs superbes montures, entoures
de la foule de leurs escortes guerneres. Ce seigneur est nomme dans
1'inscription 7 " Saint seigneur et maitre £ri Jayendra Varmma
Ldau ".... De meme que tous les autres grands seigneurs, il est
65
FIG. 20. — ANGKOR-VAT. — BAS-RELIEFS
DE LA PREMIERE GALERIE.
Face meridionale, partie gauche : le roi est sur
le mont f ivapada pour rassembler son armee
(fragment).
AUX RUINES D'ANGKOR
represente debout sur un elephant, le pied gauche pose sur la selle
de guerre et le droit sur la croupe de 1'animal. Une sorte de tapis fixe
a la selle recouvre en partie le dos de la monture (1). De sa main
droite, ce Varman tient une pique appuyee a 1'epaule et le fer en
avant. Son bras gauche etendu presente au spectateur la face inte-
rieure de son bouclier. Comme la plupart des autres dignitaires, il a
revetu 1'epaisse cuirasse au bord inferieur coupe droit, en pourpoint,
que porte la generalite des simples guerriers armes de lances.
L'autre sorte d'armure, celle des archers, que portent quelques-
uns des seigneurs, coupee obliquement dans le bas, est un peu plus
longue sur le dos. Cette armure, qui parait plus legere, collee sur le
corps, laisse le cou a decouvert, tandis que 1'epaisse cuirasse a sur
1'epaule gauche un rebord destine a couvrir le cou, et ou sont fixes
veru'calement deux poignards. Des brassards qui ferment corps avec
la cuirasse descendent a demi-distance du coude et de 1'epaule.
Le premier Varman a pour msignes d'honneur six parasols et
deux oriflammes ou longues et etroites bandes d'etoffe repliees en
deux autour d'une hampe, les bords reunis etant decoupes en dents
de loup. Les guerriers qui 1'accompagnent sont coiffes de casques a
tete de dragon, de griffon et autres animaux fantastiques.... "
Nous ne donnerons pas in extenso la description de M. Aymomer.
Tous les chefs de cohorte sont semblables, a d'infimes details pres,
et les fractions de 1'armee ne different que par 1'armure et les vete-
ments. Mais voici encore quelques passages que nous ne pouvons
omettre :
" Le sacrificateur royal et sa troupe de brahmanes interrompent
le defile des guerners. Ce sacrificateur est porte par ses confreres
dans un hamac recouvert d'une petite toiture qui pouvait etre en
cuir, en bois ou en bambou travaille. II tient a la main un objet diffi-
cile a determiner, peut-etre le couteau du sacrifice. II est possible que
ce soil le meme personnage que nous avons vu donnant des ordres
sur la montagne (inscription 1 ) ; toutefois le pretre porte en hamac
parait plus age que 1'autre (2). Les bras sont ornes de quatre brace-
lets de grains enfiles, et sa coiffure est plus simple que celle de ses
confreres.
Un double baudrier orne la poi trine de tous ces brahmanes dont
1 I ) Le tapis n'est pat fixe a la selle. II est place entre la selle et le dos de la monture pour
eviter les blessures que ne manquerait pas d'occasionner le frottement dur du bois. [J. C.l
(2) Les sculpteurs cambodgiens pouvaient differencier un enfant d'un adulte en lui donnant une
taille plus petite, mais ils etaient bien incapables d'accuser une difference «l'age chez des person-
nages de meme taille. [J. C.]
66 .
ANGKOR. VAT
le vetement tres primitif ne se compose que d'un pagne etroit et court.
A cela il faut ajouter le bonnet qui prend leur chignon. Sur leur
allure plus que decidee, gaillarde, fanfaronne meme, s'est exerce
le ciseau des artistes avec un gram d'ironie qui fait honneur a
leur talent, surtout si Ton compare ces figures a celles des princes
et des guerriers.
L'un des brahmanes porteurs, depla9ant le bras du hamac sur
son epaule endolorie, fait face au spectateur avec une grimace
comique et naturelle. Ceux qui sont au premier rang agitent des
sonnettes. Tous portent de gros pendants d'oreilles, comme le roi,
tandis que les autres personnages de cette galene ont les oreilles
percees, mais sans ornements, ainsi qu'il conver.ait a une ceremome
revetant un caractere religieux ou tout au moins officiel (1).
Treize eventails plats et trois oriflammes decorent le cortege
des sacrificateurs royaux.
Inscription 24. Le feu sacre, qui parait avoir symbolise
les cultes brahmaniques et joue un grand role dans les ceremonies
de 1'ancien Cambodge, est porte devant les Pandits, dans une
arche elegante, par une corporation speciale de serviteurs des
temples sans doute, dont les membres, vetus du pagne a pans,
ont les cheveux coupes en brosse, les longues oreilles, percees
sans pendants, et au cou des colliers, simples anneaux de metal.
Les nombreux porteurs du coffre sont precedes de trompettes,
de tambours, de sonneurs de conque, d'une enorme cymbale sur
laquelle frappe a grands coups le cymbalier arme de deux maillets.
On voit aussi dans ce groupe deux pitres aux danses grotesques
et des porteurs d'oriflamme qui jonglent avec ces insignes.
Dix parasols, trois chasse-mouches en poils, quatre eventails
de formes diverses et symetriquement places, Hanuman pour
enseigne et sept oriflammes decorent le curieux cortege du feu
sacre.
En avant, recommence le defile des guerriers....
" Inscription 29. " Ceci est le Syam Kut. " II s'agit done de
Siamois dont le nom apparait ainsi au XII' siecle et qui sont dis-
tingues par le terme de Kut. Ce mot, qui reste a determiner, appar-
tient soit a la langue cambodgienne, soit a la siamoise.
Le prince etranger, a elephant, et ses guerriers, a pied, ont
tous un aspect tres etrange. Leur coiffure, ou leur chevelure tressee,
(1) Etait-il vraiment interdit de porter des bijoux au cours cle« ceremonies religieuses ou offi-
ciellesPU.C.]
67
AUX RUINES D'ANGKOR
est etage'e en triple et quadruple plumet. Sous ce sommet, cinq
rangees de chapelets superposes forment le corps de la coiffure.
D'autres chapelets tombent verticalement sur le front et sur les
epaules. Le chef porte des colliers et des bracelets qui sont faits
aussi de chapelets. De sa cemture, une quantite d'autres ornements
de ce genre tombent sur une longue jupe. Ce chef est represente
de'cochant une fleche, lourdement et sans grace. La coiffure du
cornac, avec six etages, rencherit encore sur celle de son maitre.
La selle de 1'elephant est d'une forme toute particuliere, a bords
plats. Les guerriers, tatoues sur les joues, ont tous une physiono-
mie sauvage. A nombre d'entre eux, les artistes ont donne une mine
grotesque, un type qui semble avoir etc reellement observe....
Face meridionale (partie droite). — La galerie des deux et des
enfers. — Nous n'avons rien de mieux a faire que de transcrire
ndelement ici les parties essentielles de 1'excellente description de
M. E. Aymonier, qui donne le detail de chaque scene (1). " Cette
salle est la galerie des vies futures, des recompenses ou des chati-
ments que meritent les bonnes ou les mauvaises actions des
humains.
Parfaitement ordonnee, la composition de ce grand panneau
represente le Jugement dernier, les Cieux et les Enfers. Elle fait
ressorlir le contraste qui existe entre les joies paradisiaques et les
tourments des enfers. La representation figuree des sombres gehennes
indiennes ressemble etrangement, par maints details, aux oeuvres
analogues des sculpteurs europeens du Moyen Age. Mais quelques
differences essentielles peuvent etre releveesdans les Jdees religieuses
qui inspiraient ici et la les artistes. Les pemes des Indiens n'etaient
pas eternelles. Leurs lieux infernaux ont plutot le caractere de pur-
gatoires, ou la duree des horribles expiations se chiffre, il est vrai,
par myriades d'annees. Notons aussi que les torh'onnaires sont eux-
memes des damnes, commis a 1'ofnce de supplicier les autres reprouves.
Nous retrouvons encore ici de nombreuses petites inscriptions
explicatives.
Le panneau de ces bas-reliefs est tout d'abord divise en trois
registres presentant, sur une vingtaine de metres de longueur, trois
voies super posees. La voie inferieure est celle qui conduit aux lieux
de supplice ; les deux autres montent au sejour des bienheureux.
(I) Nous avons etudir point par point la galerie des supplices, et nous estimons que les expli-
cations contenues dans 1'ouvrage de M. E. A. (le Cambodgc, t. HI, p. 265 a 273) sont des plus
interessantes et precises.
68
Gl'IUE AL'X RL'IXKS H'A.NGKOK.
1'L. 23, PACK 6!i.
ANGKOR-VAT. — PREAU COUVERT : COLLECTION DE STATUES BOUDDIUQUES.
ANGKOR- VAT. — PREAU COUVERT:
ENCADRE.MEXT n'uNE DES PORTES.
AXGKOR-VAT. — PRKAU COUVERT :
RASE D UN DES PII.IERS.
GUIDE AUX KU1.NES U'ANGKOR.
PL. 24. PAGE 69.
ANGKOR-VAT
Ceci, les deux voies super/cures sont les chemins des deux
(inscription). Des cavaliers, des seigneurs, de nombreuses dames,
abrites sous des parasols, occupent les deux voies qui conduisent
aux cieux. Les dames goutent aux corbeilles de fruits que leur offrent
des servantes. A genoux, les porteurs d'un palanquin attendent que
la dame la plus rapprochee y prenne place.
Ceci, la voie inferieure est le chemin des Enfers (inscrip-
tion). Les damnes sont enchaines, saisis aux machoires, aux
cheveux, frappes a coups de massue par d'horribles demons aux
faces temfiantes que coiffent des casques a large cimier. A 1'aide de
cordes qui passent dans leur nez, dans leurs oreilles, les reprouves
sont trained violemment aux supplices. Us sont meme en butte aux
attaques furieuses des betes infernales. Les cerfs les percent de
leurs cornes, les chiens les mordent, les lions les dechirent, les
elephants et les rhinoceros les pietinent et les broient. Jetant des
regards de desespoir et d'envie sur les bienheureux qui montent aux
cieux, hommes effares et femmes aux pendantes mamelles s'ache-
minent, pleurant et gemissant, vers leurs juges redoutables.
Vrah (le dieu) Yama (inscription). Ce Pluton indien, dieu
du Temps, de la mort eternelle, de I'immortalite', roi des sejours
infernaux, est represente sous la forme d'un dieu terrible aux bras
multiples armes de massues, coiffe d'un diademe etage, assis sur un
trone (1) eleve que decorent de nombreux eventails, chasse-mouches,
parasols. 11 occupe, avec la foule de ses courtisans, les trois
etages (2) des bas-reliefs et interrompt, a une vingtaine de metres du
commencement de la galerie, les defiles des bienheureux et des
reprouves.
Parmi les assesseurs du dieu se trouve, un peu plus loin,
a droite, Vrah Dharma, " la Sainte Justice " (inscription),
coiffe du mukuta ou diademe royal et charge de nombreux colliers,
bracelets et ornements royaux. Quant a Citragupta (deuxieme
assesseur du dieu) (inscription), dont la figure a etc abimee par
quelque impie contempteur des redoutables vies futures, il serait
difficile, n'etait 1'inscription qui le designe, de reconnaltre le scribe,
le greffier de Yama, le lecteur des bonnes ou mauvaises actions des
mortels, en ce personnage d'aspect farouche, coiffe d'un casque a
large cimier, assis sur un epais coussin et arme d'une massue qu'il
brandit vers les damnes que lui amenent les demons infernaux.
(1) Ce personnage n'est pas sur un trone, mais sur un taureau. [J. C.J
(2) Seulement deux etages. [J. C.]
69
AUX RUINES D'ANGKOR
' ' A partir du groupe forme par Yama et sa cour, les bas-reliefs
ne comprennent plus que deux registres : les Cieux et les Enfers, que
separe une ligne continue de petits garoudas disposes en caria-
tides.
Les cieux sont figures par une suite quelque peu monotone de
trente-sept tours elegantes ou palais aeriens (1 ) atrois compartiments.
La chambre centrale est occupee par le bienheureux represente
alternativement sous les traits d'un roi ou d'une reine, assis sur un
tr6ne, entoure d'un cortege de belles suivantes ; celles-ci, dispersees
dans les trois salles du palais, eventent le seigneur ou la dame, lui
offrent fruits et fleurs, presentent les petits enfants aux caresses
pater nelles ou maternelles et quelquefois tendent aux reines des
miroirs ovales qui semblent etre metalliques.
Les intervalles entre les toils des palais aeriens sont remplis de
nymphes celestes dansant avec grace.
L'imagination humaine atteint promptement ses limites quand
il s'agit de figurer le bonheur parfait. Ses ressources, empruntees
trop souvent aux realites ambiantes, sont, au contraire, infimes
dans la representation des sombres et attristantes gehennes infer-
nales qui se suivent ici, sans demarcation, au registre inferieur du
panneau, simplement indiquees par la variete de leurs supphces
et sobrement commentees par les courtes legendes explicatives
tracees sur 1'etroit et continu lisere qui les surmonte.
La plupart de ces inscriptions ont etc tracees avec une grande
incorrection ou sont dans un etat de conservation deplorable. Elles
nous fournissent, telles quelles, une nomenclature des enfers
indiens assez etendue, presentant plusieurs lacunes, mais pouvant
donner lieu a de curieux sujets de comparaison avec les classifications
brahmaniques et bouddhiques deja etudiees par divers auteurs.
Inscription 6. Avici. Ceux qui eiant dans I' abandonee pra-
iiquent neanmoins les azuvres du peche. Les damnes de ce premier
enfer Mahavici ou Avici, 1'enfer " sans repos ", sont jetes dans
des buchers ou sur des arbres epineux ; Tun, etendu sur une table,
est racle, ecorche avec une rape.
Inscription 7. Krintinicaya. Ceux qui blasphement lesdieux,
le feu sacre, les precepteurs, les brahmanes, la (sainte) science ;
ceux qui meprisent la lot sainte, les serviteurs de £iva, leur mere,
(I) Le terme de " loses " conviendrait mieux, a cause de la petite dimension de ces appar-
tements, que celui de " palais ". L'appellation de " tours " ne convient pas du tout, comme le
visiteur pourra s'en rendre compte. [J. C.]
7°
ANGKOR-VAT
leur pere, leurs amis. Ceux-la sont jetes dans 1'amas de vers et
frappes a coups de massue.
Inscription 8. Vaiiaranidarn. Ceux qui ne suivent que leurs
penchants criminels (?).... les trompeurs, les voleurs (1) ....
En ce Styx des Indians, fleuve impetueux et feiide ", les
damnes sont tenailles par les tortionnaires qui leur arrachent la
langue, leur enfoncent des pieux dans la bouche.
Inscription 9. Ruji$almali .... Ce qui suit n'est guere
traduisible. Ce nom d'enfer, acceptable a la rigueur, peut aussi
avoir etc ecrit pour Kuta?almali. II s'agit, en tout cas, de 1'enfer
aux " arbres a epines tranchantes ".
" Les damnes (qui, d'apres M. G. Coedes, sont les faux temoins)
FIG 21. — ANGKOR- VAT. — GALERIE DES CIEUX ET DES ENFERS
(FRAGMENT DU REGISTRE DES SUPPLICES).
sont tenailles, depeces, suspendus a ces arbres et piles dans des
mortiers.
Inscription 10. Yugmaparvata. Les violents, les oppresseurs,
les meurtriers, les assassins. Ces damnes sont ecrases par couples,
en cet enfer des " montagnes accouplees ".
Inscription 1 1 . Nirucchvdsa. Les emportes, les violents, ceux
qui trahissent la confiance, ceux qui tuent les femmes et les
enfants (2). Dans 1'enfer de " 1'etouffement ", ceux-la sont jetes
dans des bAchers, ou bien ficeles comme des saucisses et roules
centre des troncs d'arbres aux epines dures et acerees.
Inscription 12. Ucchvdsa. Ceux qui oivent en pratiquant Tin-
justice, ceux qui blament avec violence lesfautes <? autrui, ceux qui
mangent la chair (qui nest pas arrosee, pas immolee selon les
( 1 ) Traduction incomplete et conjecturale. [£. A.]
(2) Et les voleurs d'or. Indication de M. E. Hubar.
71
AVX RUINES D'ANGKOR
rites ?). Parmi les damnes de cet enfer des sanglots, qui sont
enchaines, frappes, fendus a grands coups de glaive, on remarque
des femmes, toujours representees dans les enfers avec les mamelles
Basques et pendantes.
" Inscription 13. Dravattrapu. Ceuxqui font tort a autrui,ceux
qui prertnent la terre, la maison, la demeure d'auirui. Ceux-la sont
entasses dans les bassins de plomb ou d'etain tondu.
Inscription 14. Taptala^samaya. Ceux qui incendient la
maison d'autrui, qui incendient les forets, ceux qui donnent du
poison a autrui. Us sont amarres contre des arbres e'pineux ou jetes
dans les brasiers (1).
Inscription 15. Asthibhanga. Ceuxqui abiment les jardins,
maisons, mares, fosses, puits, habitations et demeures en general ;
ceux qui detruisent les etangs d'autrui (toutes actions qui sont des
peches). En cet enfer de la " rupture des os ", leurs os sont en
effet brisks a coups de massue, ou des pieux sont enfonces dans
leur bouche.
Inscription 16. Krakaccheda. Les gourmands. Hommes et
femmes sont broye's a coups de massue, ou ont les machoires
ecrasees dans des etaux.
" Inscription 17. Puyapurnahrada. Ceuxqui volent les liqueurs
fortes, ensorcellent furtivement les femmes d'autrui, ceux qui
sapprochent des epouses des savants. Ceux-la sont de"chiquetes par
des oiseaux de proie et jetes dans le lac de pus liquide et gluant.
Inscription 18. Asrifcpurnahrada. Ceux qui volent la chair
volent Fepouse d'autrui, prennent fepouse d'un savant. Frappes a
grands coups, ils sont jetes dans un lac plein de sang.
Inscription 19. Medohrada. Les cupides, celles qui induisent
a la concupiscence.... Les damne's de cet enfer, en grande partie
des femmes aux mamelles Basques et pendantes, sont saisis par les
cheveux et precipites dans le lac de moelle.
" Inscription 20. Tamra (?)... (inscription ruinee). Les damnes
au ventre enorme et ballonne sont frappes a grands coups.
Inscription 21. Til^sayasl^anda (2) (?). Ceux qui prennent
ce qu'on leur refuse, qui volent le riz. Ces damnes, aux ventres
e'normes et ballants, sont frappes, lardes a terre.
Inscription 22. Angdranicaya. Ceux qui incendient les vil-
(1) De laquc fondue. Indication de M. E. Huber.
(2) Lire : Tl^snayastunda : " Mise en morceaux par armes tranchantes ". Indication de
M. E. Huber.
ANGKOR-VAT. — COUR DU PREMIER ETAGE : UNE DES BIBLIOTHEQUES
AVANT LES TRAVAUX DE DEGAGEMENT.
ANGKOR-VAT. — ANGLE SUD-EST DE LA GALERIE DU PREMIER ETAGE.
GUIDE A ex ReiXES D'.YXGKCJR.
PL. 25, PAGE 72
ANGKOR- VAT. — FACADE "MERIDIONALS DE LA GALERIE DU PREMIER ETAGE.
ANGKOR- VAT. — PORCHE SEPTENTRIONAL DE LA GALERIE DU PREMIER ETAGE.
GUIDE AUX RUINES D'ANGKOR.
PL. 26. PAGE 73.
ANGKOR. VAT
lages, les villes, les pares des bosufs sacres ; ceux qui souillent les
saints lieux (?). Us sont jetes sur des monceaux de braise.
' Inscription 23. Ambarisa. Ceux qui font avorter la femme
d'autrui, ceux qui prennent la femme de tami. Ces damnes de la
poele a frire " sont tortures par couples, amarres, lardes, jetes
dans des cages.
Inscription 24. Rumbhipaka. Ceux que le souverain charge
de fonctions ... volent les biens des gourous (1), vivent dans la
bassesse, volent les biens des malheureux et des brahmanes verses
dans les saintes ecritures. Us sont jetes dans des chaudieres la tete
la premiere.
Inscription 25. Talavriksavana. Ceux qui coupent les arbres
qu'il ne convient pas d'abattre, coupent les arbres des monasteres,
souillent les saints lieux. Les uns ont, dans cet enfer de la foret
des palmiers borassus " (2), le cou serre dans un etau ; d'autres
sont ficeles, la tete en bas.
" Inscription 26. Ksuradharaparvata. Les voleurs d 'elephants, de
chevaux, de palanquins, de chaussures, qui depouillent les brahmanes;
ceux qui meprisent les pandits ; ceux qui volent les instruments du
sacrifice. Us sont attaches en croix a des arbres, entoures de
flammes (3), ou piles dans des mortiers.
Inscnption 27 pana. Ceux qui causent de la peine aux
autres, ceux qui volent des parasols. Ceux-la sont jetes dans les
brasiers. (Dans cette inscription, qui est, ainsi que les suivantes,
tres ruinee, il faut peut-etre reconnaitre un enfer brulant, le
Tapana ou Pratapana.)
Inscription 28. Sucimukha,... Les damnes sont suspendus,
lies, jetes a terre et frappes.
Inscription 29. Kalasutra.... (4). [La suite de cette inscrip-
tion, peu traduisible, semble concerner les fautes commises contre
le roi, I'msoumission a ses ordres(5).] — Les damnes sont empiles
ou jetes dans des brasiers.
Inscription 30. Mahapadma. Ceux qui prennent des fleurs....
(La suite est perdue.) Les damnes de 1'enfer du " grand lotus " sont
jetes dans des brasiers ; des oiseaux de proie leur dechirent les
(1) Professeurs. [J. C.]
(2) Palmiers a sucre. Cet arbre est extremement abondant dans I'enceinte meme d'Angkor-
Vat. U. C.]
(3) De rasoirs. Indication de M. E. Huber.
(4) Kalasutra : la corde noire. Indication de M. E. Huber.
(5) D'apres M. G. Ccedes : Les sens qui sement la discorde entre les rois (?) et sont
avides de richesses.
73
AVX RVINES D'ANGKOR
visage ; ils sont attaches a des arbres epineux et perces de fleches.
Inscription 31. Padma. Ceuxqui volent les fleurs ou cueillen
sans respect les fleurs des jardins sacres de £/ua. Ces damnes de
1'enfer des lotus sont ficeles a des arbres ; les demons leur en-
foncent a grands coups de marteau des clous dans la tete ; ou
bien ils sont devores par des chiens ou des oiseaux de proie.
Inscription 32. Sanjtoana.... (Le reste est illisible.) Les
damnes de cet enfer sont suspendus sur un bucher, la tete en bas,
les jambes attachees a deux arbres. D'autres sont pendus par le
cou. Des nuees d'oiseaux les devorent.
Inscription 33... rafaa.... (Le terme de narafca, enfer, entrait
probablement dans cette inscription perdue.) Les demons tenaillent
les damnes, leur enfoncent des pieux dans la bouche.
Inscription 34... kmala.... A 1'aide de pinces les tortionnaires
arrachent la langue des supplicies.
Inscnprion 35. tyta. Les voleurs..., tous ont froid. En cet
unique enfer du froid qui soit figure dans cette galerie, les damnes
grelottent dans 1'eau en tenant leurs bras serres centre la poitrine,
posture habituelle des Cambodgiens actuels quand le thermometre
ne marque que 14 a 16° au-dessus de zero.
" Inscription 36. Sandratamah.Les voleurs... mensonge(\). Dans
ce sejour des epaisses tenebres ", les demons font sauter les
yeux des damnes a coups de poincon. D'autres supplicies sont
suspendus a des potences par la ceinture, et leur corps, enuere-
ment herisse de clous, est tendu vers le sol a 1'aide de poids
accroches a la tete, aux mains, aux pieds ; ils sont, en outre, lardes
et depeces. D'autres damnes, dans une attitude de terreur,
attendent leur tour de supplice.
Inscription 37,... ndsa... biens... non. Dans 1'enfer de cette
inscription, qui est presque totalement perdue, les damnes sont
suspendus par les mains a des potences, alors que tout leur corps,
tendu par des poids, est herisse de clous, de pointes enfoncees.
Inscription 38. Rauraoa.... L'inscription qui suit ce nom de
1'enfer des ' gemissements " semble concerner les violents, les avares,
les creanciers sans pitie (2). Tous ceux-la sont lies, entasses,
empiles sur les brasiers.
M. Aymonier ne fait pas mention dans sa description d'une
scene amusante (qu'on nous pardonne ce paradoxe) qui pourrait
(1) D'apres M. G. Coedes : Les gens qui volent les torches (?) ; les impurs ; les raenteurs.
(2) Ibid. ; Les gens dechus, qui vivent en exil (?).... qui ne payent pas leurs dettes.
74
ANGKOR-VAT
s'appeler " la chute aux enfers ". Le fragment qui s'y rapporte
est bref : on voit quelques malheureux efflanques a genoux devant
Citragupta, dont ils implorent la clemence. Us sont examines
sommairement et remis aux demons, qui les precipitent sans fason
a 1'etage inferieur. Ces damnes tombent, la tete en avant et le
corps allonge, dans la pose de plongeurs concourant pour un prix
de natation.
Remarquer que 1'enfer est peuplede gens extremement maigres,
tandis que le ce-
leste sejour est
habite par des
personnages bien
nourris.
Face orientale
(partie gauche).
Scene du bara'de-
mertt. — Voici ce
que dit M. Ay-
monier de 1'uni-
que scene qui
occupe tout le
panneau de cette
salle de 49 me-
ii I FIG. 22. — ANGKOR- VAT. — SCENE DU BARATTEMENT
gueur : Le (FRAGMENT).
mur de fond est
consacre tout entier a une representation etendue du celebre
mythe du barattement de la mer de lait, si frequemment figure
en raccourci par les artistes khmers, sur les linteaux et tym-
pans de leurs monuments. Au milieu de la mer, le mont
Mandara, reposant sur la tortue, est enlace par les anneaux du
serpent £esha, dont les Devas et les Asouras tirent alternativement
la queue et la tete pour imprimer a la montagne un mouvement
de rotation et produire ainsi 1'ambroisie (amritd), le breuvage
qui devait procurer I'immortalite et que les deux partis de barat-
teurs se disputerent ensuite en des luttes acharnees que nous
verrons reproduces dans une partie des autres bas-reliefs du
monument.
Aux deux extremites du long panneau, les nombreux servi-
leurs des Devas et des Asouras gardent les montures et les chars
75
AUX RUINES D'ANGKOR
des baratteurs. Les Asouras tirent sur le dragon du cote de la
tete, les Devas embrassent le corps du c6te de la queue. Les
premiers, trapus, vigoureux, coiffes de casques a cimier, portent
moustache et collier de barbe et, aux oreilles, de gros ornements.
Les Devas, coiffes du mukuta, ornes de riches colliers, de bracelets
ceignant le poignet et le dessus du coude, de doubles anneaux
aux pieds, sont moins cambres que leurs adversaires et paraissent
faiblir.
Au centre de la composition, la grande tortue, tres bien
sculptee, forme elle-me'me du dieu Hari, supporte la montagne
servant de moussoir ainsi que Vishnou, le dieu a quatre bras, qui
semble presider au barattement.
La partie inferieure du panneau repre'sente la mer, dont les
eaux sont a ce point transparentes qu'il est possible de voir toute
la gent aquatique attiree et plus ou moins maltraitee par le choc
violent des ondes raises en grand mouvement.
Dans les airs, sur toute la longueur du dragon, Tespace est
rempli de charmantes nymphes, les Apsaras, aux formes volup-
tueusement arrondies, dont les poses gracieuses semblent realiser
1'ideal de la danse chez les Cambodgiens et dont les mains agitent
des banderolles, paraissant ainsi, selon 1'expression d'un poete
indien, " balancer les guirlandes de la victoire.
La description de M. Aymonier supprime quelques phases
interessantes de la legende et n'est peut-etre pas tres juste. Nous
aliens done transcrire ici le fragment du poeme qui se rapporte au
barattement de la mer de lait et tel que 1'entendit Rama de la
bouche de 1'ascete Vi9vamitra (1) :
Autrefois les puissants fils de Dili et d'Aditi vivaient en
heros fortunes, vaillants et vertueux. Un jour, ces heros magnanimes
se demanderent comment ils pourraient devenir immortels, exempts
de la vieillesse et des maladies. Tandis qu'ils reflechissaient a
cela, 1'idee s'offrit a ces sages qu'en barattant la mer de lait ils
obtiendraient rimmortalite. Ils firent une corde du serpent Vasuki,
un pilon (2) du mont Mandara et ils baratterent, pleins d'une
vigueur sans mesure.
Au bout de mille ans, les bouches du serpent qui servait de
corde vomirent un poisson tres actif et entamerent de leurs dents
(1) Le Ramayana de Valmiki, trad. A. Roussel, Paris, 1903.
(2) " Pilon " est le mot employe par 1'abbe Roussel dans sa traduction. Le lecteur com-
prendra qu'il s'agit ici d'un objet qui tourne comme la tige d'une baratte et non d'un objet qui
ecrase.
76
ANGKOR-VAT. — PORCHK DK i, 'ANGLE
SUD-OUEST DE LA GALERIE DU
PREMIER ETAGE.
ANGKOR- VAT.
INTERIEI'R DE LA GAI.ERIK
1)1 PREMIER ETAGE.
ANGKOR-VAT. — ANGLE NORD-OUEST OF. LA GALERIE nr PREMIER ETAGE.
GL'IDE AUX KyiNES U'A.NGKOK.
PL. 27, PAGK ^t>.
ANGKOR-VAT. — GALERIE DU PREMIER ETAGE : FRAGMENTS DES BAS-RELIEFS
DE L' ANGLE SUD-OUEST.
ANGKOR- VAT. — GALERIE HISTORIQUE : DEFILE DES PANDITS.
GUIDE AUX KUIXES O'ANGKOR.
PL. 28. PACK 77.
ANGKOR-VAT
les rochers. Alors tomba, pareil a Agni (= le feu, le dieu du
feu), le redoutable poison du Halahala, qui consumait 1'univers
entier avec les
Devas, les Asou-
ras et les hom-
mes. Les Devas,
cherchant unasile
aupres du grand
dieu Camkara,
<^iva, vinrent le
trouver et implo-
rerent son secours
d'un ton sup-
pliant.
Hari
(Vish-
FIG. 23. — ANGKOR- VAT. — PARTIE CENTRALE
DE LA SCENE DU BARATTEMENT.
nou) arnva, por-
tant la conque
et le disque. II
s'adressa en souriant a Qiva, qui tenait son epieu : " Ce qui est
issu en premier lieu du barattement t'appartient, puisque tu es le
chef des dieux. Assure-toi le premier hommage en prenant ce
poison, 6 Maitre. " Mais Qiva disparut. A la vue des divinites
effrayees, le chef
des Devas, le
bienheureux Hari,
prit le Halahala,
poison redoutable
qui avait 1'appa-
rence de rAmri-
ta. Puis, les dieux
delwres, il s'en
alia.
Alors les De-
vas et les Asouras
FIG. 24. — ANGKOR-VAT. — SCENE DU BARATTEMENT
(FRAGMENT).
se
remirent tous
a baratter. Le
mont eleve qui
dans le Patala. Les
Vishnou :
servait de pilon s'enfon9a et tomba
Devas et les Gandharvas (demi-dieux) adjurerent
Tu es la voie de tous les etres, specialement des habitants
77
AUX RUINES D'ANGKOR
du ciel ; secours-nous, 6 toi qui es puissant. Releve la mon-
tagne. " Apres avoir entendu cet appel, Hari, prenant la forme
d'une tortue, posa la montagne sur son dos et se coucha
dans 1'eau. Ensuite, Tame des mondes, Kecava, saisissant de sa
main le sommet du Mandara et se pla£ant au milieu des dieux,
lui, le supreme Purusha (Vishnou), baratta la mer delait. Au boul
de mille ans, un homme a Tame vertueuse se presenta. II avail
dans les mains un baton et un vase plem d'ambroisie. Son nom
etait Dhanvantari (1'Esculape hindou).
Puis les ravissantes Apsaras, les femmes d'elite, sortirent de la
liqueur produite par le barattement. Telle est 1'origine des
Apsaras. II y en cut des multitudes, et plus innombrables encore
sont leurs servantes.
Apres les Apsaras, Varunl (Lakshmi), la fille de Varuna,
sortit du barattement. Opulente, elle se mit en quete d'epoux.
Les fils de Diti ne possederent point la fille de Varuna, mais
ce fat aux fils d'Aditi qu'appartint cette femme irreprochable, et
ils en furent combles de joie.
Apres Varunl, 1'effort des baratteurs produisit Uccaihcravas, le
meilleur des chevaux, puis le joyau Kaustubha et le delicieux
Amrita. La creation de celui-ci causa la rume de toute une race en
mettant aux prises les fils d'Aditi et ceux de Diti. Les Asouras
s'adjoignirent les Raksasas et, alors, eclata une guerre formidable
qui jeta 1'epouvante parmi les heros de trois mondes (sujet repre-
sente sur les panneaux d' Angkor- Vat). Lorsque 1'extermination
fut complete, Vishnou, doue d'une grande puissance, se saisit
vite de 1'Amrita. II devint immortel et invincible.
Face orientate (partie droite). — Cette galerie est, a quelques
centimetres pres, de la meme longueur que celle du barattement
qui lui est symetrique. Elle ne peut se comparer a celles que le
visiteur vient de voir. Nous ne retrouvons plus ici la moindre idee
des formes reelles : les elephants sont pourvus de jambes ridicules
qui semblent rognees a la hauteur du genou ; les guerriers nous
montrent une academic dont ils n'ont pas lieu de tirer vanite ; les
animaux mythologiques temoignent de 1 'inexperience absolue de
1'apprenti qui les a dessmes. Bref, les bas-reliefs de cette galerie
et ceux de la suivante sont regrettables, et nous ne pouvons
consentir a louer, comme le font certains auteurs, 1'artiste qui en
a concu 1'ensemble. II est visible que ces deux panneaux ont etc
executes apres les galeries des autres faces, probablement plusieurs
78
ANGKOR-VAT
siecles apres la chute du Brahmanisme, a une epoque ou les bonnes
traditions etaient deja perdues depuis longtemps.
Le sujet de ce bas-relief, nous dit M. Georges Coedes, n'a
jamais etc identifie d'une maniere satisfaisante. On y voit generale-
ment un combat entre deux armees ennemies, le " combat des
dieux contre les geants ". Mais cela est une erreur manifeste. Les
combattants ont, de part et d'autre, le meme aspect demoniaque; ils
chevauchent les memes ammaux (antastiques, enfin ils portent tous
le casque a cimier caracteristique des Asouras oudes Danavas. Les
deux armees qui paraissent marcher Tune contre 1'autre unissent en
realite leurs efforts
contre un person-
nage qui occupe
exactement le centre
du panneau. Celui-
ci n'est autre que
Vishnou Caturbhu-
ja monte sur Ga-
rouda. Avec son
disque, son epeeetsa
massue, il tient tete
victorieusement a
1'assaut de ses enne-
mis et en fait un
effroyable carnage. Le bas-relief peut done s'intituler Vishnou culbu-
tant 1'armee des Danavas : theme banal dans la litterature puranique.
Toutefois, le fait que ledieu estseul a se defendre contre la multitude de
ses adversaires permet de proposer une identification precise. Dans
les interminables luttes entre les Devas et les Asouras, dont on
trouvera un nouveau specimen dans la galene Nord partie droite,
Vishnou apparait ordinairement comme le sauveur, 1'invaincu a qui
les dieux s'adressent en dernier recours. Ici, il est seul, et Ton ne
voit guere qu'un episode de sa legende, — excepte sa lutte avec
Bana, que Ton va voir tout a 1'heure, — qui present e cette particu-
larite : c'est le combat qu'il livre devant Pragjyotisa, la ville ou se
tient enferme Naraka, le ravisseur des pendants d'oreilles d'Aditi.
Ce rapprochement, dont il ne faut pas se dissimuler le caractere
hypothetique, se trouve en partie justifie par un detail de la sculp-
ture : autour de Vishnou, quatre chefs des Davanas sont tues et jetes
a bas de leurs elephants. Or le Harivamca nous apprend qu'avant
79
FIG. 25. — ANGKOR-VAT. — SCENE DU BARATTL.MENT
(FRAGMENT).
AVX RUINES D'ANGKOR
d'entrer dans Pragjyotisa Vishnou triompha successivement <
Muru, de Nisunda, de Hayagriva et de Pancanada. Si 1'identific
tion proposee est confirmee, les quatre vaincus correspondent sa
doute a ces quatre personnages.
Face septentrionale (partie gauche). • ' M. E. A. insis
encore ici, on ne sait pourquoi, sur la valeur de ces bas-reliefs
Les bas-reliefs de cette galerie, dit-il, sont restes a 1'el
d'ebauche, mais leur composition est pourtant de premier ordre.
En vente, et les visiteurs d' Angkor s'en apercevront aisement,
long panneau de 66 metres que nous rencontrons a gauche de
face septentrionale est d'une tenue maladroite et lourde, analogue
celle du panneau precedent. Nous y voyons les memes defauts
dessin et de composition.
Ce bas-relief, dit M. G. Ccedes, a donne matiere aux int<
pretations les plus fantaisistes. L'attention, attiree surtout par
figure de Qiva qui en occupe I'extremite occidentale, et que les in<
genes appellent le Maha Rusei (maharsi), s'est detournee d'u
scene, pourtant bien cuneuse, qui donne la clef de ce rebus. Lorsqi
venant de 1'extremite onentale de la galerie, Ton a parcouru en
ron un sixieme de sa longueur totale, on se trouve en face d'u
grande figure de Garouda. Celui-ci, les ailes ecartees, s'effoi
d'eteindre un brasier defendu par des guerriers dont les casques
cimier precisent suffisamment la qualite d'Asouras.
II y a, dans la legende de Garouda, deux episodes qui le me
trent vainqueur des flammes : Tun, qui fait 1'objet d'un Adhya
du Mahabharata, raconte comment Garouda, pour s'emparer
Yamrita, defait 1'armee des Devas, tue les gardiens et eteint le I
qui entoure 1'ambroisie ; 1'autre est 1'histoire de Bana, racontee \
tous les Puranas. Le premier ne semble guere convenir ici, oil 1
voit Garouda triompher, non des Devas, mais d'une troupe d'Asour,
et la presence d'une muraille de flammes est d'ailleurs le seul pc
commun entre la legende et le reste du bas-relief. Par centre,
recit de la victoire de Krishna sur Bana repond aux traits essenti
de la composition.
La fa9on dont Garouda aborde le feu indique clairement qu<
debut de la scene est a gauche, c'est-a-dire a 1'extremite orient
de la galerie. Au milieu d'une armee de Devas reconnaissable
leurs mukuta comques, et marchant en ordre de bataille, music
en tete, se detache une premiere image de Garouda portant Vishr
sur ses epaules. Le dieu, represente avec huit bras, brandit
80
GUIDE AL'X Kl'IXES U'A.N'GKuk.
1'L. 29, FACE
ANGKOR-VAT. — GALERIE HISTO-
RIQUE : BRAHMANES ET SERVITEURS
PLACES AUPRES DU ROI.
ANGKOR- VAT. — GALERIE HISTO-
RIQUE : FEMMES ET ESCLAVES
SUIVANT I.'ARMEE.
ANGKOR- VAT. — GALERIE HISTORIQTE : ANGKOR- VAT. — GALERIE HISTORIQI'E
LES GUERR1ERS VONT PRENDRE I. EUR UNE FRACTION DE L'AR.MF.E
PLACE DANS LE DEFILE. EN MARCIIF..
GUIDE AUX KUI.NKS D'AXCIKOK.
I'L. 30. PAGE
ANGKOR-VAT
attributs traditionnels : fleche, javelot, disque, conque, massue,
foudre, arc et bouclier. Ne cherchons pas a denombrer ses visages :
les textes nous apprennent qu'il en a mille. II est accompagne
de Pradyumna porteur d'un arc et de Balarama, dans les mains de
qui les sculpteurs n'ont pas omis de placer le soc redoutable : tous
deux sont portes sur les ailes du Garouda. Tel Vishnou apparalt ici,
tel nous le decrit le Harivam9a, qui semble avoir plus specialement
inspire les sculpteurs, et dont cette portion du bas-relief est une
illustration fidele : " Apres avoir fait ses preparatifs a Dvaraka,
le fils de Vasudeva resolut de se mettre en route. II se tenait sur
Garouda, accompagne du heros qui porte le soc et de Pradyumna,
la ruine de ses ennemis.... Desirant la mort de Bana, Krishna, a
1'ceil de lotus, brillait avec ses huit bras, semblable a une montagne :
il tenait a droite 1'epee, le disque, la massue, la fleche : a gauche
le bouclier, Tare, la foudre et la conque. Au-dessus de lui s'ele-
vaient mille tetes... (1). "
Arrives devant Qonitapura, la cite ou reside le ravisseur d'Ani-
ruddha, les trois heros sont arretes par une muraille de feu. Garouda
se charge de 1'eteindre en allant boire au Gange une quantite d'eau
qu'il rejette sous forme de pluie. C'est la scene que les sculpteurs ont
voulu representer, et qu'ils ont d'ailleurs simplinee en nous montrant
simplement un Garouda traversant sans dommage un rempart de
flammes. Si le Visnupurana et les autres legendes connaissent bien
la victoire de Krishna sur les feux qui dependent (^onitapura, le role
preponderant attribue a Garouda par les sculpteurs d' Angkor- Vat
ne se retrouve que dans le Harivam?a, et c'est une raison de plus
pour penser que ce poeme, ou un texte tres voisin, leur a servi de
guide.
" Del'autre c6te dubrasier, vis-a-vis de Garouda, unedivinite a
six tetes, a quatre bras armes d'un arc, d'une fleche, d'un disque,
d'un glaive flamboyant, et montee sur un rhinoceros, semble defendre
au vainqueur d'aller plus avant. Si le vahana est un peu decon-
certant (aucun texte de 1'Inde ne donne le rhinoceros pour monture
a une divinite), les six visages et les attributs suffisent a faire con-
naitre Karttikeya, qui est precisement 1'allie de Bana.
" Maisl'armee de Krishna gagne du terrain, entre dans la ville et
s'attaque aux soldats de Bana. II s'ensuit une melee furieuse et
assez confuse. Bientot reparait le trio Krishna-Rama-Pradyumna,
( I ) Les sculpteurs se sont embrouilles dans la repartition de cet arsenal.
81
AUX RU1NES D'ANGKOR
toujours monte sur Garouda. Malgre les fleches qui 1'assaillent de
toutes parts, Rama, avec son soc et sa massue, fait a lui seul un
carnage effroyable. La melee continue, inextricable. Nouvelle appa-
rition de Krishna sur Garouda : cette fois, le dieu n'a plus que
quatre bras et combat avec Tare, le disque et la massue.
" Le voici qui reparait de nouveau avec ses mille tetes et ses huit
bras, accompagne de ses deux acolytes. II continue sa marche en
avant et se trouve face a face avec Bana lui-meme. Car on n'hesite
guere a reconnaitre ce dernier personnage. Les mille bras que lui
donnent les legendes ont etc reduits a douze paires par les sculp-
teurs : ils ne pouvaient guere faire mieux. Quant aux lions dont
son char est attele, il semble qu'il faille y voir encore une remi-
niscence du Harivam?a. Cependant Rudra, ayant appris la defaite
de Bana, voulut lui porter secours et dit a Nandin d'une voix
puissante : " Prends mon char attele de lions et va retrouver
promptement 1'Jmprudent.... " Docile aux ordres de Rudra, Nandin
arriva avec le char divin a 1'endroit ou se tenait Bana.... Aussit6t
Bana monta sur le char du sage Mahadeva.
La fin du bas-relief est conforme a celle de la legende. Apres
une nouvelle apparition de Krishna vainqueur de 1'Asoura, le decor
change brusquement. Voici Qiva accompagne de Parvati et de
Ganefa, portant le cordon brahmanique, tenant dans sa main droite
le trivia, et tr6nant sur une montagne dont les cavernes servent
d'asiles a des saints barbus et a des kinnaris folatres. En face de
Qiva est agenouille Krishna aux mille tetes. Ses bras droits tiennent
encore Tare, 1'epee et le javelot, mais il a deux mains jointes sur la
poitrine, et celles de gauche presentent a (^iva des feuillages pro-
pitiatoires. Et Qiva dit a Krishna : " Seigneur du monde, je sais
que tu es 1'Etre supreme. Dans la nature entiere il n'est personne
qui puisse te vaincre. Laisse-toi done flechir. J'ai promis ma protec-
tion a Bana : que ma parole ne soit pas vaine. " Et Krishna,
radouci, lui repondit : " Qu'il vive ! Puisque tu lui as promis la vie
sauve, je retiens mon cal^ra. Car nous ne sommes pas distincts 1'un
de 1'autre : ce que tu es, je le suis aussi. "
" Ces traits caracteristiques de 1'histoire de Bana sembleront sans
doute suffisamment clairs pour que Ton puisse considerer comme
acquise 1'identification du bas-relief.
" Si les sculp teurs ont omis certains episodes du combat, tels que
la lutte de Krishna avec Jara, c'est qu'apparemment les moyens
dont ils disposaient ne leur permettaient pas d'en entreprendre la
82
ANGKOR-VAT
representation. II n'en est pas moins vrai qu'ils ont suivi de tres
pres le texte du Harivam9a ou d'un ouvrage apparente. "
Face septenlrionale (partie droite). — Nous retrouvons ici une
composition soignee et un dessin sinon academique, du moins trace
d'apres les traditions de la bonne epoque. A notre avis, les bas-
reliefs de cette galerie sont parmi les mieux executes d' Angkor-
Vat. Les personnages sont moins couverts de bijoux, mais ils sont
mieux proportionnes et se meuvent aisement, ce qui est une qua-
lite que nous ne rencontrons pas partout. Nous voyons aussi
quelques figures d'animaux fantastiques, un paon bate, un naga
egalement bate, des chimeres attelees a des chars legers, traitees
dans une allure decorative qui fait honneur a 1'artiste qui les a
dessinees.
Au sujet de ce panneau, M. G. Coedes ecrit : " Par le fini de
son execution, autant que par son parfait etat de conservation, ce
bas-relief constitue un precieux document iconographique. Tous les
grands dieux du Pantheon brahmanique defilent, portant les attri-
buts classiques et chevauchant leurs montures traditionnelles. On
reconnait immediatement Kubera sur les epaules d'un Yaksa,
Skanda aux six visages emporte par son paon, Indra debout sur
Airavana dont les sculpteurs n'ont pas oublie les quatre defenses,
Vishnou Caturbhuja porte par Garouda, Yama brandissantson danda
et traine sur un char attele de boeufs, £iva reconnaissable a son
chignon. Brahma chevauchant 1'oie hamsa, Surya suffisamment
caracterise par le disque solaire et par son ecuyer mi-homme mi-
oiseau (Aruna), enfin Varuna monte sur un naga. Ce ne sont pas
les seuls Devas representes sur le mur de la galerie — il y en a
exactement vingt et un ; — mais les autres ne sont pas assez nette-
ment differencies pour qu'on puisse les nommer avec certitude.
Chacun d'eux lutte avec un Asoura, dont il ne se distingue d'ailleurs
que par la forme du casque, et cette serie de duels epiques se de-
roule au milieu d'une melee confuse qui met aux prises les cohortes
ennemies. Comme Ton pouvait deja s'y attendre, le role principal et
la place d'honneur sont laisses a Vishnou dont I'image occupe le
milieu du bas-relief. II a pour antagoniste un Asoura polycephale
doue d'une multitude de bras, qu'on n'a pas manque d'appeler
Ravana. Mais celui-ci n'a rien a faire ici, et d'ailleurs le person-
nage en question semble avoir plus de tetes qu'il ne faudrait pour
pretendre au nom de Dacanana.
D'ou les sculpteurs ont-ils done tire cette scene, que, de nos jours
83
AUX RUINES D'ANGKOR
encore, les lettres du Cambodge intitulent " le combat des geants et
des dieux " ? Ces combats ne sont pas rares dans les Puranas,
mais la place eminente attribuee a Vishnou et 1'aspect de son ennemi
font immediatement songer a la bataille qui se terrnine par le duel
du dieu avec 1'Asoura Kalanemi. Cette identification n'est malheu-
reusement pas susceptible d'une demonstration aussi concluante que
1'identification proposee pour le bas-relief precedent. Le texte du
Harivamca enumere bien tous les dieux que nous avons reconnus
et, en general, sous 1'aspect que nous leur voyons ici. Mais il
manque a cette composition le detail typique qui permet de decider
entre plusieurs rapprochements egalement possibles. Tout ce que
Ton peut dire, c'est que 1'mterpretation proposee reste provisoire-
ment 1'hypothese la plus probable. A defaut d'une solution defi-
nitive, enregistrons une fois de plus le role capital laisse a Vishnou
Caturbhuja.
Angle nord-ouest. — Les parties pleines des murs du vestibule
situe a Tangle nord-ouest de la galerie du premier etage sont cou-
vertes de tableaux independants. Toutes ces compositions sont
executees avec le plus grand soin, et nous y rencontrons parfois de
grandes qualites de dessin (1). M. E. Aymonier nous donne une
breve explication de quelques-uns de ces panneaux, mais aucune
identification formelle. Sou vent meme il commet de graves
erreurs releve'es par M. G. Ccedes, qui nous fournit la veritable
interpretation de ces tableaux.
" Une des scenes, tres ruinee, est susceptible d'une explication
certanie. Une troupe de singes donnant des signes de la plus
vive allegresse accompagne un vehicule compose de niches
superposees dans lesquelles on apergoit Rama et, immediatement
au-dessous de lui, Vibhisana. Le vehicule est porte par une rangee
d'oiseaux traites par les sculpteurs en motifs de'coratifs, extremement
stylises, dans lesquels on retrouve pourtant 1'aspect familier des
hamsas. Ce detail est suffisamment explicite, il s'agit du char
Puspaka, le merveilleux vehicule de Kubera, " attele de hamsas " :
ce char, jadis derobe par Ravana, servit en effet a transporter
Rama dans Ayodhya apres sa victoire. II est a presumer que
les figures ruinees etaient celles de Sita, Laksmana, Sugriva et
de quelques autres chefs des singes.
" Les bas-reliefs du Bayon et du Baphuon fournissent chacun une
replique interessante du Puspaka.
(I) Par comparaison, s'entend, avec les autres oeuvres camboJgiennes.
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ANGKOR-VAT. — SCKXKS DE I.A GAI.KRIE RES CIEl'X ET DES ESFERS.
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ASC.KOR-VAT. — SCKNKS HE I.A GAI.KRIE DES cir.rx F.T DES E.NFERS.
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PL. 31. PAGE 84.
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AXGKOR-VAT. — FRAOMEXTS D'TXE DES GAI.F.RIES ORIEXTAI.F.S.
ANGKOR- VAT. — FRAOMEXTS DE LA GAI.ERIE SEPTEXTRIONAI.E (PARTIE GAUCHE).
GUIDE AL'.x RfiXF.s U'AM.KUK
PL. 32. I'ACK.
ANGKOR-VAT
Autre panneau. — " Ce bas-relief, disent Moura et M. Aymo-
nier, represente Vishnou monte sur Garouda. Cela est vrai,
mais ce serait une erreur de croire que les artistes ont simple-
ment voulu offrir a la veneration des fideles 1'image classique de
leur dieu : le sujet de ce tableau est beaucoup plus precis. En le
regardant attentivement, on ne tarde pas a decouvnr que Garouda
porte sur ses mains levees une crete de montagne : la scene
represente done soit Vishnou apportant le Mandara destine a
servir de ribot pour baratter 1'Ocean, soit Krishna, apres sa
victoiresur Naraka, ramenant le Maniparvata reconquis. Cettedermere
hypothese est celle qu'il convient d'adopter, car elle rend compte
des autres details du bas-relief. Krishna est accompagne par une
armee en marche, preuve qu'il revient d'une expedition guerriere,
et par une longue theorie de serviteurs portant religieusement de
grandes jarres et des recipients de formes diverses, contenant sans
doute les tresors ravis a 1'Asoura vaincu. On remarque enfin,
debout sur 1'aile droite de Garouda, une petite figure de femme
richement vetue : le Harivam9a et le Visnupurana, les deux seuls
textes ou cet episode figure, nous apprennent en effet qu'en
1'occurrence Krishna avail avec lui son epouse Satyabhama.
Autre panneau. — "La partie centrale du bas-relief est en
mauvais etat. On y distingue cependant le corps et une partie du
chaperon d'un grand serpent etendu sur les eaux. Couch e sur
celui-ci, Vishnou, dont la tete a disparu, dort dans la position
traditionnelle, les pieds dans le giron de son epouse. Des dieux et
des religieux, groupes de chaque cote, adorent Narayana plonge
dans son sommeil. Tout en bas, neuf divinites viennent lui rendre
hornmage : Surya sur son char, Kubera sur les epaules d'un Yaksa
Brahma sur le hamsa, Skanda sur le paon, un dieu a cheval (?),
Indra sur 1'elephant, Yama sur un bceuf, (^iva sur son taureau et,
enfin, un dieu monte sur un lion. L'exploration archeologique du
Cambodge et du Champa a mis au jour plusieurs repliques d'une
serie de neu/Devas. Mais elles different quelque peu les unes des
autres et, c'nose curieuse, n'ont jamais pu etre completement
expliquees.
Une des scenes voisines se rattache aux avatars de 1'epouse de
Rama. Nous la voyons assise sur un trone, assistee d'une femme (1)
et entouree d'une garde nombreuse de Raksasis. Devant Sita, un
(I) Cette femme est elle-meme une Raluasi qui s'etait prise d'amitie pour Sita et que les
artistes cambodgiens ont ainsi representee pour la differencier des autres gardiennes de la deesse.
85
AUX RUINES D'ANGKOR
petit singe est accroupi, et nous devons voir en lui Hanuman
venant annoncer a la deesse qu'une expedition se prepare pour la
delivrer. Si le general en chef de 1'armee des singes est represente
d'aussi petite taille, c'est qu'il a modifie sa stature pour se rendre
invisible et penetrer aisement dans le palais ou Sita est retenue
prisonniere.
Une grande scene de Tangle nord-ouest se distribue comme suit :
en haul du panneau, un personnage de grande taille tient un arc
dans la main gauche, une fleche dans la mam droite, et se propose
d'atteindre un but figure par un oiseau pose sur une roue que
supporte un mat tres eleve. Derriere le tir a Tare, quatre person-
nages sont accroupis. Devant 1'archer, on remarque une princesse
assise sur un trone bas et accompagnee de suivantes. Au milieu
du panneau, d'autres personnages armes de Tare sont assis a 1'in-
dienne en face d'un roi. Le rang des acteurs de cette scene est
indique par le nombre des parasols et differents insignes. Dans la
partie inferieure du bas-relief, des esclaves attellent des chars qui
semblent appartenir aux personnages du plan moyen.
II y a dans 1'epopee hindoue deux scenes celebres ou un tir a
Tare assure au vainqueur la main d'une princesse. La premiere est le
svayamvara de Draupadi dans le Mahabharata : les cinq Panda-
vas assistent deguises a cette assemblee, et Tun d'eux, Arjuna, en
Ian£ant cinq fleches sur un but particulierement difficile a attemdre,
gagne Draupadi comme epouse commune des cinq freres. La
seconde est 1'episode du Ramayana, ou Rama, apres avoir bande
1'arc de Qiva, qui a defie les efforts de tous les autres pretendants,
devient 1'epoux de Sita. II est probable que c'est cette derniere
scene que le sculpteur a cue en vue, les autres bas-reliefs du
meme vestibule etant empruntes au cycle de Vishnou-Rama.
Un autre panneau du meme vestibule se rapporte aux aventures
de Sita. Voici la composition de ce bas-relief : en haut, une
quantite d'apsaras viennent des deux angles superieurs et se
dirigent toutes, dans leur vol, vers le centre du tableau. Elles
tendent des deux mains des echarpes. Au centre, on distingue une
sorte d'estrade (il en reste environ un tiers), un tout petit coin de
vetement, quelques flammes. Le personnage a qui appartenait le bout
de vetement a completement disparu, une large plaque de pierre etant
tombee, rongee parl'humidite. Dechaque cote decequ'il reste de la
figure cenrrale se tiennent d'autres personnages difficilement identi-
fiables, parce que la pierre est encore ici tres abimee. Leur rang
86
ANGKOR-VAT
est marque par le nombre des serviteurs dont ils sont accompagnes
et par la quantite de parasols qui les abritent. Au-dessous, des
singes et des guerriers assis a 1'indienne regardent avec interet vers
le centre du panneau et discutent parfois assez vivement.
Malgre la dispari-
tion du motif central,
nous croyons pouvoir
donner a cette scene,
sans risques d'erreur,
la signification suivan-
te : le personnage
dont il ne reste rien,
sauf un fragment de
vetement, etait Sfta
debout sur un bucher.
Les flammes tres net-
tement dessinees qui
ont resiste a la degra-
dation de la pierre
sont la pour nous ren-
seigner. A la droite
du bucher, se trouve
Rama en compagnie
de quelques guerriers ;
a la gauclie sont assis
Sougrlva et Lakshma-
na (probablement ; ces
figures sont presque
invisibles). Les guer-
riers humains et les
FIG. 26. — ANGKOR- VAT. — UN DES PANNEAUX
DE L'ANGLE NORD-OUEST DE LA PREMIERE GALERIE :
ORDALIE DE S!TA.
guerriers simiens sui-
vent la scene qui ne
peut se rapporter qu'k
1'epreuve du feu que
subit Sita pour prouver a Rama, son epoux, qu'elle etait restee
pure de tout contact avec Ravana (Voir legende dans la description
de Tangle sud-ouest).
Face occidentals (partie gauche). — C'est la dermere galerie
comportant des bas-reliefs que nous ayons a visiter, et c'est une
des meilleures oeuvres des decorateurs d* Angkor- Vat. Nous avons
87
AUX RUINES D'ANGKOR
la encore des scenes de combat, une melee colossale, un des der-
niers episodes chantes par le Ramayana, la derniere bataille que
Vishnou, sous la forme de Rama, qui est sa septieme incarnation,
livra avec 1'aide d'Hanuman, au demon Ravana, qui lui avail ravi
la tendre Sita.
Cette melee quelque peu confuse, dit M. Aymonier, couvre
sans aucun vide 100 metres carres de la surface du panneau. Elle
est remarquable entre tous les bas-reliefs d'Angkor-Vat par 1'exac-
titude des details, la justesse des attitudes et des expressions, le
cachet de realisme et 1'mtensite de vie qui s'en degagent. En ce
combat acharne qui regne dans toute son horreur d'un bout du
panneau a 1'autre, 1'expression de fureur et de haine qui anime
les adversaires se prenant corps a corps est frappante de verite.
Jamais, ainsi que le fait remarquer M. Delaporte, le poete Val-
miki, si souvent interprete dans 1'Inde, n'a rencontre d'artistes d'un
souffle aussi puissant que les sculpteurs khmers d'Angkor-Vat (1).
Les singes subissent comparativement peu de pertes. Us sem-
blent accables de fatigue, mais, voyant que la victoire se decide en
leur faveur, ils poursuivent avec une nouvelle ardeur la serie de
leurs merveilleuses prouesses — Les simples guerriers de 1'armee
des geants sont armes de sabres a poignee ciselee, de lances, de
javelots, de massues, et quelques-uns sont garantis par des bou-
cliers. Les singes n'ont dans les mains que des pierres, des branches
d'arbre, souvent absolument rien (2). Ils mordent leurs ennemis et
s'arment de sabres enleves a 1'adversaire. Ici un singe entrave les
griffons d'un geant qui est bientot ren verse de son char ; a cote,
c'est un autre simien mordant a la tete les chevaux d'un geant
qui essaie vainement de les defendre a coups de lance....
On remarquera surtout, parmi une douzaine de grands chefs
simiens monies sur des chars, leur roi Sougriva, en riche costume,
couronne en tete, abrite sous le parasol royal et debout sur un
beau char qui se heurte a celui d'un prince des geants auquel sont
atteles de superbes lions. Quoique Sougriva n'ail pas d'armes
apparenles, il saisil son adversaire, le desarme et ren verse son
parasol, ce qui est 1'Jndice caracteristique de la defaite.
(1) II est vrai que les sculpteurs hindous n'ont jamnis execute de panneaux de la dimension
de ceux d'Angkor-Vat, mais il faut dire que leurs oeuvres sont autrement traitees que les bas-
reliefs cambodgiens, surtout dans la representation de la figure humaine. [J. C.]
(2) Observer que le dessinateur cambodgien a voulu accuser les muscles sur les membres des
singes par des cercles traces sur le bras, 1'avant-bras et le mollet. Cette indication de force ne se
reproduit pas chez les geants. [J. C.]
_ 88
£ 21
GUIDE AUX KUIXES D'ANGKOR.
PL. 33. PAGE 88.
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ANGKOR-YAT. — FRAGMENTS DES BAS-RELIEFS DE I.A GALERIE SEPTENTRIOXALE
(PARTIE DROITE).
ANGKOR- VAT. — BAS-RELIEF
DE I.A GALERIE SEPTENTRIONALE
(PARTIE DROITE).
ANGKOR- VAT. — BAS-RELIEF
DE L'ANGLE NORD-OUEST
(FRAGMENT).
GUIDE AUX RUINES D'AXGKOK.
PL. 34, PAGE 89.
ANGKOR. VAT
Du cote des geants, les chars des princes ont des attelages
d'animaux fantastiques.
Au centre de cette vaste scene, la partie decisive se joue
entre les trois grands protagonistes de la guerre : Ravana d'un
cote, Rama et Hanuman de 1'autre. — Ravana, souverain de
Lanka et des Rakshasas, est figure en un personnage extraordinaire,
colossal, aux dix tetes superposees en forme de pyramide, aux
vingt bras armes d'arcs et de massues. II est debout sur un char
admirable que trainent des lions. Hanuman, fort, agile et coura-
geux entre tous les simiens, attaque lui-meme le colosse aux dix
faces deja chancelant et cnble de fleches. En face, c'est encore
Hanuman, portant Rama sur son dos et volant dans 1'espace. II
tient dans la main droite un quartier de rcche qu'il s'apprete a
laisser tomber sur le char de Ravana ; de 1'autre main, il montre
a Rama, qui le cherche, 1'indigne ravisseur de la douce Sita.
Rama est arme d'un arc immense et s'apprete a decocher la fleche
divine de Brahma, 1'unique arme qui puisse mettre fin aux jours
du criminel roi des Rakshasas. A cote du heros se tiennent son
fidele frere Lakshmana, arme aussi d'un arc, et Vibhishana, le
prince transfuge luttant avec ses amis les princes d'Ayodhya contre
son frere ame Ravana, qui avait repousse ses conseils et 1'avait
en outre maltraite. Sa coiffure a large cimier, identique a celle
des Rakshasas, le fait aisement reconnaitre.
LE PERRON D'HONNEUR.
L 'entree principale (face ouest) de la galerie du premier etage
est precedee d'une vaste plate-forme elevee sur la terrasse de
pourtour, en regard de 1'avenue dallee. Cette fa?on de perron, en
forme de croix latine, mesure 49 m. 50 est-ouest et 35 m. 75 nord-
sud. -- Ces dimensions s'entendent d'une extremite a 1'autre des
branches de la croix qui comprend une partie centrale prolongee,
sur les faces nord et sud, par un palier plus bas de deux marches
et, sur la face ouest, par deux paliers egalement en contre-bas
qui lui donnent dans cette orientation un developpement superieur
a celui des autres cotes. La largeur du passage est de 8 metres
de bord a bord. Le perron domine la terrasse de pourtour de
2 m. 50 et communique avec elle par trois escaliers (un dans 1'axe
de 1'avenue dallee, les deux autres aux extremites des branches
nord et sud). Ces escaliers sont en cadres de larges rampes dont les
gradins supportaient des lions representes encore par deux speci-
AUX RUINES D'ANGKOR
mens. En bordure des branches de la croix regnait une elegante
balustrade dont nous ne retrouvons plus que quelques tronfons.
Tous les des de support ont disparu. Devant le portique d'entree,
le niveau du perron s'abaisse pour se mettre a la hauteur du
soubassement du premier etage et surtout pour satisfaire la manie
qu'avaient les constructeurs d' Angkor de multiplier les seuils.
Une garniture de fortes colonnes rondes finement decorees
entoure, a quelques decimetres, les parements du perron et sou-
tient une corniche disposee legerement en contre-bas du dallage
de la plate-forme. C'est parmi ces colonnes qu'ont etc choisis les
supports qui ont servi a la tentative de restauration que nous avons
constatee dans les cours du massif central.
Le perron d'honneur, avec sa forte sailhe, est d'un aspect Ires
heureux lorsqu'on le voit de profil ; mais il a le grave defaut, pour
le visiteur qui arrive par 1'avenue dallee, de couper la fa9ade et
de masquer 1'entree centrale. En effet, plus on approche, plus le
porche de la premiere galerie se derobe, si bien qu'il finit par etre
completement invisible et qu'on ne le retrouve qu'apres avoir gravi
les marches du perron. C'est la une faute de composition qui
nous etonne de la part d'architectes qui visaient surtout, et presque
toujours avec succes, a 1'ensemble decoratif.
LA TERRASSE DE POURTOUR ET LES SRAS (I).
Une terrasse elevee de 2 metres au-dessus du terrain envi-
ronnant est etablie tout autour du temple. Elle n'est pas dallee ;
c'est un simple terre-plem dont la limite exterieure est maintenue
par un fort parement de gres pose sur une assise de limonite.
Sur la terrasse s'eleve le soubassement de la galerie du premier
etage. Nous avons vu, au chapitre precedent, que le perron
d'honneur occupe, sur la face occidentale, la presque totalite de
la partie centrale de ce terre-plein.
La terrasse de pourtour communique avec 1'entree principale
de 1'enceinte par une avenue dallee que nous allons visiter bien-
t6t et, avec la plaine, par de nombreux escaliers. Nous en trou-
vons deux a chacun des angles et un au centre de chacune des
faces nord, sud et est, c'est-a-dire dans les axes du monument
et sur la meme ligne que les entrees centrales des trois etages.
(I) Sras = baisins.
QO
ANGKOR-VAT
Ces escaliers n'ont jamais etc termines ; les marches de celui du
nord n'ont meme pas ete placees.
Le developpement de la terrasse est d'une largeur a peu pres
egale, 39 metres a 39 m. 50, sur les trois faces nord, sud et est,
mais sur la face occidentale, sa largeur atteint 80 metres, obeissant
ainsi au mouvement de toutes les parties du plan qui, comme
nous 1'avons dit deja, ont une etendue plus importante dans cette
orientation que dans les autres.
Le parement de gres qui constitue le mur de soutenement est
orne de moulures et de motifs decoratifs aussi precieusement exe-
cutes que dans les parties les plus visibles du temple. L'assise
superieure forme corniche et supporte une splendide balustrade
qui entoure la terrasse pour ne s'interrompre qu'aux escaliers.
Presque partout la main-courante et les des de support sont
encore en place, et Ton pourra retrouver, dans le voisinage, a peu
pres tous les elements qui manquent. De chaque cote des esca-
liers se dressaient les tetes d'un enorme Naga dont quelques frag-
ments se retrouvent. On peut remarquer que les travees de la
main-courante et les balustres sont simplement prepares en vue
d'une decoration qui n'a jamais ete commencee.
Ajoutons que, depuis que la terrasse pourtournante est degagee
de la haute brousse qui en mterdisait 1'acces sur trois de ses faces,
les visiteurs d* Angkor trouvent la un lieu de promenade, ombrage
par d'immenses manguiers, d'ou ils ont sur le monument la plus
belle vue possible.
En face de la partie occidentale de la terrasse, a une quinzaine
de metres en avant, se trouvent deux bassms creuses 1'un a droite,
1'autre a gauche de 1'avenue dallee. Les parois de ces bassins sont
en blocs de gres, et Ton retrouve dans chacun d'eux, au centre
de la paroi orientale, les traces d'un escalier. Malheureusement,
tout le travail execute la n'a pas ete assez epargne par la rume, et
les deux belles pieces d'eau d'autrefois ne sont plus aujour-
d'hui que des mares de peu de profondeur envahies par les
herbes.
Avant de quitter la terrasse de pourtour, nous devons signaler
les ruines d'un stoupa bouddhique, que Ton y rencontre a cote du
portique central de la face orientale du premier etage. Ce petit
monument etait construit en pierres de limonite avec enduit de
mortier portant quelques motifs de decoration. II ne reste que
des traces de cet enduit.
AUX RUINES D'ANGKOR
L' AVENUE DALLEE
ET LES DEUX EDICULES VOISINS.
La terrasse de pourtour est reliee a 1'entree centrale de 1'en-
ceinte (ouest) par une avenue de 347 metres de longueur sur
9 m. 40 de largeur, dominant de 1 m. 60 le terrain environnant.
Cette voie est dallee et parementee de gres, et Ton peut voir avec
quelle minutie les motifs decoratifs du parement ont ete executes
dans les moindres details. Des moulures d'un relief fortement accuse
et couvertes de rosaces, de fleurs et de petits personnages sont
diiposees par bandes horizontales tout le long du soubassement qui
s'incurve a mi-hauteur pour s'evaser a la base, ou il se termme
par une plinthe verticale. La partie superieure du parement se
detache en vigoureuse corniche, sur laquelle est posee, a Om. 35
du bord, la balustrade qui borde 1'avenue dans toute son etendue.
Les travaux qui ont ete executes en 1908 sur ce point ont
permis de se rendre compte que la, comme dans les autrcs parties
du temple, les dessous sont en blocs de limonite hourdes au
sable.
L'avenue dallee est pourvue de douze escaliers, six de chaque
c6te, tailles dans autant de ressauts importants qui lui donnent la
forme d'une croix aux branches multiples. A 1'extremite de ces
ressauts, se dressaient des lions et les tetes du serpent polycephale
dont le corps pose sur des des constituait la main-courante.
En face et a quelques metres des escaliers du centre s'elevent
deux edicules symetriques absolument semblables. Ces petits
edifices offrent quelque analogic d'aspect avec les deux construc-
tions que nous avons rencontrees dans la cour du premier etage
et qui sont decrites sous le nom de " bibliotheques ".
Chacun de ces edicules est place sur un soubassement de 1 m.50
de hauteur. L'interieur se compose d'une piece cruciforme de
14 metres (grand axe) sur 10 metres (axe transversal), prolongee
aux extremites des branches est et ouest par une chambre de
6 metres de longueur. Chambres et piece centrale sont flanquees
de chaque c6te' d'une petite galerie laterale percee de nombreuses
fenetres a colonnettes. Sur les quatre orientations, un porche a
quatre piliers, comprenant un escalier de quelques marches, se
detache nettement.
Les toitures de la piece centrale se joignent en voutes d'arete
et se terminent par des pignons drcits sur lesquels venaient
Q2
W •'•
Q A
GUIDK AUX KU1NHS D'ANGKOR.
PL. 35. PAGE 92
ANGKOR-VAT. — LE PERRON D'HONNEUR.
ANGKOR-VAT. — L.\ TERRASSE DE POURTOTR (PARTIE ORIENTALE).
GUIDE AUX RUINES D'ANGKOR.
1>L. 36, l-ACE 93.
ANGKOR- VAT
s'appuyer les toitures, aujourd'hui presque completement ruinees,
des chambres extremes et des porches. Les voutes sont soutenues
par un entablement supporte lui-meme par de grands piliers carres.
La demi-voute de la galerie laterale repose sur un mur que les
constructeurs ont, malgre sa solidite, relie aux grands piliers par
des etresillons qui sont encore plus inutiles ici qu'ailleurs.
L'entablement n'est pas eclaire par les fenetres basses que nous
avons remarquees sous la voute des " bibliotheques ". II est sim-
plement encadre de moulures et termine, dans le haul, par une
corniche qui supportait le plafond.
Si 1'exterieur de ces edicules est completement acheve*, il n'en
est pas de meme de I'interieur, ou 1'entablement, 1'architrave et
les piliers n'ont re9U qu'un commencement de decoration. Nous
voyons, en effet, des moulures bien tracees mais non decorees
des rosaces et des fleurons qui devaient les completer. Cependant,
dans 1'edicule nord (a gauche de l*a venue en regardant le temple),
les motifs decoratifs etaient en voie d'achevement, et nous y
remarquons meme, sur la large bande centrale de 1'entablement,
1'ebauche d'une frise de danseuses dans un encadrement ogival.
Par centre, le gros ceuvre des pieces extremes de ce meme edifice
venait a peine d'etre termine au moment de 1'arret des travaux ;
les pierres y sont seulement degauchies, et Ton peut suivre, en
examinant attentivement toutes les parties de la construction, les
differentes phases de la preparation de la pierre en vue du travail
de decoration.
Selon toute vraisemblance, les edicules de la chaussee etaient
des temples, car nous y rencontrons, a 1'intersection des axes, une
cavite carree dans laquelle venait evidemment s'embolter le tenon
d'une socle. II serait impossible cependant de defimr a quelle
divinite chacun de ces templions etait dedie, car toute trace de
statue a disparu.
LES ENTREES OCCIDENTALES.
Les entrees occidentales. — Entre 1'avenue dallee qui conduit
au temple et la chaussee qui traverse le fosse, le monument allonge
constitue par les cinq entrees occidentales s'etend sur une longueur
de 235 metres dans 1'axe nord-sud. II occupe une grande partie de
la fa9ade d'encemte et se compose, grosso modo, d'un gopoura
central de forme cruciale, de deux gopouras lateraux de meme
forme prolonges par des galeries et, aux extremites nord et sud,
93
AUX RU1NES D'ANGKOR
de deux immenses porches par ou passaient autrefois les elephants
bates et qui ne servent plus aujourd'hui qu'aux charrettes a boeufs
des bonzes. Trois tours a gradins, dont il ne reste que la moirie
environ, s'elevent au-dessus des gopouras. Elles etaient de meme
style que celles du massif central.
Le gopoura central. — II est precede sur la face est (1) d'un
porche eleve de quelques marches au-dessus de 1'avenue dallee et
supporte par quatre piliers carres soutenant une architrave decoree
de fleurs de lotus et une toiture en encorbellement dont le fronton
a presque completement disparu.
II convient d'admirer ici le magninque linteau presque complet
qui se trouve abrite sous la voute du porche. Nous n'avons ren-
contre dans le temple aucune autre pierre de cette valeur, et Ton
peut dire qu'elle represente, par la nettete du dessin et le fini du
travail, le plus beau des innombrables linteaux d'Angkor-Vat.
La porte est encadree de moulures a fleurettes et de deux
bandes verticales sur lesquelles nous voyons une infinite de perils
danseurs superposes. Les pilastres, qui font parrie du portique et
concourent, en meme temps, a 1'encadrement de la porte, sont
traites avec maitrise. Nous apercevons aussi, un peu en retrait des
pilastres, des panneaux d'angle portant, au-dessus de tevadas, des
rinceaux si bien executes qu'ils peuvent etre considered comme le
type le plus parfait de la decoration cambodgienne.
Du reste, nous nous trouvons ici a 1'endroit ou les decorateurs
d* Angkor ont tenu a prouver qu'ils etaient capables de faire des
merveilles. Pas un detail lache ; du sol au faite des toitures, tout
est dessine, burine, ponce par des maitres.
La facade orientale des galenes est decoree de fausses fenetres
a claustras dominees par une frise de personnages debout sur des
taureaux, des chimeres, des elephants, des tigres et d'autres
animaux. Sur le trumeau des fenetres sont sculptees des tevadas
sous des rinceaux parfaitement executes. Les figures de femmes sont
placees dans le cadre d'un petit portique en relief gracieusement
couronne par les ondulations du Naga.
On remarquera egalement la nchesse de la decoration des tours.
II est regrettable que ces d6mes soient decapites, ce qui enleve
toute legerete au profil exteneur de Tedifice d'entree.
(1) Comme nous avons recommande de commencer la visile du temple par le massif central,
nous supposons que le visiteur arrive du centre, c'est-a-dire de Test, et nous debutons dans la
description des entrees principales par leur face orientale.
94
ANGKOR-VAT
Certains panneaux semblent, tellement leur conservation est
parfaite, avoir etc termines seulement depuis quelques mois. Us
n'ont meme pas re$u la patine du temps, mais ils n'en datent pas
moins de plusieurs siecles, et leur etat tient tout simplement a ce
qu'ils sont mieux abrites de la pluie que les pierres voisines.
L'ensemble du passage central est pose sur un soubassement
dont la ligne exterieure accuse par des ressauts la disposition des
vestibules et des galeries. Les toitures sont interrompues par les
tours et s'etagent, a la commande des pieces de dessous, pour
atteindre leur point le plus eleve sur les flancs de la tour centrale.
Elles sont arre-
tees par des pi-
gnons verticaux
encadres, comme
tous ceux que
nous avons vus,
du Naga.
La piece cen-
trale du gopoura
d'axe forme une
croix dont les
branches mesu-
rent 15 metres est-
ouest sur 1 7 me-
FIG. 27. — ANGKOR- VAT. — ENTREES OCCIDENTALES
DE L'ENCEINTE : PARTIE CENTRALE (PLAN).
tres nord-sud.
Elle s'eclaire par des fenetres a balustres et communique avec les pieces
voisines par une porte ouverte a 1'extremite de ses branches. Sa
decoration interieure est assez sommaire : une frise de danseuses
a hauteur d'appui ; dans le haut, quelques moulures a rais de
coeur et perles accompagnees d'une dentelure continue. Remarquer
le motif decoratif tres original qui plaque les faces internes des
chambranles des fenetres : perroquets combattant.
Sur la face occidentale, 1'entree centrale du temple s'accuse en
plan par un ressaut considerable sur la ligne des galeries voisines.
Elle comprend un vestibule flanque de deux petites verandas
laterales et un porche analogue a celui que nous avons rencontre
sur la face opposee. Au-dessus de la porte ouverte dans le vesti-
bule, se trouve un linteau aussi beau que son voisin de Test, mais
beaucoup plus ruine : il en manque a peu pres la moitie. Les
piliers de cette entree sont encore en tres bon etat, surtout dans les
95
AUX RUINES D'ANGKOR
parties hautes oil les chapiteaux et les architraves sont restes intact;
La toiture que supportait 1'entablement n'existe plus que
quelques pierres.
Le porche occidental ne differe de celui de Test que par 1
hauteur de 1'escalier d'acces. Nous trouvons la encore les reste
d'un linteau magnifique et, de chaque c6te, les petits pignons asse
bien conserves qui terminent la demi-voute des verandas.
Remarquons, du point ou nous sommes, qu'une verand
longeait tout 1'edifice d'entree sur la facade occidentale et n<
s'interrompait qu'aux porches.
Le grand gopoura d'entree comprend, en plus du passag<
central, deux petites chambres de veille disposees lateralement e
de forme allongee. Ces pieces ne sont eclairees que sur le fosse
Les gopouras lateraux. — Entre les petites chambres de 1'entrec
principale et celles des entrees lateVales, nous rencontrons unecourte
galene qui etablit la communication.
Les gopouras lateraux ne different de 1'entree centrale que pai
leurs dimensions plus re'duites et 1'absence de vestibule entre la
piece du milieu et le porche occidental. Us sont egalement com-
posts d'un passage cruciforme couvert d'une tour, flanque de deux
petites chambres et precede sur les deux faces d'un porche iden-
tique a ceux du grand gopoura.
Sous la coupole du passage lateral sud se dresse une enorme
statue de Vishnou que les habitants ont abritee sous une toiture en
tuiles. A ce sujet nous observerons que les indigenes ont pour
les statues brahmaniques la meme veneration que pour les images
du Buddha. Le Vishnou que nous rencontrons Jci est meme
1'objet d'un culte fervent non seulement de la part des Cambodgiens,
mats aussi de la part des Chinois qui ne viendraient jamais visiter
le temple sans appliquer une feuille d'or sur le corps du dieu et
faire crepiter quelques petards en son honneur. Les cheveux que
Ton voit devant cette statue indiquent que c'est ici que s'accomplit
la ceremonie dite " de la coupe des cheveux "(l).On en trouve
meme de gris deposes la par de vieilles femmes en signe de renon-
cement aux jouissances materielles de ce monde.
Sous la coupole du gopoura symetrique, les morceaux d'une
autregrande statue de Vishnou gisent a terre.
(1) Les enfants cambodgiens garden! au sommet de la trie, jusqu'au moment de leur nubilite,
un'toupet de cheveux. Des qu'ils sont en age de se marier, une petite ceremonie a lieu devant une
statue du Buddha ou une statue brahmanique. Le rite consiste a couper les cheveux de 1'enfant
en presence des parents et de quelques amis. Un festin en est la suite obligatoire.
96
ANGKOR-VAT. — FAQADE INTERIEURE DES ENTREES OCCIDENTALES
ET COMMENCEMENT DE L 'AVENUE DAI. LEE.
ANGKOR- VAT. — FAgADE PRINCIPALS DES ENTREES OCCIDENTALES
(AVAST LES TRAVAUX DE DEGAGEMENT).
GUIDE AUX RUI.VES D'AXGKOR,
PL. 37. PAGE 96.
ANGKOR- VAT. — UXE TRAVEE DE LA ANGKOR-VAT. —ENTREES OCCIDENTALES :
BALUSTRADE DE I/AVENUE DALLEE KINCEAUX KT MOTIFS D'ENCADREMENT
(FRAGMENT). DE LA PORTE PRINCIPALS.
ANGKOR-VAT. — LINTEAU DM PORCHE CENTRAL DES ENTRKES OCCIDENTALES.
GUIDE AU.\ KUI.NKS UANGKUK.
I'L. 3K, I'AtiE y?.
ANGKOR-VAT
Les galeries lalerales. — Entre les vestibules que nous venons
de visiter et les porches extremes que nous verrons tout a 1'heure
s'etendent des galeries de 53 metres de longueur et de 1 m. 40
de largeur, qui donnent a 1'ensemble des entrees occidentales les
dimensions d'un veritable monument. Elles communiquent par une
petite baie avec les passages de la partie centrale, mais sont sans
issue aux extremites opposees, qui se trouvent bouchees par une
fausse porte decoree dans un style de premier ordre : encadrement
de moulures profondes autour du chambranle ; panneaux etroits
egalement moulures ; au centre, une bande verticale sur laquelle se
detachent, en fcrle saillie, des elements carres plaques de fleurs
de lotus epanouies. - - L'ouverture que Ton voit pres de 1'extre-
mite de la galene sud-ouest
est recente.
La face interne des
galeries est constitute par
un mur plein decore d'une
corniche qui soutenait le
plafond et, a hauteur de
main, d'une frise de dan-
. ., FIG. 28. — ANGKOR- VAT. — ENTREES
seuses au-dessus d un mo- OCCIDENTALES DE L'ENCEINTE : PASSAGE
tlf de tapissene. Du COte RESERVE AUX CHARS ET AUX ELEPHANTS (PLAN)
du fosse, les galeries sont
limitees par une belle rangee de piliers carres dont 1'etat de con-
servation est remarquable. Les chapiteaux, I'arclutrave et 1'entable-
ment sont intacts ; les futs sont a peine endommages dans la partie
basse. II n'en est malheureusement pas de meme de la veranda
qui accompagnait ces galeries et dont nous ne voyons plus que
des traces. Tous les piliers ont disparu.
Sur la ligne de fa?ade des galeries laterales on trouve, au
centre, un petit ressaut qui comportait un escalier d'une utilite
contestable.
Porches extremes. — A 1'epoque de la splendeur d' Angkor,
les elephants et les chars de guerre devaient etre nombreux, et c'est
evidemment ce qui a necessite 1'annexion aux entrees de la face
occidentale des grands passages que nous rencontrons aux extre-
mites des galeries. Leur dallage est au niveau du sol de la berme
et du terrain d' Angkor- Vat. Les portes mesurent 6 metres en
hauteur pour une largeur de 2 m. 50. Elles se fermaient par de
gigantesques vantaux de bois maintenus dans la partie superieure
97
AVX RU1NES D'ANCKOR
par une traverse dont on voit 1'encastrement et, en bas, par des
crapau dines taillees dans les dalles.
En avant de ces portes s'elevent des porches de me'me style
que ceux des entrees centrales, mais dont les piliers, au lieu d'etre
places sur le dallage d'un perron, sont dresses sur un soubassement
vertical partant du sol pour laisser libre le passage. L'ensemble
des entrees extremes se presente encore sous une forme cruciale ;
mais, entre les branches est-ouest et celles de 1'axe nord-sud, il existe
une tres grande difference de niveau qui a necessite la construction
de deux escaliers. Nous trouvons la deux petites chambres de
veille eclairees d'un seul cote par des fenetres a balustres. Ces
pieces sont bouchees d'un c6te par une fausse porte sculptee dans
le gout de celles qui termment les galeries laterales, et nous cons-
tatons que, malgre 1'obscurite qui y regne, les decorateurs n'ont
pas neglige les murs qu'ils ont couverts de tevadas et de motifs
divers.
La decoration des passages s'etend sur une large surface en
plusieurs bandes paralleles au-dessus desquelles se trouve une frise
dentelee encadrant des personnages armes d'une massue.
La voute des entrees extremes n'est pas surmontee d'une tour.
Elle emprunte la forme cruciale des pieces et se termine par des
pignons droits decor es.
Centre les chambres de veille s'amorce la muraille en limonite
qui constitue 1'enceinte proprement dite. Elle porte un chaperon
e'galement en limonite surmonte d'une crete en gres. La base du
mur s'orne de fortes moulures.
LE FOSSE ET LA CHAUSSEE OCCIDENTALE.
Nous avons deja vu, dans le chapitre reserve a 1* aper?u
d'ensemble ", que le temple d'Angkor-Vat est circonscrit par un
fosse qui longe la muraille d'enceinte a la distance d'une berme
large d'une trentaine de metres.
Le fosse mesure exactement 190 metres de largeur. Ses parois
sont maintenues par un fort revetement en blocs de gres cubant
chacun plus d'un demi-metre et disposes en gradins sur une
assise de limonite. Ce parement existe des deux cotes du fosse, qui
atteint 5 500 metres de developpement sur le bord exterieur et
4 740 metres sur le bord de la berme. Nous avons done, en addition-
nant les deux faces, un revetement de plus de 10 kilometres sur
une hauteur de 8 metres. Ce travail prodigieux n'a pas etc
ANGKOR. VAT
execute, faute de technique, dans les conditions de solidite* qu'il
meritait. Presque partout les blocs ont cede et si, les elements des
parois sont encore au complet, ils se trouvent dejetes, disloques,
ayant perdu leur unique destination qui etait de maintenir les
terres. Aussi les eboulements sont nombreux et se chargent de
colmater, au moment des pluies, cette immense douve qui serait
si belle si elle avait conserve, dans toute son Jntegralite, son cachet
primitif. On ne saurait songer aujourd'hui, tellement la ruine est
avancee, a la refection des parois du fosse, car, bien que les
materiaux soient restes a portee de la main, il n'en serait pas
moins indispensable de reprendre 1'ensemble depuis les fondations.
En face des entrees laterales qui flanquent le porche central de
la face ouest de 1'enceinte, on remarquera deux ressauts de peu
d'importance se detachant du parement du fosse. II y avait la des
escaliers qui permettaient d'attemdre le plan d'eau.
Dans sa partie occidentale, et dans celle-la seulement, la douve
est traversee par une chaussee dallee qui est construite exactement
dans le prolongement du grand axe (est-ouest) du monument et
relie 1'entree centrale de 1'enceinte au terrain circonvoisin. A ses
deux extremiles, cette chaussee s'elargit par des terrasses cruciales
pourvues, celle de Test de deux et celle de 1'ouest de trois
escaliers dont les rampes supportaient des lions de grande taille.
Deux de ces statues se trouvent encore sur la terrasse occidentale.
Leurs tetes offrent cette particulante d'etre tournees Tune vers
1'autre au lieu de regarder droit devant elles, comme toutes celles
que nous avons rencontrees au cours de notre visite.
Dans sa partie centrale, la chaussee comporte deux ressauts de
10 metres, un de chaque cote, qui lui donnent la forme d'une
croix, forme que nous avons deja remarquee dans la composition
de toutes les parties d' Angkor- Vat et que nous observerons plus
tard dans tous les temples du groupe. II ne faut pas y voir le
moindre symbole religieux, comme le font beaucoup de visiteurs,
mais un simple gabarit adopte a cause de la commodite du trace
et de la construction. Les extremites des ressauts sont pourvues
d'un escalier, presque completement ruine, qui permet de des-
cendre dans le fosse.
Les parois absolument verticales de la chaussee etaient accom-
pagnees lateralement de hautes colonnes rondes (dont on retrouve
encore de rares exemplaires) , qui soutenaient une corniche en
encorbellement sur laquelle etait etablie la balustrade. Ce dernier
99
AUX RUINES D'ANGKOR
element decoratif a completement disparu sur tout le cours de la
chaussee, mais il en reste, sous le banian voisin du porche d'entree,
un magninque fragment (1), qui nous renseigne sur la composition
de ce qui existait autrefois.
Nous avons dit, dans I'apercu d 'ensemble, que le projet
primitif prevoyait certainement, sur les quatre faces du fosse, une
chaussee analogue a celle de la partie occidentale mais que les
constructeurs d' Angkor n'avaient pas eu le temps d'accomplir toute
I'osuvre projetee. En effet, dans les orientations nord et sud, la
douve est libre, ce qui parait anormal, puisque 1'enceinte s'ouvre
par des portes qui ne servent a rien. Sur la face onentale, elle est
traversee par une simple levee de terre maintenue par des blocs
de limonite. Ce travail a etc fait a la hate pour les besoins de la
circulation et le transport des matenaux.
LES ENTREES SECONDAIRES DE V ENCEINTE.
Nous designons ainsi les porches situes au milieu des faces nord,
est et sud de la muraille d'enceinte. Us ne sont pas, comme
1'entree principale de la face occidentale, relies au temple par une
avenue dallee (2).
Bien que les entrees secondaires aient une etendue beaucoup
moins considerable que 1'entree occidentale, qui comprend, comme
nous 1'avons vu, cinq passages et de longues galeries, elles n'en
representent pas moins de veritables petits monuments dont voici
la composition : en regard du fosse et a I'mteneur de 1'encemte
s'elevent des porches a piliers carres (un de chaque cote) prece-
dant une assez grande cliambre cruciale eclairee par des fenetres
a balustres. Cette piece centrale est flanquee de deux petites
galeries laterales couvertes d'une demi-voute. De hauts piliers sup-
portent un entablement et la voute. A chaque extremite de la
grande nef se trouvent deux chambres de veille de dimensions
differentes, la plus eloignee du centre etant plus petite que celle
qui la precede. Aucune tour ne domine ces entrees, dont les toitures
principals s'assemblent au milieu, comme d'habitude, en voutes
d'arete et se poursuivent, sur les bas-cotes, par des toitures etagees
a pignon droit.
(I) Tete de Naga de tres grande taille et superbe comme ligne.
(.2) En 1909 et 1910 des avenues ont etc tracees dans la foret pour relier la terrasse de pour-
tour aux entrees secondaires. II est probable que cette disposition correspond a ce qui existait
autrefois ; mais nous ne sommes pas convaincu que le plan primitif n'ait pas prevu, sur chacune
des faces, une chaussee dallee semblable a celle de 1'ouett.
IOO
ANGKOR- VAT. — FACADE PRINCIPALE DU PORCHE CENTRAL DES ENTREES
OCCIDENTAI.ES (AVANT LES FRAVAUX DE DEGAGEMENT.)
GUIDE ATX KUI.NKS D'.VNGKOR.
PL. 3lJ. PAGE. 100.
ANGKOR-VAT. — UN DES EDICULES FLANQUAXT i, 'AVENUE DAI.LEE.
ANGKOR- VAT. — DECORATION EXTERIEURE DES ENTREES OCCIDEXTAI.ES.
GUIDE AL'X RL'IXES D'A.NGKOk.
J'L. 4O, PAGE 101
ANGKOR. VAT
L'exterieur des trois entrees secondaires est a peu pres acheve,
us Tinterieur n'est pas dans le meme etat. Les piliers et les
irs ont ete simplement prepares pour le travail decoratif, sauf
ux de 1'entree meridionale, qui sont termines. L'entablement,
rchitrave, les chapiteaux et les ruts des piliers accusent quelques
wlures qui sont un commencement de decoration ; mais les motifs
srnement ne sont pas ebauches et la pierre n'a meme pas ete
lie. Get arret dans le travail de 1'ornementation doit retemr
tre attention parce qu'il nous renseigne sur les precedes des
isans d'autrefois.
L'exterieur est presque completement termine, avons-nous dit ;
pendant nous constatons que les tevadas sculptees sur les tru-
;aux de 1'entree est n'existent pas sur ceux de 1'entree nord,
mme aussi certains details du porche septentrional ne sont pas
aroduits dans celui de Test. Mais, partout, les piliers et les esca-
rs qui precedent le passage ont re9U leur decoration complete, de
;me que les toitures, les frontons et les pignons. Plusieurs tym-
ns sont meme tout a fait remarquables tant par leur execution
gnee que par leur etat de conservation.
Tous les frontons sont decores de sujets mythologiques. Un de
ix du porche nord represente Vishnou combattant centre trois
souras. II en souleve un de son bras puissant et foule aux pieds
deux autres, pendant que des assistants accroupis regardent la
te. Les mams libres du dieu tiennent la massue et le disque qui
it partie de ses attributs.
Ailleurs, nous voyons la deesse de la Terre tenant d'une main
cimeterre a lame cjurbe et soutenant le ciel de 1'autre main.
;ux suivantes portant des fleurs et un sabre accompagnent la
esse ; cinq femmes assises a cote de bosufs au pacage entrent
ns la distribution de ce panneau.
Un des frontons de la meme entree represente un des exploits
Vishnou, sans doute un autre episode de sa lutte centre les
ouras. Dans les motifs du porche oriental, nous apercevons le
des Rakshasas, Ravana, pourvu de dix tetes et d'une infinite
bras. Le heros est accompagne de nombreux personnages.
Mous retrouvons encore, dans un des bas-reliefs de cette entree,
hnou au milieu de femmes 1'adorant et, sur un autre panneau,
personnage coiffe d'un bonnet cylindrique, arme de plusieurs
5sues et entoure d'assistants ou d'adorateurs.
Dans la chambre de 1'entree meridionale, on rencontre les restes
101
AUX RU1NES D'ANGKOR
d'une grande statue du Buddha executee en argile. Elle etait
recouverte autrefois d'une couche de laque qui a disparu.
DATE DE LA FONDATION D' ANGKOR-VAT.
De nombreuses inscriptions sont gravees sur les piliers et les
murs du temple, mais aucune ne mentionne la date de sa fondation.
Cependant la forme des lettres peut fournir une indication, et les
epigraphistes se montrent assez d'accord pour estimer que le type
des caracteres les plus anciens — inscriptions de la galerie histo-
rique et de celle des cieux et des enfers — remonte au XII" siecle
de notre ere. On peut done dire qu' Angkor- Vat etait construit a
cette epoque, mais il serait temeraire de preciser davantage.
La description qui precede, aride comme toutes les descriptions
d'ordre archeologique, est peut-etre suffisante, et c'est sa seule
prevention, pour donner une idee de 1'ordonnance d' Angkor- Vat,
mais elle est certainement trop incomplete pour faire apprecier le
charme et la valeur artistique de ce Parthenon cambodgien. II est
done necessaire que le visiteur supplee par une impression person-
nelle a 1'indigence des notes contenues dans ce petit livre ; il faut
qu'il fouille du regard les recoins les plus mysterieux, car c'est
souvent la que se cachent des details charmants ; mais il lui faut
surtout ne pas se presser et voir posement toutes les parties du
temple.
LE MONUMENT DU PHNOM BAK-KENG (I).
Le Phnom Bak-Keng est un mamelon conique, de 65 metres
de hauteur et de nature essentiellement rocheuse, qui se
trouve a 400 metres de 1'enceinte meridionale d' Angkor-
Thorn. Sa base vient toucher le bord gauche de la route qui con-
duit d* Angkor- Vat a la porte sud de 1'ancienne capitale. Un rai-
dillon permet de gravir la c6te. II y avait la autrefois, a la place
de ce sentier abrupt, un escalier a marches de limonite dont tous
les blocs ont etc utilises dans la construction de la citadelle de
Siem-Reap. Deux lions de pierre places a droite et a gauche du
sentier marquent 1'endroit ou s'etablissait le premier palier. Plus
bas, une marche de gres indique le commencement de 1'escalier.
Un plateau artificiel, taille dans le roc, s'etend au sommet de
( I ) Montagne du " talon brise ".
IO2
ANGKOR-VAT
la colline. II mesure 200 metres de longueur (est-ouest) pour
une largeur de 1 00 metres (nord-sud) . Sur cette vaste esplanade
s'elevaient des terrasses, un temple et quelques constructions
annexes.
La partie orientale du plateau comporte une avenue d'une cen-
taine de metres de longueur, qui conduit aux terrasses et dont le
sol est constitue par un affleurement de la roche. Des trous ronds
et assez profonds, creuses sur les bords de cette voie, contenaient
deux rangs de lingas representes encore aujourd'hui par trois spe-
cimens en bon
e^at. Au centre
de 1'avenue, les
bonzes annami-
tes, qui habitent
depuis longtemps
le sommet du
Phnom, ont cons-
truit une petite
chapelle en bri-
ques scenes pour
mettre a 1'abri un
Buddhapada
(pied de Bud-
dha) sculpte' en
creux dans une
cuve de gres lon-
gue de 2 m. 20
et profonde de 50 centimetres. Derriere la chapelle, les lingas
sont remplaces par des pikers carres dont la disposition laisse sup-
poser qu'un vestibule couvert precedait le temple.
A droite de la chapelle, et a quelques metres de 1'avenue, six
autres piliers carres, regulierement poses, indiquent l'emplacement
d'une construction rectangulaire qui n'avait pas sa symetrique a
gauche. On observe aussi sur le plateau une quantite de trous d'un
faible diametre, ou venaient sans doute se loger les colonnes en bois
d'habitations particulieres. Deux petits stoupas, qui ne datent evi-
demment pas de 1'epoque du temple, se dressent 1'un a gauche et
1'autre au centre del'avenue.
La premiere terrasse, qui represente 1'assise inferieure du monu-
ment, etait entouree d'une cour circonscrite par un mur de limo-
io3
FIG. 29. — TEMPLE DU PHNOM BAK-KENG (PLAN).
AUX RUINES D'ANGKOR
nite. II faut voir dans cette muraille une limite du terrain sacre
plut6t qu'une protection, car le cote oriental que traverse 1'avenue
ne parait pas avoir etc ferme.
Sur la face est de la cour, on rencontre deux edicules iden-
tiques disposes symetriquement de chaque cote de 1'avenue. Us
sont construits en petites pierres de gres et mesurent 7 metres sur
6 m. 50. L'interieur ne comprend qu'une seule piece, oil les
bonzes annamites ont rassemble de nombreuses statues du Buddha
et quelques fragments d'images brahmaniques. Leurs portes s'en-
cadrent de pilastres et de frontons prepares pour une decoration qui
n'est meme pas ebauchee. Les murs presentent cette particularite
assez rare d'etre perces, a la place habituelle des fenetres, d'une
quantite de petites ouvertures en forme de losanges.
La bonzerie annamite utilise quelques batiments en bois, a toi-
ture de tuiles, installes dans les angles sud-est et nord-est de la
cour (1).
Autour de la premiere assise, on remarque de gracieux petits
monuments en briques couverts d'un dome eleve. Ces edicules
accusent presque tous un etat de ruine accentue ; quelques-uns
meme ne sont plus representes que par un amas informe de mate-
riaux, et cependant, ainsi que Ton peut s'en rendre compte par
1'examen des parties conservees, ils etaient solidement construits.
Nous supposons done que la main de 1'homme n'est pas etrangere
a cette destruction.
Le temple du Phnom Bak-Keng s'elevait sur une assise pyra-
midale composee de cinq terrasses etagees. Du temple lui-meme
nous ne pouvons rien dire, puisqu'il n'existe plus. II a disparu en
majeure partie dans une cavite profonde que Ton aper^oit en se
penchant au-dessus des eboulis et qui permet de croire que les
constructeurs avaient creuse sous le sanctuaire une vaste crypte,
car il faut ecarter 1'hypothese d'un affaissement du sol sur un point
ou la roche est, pour ainsi dire, a fleur de peau.
Par centre, les terrasses ont etc preservees. Elles semblent eta-
blies sur un gabarit taille dans la colline, mais leur elevation verti-
cale, qui se termine par une corniche d'un relief a peme sensible,
est revetue d'un parement en blocs de gres parfaitement travailles.
Au centre de leurs faces est pratique un escalier dont les marches,
(I) Les bonzes annamites ont entrepris un clebroussaillement qui facilite la visile du temple.
II est probable que leur exemple ne sera pas suivi par les bonzes cambodgiens d'Angkor-Vat et
d' Angkor-Thorn, qui vivent dans la faineantise absolue etVont meme jamais songe a nettoyer les
monuments qu'ils utilisent pour leurs ceremonies.
ANGKOR- VAT. — PERSPECTIVE DES ENTREES OCCIDEXTAI.ES.
ANGKOR- VAT. — PROFII. D'UN DES PORCHES LATERAUX DES ENTREES
OCCIDENTALES.
GUIDE AUX KUINES I/ANGKOR.
PL. 41. PA<;K 104.
GUIDE AUX RUINES D'AXGKOR.
PL. 42, PAC.E 105.
• ANGKOR. VAT
contrairernent a ce que Ion observe dans les autres temples, s'elar
gusent detage en etage. Des lions decoratifs qui se retrouven
presque au complet ornent les rampes.
Les plates-formes des cinq gradins supported deux tourelles en
Hanquement des escaliers et une sur chacun des angles. Nous avons
one douze tourelles par e'tage et soixante pour lensemble. Elles
sont construites en gres,
mesurent 2 m. 50 de
c6te et contiennent une
cellule qui ne prend jour
que sur une face. Les
parois closes sont deco-
"ees de fausses baies et
ie portent aucune trace
les ornements qui sur-
:hargent d 'ordinaire les
instructions cambod-
iennes de la meme epo-
ue. Leur superstructure
distribue en quatre
egres et se termine non
ar un couronnement en
:ur de lotus, comme
utes les tours que nous
FIG. 3o. — TEMPLE DU PHNOM BAK-KING. —
COUPE DES TERRASSES, DES ESCALIERS
ET DES TOURELLES. (Le monument central
est suppose".)
'ons deja vues et que nous verrons plus tard, mais par un epi
jremente de moulures dun elegant profil. Get element est perce
un trou rond qui pouvait servir a placer la hampe d'un drapeau
i un motif decoratif quelconque.
La terrasse superieure etait entierement occupee, sauf sur la
arge ou se trouvent les tourelles, par le sanctuaire qui, d'apres
3 bases, devait mesurer une vingtaine de metres dans les deux
M
es.
Un linga couche sur le sol d'une des plates-formes de la face
Dtentnonale nous fournit, avec ceux de lavenue, une indication
' le culte auquel le temple du Phnom Bak-Keng etait affecte
IV
ANGKOR-THOM
APERCUD'ENSEMBLE. || LE FOSSE ET LES CHAUSSEES TRAVERSIERES. || LES
FORTES ET LA MURAILLE D'ENCEINTE. || LES AVENUES ET LES BASSINS.
|| DESCRIPTION DBS TEMPLES : LE BAYON ET SES BAS-RELIEFS; LE
BAPHUON ET SES BAS-RELIEFS ; LE GROUPE DU PHIMEANAKAS ; PRAH-
PALILAY ; LE BELVEDERE DU ROI LEPREUX ; TEP-PRANAM ; LE GROUPE DU
PRAH-PITHU; LES TOURS ET LES EDIFICES DE LA FACE ORIENTALS DE LA
PLACE CENTRALE. || LES ANNEXES D' ANGKOR-THOM : THOM-MANON ;
CHAU-SAY; LE SPEAN KROM.
APERCU D'ENSEMBLE.
ANGKOR-THOM est situe a 6 kilometres de 1'agglomeration
de Siem-Reap et a 1 500 metres d* Angkor- Vat. On y
arrive par une route droite qui aboutit a la porte meri-
dionale de la ville.
Ici, la vegetation a tout envahi : les remparts, les fosses, les
porches d'entree, les avenues et les temples. Dans cette vaste
enceinte qui connut autrefois le joyeux tumulte des fetes et le bruit
des armes, le silence regne en maitre, rarement trouble par les
pneres de quelques bonzes qui consentent a demeurer dans cette
solitude. Sous la voute des immenses porches ou passaient autre-
fois les elephants richement caparaconnes portant des guerriers
aux armes etincelantes et des princesses scintillantes de pierrenes,
ne passent plus que quelques miserables bucherons et les trou-
peaux des villages voisins.
Un fosse de pres de 100 metres de largeur entoure la ville, qui
a, pour seconde protection, une haute muraille de hmomte. Cinq
portes monumentales, une sur chacune des faces sud, ouest et
nord, deux a Test, sont ouvertes dans le rempart. Toutes ces
entrees sont precedees d'une chaussee qui franchit le fosse.
L'antique capitale s'etend sur un peu plus de 3 kilometres
dans les deux axes nord-sud, est-ouest. Au centre de cet immense
carre se dresse le temple du Bayon, un des chefs-d'oeuvre, et le
I07
AUX RUINES D'ANGKOR
plus pur, de 1'architecture cambodgienne ; au nord de cet edifice
se developpe la place publique, sorte de vaste forum, de
700 metres de longueur et 150 de largeur, dont la peripherie est
occupee soit par des monuments, soit par leurs entrees d'honneur.
Trois avenues reliaient les portes de 1'enceinte au Bayon; deux
autres voies de la meme importance aboutissaient a la grande place.
Les constructions autour de la place s'appellent : Baphuon,
Phimeanakas, la terrasse d'honneur de ce temple, la terrasse dite
du roi lepreux, le groupe de Prah-Pithu, les magasins (1)
precedes de leurs tours, et enfin le Bayon deja cite. Au nord de
1'enceinte du Phimeanakas se trouvent les ruines d'un edifice
connu sous le nom de Prah-Palilay. Tous ces monuments ont
un caractere brahmanique indiscutable. Quelques chapelles boud-
dhiques de bien moindre importance sont disseminees un peu
partout dans la foret d* Angkor-Thorn.
A proximite des avenues, autour des etangs creuses de main
d'homme, dans le voisinage des temples, pres des remparts et dans
tout le terrain circonscnt par 1'enceinte, on rencontre d'innombrables
fragments de poteries, de briques et de tuiles qui peu vent
fournir une indication surla densite del'ancienne population urbaine.
Ainsi nous visitons en ce moment les ruines d'une ville dont
1'enceinte atteignait un developpement de plus de 12 kilometres.
On voit que la capitale des fondateurs du royaume etait loin
d'etre une bourgade et qu'elle se rapprochait, par ses dimensions,
des centres importants des pays occidentaux. Et, si nous la com-
parons a nos villes franques de la meme epoque, Angkor-Thorn,
qui est, selon toute vraisemblance, du ixe siecle (milieu du Moyen
Age, regnes de Charlemagne, Louis le Debonnaire, Charles II),
nous apparalt de proportions olossales. Si nous clierchons une
comparaison avec les capitales de 1'antiquite, nous constatons que
la Rome de Neron aurait tenu a 1'aise dans les murs d* Angkor-
Thorn.
On a vu, dans la parlie historique (Voir les notes preliminaires
du commencement de ce guide) que la ville d' Angkor-Thorn fut
inauguree vers 1'an 900 de notre ere par le roi Ya^ovarman, qui
en fut peut-etre le fondateur reel ou qui, plus certainement,
1'acheva. Elle fut abandonnee plus tard pendant seize annees et
(I) Les denominations de " terrasse du roi lepreux " et de " magasins " sont celles que Ton
trouve dans le livre de M. E. Aymonier, le Cambodge, t. Ill, ct que les indigenes emploient le
plus frequemment. Nous vcrrons plus tard qu'elles sont Ires mal choisies.
I08
ANGKOR-THOM
redevint residence royale sous le regne de Rajendravarman.
Nous avons egalement note qu'a certaines epoques le Bouddhisme
y florissait presque a 1'egal du Brahmanisme, grace a la protection
des princes regnants. C'est ce qui explique que de nombreuses
chapelles bouddhiques aient etc elevees dans le voisinage des
temples brahmaniques, et a la meme epoque que ces derniers.
On remarque avec tristesse 1'etat dans lequel se trouvent tous
les monuments d'Ang-
kor-Thom. En verite,
les aces de vanda-
lisme ont etc notoire-
ment plus nombreux
ici qu'ailleurs, mais ils
n'ont pas seuls cause la
rume de ces temples de
grande allure qui s'ap-
pellent le Bayon et le
Baphuon. La vegeta-
tion entre pour une
bonne part dans cette
destruction, et Ton doit
regretter que la c^ur de
Bangkok, dont le terri-
toire d* Angkor a etc
tributaire pendant pres-
que tout le Xix" siecle,
n'ait pas songe a dega-
ger et proteger toute
une serie de monuments qui comptent parmi les plus beaux du
monde. Les Siamois auraient fait osuvre meritoire en distrayant
chaque annee, de leurs florissantes recettes, quelques ticaux en
faveur d* Angkor.
LE FOSSE ET LES CHAUSSEES TRAVERSIERES.
Tout autour de la muraille d'enceinte d' Angkor-Thorn et a la
distance d'une berme de quelques metres, regne un fosse analogue
a celui d' Angkor- Vat, mais de dimensions differentes. Son developpe-
ment total, mesures prises sur le bord exterieur, est de 1 3 200 metres ;
sa largeur ne depasse pas 100 metres. Les parois de cette douve
sont parementees de blocs enormes caches en majeure partie sous la
109
FIG. 3i. — ANGKOR-THOM (PLAN D'ENSEMBLE
LEVE PAR LE LIEUTENANT DUCRET).
AUX RUINES D'ANGKOR
broussaille. Autrefois, la profondeur du fosse devait atteindre
5 ou 6 metres, peut-etre meme davantage, mais le fond s'est
colmate peu a peu, pendant des siecles, par les apports du vent,
et les endroits les plus profonds ne mesurent aujourd'hui guere
plus de 3 metres. Une grande partie de 1'etendue du fosse est
occupee par les rizieres que les habitants des villages voisins ont
coutume d'y cultiver chaque annee ; le reste est envahi par les
hautes herbes et une brousse impenetrable.
Sur chacun de ses cotes sud, ouest et nord, le fosse est
coupe par une chaussee aboutissant a 1'un des porches d'entree.
Dans I'orientation est, on rencontre deux de ces sortes de pont
correspondant aux deux entrees de 1'enceinte et aux avenues qui
conduisent, 1'une au temple du Bayon, 1'autre au perron d'honneur
du Phimeanakas.
Les chaussees traversieres mesuraient une quinzaine de metres
de largeur et n'offraient entre elles aucune difference. Une forte
assise de limomte mouluree soutenait un dallage de gres et une
corniche de bordure sur laquelle etait posee une enorme balus-
trade dont nous avons deja vu le sujet, en bas-relief, dans la
scene du barattement sculptee sur un des murs d' Angkor- Vat.
La main-courante se composait du Naga porte par des geants de
2m. 50 de hauteur faisant effort de tous leurs muscles pour sou-
tenir le gigantesque serpent dont les tetes se dressaient a 1'entree
du pont. Des geants a douze tetes tenaient dans leurs vingt-
quatre bras les tetes et la queue du monstre. Tous ces Asouras
sont solidement campes. Us ont le buste nu et les reins
couverts d'un pagne court qui s'arrete a la moitie de la cuisse.
Leurs bras et leurs chevilles sont cercles d'anneaux ; un large
collier orne leur poi trine. Nous avons la le plus puissant des
motifs decoratifs d* Angkor-Thorn et peut-etre le plus beau. Les
personnages sont largement traites, sans fioritures mutiles ; leur
pose est pleine de force et presque naturelle, qualite rare dans la
statuaire cambodgienne. L'ensemble devait avoir une allure supe-
rieure. Malheureusement, le vandalisme et la vegetation se sont
achames sur ces chaussees plus encore que dans les temples, et
nous ne retrouvons aujourd'hui, pour nous permettre d'apprecier
la valeur de cette composition, que quelques specimens a peu
pres mtacts. Devant la porte qui commande 1'avenue du Bayon
(Thvea Khmoch = porte des fant6mes), on peut voir un geant
a tetes multiples soutenant la queue du serpent et, a 1'autre
no
ANGKOR- THOM
extremite de la meme chaussee, se dressent encore cinq des geants
qui enlagaient le corps du Naga. Les balustrades des autres faces
sont ruinees au point qu'il faut chercher longtemps avant d'en
decouvrir quelques fragments informes ( 1 ), et les chaussees elles-memes
semblent n'avoir jamais etc que des levees de terre grossierement
ma?onnees sur leurs parois verticales. Toutefois, on pourra sans
doute, avec du temps, innniment de patience et quelque argent,
reconstituer les chaussees et retablir leur mam-courante apres en
avoir r assemble les morceaux epars. Cette besogne demandera
plus ieursannees, car ilconvient de remarquer que le peu qui existe
est disloque et que tout est a replacer, pierre par pierre, de la
base au sommet.
M. Delaporte, dans la relation qu'il publia en 1880 (2) a la
suite de sa mission au Cambodge, nous laisse entendre qu'en
1873, epoque de sa visile a Angkor-Thorn, la balustrade de la
chaussee du Bayon existait encore en entier : " Nous venons de
passer le pont des morts, ecnt-il, entre les deux enormes dragons
heptacephales que portent deux files de cmquante-quatre dieux
et geants. Nous franchissons maintenant la porte triomphale....
Mais M. Delaporte fait quelquefois preuve dans son ouvrage d'un
peu de fantaisie, et nous le soup9onnons d'avoir restitue, par
I'lmagmation, un ensemble deja disparu. Dans tous les cas, on
est surpris de voir que des cent huit geants rencontres sur cette
chaussee par M. Delaporte il ne reste plus aujourd'hui que
six specimens, dont trois complets. En 1873, la vegetation etait
aussi dense que maintenant ; tout ce qu'elle avait pu detruire etait
deja par terre, a peu de chose pres, et depuis quarante ans aucun
acte de vandalisme n'a etc commis, sauf par quelques iconoclastes
europeens qui se sont contentes de mutiler sottement de fragiles
frontons pour en emporter un fragment ou de graver leur nom peu
glorieux sur les pierres d' Angkor.
II nous paralt opportun de transcrire a cette place le commen-
cement de la description du Chinois Tcheou Ta-Kouan, qui sejourna
au Cambodge de 1295 a 1297 (3). — " La muraille de la
ville (Angkor-Thorn) a environ vingt // de tour. Elle a cinq
(1) Cependant le visiteur rencontrera. sur la chaussee qui precede la porte meridionale,
plusieurs fragments bien conserves que les travaux deja executes en cet endroit ont rendus a la
lumiere : tetes de geants, tetes de Naga et travees de la main-courante.
(2) Delaporte, Voyage au Cambodge, Paris, Ch. Delasrave. 1880.
(3) Bulletin de I'Ecole francalte d' Extreme-Orient annee 1 902, t. II, p. 141. La relation du
voyageur chinois est traduite par M. Pelliot, qui nous fait remarquer, en note, que le chiffre 1 08
representant le nombre total des geants de chaque chaussee est un chiffre sacre.
I I l
AUX RUINES D'ANGKOR
portes ; chaque porte est double (1). Sur le cote oriental s'ouvrent
deuxportes; tous les autres cotes n'en ont qu'une. En dehors de
la muraille est un grand fosse ; en dehors du fosse, des chaussees
d'acces avec de grands ponts. Des deux cotes des ponts, il y a
cinquante-quatre genies de pierre, semblables a des generaux de
pierre, gigantesques et terribles. Les cinq portes sont idenriques.
Les parapets des ponts sont en pierre taillee en forme de serpents
a neuf tetes. Les cinquante-quatre genies retiennent de la main le
serpent et ont 1'air de 1'empecher de fuir —
La relation de Tcheou Ta-Kouan etant de la fin du XIII8 siecle,
ce qu'elle nous dit ne saurait etre mis en doute, et il est certain
qu'a cette epoque les balustrades des chaussees d' Angkor-Thorn se
trouvaient encore en parfait etat. Mais Jl n'en etait pas de meme
au temps de la mission de M. Delaporte, et nous pretendons que
leur ruine devait etre, en 1 873, aussi ou presque aussi avancee que
maintenant.
M. Aymonier signale que " des petits murs lateraux, longs de
6 metres, reliaient 1'extremite interieure des chaussees a 1'enceinte,
afin d'empecher, sans doute, la circulation sur la berme et de
preserver les portes d'une surprise par les cotes ". En effet, ces
murs existent, en partie du moins, et plus visibles sur certains points
que sur d'autres, mais il s'agit ici d'ouvrages militaires recents,
executes il y a une centaine d'annees pendant les incursions
siamoises, et leur aspect de fortins construits a la hate, avec des
blocs de limonite empruntes aux assises des temples, temoigne de
leur manque d'anciennete. Les constructeurs d'Angkor n'auraient
evidemment pas depare la splendeur des portes d'enceinte et des
chaussees d'acces par un travail aussi peu soigne.
LES PORTES ET LA MURAILLE D'ENCEINTE.
Rien n'est plus elegant ni, en meme temps, plus majestueux
que les portes monumentales donnant acces dans la ville d' Angkor-
Thorn. Elles sont d'une conception parfaite, et 1'artiste qui les a
dessinees se tient au meme rang que les prodigieux decorateurs de
Thebes et de Memphis. Mais leur construction est aussi defec-
tueuse que leur distribution est excellente : les pierres tombent une
par une ; les murs, eleves par tranches verticales, sont a la merci
( I ) C'est-a-dire qu'a chaque voute il y a deux portes, 1'une a 1'entree, 1'autre a la sortie. (Bul-
letin de I'Ecole frantaise tTExlreme-Orienl, annee 1902. t. IV, p. 192, note 5.)
I 12
THO.M. — PORTE SUD DE LA MURAII.LE D 'ENCEINTE
(AVANT LA REFECTION DU REMBLAI).
AXGKOR-THOM. — BALUSTRADE DBS CHAUSSEES TRAVERSIERES
(DEVANT LA PORTE DE KHMOCH).
GUIDE AUX KUINES D'ANGKOR.
PL. 43. 1'AGB
ANGKOR-VAT. — UN DES PORCHES
EXTREMES DES ENTREES
OCCIDENTALES.
PHNO.M BAK-KENG. — FACADE
PRINCIPALS DU TEMPLE.
ANGKOR-VAT. — EDIFICE D 'ENTREE PLACE AU CENTRE DE LA MVRAILLE
SEPTENTR1ONALE DE L-ENCEINTE.
GUIDK Al.X K LINES D'ANT.KOR.
PL. 44. PAGE
ANGKOR-THOM
du moindre flechissement d'un sol mine par des pluies torrentielles ;
les lianes accomplissent lentement leur travail de dislocation.
Les cinq entrees d' Angkor-Thorn sont identiques. Elles
mesurent du sol au sommet une vingtaine de metres. Les portes
n'ont pas moins de 7 metres de hauteur, dimension prise du
dallage au linteau, et se fermaient par d'enormes vantaux de bois
mamtenus en has par des crapaudines et, dans la partie haute,
par une traverse dont on voit encore le logement dans la pierre.
Des deux c6tes, a 1'exterieur et a 1'interieur de 1'enceinte, une
forte saillie du porche soutenait une toiture arretee par un fronton
sculpte encadre du Naga. Dans le passage se trouvent des esca-
liers a marches etroites conduisant a des chambres laterales,
veritables salles de garde dont la destination a du etre purement
mihtaire. Ces pieces sont doubles et commumquent par une petite
porte ; une voute en encorbellement les recouvre. Toute la cons-
truction est massive, d'une epaisseur qui semblerait capable de
resister aux siecles, et cependant certaines parties approchent de
la rume parce que les elements en sont mal assembles.
Dans les angles exterieurs formes par la saillie du porche et
les murs des chambres de veille, en regard du fosse* comme sur
la face opposee, nous rencontrons un vigoureux motif decoratif
qui merite d'etre examine avec la plus grande attention et, pour
cela, il est necessaire de se rendre, quand on en a le temps, a la
porte nord, ou ce motif est le mieux conserve. Voici sa compo-
sition : dans chacun des angles se detache un elephant tncephale
qui semble soutenir, sur son echme puissante, la tour conique
constituant la superstructure des entrees. Sur les tetes se tenaient
des cornacs dont il ne reste que des traces. L'animal a la poitrine
couverte d'un nche collier termine par une sonnette, et ses pieds
sont cercles de larges anneaux. II arrache de la trompe une fleur
de lotus. En regardant attentivement le faible relief dessine sur la
muraille, autour des jambes du colosse, on distingue toute une flore
aquatique indiquant que 1'elephant se trouve dans une mare et
expliquant, par consequent, le geste de la trompe. Au pied de la
porte sud, qui est celle que le visiteur franchit pour penetrer dans
1'enceinte d* Angkor-Thorn, ce motif a presque completement dis-
paru, et les quelques vestiges qui s'y voient encore ne permettent
pas d'en apprecier la valeur.
Au-dessus du passage se developpe une tour conique a base
trapue, sur laquelle on aperjoit le relief nettement accuse* de quatre
AUX RU1NES D'ANGKOR
faces humaines coiffees de diademes qui se reunissent pour com-
poser un unique couronnement en fleur de lotus epanouie. Chacun
des visages regarde un des points cardinaux. La corolle du lotus
et les diademes couverts d'une ornementation precieuse sont d'un
bel effet artistique. De lourds pendants d'oreille encadrent les
visages du dieu. A mi-chemin du dome, se trouvent des person-
nages de la cour celeste accroupis et les mains jomtes dans une
pose d' adoration. — La partie superieure des edifices d'entree est
peut-etre un peu mieux construite que la base, mais elle n'a guere
etc epargnee par les racines qui se sont fait un jeu d'en separer
les pierres.
La muraille d'enceinte part du mur de fond des chambres de
veille. Elle est en limonite avec chaperon moulure couronne par
une dentelure de gres. Sa hauteur depasse 7 metres ; son develop-
pement total est exactement de 12400 metres. Elle s'appuie, a
Tinterieur de la ville, sur un glacis de terre qui arrive au ras
de la partie basse du chaperon et menage un chemm de ronde de
pres de 10 metres de largeur. La foret a envahi ce remblai, mais
on trouve, a peu pres sur tout le pourtour, un petit passe-pied
qui permet la circulation. Aux angles du rempart s'eleve une
minuscule construction en limonite abntant une stele inscrite.
Une erreur a etc ommise par les constructeurs d' Angkor lors-
qu'ils ont trace les limites de la ville et dresse la muraille d'enceinte.
Sur les trois faces nord, est et sud, ils ont bien obtenu ce qu'ils
cherchaient, c'est-a-dire une orientation exacte des mur 3 qui se
joignent a angle droit, mais, sur la face occidentale, soit par suite
d'une maladresse, soit a cause d'une erreur d'instrument, la muraille
s'est trouvee desaxee d'un degre (1), de sorte que Tangle nord-ouest
du rempart est legerement aigu et Tangle sud-ouest legerement obtus.
Cette erreur est presque insensible, mais elle n'en a pas moins cause
une certame surprise aux Cambodgiens lorsqu'ils ont voulu ouvrir
les avenues qui relient les portes nord et sud au Bayon. En effet,
ne se doutant pas du desaxement du mur occidental, ils avaient
eleve les portes exactement au milieu des murailles, et, lorsqu'ils
voulurent tracer les avenues qui conduisent de ces memes portes
au centre de la ville, ils s'apercurent que ces deux voies, contrai-
rement a ce qu'ils esperaient, n'etaient pas tout a fait dans le meme
(1) L'erreur dans 1'orientalion de la muraille occidentale d'.-" ngkor-Thom a etc decouverte
en 1908 par le lieutenant Ducret. de I'lnfanterie Coloniale, au cours d'une mission topographique
que lui avail confiee 1'Ecole fran<;aise d'Extreme-Orient.
ANGKOR. THOM
axe et n'aboutissaient pas aux portes centrales du Bay on. Cet ecart
n'etait pas important, mais comme ils tenaient sans doute a la ligne
droite, ils ont, pour 1'obtenir, reporte un peu vers Test 1'extremite
des deux avenues; si bien que 1'avenue sud, au lieu d'aboutir
a la porte du Bayon, tombe sur la parlie droite de ce temple. Ils
ont egalement rectifie la direction de la voie septentrionale, malgre
que cette rectification ne s'imposat pas, etant donne que Textremite
de 1'avenue se trouve a 700 metres du Bayon, a la limite nord
de la place publique, et qu'il est impossible de s'apercevoir, a cette
distance, d'une deviation aussi faible.
LES AVENUES.
L'enceinte communiquait avec le centre de la ville par cinq
avenues mesurant a peu pres 1 500 metres de longueur pour une
largeur de 30 metres. Ces avenues ne se distinguaient par aucune
particularite, sauf celle du sud, qui, comme nous 1'avons vu a la
fin du chapitre precedent, n'aboutissait pas au point qu'elle aurait
dft atteindre. Elles etaient constitutes par de simples levees de
terre d'un relief a peine indique. Les materiaux de remblai etaient
pris en bordure de la voie, et leur ligne d'emprunt formait de
chaque cote une sorte de petit canal qm servait a 1'evacuation
des eaux de pluie. Au cours des travaux de debroussaillement deja
entrepris dans Angkor-Thorn, ces fosses, caches sous la foret, ont
etc retrouves et ont indique la largeur exacte des anciennes avenues.
Trois voies conduisaient des faces sud, est et ouest de 1'en-
ceinte au temple du Bayon; celle du nord aboutissait a la place
publique et la cinquieme partait de la porte de la Victoire (1) pour
s'arreter en face du perron central de la terrasse d'honneur du
Phimeanakas.
De nombreux lessons de poteries domestiques et d'innombrables
debris de tuiles laissent supposer que les habitations particulieres
etaient surtout disposees en bordure des avenues (2).
LES SRAS (3).
On rencontre dans Angkor-Thorn une grande quantite de sras
de dimensions tres differentes. Les uns sont des bassins sacres
(1) La porte de la Victoire est une des deux portes orientalec. L'autre est la porte des
Khmoch.
(2) II y avail aussi des habitations particulieres, et sans doute en grand nombre, autour des
etangs creuses dans le sol d'Angkor-Thom.
(3) Sras II bassins.
n5
AUX RU1NES D'ANGKOR
entrant dans la composition des temples ; les autres, en general
plus vastes et plus profonds, etaient destines, en cas de siege,
a l'approvisionnement de la ville. En temps ordinaire, la riviere,
qui passe a 700 metres de la porte de la Victoire, fournissait toute
1'eau dont les habitants avaient besoin, et il etait facile de la trans-
porter dans des jarres ou des recipients quelconques. Tous ces
bassins, qu'ils aient un caractere religieux ou celui de simples
reservoirs, etaient parementes de gres ou de limonite. Leur profon-
deur a diminue par suite d'un colmatage continu, et quelques-uns
ne se presentent plus que sous 1'aspect de mares.
Devant le groupe du Prah-Pithu, nous trouvons une assez forte
depression longue de 300 metres, que les indigenes utilisent pour
leurs rizieres et qui pourrait bien avoir etc un grand etang.
Derriere ce meme groupe (au nord), plusieurs petits bassins ont etc
creuses ; le plus eloigne est dans un etat de conservation presque
parfait. De chaque c6te de la terrasse orientale du Bayon, se
trouvent aussi des pieces d'eau, mais elles sont tellement envahies
par la foret qu'on ne les apercoit pas sans peine. Et, en resume,
tous les temples sont pourvus d'un ou de plusieurs bassins ; c'est
une regie generale. Le plus important est celui que nous verrons
au nord du Phimeanakas, lorsque nous visiterons ce monument et
ses dependances.
LE BAYON : PREMIER ETAGE.
Le Bayon. — Vraisemblablement, ce temple est sinon 1'ancetre
du moins 1'un des plus anciens des innombrables monuments que
les maltres d* Angkor ont eleves sur le sol cambodgien. Aucune
inscription n'est venue jusqu'a ce jour nous renseigner sur la date
exacte de sa fondation, mais 1'examen des motifs architecturaux,
des parties decoratives et des precedes de construction fournit une
preuve de son anciennete (1).
Le Bayon est le plus vaste des temples construits dans 1'enceinte
de la capitale royale. II est situe au centre mathematique de la
ville et affecte la forme d'une pyramide a trois gradins couronnee
par une haute tour. Voici, sans trop de details, sa distribution :
Premier etage. — Une galerie de 150 metres est-ouest et
1 00 metres nord-sud, posee sur un soubassement de2 metres, constitue
la premiere assise de la pyramide. Malgre son etat de ruine, cette
(1) Nous avont vu dans la par tie hislorlque que {'on attribue, par supposition, a Indravarman
(877 A. D.) la construction du Bayon, qui n'aurait etc terminee que sous': Yac,ovarman (889),
ANGKOR. THOM
galerie offre une grande analogic de composition avec celle du
premier etage d' Angkor-Vat : un mur de fond couvert de bas-
reliefs, un rang de hauts piliers carres supportant la toiture, un rang
de piliers plus petits sur lesquels reposait la derm-voute de la
veranda. Seulement, ici, une petite terrasse de 3 metres, bordee
d'une elegante balustrade dont nous voyons quelques vestiges sur
la fa9ade orientale, precedait la veranda et faisait le tour de tout
le premier etage, en ne s'interrompant qu'aux porches. Autrement
dit, la partie supeneure du soubassement debordait davantage qu'a
Angkor- Vat et f or-
mait une plate-
forme autour de la
premiere galerie ( 1 ).
Trois porches
d'entree existaient
sur chaque face,
un au centre, les
autres aux extremi-
tes. Us comman-
daient des vestibu-
les enveloppes de
petites galeries et
presentaient encore
beaucoup de res-
semblance avec
ceux d' Angkor- Vat. Mais nous voyons dans le mur des bas-
reliefs d'autres portes secondaires, trois sous chaque galerie, soit six
pour une fa9ade, qui ne se rencontrent pas ailleurs. Ces baies,
sauf une, sont murees depuis longtemps.
Celle qui coupait le centre de chaque panneau, et celle-la seule-
ment, etait precedee d'un petit perron debordant sur la ligne de la
plate-forme.
Sur la fa9ade orientale et devant le porche central, s'etendait
une vaste terrasse de 50 metres de longueur et d'une largeur de
25 metres, pourvue de quatre escaliers, deux de chaque cote, con-
duisant a des bassins aujourd'hui combles presque completement.
Un cinquieme escalier, place de face, descendait sur 1'avenue qui
aboutissait directement a la porte des Khmoch. La terrasse etait
(I) Ce chemin de circulation exiite bien autour de la premiere galerie d' Angkor-Vat, mail il
est beaucoup plus etroit, quoique praticable.
FIG. 32. — BAYON (PLAN D'ENSEMBLE).
AUX RUINES D'ANGKOK
garnie, comme la plate-forme qui longe la premiere galerie, de la
balustrade que nous avons deja rencontree maintes fois.
Entre la galerie du premier etage et la suivante, s'etend une
cour de 1 8 metres de largeur. Elle n'offre aucune autre particularite
que d'etre obslruee sur differents points par les eboulis. Dans
chacun de ses angles nord-est et sud-est s'eleve un tout petit edicule
dont 1'allure generale rappelle, en moms bien, les deux biblio-
theques " d' Angkor- Vat. La cour s'interrompt aux entrees est et
ouest pour faire place a des couloirs qui rehent les porches de la
premiere galerie a ceux de 1'etage suivant.
DEUXIEME ETAGE.
La galerie du deuxieme gradin presente avec celle que nous
venons de voir des differences sensibles : 1° sur chaque face elle
est pourvue de cinq porches (1), trois aux centres, les autres aux
extremites; 2° le sol de la galerie n'est pas sur un meme plan
horizontal ; il est beaucoup plus eleve pres des entrees centrales
et offre, en coupe longitudinale, une serie de niveaux differents;
3° les porches qui se trouvent a gauche de 1'entree sud et a
droite de 1'entree nord sont beaucoup plus rapproches de 1'axe
nord-sud que ceux places de 1'autre cole (Voir le plan) ; enfin,
4° la galerie du deuxieme etage est pourvue de deux verandas,
ouverte sur la cour pourtournante, 1'autre regardant 1'interieur du
1'une monument.
Toute la surface du mur de fond de la veranda exterieure est
tapissee de bas-reliefs que nous examinerons a leur heure. Ces
panneaux sont coupes de temps en temps par des portes etroites
etablissant la communication avec 1'interieur de la galerie. Des
escaliers de cinq ou six marches reunissent les parties de la galerie
qui sont d'un niveau different ; d'autres sont pratiques devant les
petites portes percees dans le mur de fond.
Particularite non pas unique mais rare : les porches qui flanquent
lateralement les entrees d'axe s'ouvrent sur des galeries perpendi-
culaires a celle du deuxieme gradin (Voir le plan). Ces galeries
sont egalement accompagnees d'une double veranda ; elles forment
un redan, viennent affleurer du bas de leur toiture la terrasse du
troisieme etage et circonscrivent des petites cours reservees dans
( I ) De chaque cote des murs interieurs de ces entrees, on remarquera le relief d'un grand
dvarapala (gardien du temple) appuye sur une massue.
ANGKOR-THOM
les angles interieurs de la galerie de pourtour (Voir le plan). Sur
tous leurs angles s'elevent des tourelles.
TROISIEME ETAGE.
II se compose d'une terrasse supportant une tour centrale encore
debout mais tres ruinee, a base circulaire, de forme conique, agre-
mentee de balcons inaccessibles purement decoratifs. Le sommet de
la fleche est a 45 metres du niveau du sol d' Angkor-Thorn. Sous
le dome de la tour se trouve une assez vaste cellule completement
obscure qui communique avec la terrasse par huit couloirs. C'est le
sanctuaire. II n'est pas prudent de s'y aventurer sans lumiere
parce que Ton risque de tomber dans un trou profond, que les
chercheurs de bijoux et de statuettes ont creuse dans le sol. Les
couloirs nord, ouest et sud sont precedes de porches tres elegants
construits sur la terrasse. Celui de Test (face honoree du temple)
comprend toute une serie de passages importants flanques de
galeries laterales et couverts de tourelles. Les couloirs intermediaires
communiquent avec la terrasse par un simple escalier de quelques
marches. A la base de la grande tour, on rencontre de nombreuses
petites cellules qui conuennent encore quelques restes de statues.
Nous voyons aussi, a cote du porche meridional, une chapelle qui
n'a pas sa replique symetrique et deux edicules en flanquement du
grand passage oriental.
Le pourtour de la terrasse etait garni d'une balustrade dont les
morceaux se re trou vent dans les decombres qui obstruent les cours
de 1'elage inferieur. Toutes les tours et les tourelles du Bayon sans
exception sont decorees des quatre faces de Brahma coiffees de
diademes (1).
LA DECORATION DU BAYON.
II serait superflu d'insister sur la beaute du Bayon et son charme
particulier. Le visiteur s'apercevra sans tarder que ce temple, bien
que de dimensions moms vastes que son immense voism, Angkor-
Vat, est d'une conception superieure et que c'est ici qu'il faut
etudier le genie des maitres d* Angkor. Dans un espace relativement
restreint, les constructeurs du Bayon ont su renfermer plus de mer-
veilles que dans tous les autres temples cambodgiens reunis, et cela
tient, croyons-nous, a ce qu'ils n'ont pas travaille ici dans le but
(I) II nous semble inutile de donner sur la composition du Bayon d'autres details qui ne
feraient qu'obscurcir une description deja peu facile a suivre.
AUX RU1NES D'ANGKOR
d'en imposer aux fideles, mais avec la seule idee de donner a la
demeure de leurs dieux le plus de magnificence possible.
Quand on se familiarise avec les details du Bayon, on constate,
non sans etonnement, que des linteaux se faisant face k 50 centi-
metres de distance, et par consequent presque caches, sont sculptes
avec le meme soin que les pierres les plus visibles. Pas un recoin
n'est oublie, et c'est souvent^dans les endroits les plus derobes que
se trouvent les plus beaux motifs de decoration. On se rend compte
aussi que, parfois, les artistes ont eu la main assez heureuse ou
suffisamment habile pour obtenir un effet qu'ils cherchaient. Ainsi,
par exemple, 1'expression de calme et de douceur dont sont
empreints les visages de Brahma n'est pas une consequence du
hasard.
Les rinceaux d'encadrement des portes sont remarquables, tant
par la hardiesse du dessin que par la puissance du relief. Quelques
details surprennent, notamment ces rideaux d'etoffe damassee descen-
dant sur des fenetres dont on aperfoit seulement le bas des claustras.
II n'est pas jusqu'aux tevadas elles-memes, ces figures si sechement
dessinees sur les murs d' Angkor- Vat, qui n'aient Jci leur cachet.
Souvent leur masque est fin, souriant, le buste d'un galbe suffisant.
Leurs pieds sont droits, d'un mauvais dessin, c'est entendu, mais
enfin Jls ont a peu pres la position qui leur conviendrait, et ils la
doivent a ce que les sculpteurs d' Angkor-Thorn n'ont pas hesite a
accentuer les creux pour detacher solidement leurs sujets (1).
Mais nous ne pretendons pas dire, par ce qui precede, que la
decoration du Bayon est impeccable du sol a la pointe des tours.
Quelques parties ont malheureusement etc confiees a des artisans
maladroits, et Ton peut voir deux ou trois faces de Brahma
dont la facture est loin de valoir celle des autres. Cependant le
Bayon, pris dans son ensemble architectural et ornemental, est le
plus beau des temples du Cambodge, et c'est aussi celui qui nous
offre la plus grande variete.
ETA T DE RUINE DU BAYON.
Aucun monument cambodgien, sauf le Baphuon, n'a souffert
autant que le Bayon. La toiture et la demi-voute de la premiere
galerie sont a terre ; il n'en reste rien, pas un fragment en place.
( I ) Plus Id temples du Cambodge sont anciens, plus le relief des figures et des motifs d'orne-
ment est accuse. Cette seule observation suffirait, a la rigueur, pour classer les monuments par
ordre d'anciennete.
1 2O
BATON. — BASE D'UNE TOURELLE
DU GROUPE.
BAYON. — TETES DECORATIVES
D'UNE TOURELLE.
ANGKOR-THOM. — ELEPHANTS PLACES A LA BASE DES PORCHES DE L'ENCEINTE
(PORCHE SEPTENTRIONAL).
GUIDE AL.N. KUINES U'ANGKOK.
PL. 45. PAGE
GUIDE AU.\ KVl.NKti D'ANGKOK.
PL. 46, PAGE 121.
ANGKOR. THOM
La moitie du mur de fond de la fa9ade nord est tombee, et c'est
d'autant plus regrettable que ce long panneau de 40 metres
etait couvert de bas-reliefs tres interessants, si Ton en juge par les
pierres sculptees qui jonchent le sol. La double colonnade est
presque completement detruite. On devine, a voir la position pen-
chee de certains piliers, que les destructeurs employaient des ele-
phants pour remuer de pareilles masses et aller vite en besogne (1).
Les toitures des vestibules d'axe et de ceux des angles se sont
egalement effondrees, et les materiaux qui les composaient obstruent
les passages au point qu'il est impossible d'apercevoir, sauf sur un
point, si peu que ce soit des bas-reliefs qui tapissaient 1'inteneur
de ces entrees. De la balustrade decorative de la petite terrasse de
pourtour il ne subsiste que quelques travees sur la face orientale.
La deuxieme galerie a mieux resiste, mais son etat de ruine n'en
est pas moins inquietant. La toiture manque completement en plu-
sieurs endroits et, dans la partie gauche de la face nord, elle ne
tient que grace a 1'aide d'un petit arbre remplissant 1'office d'un
etai. Les couloirs couverts qui traversaient la cour sur les faces est
et ouest n'existent plus que sous la forme d'enormes eboulis d'ou
emergent quelques piliers. Les porches des entrees d'axe sont en
partie ruines ainsi que ceux des angles.
La terrasse du troisieme gradin est peut-etre la partie du Bayon
qui a etc le moins atteinte, mais la haute tour centrale qu'elle supporte
est fortement endommagee. On peut se rendre compte de ce qu'il
en manque par les coulees de pierres qui se trouvent a sa base. II
est vrai qu'ici les fautes de construction sont telles que la ruine
etait fatale (2). — En ce qui concerne les tourelles, la partie
n'est pas perdue. Leurs elements sont disloques par les racines et
les lianes, quelques tranches sont tombees, des couronnements
gisent sur la terrasse, mais tout cela peut se remettre en place avec
quelques efforts et de la patience.
Aujourd'hui, le visiteur ne peut avoir une idee de 1'etat dans
lequel se trouvait le Bayon avantle deblaiement de ses galeries et
des cours. Une veritable foret croissait dans toutes les parties du
temple et principalement sur les tours. C'etait d'un tres bel effet
pour 1'oeil d'un artiste, mais chaque mois, peut-etre chaque jour,
(1) Les Cambodgiens eux-memes ou leurs ennemis utilisaient la force des elephants quand ils
voulaient detruire quelque chose de tres resistant. Un des bas-reliefs du Bayon raontre precise-
ment des elephants atteles de chaque cote d'une statue pour la briser.
(2) Nous renverrons le lecteur a ce que nous avons dit au sujet des fautes de construction. —
Voir notes preliminaires. Chap. Emploi da materiaux.
J2I
AUX RUINES D'ANGKOR —
quelques pierres tombaient. La ruine complete du temple n'etait
done qu'une affaire de temps, et il fallait songer a 1'enrayer le plus
tot possible.
LES BAS-RELIEFS DU BAYON.
Pour la visite des bas-reliefs du Bayon, nous partirons de la
face nord, parce que c'est de ce cote que le visiteur penetre dans
le temple (1).
Galerie du premier etage. — Face nord (partie droite). — Seule
la partie basse du mur est decoree. Nous y voyons une ligne de
combattants. Les chefs montent des elephants ; ils tiennent un arc
en main. Les cornacs diligent leur bete au moyen du pic a crochet,
dont 1'usage s'est conserve jusqu'a maintenant. Les bats de guerre
des elephants presentent beaucoup d'analogie avec ceux de la
galerie historique d' Angkor- Vat, mais le dessin en est infmiment
plus grossier. Les simples guerriers ont comme arme le javelot
(ou une courte lance) et se protegent par un bouclier. Le combat
a lieu dans la foret. Des guerriers barbus portant une sorte de
chapeau qui semble etre confectionne en feuilles de latamer (2) se
battent contre d'autres guerriers a cheveux ras, dont la poitrine est
ceinte de fortes cordes. On comprend 1'utilite de ces cordes en
pensant que tous les prisonmers de guerre etaient emmenes en
esclavage. — Une ebauche interrompt la continuite des scenes.
Nous voyons ensuite deux guerriers tendant leur arbalete (3) en
faisant effort du pied droit sur le bois de 1'arme.
Petite porte muree au milieu du panneau. De ce point jusqu'a
Tangle nord-ouest, les sujets ne se rapportent plus a 1'existence guer-
riere des Cambodgiens. Contre le chambranle de la porte, on aperfoit
une multitude de poissons. C'est 1'indication d'une riviere, et nous
en trouvons une autre a quelque distance. Entre les deux cours
d'eau s'eleve une montagne au bas de laquelle sont construits deux
palais, 1'un pres de la riviere de droite, 1'autre pres de la riviere
de gauche. Sur le flanc de la montagne, quelques pretres brahmanes
portant des even tails marchent a la file indienne. Ces personnages
ne sont qu'ebauches, mais leur identite ne peut faire de doute.
(1) Les visiteurs descendant de charrette devant une petite bonzerie qui se trouve en regard
de la facade nord du Bayon.
(2) Ce chapeau a un peu la tournure, en plus petit, de celui que portent les coolies annamitcs
de Cochinchine.
(3) La incme arbalete est encore en usage chez les Cambodgiens des regions forestieres et chez
tous les sauvages du Cambodge et du Laos.
122
ANGKOR-THOM
Au pied de la montagne et au centre de la scene, un personnage
de taille elevee se tient debout, une jambe en avant, dans une
attitude de marche. Le corps est presque termine, mais la tete n'est
indiquee que par une reserve dans la pierre. Nombreux bijoux : collier
tombant sur la poitrine, bracelets aux bras et aux poignets, anneaux
aux chevilles. Le buste est nu ; les jambes sont couvertes d'un
pagne a grande retombee ; les mains serrent deux petits objets
difficilement identifiables. A la droite de ce personnage (gauche
du spectateur), un homme se tourne vers des serviteurs et leur
donne 1'ordre d'apporter les presents qu'ils ont dans les mains. Get
homme se distingue par une chevelure assez longue. II est vetu
d'une tunique et porte des bijoux aux oreilles, aux bras et aux
poignets. Deux figures voisines ont meme costume, meme cheve-
lure et memes ornements.
A la gauche du personnage central, on aper?oit deux femmes
debout qui pourraient etre ses epouses. Elles ont le buste nu, un
collier sur la poitrine, des pendants aux oreilles, des bracelets aux
bras et aux poignets, des anneaux doubles aux chevilles. Un
pagne couvre leurs jambes. D'autres femmes sont arretees devant
le palais qui peut etre un harem; d'autres encore se tiennent
accroupies et portent dans les mains des objets paraissant destines
au personnage principal ou a ses epouses.
A droite de la riviere, autre scene qui s'ordonne de la fafon
cuivante : au centre, quelques pretres sont assis a 1'ombre des
arbres qui composent le fond du tableau et se tournent vers la
gauche du panneau. Leur aspect nous est deja connu depuis la
galerie historique d' Angkor- Vat : buste nu, pagne pretexte, cordon
brahmanique, barbe en pointe, oreilles largement fendues mais sans
boucles, haul chignon maintenu dans une etoffe. Le premier se
trouve devant une table basse sur laquelle est pose un objet rond.
En face de lui quatre hommes sont accroupis : cheveux en brosse,
collier ; pas d'autres bijoux. Us ont 1'air d'etre en visite. Deux
d'entre eux discutent. Ces hommes sont accompagnes de femmes
qui attendent immobiles et sont probablement leurs epouses.
Derriere les brahmanes, on voit encore huit hommes ressemblant
aux precedents : meme physionomie, meme coiffure et meme
collier.
Au-dessus des arbres du fond passent des cavaliers (ebauche)
qui ne peuvent faire partie de la meme scene. Us entraient dans
la composition d'un sujet dont ils ne represented qu'un fragment.
I23
AUX RUINES D'ANGKOR
Autre scene : lutteurs aux prises, gladiateurs combattant ;
figures pas terminees. Musiciens : remarquer 1'elegance des harpes.
Jongleries : un homme couche sur le dos leve les jambes vertica-
lement et se sert de ses pieds pour faire tourner une roue. Un
hercule tient un enfant en equilibre sur sa tete et porte sur chaque
main un autre enfant. II est possible que ces sujets amusants se
rattachent au panneau suivant et nous donnent une idee des dis-
tractions qu'un roi pouvait offrir a sa cour.
Autre scene, pres de 1'angle nord-ouest. Palais couvert de toitures
etagees. On assiste sans doute, ici, a une audience royale. Dans
1'embrasure du porche central, le roi est assis : cheveux tailles en
brosse, buste nu simplement orne d'un collier formant pendentif,
pas d'autres bijoux ; un pagne pour tout vetement. Partout, de nom-
breux personnages. Quelques-uns s'inclinent a la droite du roi, qui
tend la main a Tun d'eux; d'autres saluent a sa gauche. Toutes
les ouvertures du portique sont garnies de rideaux. Au-dessous,
c'est-a-dire devant le palais (1), de nombreux animaux passent :
cerfs, buffles, boeufs, un rhinoceros, un lievre, un oiseau sur le dos
d'une biche. Des serviteurs paraissent avoir pour mission de
s'occuper de ces betes qui seraient alors apprivoisees et vivraient
librement dans le pare royal.
Avant d'aller plus loin, nous rappellerons que 1'histoire
ancienne du Cambodge est fort peu connue et que, dans ces
conditions, 1'identification des bas-reliefs de la premiere galerie du
Bayon est impossible. Ces murs contiennent de nombreuses scenes
de guerre et d'autres qui EC rattachent peut-etre a la vie politique
du royaume ; mais nous ne savons pas, et nous ne saurons proba-
blement jamais, quels fails elles evoquent. La presente description
n'a done d'autre utilite que d'attirer 1'attention du visiteur sur
certains details qui pourraient lui echapper.
Face ouest (par tie gauche). — Une petite porte muree se trouve
pres de Tangle nord-ouest.
On distingue dans le haut du mur quelques esquisses, notam-
ment celle d'un palais. Les bas-reliefs termines occupent environ
la moitie de la hauteur du panneau. Us sont di vises en deux
registres separes par une etroite bande horizontale.
(I) II est entendu que tous les bas-reliefs du Bayon doivent etre vus, comme ceux d' Angkor-
Vat, en commen^ant par le bas, qui constitue, nous en avons du moins la conviction, le premier
plan. Mais quelquefois les different* registres represented non une superposition de plans mais
une suite ininterrompue de scenes, qui doivent se lire d'abord d'un bout a 1'autre du premier
registre, puis sur le second et ainsi de suite jusqu'a la fin du registre superieur.
ANGKOR-THOM
Registre inferieur : defile ininterrompu de guerriers qui portent
tous 1'arme a 1'epaule. Armes di verses : sabres, lances, arcs, arba-
letes et cette lame montee sur une racine de bambou courbee que
les Cambodgiens appellent p/?£ea£ et dont 1'usage s'est conserve
fidelement depuis 1'epoque d* Angkor. — Quelques femmes et des
enfants suivent 1'armee.
Registre superieur : continuation du defile. En tete, des
esclaves portent des banmeres. Immediatement apres viennent des
musiciens ; 1'un d'eux frappe a tours de bras sur un gong enorme.
Une sorte de chasse (ou d'urne) richement decoree et abritee par
une quantit^ de parasols et d'eventails est portee sur les epaules
d'une demi-douzaine d'hommes. Elle est suivie par trois chevaux
non montes que des esclaves conduisent. Et le defile continue.
Nousvoyons des soldats, la lance a 1'epaule et le bouclier bas, un
deuxieme gong et son frappeur, puis d'autres guerriers et des
oriflammes, un elephant de guerre monte par un chef dont le
haut rang est indique par des parasols nombreux, des eventails et
des chasse-mouches. D'autres guerriers suivent encore, ainsi que
des femmes et des enfants.
Nous assistons ici a un enterrement ou, plutot, a la translation
des cendres d'unroi, car la chasse ou 1'urne portee a dos d'hommes
est de dimensions trop faibles pour contenir un corps. Toute
1'armee fait partie du cortege ; les chevaux tenus en main sont ceux
du mort ; les femmes et les enfants represented la famille royale.
Petite porte muree.
A droite de cette porte, scene de combat divisee comme la
precedente en deux registres. Dans celui du haut, une bonne
esquisse est visible, mais elle n'est pas assez poussee pour fournir
des renseignements complets.
Registre inferieur : le premier personnage important que Ton
rencontre est un chef monte sur un elephant. Son guidon et ses
parasols ont la hampe brisee, signe de defaite. Melee generale.
Deux elephants sont aux prises. L'untourne la tete avec 1'evidente
intention de fuir, et c'est ce que veulent faire aussi le chef et le
cornac qui le montent. D'autres chefs n'ont pas plus de vaillance
et paraissent prets a abandonner la partie. L'action se passe en
foret. Les guerriers des deux camps ne se distinguent ni par la
coiffure ni par les vetements, qui sont identiques : cheveux en
brosse, collier, veste courte, sampot roule autour des reins.
A 1'extremite du panneau (pres de 1'entree d'axe) , les guerriers
— I25
AUX RUINES D'ANGKOR
franchissent un pont figure par une bande horizontale de 5 centi-
metres de largeur. L'eau est indiquee, comme d'habitude, par une
multitude de poissons. — Dans tout ce bas-relief, on ne peut
distinguer aucune figure de grand chef. Les commandants des
deux armees se seraient trouves probablement, si les scenes etaient
terminees, dans un des registres supeneurs.
Face ouest (partie droite). — Tout le panneau est decore, du
haut en bas. II comprend d'abord trois registres superposes et
divises par des bandes horizontales en relief.
La premiere scene represente un combat. Elle est interessanle
par la precision du dessin qui laisse apprecier les moindres details.
De nombreux elephants selles d'un robuste bat de guerre entrent
dans sa composition. On distingue nettement le systeme d'attache.
Certaines de ces gigantesques montures ont la tete couverte d'un
bonnet ou d'une petite piece d'etoffe carree. — Gong, tambourin,
trompette ; des enfants tiennent le role de musiciens. Les ennemis
portent le meme collier, la meme coiffure et des vetements
semblables.
Autre scene, separee de la precedente par des rochers et divisee
en quatre registres.
Dans le registre inferieur, on voit un palais dont 1'interieur
fourmille de monde. Des femmes paraissent maltraitees par des
individus armes de massues. Elles ne sont pas battues, mais
craignent de 1'etre. Des porteuses de vivres circulent. Des hommes
et des femmes arrivent des deux cotes du palais et se rencontrent
au centre. Le sens de cette scene nous echappe completement,
de meme que celui du registre suivant.
Deuxieme registre : de nombreux guerriers se trouvent sur les
toits du palais que Ton vient de voir, c'est-a-dire, probablement,
au deuxieme plan.
Troisieme registre : des hommes, qui ont 1'air de guerriers
vaincus et desarmes, se tiennent a genoux a la droite d'un person-
nage, egalement agenouille, qui leur parle avec vehemence. A la
gauche de cet orateur, des guerriers sans armes (ou des esclaves)
montrent deux tetes coupees qu'ils levent des deux mains aussi
haut que possible. Puis des guerriers debout et armes semblent
quitter les lieux.
Nous avons la sans doute le resultat du dernier combat : on
apporte au vainqueur les tetes des chefs vaincus. Dans le
meme registre, une esquisse indique que la scene allait se com-
126
ANGKOR-THOM
pleter par un combat singulier. Les deux adversaires sont de haute
taille. L'un est a bout de forces et flechit ; 1'autre le domine,
mais on ne voit pas dans 1'ebauche le detail de ses gestes. Des
guerriers assistent les combattants.
Registre superieur : un palais. Une femme est portee en
palanquin. Demere elle, des suivantes accroupies tiennent dans leurs
mains des coupes a betel ou a fruits. Devant le palanquin, quelques
hommes assis croisent les bras sur leur poitrine en maniere de salut.
FIG. 33. — BAYON. — FRAGMENT D'UN DES BAS-RELIEFS DE LA PREMIERE
GALERIE : GUERRIERS COMBATTANT.
Us se trouvent dans une des galeries du palais. Sous un porche se
tient, assis a 1'indienne, un personnage de grande taille a cheveux
ras, au cou orne d'un collier. Son attitude montre qu'il attend
avec emotion la dame qui arrive en palanquin. Deux familiers
1'assistent, et 1'un d'eux lui prend la main. Le reste du registre est
simplement ebauche mais parait avoir etc destine a completer la
scene.
Petite porte muree.
Au dela, le haul du mur est nu, sauf pres de Tangle sud-ouest.
Deux registres. Le plus eleve nepresente que quelques ebauches.
Les bas-reliefs de 1'autre sont termines. Encore des guerriers,
des chefs monies sur des elephants. Un de ces chefs se distingue
127
AUX RU1NES D'ANGKOR
par une cuirasse carree semblable a celles qui couvrent la poitrine
des seigneurs de la galerie historique d' Angkor- Vat. Les autres
n'ont qu'une simple tunique. Tous ont le meme armement, un arc
et des fleches, et portent une chevelure roulee en petit chignon sur
la nuque. Cette armee ne combat pas ; elle esten marche sous le
dome d'une foret. Deux brahmanes, dont Fun tient en main un
trident, grimpent a un arbre pour eviter d'etre mis a mal par un
tigre qui semble vouloir les atteindre. Nous remarquerons a ce
sujet que les sculpteurs cambodgiens se sont souvent amuses a
placer leurs pretres dans une posture ridicule. Sur les murs d' Ang-
kor-Vat, nous avons vu les Pandits faire des grimaces parce que,
etant peu habitues a la fatigue, ils avaient Tepaule endolone de
porter la litiere de leur chef. Nous les avons vus aussi descendre,
affoles, le flanc d'une montagne. Ici, les voila pris de terreur
devant un tigre. Et, en somme, on pourrait conclure de ces petits
details que, si les artistes d* Angkor avaient pour les divinites
brahmaniques une indiscutable veneration, ils en avaient beaucoup
moins pour les ministres du culte.
Pres de Tangle sud-ouest, au-dessus de Tarmee en marche, une
scene bien dessinee doit se rapporter a la construction des temples.
En voici la distribution : une montagne compose le fond du
tableau. Au bas de la cote, un brahmane est assis. II fait un signe
a un homme qui lui apporte quelque chose sur un plat. Devant
et derriere lui se tiennent des guerriers. Sur la meme ligne, on
rencontre d' autres guerriers, puis des esclaves trainant au moyen
d'une corde une pierre d'assez grande dimension. Un chef
d'equipe, bati en force, donne des ordres d'un geste imperieux ;
un autre, arme d'un rotin, est debout sur la pierre que Tontrans-
porte, ce qui n'est pas un moyen de faciliter une besogne deja
penible. Ce sujet a notoirement trait a des travaux de cons-
truction, et il est fort possible que la montagne du fond soit le
Phnom-Koulen qui a fourni toute la pierre des monuments
d' Angkor.
Face sud (partie gauche). — (Dans 1'espace compris entre
Tangle sud-ouest et une petite porte ouverte dans la muraille.) Le
haul du panneau est nu; a mi-hauteur, quelques esquisses sont
tracees, dont une de figure de femme. La partie basse est divisee
en deux registres.
Registre inferieur : deux elephants passent sur un pont. Ils ne
sont ni selles ni monies, meme par leurs cornacs. De nombreux
I28
RAYON. — TKTKS DKCORATIVES.
BATON. — PROFII. D'UNE TF.TE.
BAYON. — FRAGMENT n'ux DBS BAS-RELIEFS DE LA PREMIERE GALF.RIE
(LA PARTIE SUPERIEURE N'EST QU'EBArCHEF,).
AUX RLINKS I/ANGKOK.
PL. 47. PAGE 128.
BAYON — FRAGMENT DKS HAS-RF.LIEFS
I>E I.A PREMIERE GAI.KR1E.
RAYON. — FRAGMENT DES IJAS-RELIEKS
DE LA DErXTF.MF. OAI.ER1E.
BAYON. — FRAGMENTS DES BAS-RELIEFS DE LA DETXIEME GALERJE
MTTILATION I)E I.A STATUE iVl'NE DEESSE.
GLIDE AUX KUINKS U'ANGKOR.
PL. 48, I'.U.I-: 19$
ANGKOR-THOM
parasols que portent des esclaves leur donnent de 1'ombre. Des
guerriers precedent et suivent ces elephants, qui peuvent etre les
montures habituelles du roi et viennent sans doute de se baigner
dans la riviere figuree, au-dessous du pont, par des poissons. II
est possible aussi que ce sujet veuille representer la promenade des
elephants sacres (elephants blancs) qui avaient droit a un cortege
aussi somptueux que celui d'un roi. Sur la berge, on aperfoit un
chasseur visant de son arbalete un chevreuil qui vient boire.
Deuxieme registre : des hommes sont accroupis devant un
personnage aux cheveux reunis en chignon. Quelques arbres ;
defile de guerriers. Rien de saillant.
Porte ouverte dans le mur.
Au dela, le haul du panneau est nu. Deux registres dans la
partie basse. Tous les deux sont occupes par le defile d'une
armee. Nous rencontrons ici des brouettes que nous n'avions pas
encore vues. Elles paraissent servir au transport d'une petite cata-
pulte ou d'un autre instrument de guerre dont la forme n'est pas
nette. Plus loin, quelques elephants portent une autre machine de
guerre servie par deux archers. Aucun des personnages de cette
armee ne se distingue par les attributs royaux ou par ceux d'un
chef important.
Face sud (partie droite). — Panneau situe entre leporche central
et une petite porte muree. Quatre registres.
Registre inferieur : guerriers combattant dans une foret. Rien
de particulier ; leur analogic avec ceux que nous avons vus plu-
sieurs fois est complete.
Deuxieme registre : des hommes a petit chignon, le cou orne
d'un collier, palabrent.
Troisieme registre : une vieille dame aux seins pendants (1)
est assise au milieu d'une foule d'hommes avec lesquels
elle discute.
Registre superieur: palais. Une reine (ou une dame de haut
rang) est assise sur un siege bas. Des serviteurs 1'eventent, des
familiers 1'entourent. Elle est coifree d'un diademe de fleurs. Son
cou s'orne d'un riche collier se terminant en pointe entre les
seins. Ses bras, ses poignets et ses chevilles portent des anneaux
d'un travail precieux.
Petite porte muree.
(I) Les seins plaques sur la poitrine se voient difficilemcnt, et ce personnage peut etre pris
pour un homme.
129
AUX RUINES D'ANCKOR
Au dela, le panneau comprend trois registres. Le plus eleve
n'est pas completement termine.
Premier registre : scene de guerre. Les guerriers, coiffes d'un
chapeau de latanier (rencontres deja), vont combattre des soldats
dont les cheveux sont coupes en brosse(l). Melee. Puis scenes
nautiques : des jonques chargees de combattants vont accoster.
Ces embarcations avancent a la rame. Leur avant se presente en
forme de tete d'oiseau garnie d'une longue crete qui descend le
long du cou. La proue est taill^e en maniere d'eperon. On voit
au-dessus du bastingage la tete des rameurs.
Deuxieme registre : les guerriers au chapeau de latanier
s'avancent d'un pas sautillant. Us rencontrent 1'ennemi, mais celui-ci
conserve, pour le moment, une impassibilite absolue qu'il perd un
peu plus loin. Combat.
Troisieme registre : des hommes grimpent aux arbres pour
chasser ou cueillir des fruits ; d'autres confectionnent un objet au
moyen d'un ciseau de menuisier et d'un maillet; quelques-uns
taillent des pieces de bois. La scene change. Sous une longue
tente a bordure festonnee sont assis de nombreux personnages
qui se saluent par groupes. Plus loin, un homme de grande taille
(esquisse) fait un geste de la main gauche. II est assis dans I'em-
brasure d'un porche garni de rideaux releves. Des esclaves
portant des parasols, un chef monte a elephant, des guerriers se
dirigent du cote du personnage assis.
— Autre partie divisee en cinq registres.
Registre inferieur: combats de gladiateurs et de lutteurs. Des
chiens places face a face sont excite's par leurs maitres et vont se
batt re.
Deuxieme et troisieme registres : scene d'interieur. Deux prin-
cesses assises dans la salle centrale d'un palais sont entoure'es de
guerriers ou de familiers.
Quatrieme registre : meme scene, mais animee davantage par
la presence de musiciens et de danseurs.
Cinquieme registre : palais. Un seigneur couche sur un lit de
repos (figure a peine ebauchee) recoit les hommages d'une
femme. Autour de lui des princesses et des serviteurs sont
assis.
Les scenes varient encore. Presque toute la hauteur du
(I) C'est surtout par let details de la coiffure que les sculpteurs d' Angkor ont differencie let
advenaire:.
i3o
ANGKOR-THOM
mur est occupee par des sujets nautiques. Nous voyons une
grande jonque a deux mats, voiles deployees. Le patron et 1'equi-
page trompent comme ils peuvent la monotonie d'un long voyage.
Sur 1'avant, un homme leve (ou descend) 1'ancre, deux autres
jouent aux echecs ; au milieu, des gens causent ; un marin tire
sur la drisse de la voile arriere; le barreur donne desordres. Au-
FIG. 84. — BAYON. — BAS-RELIEFS DE LA PREMIERE GALERIE : SCENE
DE P&CHE (FRAGMENT).
dessus du gouvernail, un large pavilion dentele flotte au vent. Des
cormorans volent autour.
Quelques barques de pecheurs. Deux hommes tirent leur
epervier de Teau, un troisieme peche au carrelet, d'autres glissent
dans un panier le produit de la peche. Dans 1'eau, des poissons
de toutes les tailles, des caimans et des tortues abondent.
L'endroit est extremement poissonneux et, comme les rives sont
invisibles, il est permis de croire que 1'artiste qui a trace ce pan-
neau, remarquable par 1'exactitude des details, s'est inspire^ de
ce qu'il avait observe sur le grand lac voisin.
Le bas du mur est occupe par des petites scenes variees qui
n'ont aucun rapport avec celles du registre superieur : une femme
AUX RUINES D'ANGKOR
est assise dans sa maison ; un porteur arrive avec des provisions ;
des hommes jouent avec leurs femmes ; un combat de coqs a lieu
au milieu de parieurs qui tendent la mam pour recevoir 1'enjeu.
Les sujets changent encore : cinq barques prennent toute la
hauteur du mur, a 1'exception de la partie basse, ou se continuent
les petites scenes familieres. La premiere embarcation, celle du
bas, est montee par des guerriers ; la suivante egalement. La troi-
sieme contient un danseur, des musiciens et des chanteurs ; la
quatrieme transporte encore des guerriers, et la cinquieme est
occupee par un personnage important assis dans une cabine ma-
gnifique. Vraisemblablement, nous avons dans ce panneau la
figuration d'une promenade qu'un roi fait sur le lac en compagnie
d'une escorte nombreuse et de bateleurs charges de le distraire.
Petite porte muree.
Au dela, le mur est divise en trois registres completement
remplis par des jonques de guerre chargees de guerners. Deux
flottes ennemies sont en presence, et la rencontre a lieu pres de
Tangle sud-est. Les embarcations venant de gauche contiennent
des guerriers a cheveux ras, celles de droite des guerriers coiffes
du chapeau de latanier. Ces derniers ont le dessous ; ils sont
precipites a 1'eau par grappes, tandis que 1'adversaire ne compte
que des pertes insignifiantes.
Comme nous connaissons, par les inscriptions resumees dans la
partie historique de ce guide, la rivalite constante qui existait
entre le Cambodge et le Champa, nous pouvons nous demander
si les bas-reliefs du Bayon ne se rapportent pas en majeure partie
aux batailles que ces deux royaumes se livrerent si souvent. Les
guerners a cheveux ras representeraient les Cambodgiens, et ceux
qui portent le chapeau de latanier seraient des Chams. Dans ce
cas, les sculpteurs d' Angkor auraient traite leurs compatriotes
avec avantage, car, si les Chams furent battus mamtes fois, ils
prirent aussi quelques revanches, et c'est une aventure que les
artistes du Bayon oublierent assez volontiers. Mais, pour dire
vrai, on ne sait pas a quels episodes se rattachent les bas-reliefs
que nous avons sous les yeux, et il est regrettable qu'aucune
inscription ne vienne nous renseigner sur la nationalite des adver-
saires en presence.
Au-dessous du combat naval, un petit registre contient des
sujets n'ayant aucun rapport avec le precedent : chasse aux buffles
sauvages; petite maison dans laquelle se passe une scene de la
ANGKOR. THOM
plus grande mtimite ; une dame coifree d'un diademe est entouree
de servantes ; une femme joue avec ses enfants ; un homme se
fait gratter la tete par son epouse ; des animaux sont a 1'ombre
dans un coin de forel ; un homme se defend centre un tigre ;
autres scenes de chasse ; des gens sont occupes a cuire des ali-
ments. Ces tableaux sont mteressants parce qu'ils nous renseignent
sur la vie domestique des Cambodgiens d'autrefois et sur le type
d'habitation adopte par les habitants d'Angkor.
Tout pres de
Tangle sud-est, la
moiUe du mur
est prise par une
scene d'assez
grande dimen-
sion : un person-
nage de haute
taille(unroi sans
doute) est assis
sur un trone dans
son palais. II
apparait dans
1'embrasure d'u-
ne porte garnie
de rideaux. De-
vantlui, desguer-
riers se proster-
nent et deux gla-
diateurs, le bou-
clier d'une main et la lance de 1'autre, se battent. Derriere le person-
nage principal se tiennent deux femmes, ses epouses sans doute.
On aperfoit au-dessus de la toiture du palais les tetes de quelques
hommes placees la on ne sait pourquoi. La scene se complete
par un danseur, des musiciens et des chanteurs. Nous avons
vu deja des sujets similaires.
jingle sud-est — Les murs des vestibules d'angle sont egale-
ment couverts de bas-reliefs, mais il est impossible de les voir a
cause des eboulis. Cependant une partie du vestibule de Tangle
sud-est a etc epargnee, et c'est la que se trouve le motif que
nous avons mentionne dans la description d'Angkor- Vat en par-
lant du couronnement des tours. Ce bas-relief se distribue a peu
,33
FIG. 35. — BAYON. — BAS-RELIEFS DE LA PREMIERE
GALERIE : E.MBARCATIONS ARMEES EN GUERRE (FRAGMENT).
AUX RUINES D'ANGKOR
pres comme le massif central d* Angkor- Vat : trois tours, celle
du milieu dominant les autres. Le detail se precise par des
frontons superposes, I'mdication des gradins et me'me par les
antefixes pointus. La partie Basse figure assez fidelement unevue
de face des porches du dernier etage d' Angkor- Vat. Sur ce
bas-relief nous ne voyons, en verite, que trois tours, mais il faut
penser que les Cambodgiens ignoraient la perspective et qu'ils
auraient etc bien embarrasses pour placer les deux autres. Quant
au symbole qui se trouve au sommet de la fleche, il est d'un
dessin tres net et represente indiscutablement un trident. On ne
saurait avoir un doute a son sujet, puisqu'il est repete trois
fois.
Sous le dome de la tour centrale, c'est-a-dire a 1'endroit ou
se place le sanctuaire d' Angkor- Vat, on aperfoit sur un grand
socle (I) une pierre a tete arrondie, qui peut e*tre une stele ou un
Linga, mais plus probablement un Linga qu'une stele.
A droite de ce bas-relief, on voit une courte solution de conti-
nuite. Le mur est reste fruste sur quelques decimetres ; mais, a
cette place, un personnage important (dieu ou roi) etait prevu,
car nous distinguons 1'esquisse des parasols et des oriflammes qui
devaient indiquer son rang. De plus, nous trouvonsla des femmes
assises faisant face a 1'endroit ou le seigneur devrait etre. Des
suivantes montent les degres d'un escalier sous les marches duquel
se trouve une grande theiere posee sur un tabouret. Elles apportent,
1'une un parasol, 1'autre une coupe a betel. II est evident que ces
figures ne sont que les accessoires d'un sujet plus important. A
droite de 1'escalier, un palais (harem, sans doute) est habite
uniquement par des femmes. Deux danseuses, placees dans
1'embrasure de la porte centrale, offrent aux dames du palais un
echantillon de leur art. Sur le retour d'angle, des guerriers (peut-
£tre les gardiens du serail) se tiennent accroupis, leurs armes a
la main.
Dans le registre inferieur, des hommes a petit chignon et
d'autres portant les cheveux ras sont venus rendre visite a quatre
personnages assis devant leur habitation.
Face est (partie gauche). — De Tangle sud-est a la petite
porte muree qui se trouve a peu de distance, le mur est divise en
quatre registres.
(1) Dans le sanctuaire d' Angkor- Vat nous retrouvons un socle ; mail ce qui etait dessus a
diiparu.
i34
ANGKOR-THOM
Registre inferieur : interieur d'un palais. Des pigeons sont
venus se poser sur la Crete des toitures. A 1'interieur, des esclaves
font cuire des aliments. Deux hommes ont 1'air de se gifler.
Deuxieme registre : Interieur d'un palais. Encore des pigeons
perches sur la toiture. Sous le porche central, se tient un person-
nage a chignon recevant plusieurs visiteurs accroupis devant et
derriere lui.
Troisieme registre : interieur d'un palais. Un personnage
important cause avec des
hommes qui lui font face.
Derriere lui, des femmes
sont assises. Des hommes
se livrent a diverses occu-
pations : deux serviteurs
font la cuisine sur des
fourneaux ressemblant a
ceux dont les indigenes
se servent aujourd'hui.
Registre superieur :
interieur d'un palais. Des
gens dorment, d'autres
causent.
Sous les toitures des
quatre palais, des objets
sont suspendus : parasols,
eVentails, matelas.
Petite porte muree.
Trois registres, mais
toute la partie haute (1 metre environ) du registre superieur a
disparu. Ce qu'il en reste nous montre des brahmanes dans
differentes poses.
Registre inferieur : marche de guerriers dans un paysage de
cocotiers. Les elephants ne sont monies que par les cornacs. Les
bats de guerre contiennent un arc, un objet long qui peut etre un
carquois ferme, des coffrets histories de forme conique.
Deuxieme registre : marche de guerriers. On apercoit un
elephant coiffe d'une tiare pointue. Quelques chasseurs ont capture
un Khting (taureau sauvage), 1'ont amarre a un arbre par de
fortes cordes et se preparent a le tuer a coups de lance.
Cette suite de scenes, surtout celle du bas, doit representer le
FIG. 36. — BAYON. — BAS-RELIEFS DE LA
PREMIERE GALERIE (FRAGMENT).
i35
AVX RU1NES D'ANGKOR
retour d'une armee apres un gros succes ; les cassettes que portent
les elephants contiendraient le riche butm pns aux vaincus. II est
egalement possible que nous assistions ici au transport du tribut
que payaient chaque annee aux rois du Cambodge les Etats
dependants.
Petite porte centrale muree.
Au dela, trois registres complets representent tous les trois la
marche d'une armee. Panneau extremement mteressant et dessine
avec une sincerite qui permet de saisir les moindres details et le
classe au premier rang des bas-reliefs du Bay on.
Registre inferieur : nombreuses charrettes a boeufs couvertes
d'un toil en rotin et en tous points semblables a celles d'aujour-
d'hui. EJles transportent les provisions de 1'armee ou les femmes
des chefs. Les bceufs de trait et les vehicules sont d'un dessin
parfait. Les chefs ont pour monture, ici aussi, des elephants
bates de la selle de guerre que nous connaissons. Scenes diverses :
Des chasseurs ont grimpe dans un arbre ; 1'un vise de sa fleche
un oiseau pendant que 1'autre porte sur son dos le produit de la
chasse. En cours de route, des gens font leur cuisine ; quelques
esclaves sont charges de lourdes provisions ; des guerriers se sont
arretes a 1'ombre pour causer pendant quelques instants. Les chefs
de second rang cheminent a cheval. Musique. Des statuettes
d'Hanuman posees sur de longues hampes representent les famous
de cette armee. Le fond du tableau est constitue par des arbres
couverts d'ammaux divers : paons, perruches, singes, ecureuils.
Ici nous rencontrons un groupe de guerriers que nous n'avions
encore jamais vus. Leurs cheveux sont pris sous un petit chapeau
a claire-voie, sans bords, plante sur le sommet du crane. Le chef
est a dos d'elephant et porte la meme coiffure. D'autres, du
meme groupe, ont le chignon mamtenu pas un enorme peigne.
Leur physionomie offre assez fidelement le type annamite.
Deuxieme registre : meme sujet que dans le precedent, a
1'exception de quelques details. Des serviteurs portent de grands
coffres qui doivent contenir des vetements ou des objets precieux.
Un sanglier (ou un pore) suit la colonne sous la menace de la
trique qu'un esclave tient en main.
Registre superieur : une dame en palanquin ; serviteurs nom-
breux ; musique. Une princesse s'avance portee sur un lit de
parade couvert d'wn petit toil que des esclaves soulevent a bout
de bras. Des suivantes I'accompagnent. Autre musique. Autre
,36
BAYON. — FRAGMENTS DES BAS-RELIEFS DE LA DEUXIEME GALERIE :
ARMEE EN MARCHE.
BAPHUOX. — VUE D'ENSEMBI.E nu TEMPLE.
AUX KU1NKS D'ANGKOR.
PL. 49. PAC;E 136.
GROUPF. or PHIMEANACAS. — OOLONNES SI/PPORTANT I.A CORHICRE
D'l'NE TERRASSK CRUCIALE.
1'lIIMKANACAS. •- BAS-RELIEF DU PERRON SEPTENTRIONAL DE LA TERRASSE
n'llONNEUR (PRES Dtr BELVEDERE DU ROI LEPREl'X).
(il IDK ALX RUINES
ANGKOR-THOM
dame en palanquin. Porteurs de parasols. Des cavaliers, dont un
de grande taille, un roi peut-etre, cheminent. Encore des
guerriers. Au bout du registre on voit, portee par les serviteurs
d'un temple, 1'arche du feu sacre que nous avons deja rencontree
dans la galerie historique d' Angkor- Vat, devant les sacnficateurs
royaux.
Face est (partie droite). — C'est ici que 1'armee que nous
venons de voir se rencontre avec 1'ennemi. On se bat dans les
deux registres inferieurs, mais dans celui du haut tout le monde
marche en bon ordre. L'action est terminee.
Nous retrouvons les guerriers a peigne et a leger chapeau de
tout a 1'heure. Us se battent avec ardeur et ne laissent pas de
mettre a mal les guerriers a chapeau de latanier que nous avons
toujours vus avoir le dessous. Les homines a peigne combattent
dans les rangs de soldats a cheveux ras dont la conduite est
egalement pleine de valeur, si bien que les guerriers a chapeau
de latanier sont vaincus, comme 1'attestent leurs drapeaux et leurs
parasols brises. Les chefs fuient tant qu'ils peuvent sous
1'empire d'une terreur visible, et ils agissent sagement, car les
fleches des vainqueurs arrivent dru comme grele. Remarquer que
les bats des elephants monies par les fuyards sont beaucoup plus
rudimentaires que ceux du parti adverse. Ils ont la forme de
simples caisses pourvues de quatre cochets ou se fixent les liens
de corde.
Petite porte muree.
La partie haute du mur est abattue. II reste ici deux registres
dont les sujets sont la suite evidente des precedents. Les
chapeaux de latanier arrivent en foule, mais cet effort ne leur
vaut aucun succes. Ils sont ecrases.
On remarquera, dans la plupart des panneaux, des especes
de grillages montes sur un cadre et portes verticalement par des
esclaves. Nous supposons que ces treillis etaient destines a
proteger les chefs cambodgiens, qui pouvaient voir au travers des
mailles les gestes de 1'adversaire. Cet instrument s'e'cartait lorsque
le chef Ian gait son javelot ou decochait une fleche.
On ne rencontre dans ces derniers panneaux aucun personnage
ayant la tournure d'un roi ou d'un commandant d'armee. Les
chefs principaux devaient etre representes sur le registre superieur,
qui a disparu.
Face nord (partie gauche). — II ne reste en place, de tout
AUX RU1NES D'ANGKOR
ce mur, que les deux extremites. Nous y voyons quelques
fragments d'un combat, mais il est impossible de suivre 1'action.
Bas-reliefs de la galerie du deuxieme etage. — Le deuxieme
etage du Bayon se compose, comme nous 1'avons deja dit dans
la description du temple, d'une serie de courtes galeries etablies
sur des plans horizontaux differents. Toute la muraille de fond
et les murs bouchant les extremites de certaines galeries sont
couverts de bas-reliefs se rapportant souvent a des mythes
religieux. On y rencontre aussi des scenes de combat dans le
gout de celles que nous venons de voir sur les panneaux du premier
gradin. Beaucoup de ces sculptures temoignent d'une grande
inexperience et paraissent dater d'une epoque ou les decorateurs
d' Angkor se faisaient la mam, si Ton peut dire ; mais il faut
remarquer que, malgre sa naivete, le dessin est toujours suffisam-
ment fidele pour qu'il n'y ait pas de doute sur la signification
du sujet.
Face nord (partie droite). — Panneau de gauche (1) :
travail tres pnmitif ; la pierre n'est pas polie, les tetes sont
disproportionnees, les jambes greles, mais le detail s'accuse nette-
ment. Qiva est represente ici avec une longue barbe en pointe.
II porte un petit CDllier et des bracelets. Sa main droite tient
un objet long qui peut etre le manche d'un trident disparu dans
un eclat de la pierre. II est assis a 1'indienne sur Nandin.
Parasols, eventails, cnasse-mouches. Autour du dieu, quelques
personnages sont accroupis, les mains jointes sur la poitrine en
signe de respect.
Au-dessous de ce tableau se trouve un sujet que nous avons
deja rencontre dans la galerie historique d* Angkor- Vat : defile
de Pandits. Le chef est porte dans un hamac suspendu sous un
toit leger.
Panneau de face. Premiere scene : petit palais. Un
personnage coiffe d'une sorte de bonnet a trois pointes est assis
dans 1'embrasure d'un porche. II tient dans la main droite quel-
que chose qui ressemble a une massue et fait, de la main gauche,
un signe a des gens assis pres de lui. A sa droite se tient une
femme agitant un eventail et deux autres femmes immobiles. En
(I) II faut entendre par " panneau de gauche " le mur sculpt r qui bouche a gauche la
premiere petite galerie que nous rencontrons. Quand nous dirons " panneau de droite ", il >era
question du mur bouchant a droite une galerie. Les " panneaux de face " sont ceux du mur de
fond.
i38
ANGKOR. THOM
dehors du palais, on voit quelques personnes qui peuvent etre des
visiteurs ou des familiers.
Deuxieme scene : replique d'un sujet que nous nous souvenons
d'avoir rencontre dans le vestibule sud-ouest d' Angkor- Vat. Voici
sa distribution : Qiva est au sommet d'une montagne. A cote de
lui se trouve des personnages, un a sa droite, deux a sa gauche.
Kama, le dieu de 1'amour, est au pied de la montagne et se
prepare a lancer sa fleche (1). Des brahmanes descendent en
courant. Nandin est a rm-c6te. Puis, au bas de la scene, nous
retrouvons Kama mort; Rati est assise aux pieds de son epoux.
Parvatl et un personnage gravissent le flanc de la montagne.
On voit que le tableau que nous avons sous les yeux ne differe
de celui d' Angkor- Vat que par quelques details, mais il est
infiniment moins visible a cause de 1'obscurite de la galerie, du
peu de relief des figures et de la coloration foncee de la pierre.
Troisieme scene : sous un portique, une femme (deesse,
reine ou princesse) se tient debout et arrange d'une main sa
chevelure. Elle porte un collier descendant sur la poitrine ; ses
bras et ses chevilles sont cercles d'anneaux. A sa droite, un
personnage de grande taille arme d'un glaive fait un geste de la
mam. De 1'autre cote, un personnage egalement de grande taille
mais portant une barbe pointue et de longs cheveux releves sur le
haut du crane tend les deux mains vers la princesse. II y a la
encore 1'indication d'une montagne. Deux ermites sont en priere
dans une grotte.
Panneau de droite : (^iva est assis sur un tr6ne bas au
milieu d'un palais. Son identite se precise par la presence de
Nandin. A la droite du dieu, deux pretres sont accroupis ; a sa
gauche, on voit Parvat! accompagnee de servantes. Au-dessous,
c*est-a-dire devant le palais de (^iva, des brahmanes et des
femmes se font face.
Porche lateral de droite.
Petite galerie. Panneau de gauche : Qiva coiffe du
diademe a trois pointes, longue barbe, chapelet dans la main
droite, est assis entre Vishnou a sa droite (quatre bras, conque,
disque, les deux autres mains jointes sur la poitrine) et Brahma
a sa gauche (quatre tetes, quatre bras, une main tient un cha-
pelet, une autre un objet cylindrique ; les deux mains libres sont
(1) Voir lesende dans la description des bas-reliefs d' Angkor- Vat.
1 39
AUX RUINES D'ANGKOR
jointes sur la poitrine). Du c6te de Vishnou, du cote de Brahma
et au-dessous de Qiva, des brahmanes saluent. Tous ces person-
nages sont sur une colline au pied de laquelle on voit quelques
hommes assis et un enorme sanglier chargeant a toute allure.
Dans le coin gauche, un elephant plus petit que le sanglier
semble attendre ce dernier. II leve la trompe comme font les
elephants devant le danger.
Panneau de face : encore Qva, avec Vishnou (conque,
disque) a sa droite et Brahma (quatre tetes) a sa gauche.
Ganeca est a cote de Brahma. Ici Qiva porte, comme tout a
1'heure, une barbe pointue, mais il est muni de dix bras. II semble
danser sur une petite estrade (1). De nombreux parasols le couvrent.
Dans la partie superieure du panneau volent quelques apsaras.
Au-dessous de Qva, on voit Rahou devorant un homme, ou un
enfant, ou une femme (figure tres petite et de forme indecise).
Des personnages sont assis autour de Rahou et le regardent. —
II doit y avoir la une allusion aux eclipses dont Rahou est
tou jours cause.
Petite porte et quelques marches donnant acces dans la
galerie suivante.
Panneau de face. Premiere scene : un temple ou un palais sur
le flanc d'une colline. Dans I'embrasure du porche central, se
bent un brahmane (ou peut-etre £iva) : trident en main,
coiffure habituelle des pretres. II leve la main gauche dans la
direction de deux brahmanes qui se trouvent sous de petits
porches et de trois ascetes assis dans des grottes. A droite de la
figure centrale, nous voyons un personnage qui n'a pas le haul
bonnet des pretres. II tient dans la main droite un objet qui
pourrait etre le manche d'un trident disparu et leve la main
gauche. Le tableau se complete par des cocotiers et des arbres
sur lesquels des paons sont perches.
Autre scene : trois jonques. La premiere (a gauche) est
greee de deux voiles rectangulaires. Elle content des personnages
coiffes de ce chapeau de latanier que nous avons deja vu sur la
tete des guerriers de la premiere galerie. Dans la cabine, un
personnage est assis ; il tient un eventail. Son costume se compose
d'une tunique et d'un sampot ; ses poignets sont ornes de petits
bracelets. Devant lui, sur 1'avant de la jonque, deux hommes
(I) Ce panneau represente, tans doute, Qiva dansant le tandaca.
140
ANGKOR-THOM
dansent, un troisieme boit dans une Jarre au moyen d'un chalu-
meau, un matelot grimpe a la corde de la voile avant. Sur
1'arriere de 1'embarcation, une femme tient une coupe, deux
hommes preparent un breuvage dans une jarre, un autre danse,
deux matelots rament. D'innombrables oiseaux volent dans le
tableau.
La deuxieme jonque n'a qu'une voile, sur Tamere. Un
personnage de grande taille se tient dans une magnifique cabine
garnie de rideaux. II porte une coiffure cylindrique, des pendants
d'oreille, un collier de poitrine, des anneaux aux bras, aux
poignets et aux chevilles. Son buste est nu, mais traverse par un
double baudrier. Trident dans la main droite. La main gauche
est levee, le coude appuye sur le genou. Nombreux parasols,
eventails, chasse-mouches, drapeaux. Sur 1'avant de la jonque,
trois hommes assis, les bras croises sur leur poitrine, font face
au personnage principal ; un matelot rame. Sur 1'arriere : quatre
serviteurs portant des objets divers, un rameur. Au-dessus du toil
de la cabine, deux perroquets volent en tenant dans leur bee un
rameau de feuillage.
La troisieme embarcation est presque identique a la precedente :
meme voile, meme cabine ; le personnage principal ressemble
e'tonnamment a celui que nous venons de voir et tient le meme
attribut dans la main. Dans les groupes de 1'avant et de 1'arriere,
nous remarquons deux esclaves portant chacun, sur la tete, un
paquet assez volumineux qui a 1'aspect d'un sac de riz. Des perro-
quets volent, ici aussi, avec un rameau dans leur bee. La seule
difference entre les deux dernieres jonques reside dans un detail
des proues : elles sont decorees d'une tete d'oiseau a grande crete,
mais, dans la derniere, le cou de 1'oiseau sort de la gueule ouverte
d'un Makara (1).
Les trois jonques se trouvent sur un bassin pourvu de chaque
c6te d'un escalier. L'eau est figuree, comme d'habitude, par des
poissons et des caimans.
La scene suivante parait etre la continuation de la precedente.
Deux registres. Dans celui du bas, quelques guerriers et de nom-
breux personnages sans armes croisent les bras et restent immo-
biles.
Registre superieur : un esclave monte 1'escalier du bassm. II
(1) Voir ce que nous avons dit au sujet du Makara dans la description du massif central
d' Angkor-Vat.
AUX RUINES D'ANGKOR
porte un paquet sur la tele. D'autres esclaves passent sur une
plate-forme et sont charges de clivers objets. Devant eux marchent
des serviteurs tenant en main des parasols. Puis viennent deux
personnages de taille differente : coiffure cylindrique, trident dans
la main droite, collier, bracelets, anneaux aux chevilles, buste nu,
petit sampot roule autour des reins. Devant le plus grand, trois
brahmanes se prosternent. Nous voyons ensuite un temple garde
de chaque cote par un Dvarapala (1). Immediatement apres le
temple, et sans la moindre solution de continuite, on aper9oit une
colline au sommet de laquelle se trouve un petit sanctuaire her-
metiquement clos. La colline est ombragee de quelques arbres et
peuplee d'animaux : un elephant, un rhinoceros, des serpents, des
cerfs, des oiseaux, deux sanghers. A mi-cote, une mare (ou un
bassin) est indiquee par des lotus ou des poissons.
A partir de ce point, les personnages que contient le reste du
panneau sont tous tournes du c6te de la colline. Deux registres.
Dans celui du bas : un coin de foret peuple de quelques cerfs, un
brahmane saluant on ne sait qui, des esclaves portant des choses
probablement precieuses, puisqu'ils sont accompagnes d'une escorte
armee de triques.
Dans le registre superieur, deux personnages, a coiffure cylin-
drique et dont le rang est indique par des parasols etdes eventails,
atteignent la colline. Des esclaves charges de differents objets les
suivent. Tout ce monde chemine dans la foret et parait se rendre
au sanctuaire pour y deposer des presents.
Autre scene a Textremite du mur, pres de Tangle nord-ouest.
Trois habitations occupent trois petits registres. Dans celle du bas,
un personnage coiffe d'un bonnet a trois pointes a Fair de recevoir
un visiteur. Dans chacune des deux autres, un personnage habille
d'une tunique et portant un chapeau de latanier est assis entre des
emmes et des esclaves.
Face ouest (partie gauche). — Le mur de fond de la galerie
que Ton rencontre apres avoir tourne Tangle nord-ouest etait
couvert presque completement par la scene du barattement, mais
ce panneau est un de ceux qui ont le plus souffert : il n'en reste
que les deux extremites. A gauche, nous voyons les Asouras qui
accompagnaient les baratteurs de leur clan. Deux chefs chevau-
chent des tigres, un autre se tient debout dans un char at tele de
( I ) Regarder les statuel placees aux deux extremites.
ANGKOR. THOM
deux chimeras. Tous les guerriers font des gestes violents et pren-
nent des poses de combat. Au-dessus d'eux, un dieu assis sur un
oiseau (Skonda) tient dans la main gauche une sorte de couronne ; sa
maindroitese leve. II porte une coiffure a base cylindrique se termi-
nant en pointe, des pendants d'oreille, un collier, un double bau-
drier, des bracelets aux bras et aux poignets, des anneaux aux
chevilles. Un pagne lui couvre les jambes. Autour de lui volent des
apsaras tenant des guirlandes.
II faut remarquer que, dans le bas-relief du Bayon, le singe qui
supporte la queue du serpent se trouve du cote des Asouras, tan-
dis que sur le panneau d' Angkor- Vat il est 1'auxiliaire des Devas.
Du barattement lui-meme il ne reste que des fragments. Au
centre, on aperfoit la tortue et, immediatement a cote, un petit
elephant qui semble fuir. Quelques poissons et des caimans sont
egalement visibles, de meme qu'un personnage de grande taille dont
les bras multiples enla^aient les tetes du serpent. Ce geant est a
l'extremite droite. II n'a plus de tete, ce qui ajoute aux difficultes
de son identification, mais ses nombreux bras nous permettent de
croire qu'il y avail la un chef Asoura et, s'll en etait ainsi, tous les
baratteurs seraient des Asouras et les Devas ne seraient pas acteurs
dans cette scene. C'est tres possible parce que, en opposition au
clan des Asouras, nous devrions voir des Devas, comme dans la
galene d* Angkor- Vat, et nous n'en apercevons aucun. Par contre,
nous distinguons derriere le geant un groupe de brahmanes. L'un
d'eux porte sur un plateau trois vases a goulot etroit ; les autres
levent les mains comme s'ils rendaient grace au ciel d'un bonheur
qui vient de leur amver. Au-dessous, d'autres brahmanes font le
meme geste. Puis, apres les pretres, nous remarquons encore des
Asouras. Et ces deux sujets, le groupe de brahmanes et celui
des Asouras, font indiscutablement suite a la scene du baratte-
ment. — ? —
Petite porte percee dans le mur de fond.
Entre la petite porte et la fin du panneau : palais. Dans 1'em-
brasure du porche central, un personnage de grande taille est assis
entre deux hommes le saluant. Derriere lui se trouve, debout, un
autre personnage tenant dans la main droite un arc. II a la position
d'un homme qui se prepare a lancer une fleche. Deux archers
1'ont accompagne* et attendent accroupis.
Petite galerie plus elevee que la galerie precedente. Panneau
de face. Trois registres.
,43
AUX RUINES D'ANGKOR
Registre inferieur : des brahmanes arrivent de deux cotes. Us
portent dans les mains des objets divers, even tails, fleurs, un
panier, et se dirigent vers la partie centrale, ou se trouvait un motif
qui a disparu.
Deuxieme registre : des brahmanes et des personnages coiffes
du diademe pointu sont assis. Quelques-uns soulevent d'une main
des objets d'une forme peu precise. Au centre se pla9aient deux
pretres dont il ne reste que la tete et les mains (le reste est
ronge) ; ils levent un plateau sur lequel on distingue des objets
ronds.
Registre superieur : temple. Un brahmane et deux personnages
barbus a coiffure cylindrique sont assis devant un foyer. En dehors
du palais, on voit un archer de grande taille : coiffure cylindrique,
bijoux sur la poitrine, aux bras et aux chevilles. Des parasols et
des oriflammes indiquent son rang. Deux pretres sont a genoux et
lui presentent un objet en forme d'oeuf; puis un autre personnage
est assis devant un plateau. Un second archer, de la meme taille
que le premier, eprouve la flexibilite de son arc en appuyant du
pied sur le bois.
Panneau de droite : grand palais dans un paysage d'arbres
et de cocotiers. Le bas est presque efface, mais on distingue des
palanquins et des hommes a genoux. Au-dessus, des esclaves
arrangent les vetements de deux dames. Dans le palais, deux sei-
gneurs causent. L'un a la tete couverted'un bonnet a trois pointes,
1'autre porte une coiffure cylindrique. A leurs cotes sont assis des
hommes d'une taille plus petite. A gauche du panneau, on voit un
temple contenant un tabernacle.
Porche lateral.
Galerie entre le porche lateral et le porche central.
Panneau de gauche : trois rangs superposes de guerriers
armes du javelot et du bouclier. Musique militaire. Quelques chefs
a cheval.
Panneau de face : trois rangs de guerriers faisant suite a
ceux du panneau precedent. Dans la partie superieure, un chel
de grande taille est installe dans un char que trainent deux che-
vaux.
Petite porte dans le mur de fond.
A droite de cette porte, on voit d'autres guerriers et aussi un
chef dans un char attele de chevaux. Suite des panneaux pre-
cedents.
144
PlIIMEANACAS. — DECORATION DE LA TERRASSE D'HONNECR : ELEPHANTS FAISANT
PARTIE DE L'EQUIPAGE DE CHASSE.
PHIMEANACAS. — DECORATION DE LA TERRASSE D'HONNEUR : ELEPHANT
RAMASSANT DE LA TROMPE UN ANIMAL BLESSE.
GUIDE AL'X KL'INKS U'A.NGKOR.
PL. 51. PAGE 144.
BAPHUOX. — FRAGMENT DK BAS-RELIEF : SCENES INSPIRF.KS nr RAMAYANA.
PHIMEAXACAS. — LE TEMPLE
(ViT. D'ENSEMBI.E).
PIIIMEANACAS. — GAROUDAS DISPOSF.S
EN CARIATIDES POUR SOUTENIR LA
CORXICHE DE LA TERRASSE
D'HONNEUR.
GUIDE AL'X KL'lNIiS IJ'ANGKOK.
PL. 52. i'AGE 145.
ANGKOR- THOM
Panneau de droite. Trois registres tres endommages.
Registre infeneur : un seigneur est assis dans une habitation au
milieu d'hommes a peine visibles.
Deuxieme registre : des hommes a cheveux ras sont assis immo-
biles, la mam droite posee a plat sur la poitrine.
Registre supeneur : un dieu, dont le caractere est indique par
les apsaras sculptees dans le Kaut du panneau, est assis dans la
salle centrale d'un palais. Devant lui des personnages s'inclinent.
De 1'autre cote se trouve son epouse accompagnee de quelques
esclaves.
Porche central.
Face ouest (partie droite). — Petite galerie a droite du porche.
Panneau de gauche. Trois registres.
Le registre inferieur est fortement endommage. On y voit quatre
ascetes dans des grottes. Devant eux se prosterne un petit
brahmane.
Deuxieme registre : des ermites se sont rendus a une mare.
Deux nagent au milieu des lotus; un autre s'en va en emportant
des outres pleines. Le tableau se complete par quelques arbres,
des oiseaux d'eau, des poissons, une biche qui vient boire, un
cormoran enlevant un poisson, un singe dans un cocotier. A droite
de la mare, deux ascetes prient dans des grottes.
Registre superieur : palais. Sous le porche central garni de
rideaux a fleurs se trouve un personnage (tete deterioree) qui doit
etre Qiva. II tient dans la mam droite un chapelet ; la gauche est
appuyee sur la cuisse. Des pretres sont aupres de lui : 1'un porte
un paquet de safras(l), le deuxieme un eventail, le troisieme un
cofrret. Devant Qiva, deux deesses. La plus voisine du dieu est
ParvatJ. L'autre doit etre Lakshmi; elle se tourne vers Vishnou,
que nous voyons dansant a gauche du panneau : riche costume,
bijoux, conque, disque, massue.
Panneau de face (tres abime). On distingue une grande
jonque analogue par la decoration a 1'une de celles que nous
avons deja rencontrees : proue en forme de tete d'oiseau sortant
de la gueule ouverte du Makara ; grande cabine garniede rideaux.
Elle contient deux personnages ; Tun est a peme visible et il ne
reste qu'une main de 1'autre. Nombreuses personnes a 1'avant et
a Farriere de I'embarcation, mais la pierre est rongee par 1'humi-
(I) Manuscrits sur feuilles de palmier (= Sanscrit caslra).
i45
10
AUX RUINES D'ANGKOR
dite et n'a conserve que le contour des corps. Des petites barques
accompagnent la jonque. Eau, caimans, poissons ; toutcela en tres
mauvais etat.
Petite porte dans le mur de fond.
Au dela, sur le panneau de face : Vishnou (conque, disque,
massue, parasols, eventails) est debout dans le centre d'un temple
ou d'un palais. Des apsaras volent dans le haut du tableau. De
nombreux personnages entourent le dieu. Au-dessous, des femmes
dansent, des esclaves sont charges de plateaux. Sujet tres abime.
Panneau de droite. Trois registres. Nous avons ici un bas-
relief documentaire se rapportant au travail de la pierre.
Registre inferieur : des esclaves, escortes de gardiens munis
d'une trique, portent des pierres sur 1'epaule.
Deuxieme registre : des esclaves tralnent une pierre en tirant
sur un cable pendant qu'un homme, muni d'une pince de bois,
aide par derriere au deplacement du bloc. Un contremaitre est
debout sur la pierre, et nous nous souvenonsde 1'avoir vu dans la
meme position et arme du meme rotin sur un des panneaux de
la premiere galene. D'autres ouvriers sont occupes a polir des blocs
de gres en les frottant sur une table de marbre ou sur une autre
pierre de gres, ce qui leur permettait de faire double travail d'un
seul coup. Le systeme est assez ingenieux : les pierres sont prises
dans un bati de bois qui sert a les manoeuvrer dans tous les sens
et aussi a les soulever au moyen d'un levier fixe a une traverse
horizontale. II etait necessaire de les manier facilement pour mouiller
souvent les surfaces a polir. Au-dessus des poutres trans versales,
nous voyons des ouvners fixant 1'attache des leviers. Le bas-relief
que nous avons sous les yeux nous donne peut-etre 1'explication
des trous dont toutes les pierres d' Angkor sont regulierement
percees. Ces trous servaient sans doute a fixer le bati de bois qui
permettait le maniement des blocs au moment du polissage.
Registre supeneur : Vishnou est debout dans 1'embrasure du
porche central d'un temple : conque, disque, massue, pagne,
coiffure cylindrique, bijoux. Des personnages de qualite se trou-
vent sous les porches lateraux et adorent le dieu. Apsaras dans
le haut du panneau. Quelques arbres derriere le temple.
Porche lateral.
Petite galerie a droite du porche lateral.
Panneau de gauche : tout a fait en bas, sur une petite bande
horizontale, on apercoit des animaux dans une foret.
, 146 *
ANGKOR-THOM —
Deuxieme registre : des femmes sont descendues dans un
bassin pour s'y baigner. Deux nagent, deux arrangent leur coif-
fure et font une natte de leurs cheveux, une cueille des lotus,
d'autres encore ont fini de prendre leur bain ou vont le prendre.
A droite, un ermite a tout 1'air d'etre venu pour voir. Au-dessus
des baigneuses et formant un petit tableau a part, quelques dan-
seuses s'exercent. Ce sont probablement les memes jeunes femmes
qui se baignaient tout a 1'heure.
Registre superieur : deux seigneurs de grande taille luttent
sans armes dans un duel terrible. La tete de 1'un des lutteurs a
disparu, rongee par I'humidite. Le vainqueur a ?aisi une jambe
et un bras de son adversaire qui se cramponne desesperement au
sol. A gauche, nous voyons une princesse richement vetue qu'un
homme tient solidement par les deux bras. A droite, des per-
sonnages se tournent comme pour ne pas assister a la scene.
L'un tient une massue ou un sabre (objet indistinct), 1'autre pa-
rait etre une femme (figure abimee).
Panneau de face. Trois registres en mauvais etat.
Registre inferieur : deux danseuses, quelques musiciens, des
chanteuses.
Deuxieme registre : palais occupe par un seigneur entoure de
familiers.
Registre superieur : temple aux fenetres closes par des rideaux.
Des personnages des deux sexes sont disposes a droite et a
gauche. Tous sont immobiles. Leur importance est marquee par
une quantite d'eventails et de parasols.
Porte a droite. Escalier de quelques marches donnant acces
dans la galerie suivante.
Panneau de face. Deux registres. Celui du bas est entie-
rement pris par un rang d'esclaves portant des chasse-mouches.
Dans le registre superieur, on voit un palais habite par des sei-
gneurs et leurs femmes. Quelques esclaves. Un lit de repos dans
la chambre centrale.
Petite porte dans le mur de fond.
Au dela, scene de combat ou Vishnou entre en jeu. Pres de la
petite porte, nous rencontrons, sous de nombreux parasols et des
oriflammes, un chef monte sur un elephant. II est tete nue, et ses
cheveux sont ramasses en un petit chignon sur la pointe du crane.
Sa main tient un arc. Deux autres chefs ont la meme monture.
Leur tete est couverte. L'un est arme d'un arc, 1'autre d'un jave-
U7
AUX RUINES D'ANGKOR
lot et d'un bouclier. Les simples guerriers portent tantot Tune,
tantot 1'autre de ces armes. Us sont tous coiffes de ce chapeau
que nous croyons etre en feuilles de latanier. Les officiers de
second rang sont a cheval. Musique.
Au centre du panneau, Vishnou se tient debout sur les epaules
de Garouda : conque, disque, massue. L'ennemi est en face de
Vishnou, mais il estime que la partie est perdue, car il s'incline
devant le dieu. Plus loin, on trouve encore quelques guerriers en
position de combat. Musique.
Les deux armees ont le me" me type de figure, les memes vete-
ments et la me" me coiffure.
Angle sud-ouest. Le petit vestibule d'angle comprend quelques
bas-reliefs. Deux registres.
Registre inferieur : un rang de guerriers accroupis, le bouclier
et le javelot en main. Us vont prendre part au combat de la
galerie precedente.
Registre superieur : palais habite par les femmes du seigneur
qui se trouve debout a gauche et qui se prepare a partir en
campagne. Nous voyons sur un lit de repos, dans la chambre
centrale, son coussm et ses eventads ranges avec soin.
Dans une autre piece du vestibule d'angle, on aper9oit 1'ebauche
d'un elephant et de quelques personnages.
Face sud (partie gauche). — Petit panneau de gauche : barque
contenant un rameur et un personnage cueillant des fleurs de lotus.
Au-dessus, quelques femmes se promenent dans un coin de pare.
Panneau de face.
Premiere scene : palais. Un seigneur, coiffe du bonnet a trois
pointes, est assis dans rembrasure du porche central. II prend un
objet que lui apporte un serviteur. Ses epouses sont aupres de
lui. Des esclaves s'occupent diversement : Tun prend quelque chose
dans un grand coffre dont il souleve le couvercle, un second
masse la tete d'un de ses camarades, d'autres causent. A droite,
sur la terrasse du palais, on voit un lion decoratif semblable a
ceux qui ont etc retrouves dans les temples. La terrasse aboutit a
un escalier qui descend sur une avenue ou se tiennent quelques
hommes. Des cocotiers et d'autres arbres composent le fond du
tableau.
Deuxieme scene : de nombreux serviteurs accroupis occupent
les deux registres. Us tiennent des parasols et des eventails. Une
petite charrette couverte a etc amenee a bras d'homme. Le cheval
148
ANGKOR-THOM
non monte que nous apercevons sur le registre infe*rieur doit
appartenir au roi (personnage revetu du costume royal), couche
a plat ventre devant Vishnou. Le dieu se trouve dans 1'embrasure
d'un porche, et il est manifestement represente sous la forme
immobile d'une statue. La voiture a du transporter les deux prin-
cesses qui s'inclinent, a cote du roi, devant la divinite. Vishnou
a tous ses attributs, disque, conque et massue. Au-dessous de
lui, c*est-a-dire devant son temple, on remarque un petit bassin
pourvu de deux escaliers. Des apsaras sont sculptees dans le
haul du panneau.
A droite du dieu, des personnages levent les bras au ciel
comme pour marquer leur etonnement de la piete du roi ou de
rinfamie qu'il a commise et qui 1'oblige a implorer la clemence
divine. Le tableau comprend encore une habitation ou loge un
pretre qui est probablement le desservant du temple et que deux
autres brahmanes assistent. Deux hommes de petite taille, places a
droite du bassin, paraissent saluer la statue de Vishnou.
Autre scene : quelques ascetes dans des grottes : animaux
divers ; une piece d'eau remplie de poissons parmi lesquels on
aper£oit un Makara bien dessine. Un roi et une reine (person-
nages portant le costume royal) se prosternent devant la statue de
Qva placee, comme celle de Vishnou, au milieu d'un petit
temple. <^iva porte en echarpe, de 1'epaule gauche au flanc droit,
un cordon brahmanique qui a 1'apparence d'un chapelet a grains
serres. A gauche du dieu, d'autres personnages se prosternent, et
nous voyons de ce cote encore une mare, de sorte que le temple
de Qiva doit etre situe au milieu d'un clang, comme le temple de
Neak-Pan au milieu du lac voisin de Prah-Khan et celui de
Me- Bon au centre du Baray.
Des apsaras garnissent le haul du panneau.
Autre scene : un personnage barbu (figure de dieu comme
semblent 1'indiquer les apsaras sculptees au-dessus) est assis dans
la piece centrale d'un vaste palais. II a la poitnne barree par un
triple cordon brahmanique et porte des bijoux au cou, aux bras,
aux poignets et aux chevilles. Des personnages vetus d'un cos-
tume pnncier 1'entourent. Devant le palais, des danseuses execu-
tent leurs gracieux exercices. Des princesses font une promenade
sur un lac, au milieu des lotus, dans deux petites embarcations
couvertes d'une elegante cabine. Les rames sont manoeuvrees par
des femmes.
149
AUX RUINES D'ANGKOR
II est possible que nous ayons ici Qiva au milieu de sa cour,
dans son palais de 1'Himalaya.
Nous rencontrons ensuite une colline au pied de laquelle se
trouve un sanctuaire mure. Sur le plateau du sommet existait un
motif qui a disparu, mais dont il reste un vague contour rappelant
celui d'une chapelle. Foret. Animaux sauvages. Un tigre mange
un homme qu'il vient de terrasser. Le fauve et l'homme ne sont
pas places la sans raison, les sculp teurs cambodgiens ayant toujours
suivi la legende mot a mot et s'etant dispenses de faire figurer,
dans les sujets rehgieux, des personnages qui n'auraient eu d'autre
but que de faire du remplissage. Nous ne connaissons pas la rela-
tion qui peut exister entre 1'acte du tigre et le sanctuaire du bas
de la colline ou le motif du haut, mais il y en a certainement une.
A 1'extremite du panneau, on retrouve (^iva ceint du triple
cordon brahmanique. Apsaras dans la partie superieure du mur.
Devant le dieu, des brahmanes s'inclinent. Scene tres abimee.
Petite galerie touchant au porche lateral.
Panneau de face : toute la partie basse est rongee par
1 humidite. Temple ou palais dans lequel des personnages sont
assis. Un homme descend les marches d'un escalier.
Panneau de droite (egalement en mauvais etat). Deux registres :
celui du bas contient une habitation dont les toitures sont cou-
vertes de pigeons. Quelques personnages sont assis, d'autres
saluent.
Registre superieur : temple surmonte de trois tours portant,
au sommet de la fleche, le trident. Vishnou est sous le dome de
droite. II semble marcher et se tourne, de meme que d'autres
personnages accroupis un peu plus bas, du cote de £iva que
nous apercevons debout en dehors du temple, tenant dans la
mam droite son trident. La plupart des personnages du registre
inferieur paraissent saluer Qiva.
Porche lateral de gauche.
Petite galerie placee entre le porche lateral et le porche central.
Panneau de gauche. Deux registres.
Registre inferieur : musiciennes, chanteurs, danseuses dans un
palais de forme tres allongee.
Registre superieur : temple ou palais. Qiva, trident en main,
regoit differents personnages qui s'inclinent devant lui et lui offrent
des presents.
Panneau de face : £iva est represente deux fois ; d'abord assis
ANGKOR. THOM
sur une enorme fleur de lotus, puis dans un petit temple. De
nombreux personnages se prosternent devant lui. Un seigneur
est a plat ventre, et les trois princesses qui 1'ont accompagne
s'mclment sous les regards du dieu. Au-dessous, des pretres et
les serviteurs du temple sont agenouilles.
Panneau de droite (en mauvais etat). Deux registres.
Registre inferieur : habitation oil Ton voit un seigneur (indis-
tinct) au milieu de son harem.
Registre superieur : autre habitation. Un personnage dort
etendu sur un lit de repos ; sa femme est a c6te de lui et
sommeille assise, une jambe repliee, la tete appuyee sur la main
droite. Autres figures peu visibles.
Porche central.
Face sud (partie droite). — Galerie entre le porche central
et le porche lateral de droite.
Panneau de gauche. Deux registres.
Registre inferieur : completement occupe par un rang de guer-
riers armes de la lance.
Registre superieur : palais. Dans la piece centrale, on voit un
lit de repos sur lequel se trouvent un arc, un carquois, un even-
tail, un chasse-mouches. Sous le lit, quelques objets familiers sont
visibles : des coupes, une theiere. Dans les chambres laterales,
des princesses se reposent au milieu de servantes qui agitent des
eventails. Ce palais appartient au personnage de grande taille
qui se tient debout, massue en main, sur la selle d'un elephant,
ou a celui que nous rencontrons, arme d'un arc, sur le panneau
suivant. Ces seigneurs viennent de quitter leurs epouses et leurs
demeures pour partir en guerre.
Panneau de face. Scene de combat. Les deux chefs que
nous venons de voir allaient a la rencontre des deux personnages
qui sont sur le panneau de face, Tare pret a lancer la fleche.
Us sont accompagnes d'une armee peu nombreuse. Les guerriers
se battent dans les deux registres. Un peu plus loin, mais faisant
partie de la meme scene, un seigneur est assis dans son palais
en compagnie de ses femmes. C'est Tun des combattants, sous
un aspect plus pacifique. Devant le palais, c'est-a-dire au premier
plan, on distingue une mare et une habitation dans laquelle flambe
un grand feu. De chaque c6te des flammes, des personnages
sont assis.
Petite porte dans le mur de fond.
AUX RUINES D'ANGKOR
Au dela, deux registres. En has : musique militaire, guerriers.
Registre superieur : des serviteurs portent sur leurs epaules un
trone suivi par des esclaves tenant en main des eventails et des
parasols. Puis on voit un palais dont la chambre centrale contient
un lit de repos sur lequel sont ranges avec ordre deux lances, un
eventail, un carquois. C'est 1'habitation d'un des chefs que nous
avons vus combattre sur le panneau precedent. Deux princesses
entourees de servantes occupent les chambres laterales.
Une autre scene termine le panneau de face et prend le
panneau de droite en entier. Elle comprend deux registres qu'il
convient d' examiner avec attention, parce qu'ils sont tres interessants
et que le sujet offre beaucoup d'analogie avec deux legendes de
1'Ancien Testament : 1'enfance de Moi'se et le voyage que Jonas
s'offrit dans le ventre d'une baleine.
Ces deux registres doivent etre regardes simultanement pour
etre compris. Dans le registre superieur, nous voyons trois prin-
cesses agenouillees, dans 1'humble posture de suppliantes, devant
un tr6ne supporte par un lotus. Sur le tr6ne se trouvait une
figure de dieu ou de deesse qui, on ne sait pourquoi, a etc
brisee a coups de marteau. Autour de la place qu'occupait la
divinite sont disposes des eventails, des parasols et des chasse-
mouches. Au-dessus volent des apsaras.
Dans le registre infeneur, on aperfoit une femme richement
vetue (probablement une des princesses agenouillees dans le registre
superieur) tenant dans ses bras un enfant qu'elle va placer dans
un coffre dont un esclave souleve le couvercle. Immediatement
apres se trouve une grande masse d'eau (mer ou lac) peuplee de
poissons et de caimans. Sur cette mer flotte une barque montee
par un pecheur qui fait des efforts pour retirer de 1'eau son filet.
Nous avons ensuite une jonque contenant quelques rameurs,
des esclaves et, dans la cabine, une princesse (dame portant le
costume de princesse). Sur le panneau de droite, des hommes
viennent d'apporter un enorme poisson que Tun d'eux tient sur
ses mains etendues et qu'il leve dans la direction d'un roi (per-
sonnage portant le costume royal), assis dans la piece centrale de
son palais. Dans le ventre du poisson on voit, comme par trans-
parence, un enfant tres nettement dessine et semblable a celui
qu'une dame enfermait tout a 1'heure dans le coffre. Le roi
prend son glaive de la main droite et fait le geste de fendre le
dos du poisson. On retrouve ensuite 1'enfant dans les mains d'un
GUIDE AUX KU1NKS U'A.NOKOK.
1'L. 53. I'AGE 152.
AXGKOR-THOM. — I'xE DES TOURS BORDANT A L'ESI
LA GRANDE PLACE CEXTRALE.
AXGKOR-THOM. — TOUR ET RTINE o'rx DES EDIFICES SITUES A I.'EST
DE LA GRAXDE PLACE CEXTRALE.
Guu>ii ALX KLINES ir.V.xc.Kok.
I'L. 54, PAGE 15.1.
ANGKOR-THOM
homme qui le tend a la reine assise a cote du roi. D'autres
figures, servantes, familiers et esclaves, completent le tableau et
l'animent.
Cette suite de scenes s'explique aisement : un enfant est
enferme dans un coffre que Ton jette a 1'eau ; le coffre s'entr'ouvre,
un poisson gigantesque avale 1'enfant. Un pecheur prend le pois-
son dans son filet, et comme c'est une piece rare, digne de la
table royale, il 1'apporte au roi, qui 1'ouvre avec son glaive ; 1'enfant
sort et est adopte par la
reine. L'identification du
sujet est a chercher.
Porche later aldedroite.
Petite galerie touchant
au porche lateral.
Panneau de gauche.
Deux registres. Dans le
registre inferieur : musi-
que, gong, petits tambou-
rins, trompettes, quelques
guerriers.
Registre superieur : un
personnage de grande
taille, sans armes mais ia
poitrine couverte d'une cui-
rasse, lutte avec un ele-
phant, qu'il parvient a
terrasser. Le geant a saisi
de la main gauche une patte de derriere de 1'animal et leve sa
main droite ouverte comme pour frapper. Nombreux porteurs de
parasols et d'eventails.
Panneau de face. Scene analogue a la precedente. Le meme
personnage combat, sans armes, un lion (plutot une sorte de
chimere). II a pris 1'animal au mufle et lui admimstre des
claques de sa main hbre. Le registre infe'rieur est rempli de
guerriers qui levent la tete pour voir la scene. Nombreux por-
teurs de parasols et d'eventails. Quelques arbres constituent le
fond du tableau.
Galerie entre la precedente et Tangle sud-est. Escalier de
quelques marches en bon etat.
Panneau de face : palais. La chambre centrale est aban-
FIG. 87. — BATON. — BAS-RELIEFS DE LA
DEUXIEME GALERIE (FRAGMENT).
AUX RUINES D'ANGKOR
donnee par le seigneur que nous voyons monte sur un elephant.
Sa main droite tient une massue ou une large epee. Sur le lit
de repos se trouvent deux eventails et deux coussins. Les
femmes occupent les chambres laterales ; elles ont aupres d'elles
quelques serviteurs. Au-dessous du palais, des guemers armes
d'une longue lance marchent vers la droite du panneau. L'armee
passe devant un deuxieme palais egalement abandonne par un
des chefs. Dans une chambre, on voit une dame qui semble
s'arroser de parfums ; une autre respire une fleur. Quelques esclaves
autour de ces dames.
Le defile des guemers s'interrompt pour faire place a une
colline ou vivent des ermites. Sur le sommet, un personnage
est assis. Dans le bas, Garouda se prepare, dirait-on, a combattre
un gigantesque poisson qui se trouve devant lui et dont la pre-
sence, en pleine terre ferme, etonne. Comme Garouda fait partie
de la scene, il se peut que le personnage du sommet soil
Vishnou (pas d'attributs).
Le defile de 1'armee recommence. Palais dont toutes les pieces
sont habitees. Deux dames occupent les chambres laterales ; un sei-
gneur est assis au centre (figure indistincte) ; des esclaves 1'entourent.
Apres le palais, marche de guerriers. Un grand chef est pret a
lancer sa fleche. Devant lui, on aper9oit un elephant monte seule-
ment par son cornac. Cette monture appartient au chef (ou au
roi), que nous voyons aux prises avec un personnage de grande
taille egalement a pied. Les deux adversaires se sont done ren-
contres pour un duel, mais Tissue du combat est encore mcertame,
car, d'un c6te comme de 1'autre, les hampes des parasols et des
drapeaux sont droites (1).
Panneau de droite : un chef a dos d'elephant, quelques
guerriers faisant suite au panneau de face.
Angle sud-est. Dans une des chambres du vestibule, on voit
un chef et quelques guerriers en marche : suite des deux panneaux
precedents.
Face est (partie gauche).
Le petit panneau de gauche et celui du mur de fond sont pris
par deux registres representant 1'un et 1'autre le defile d'une armee
qui parait vouloir rejoindre les troupes que nous avons vues a la
fin du panneau de la face meridionale et dans le vestibule d'angle.
(I) Nous savons que les sculpteurs cambodgiens casser.t les hampes des attributs des chefs
pour indiquer la defaite d'une armee.
,54
ANGKOR. THOM
Tous les guerriers, sauf les chefs, sont ici coiffes du chapeau de la-
tanier. Les chefs principaux et ceux de second rang sont te"te nue.
Le premier que nous rencontrons sur un elephant ne tient aucune
arme dans les mains, mais il agite un fanion dentele. Le suivant
est arme d'un arc. Le troisieme est descendu de son elephant, qui
n'est plus monte que par le cornac. Le bat conu'ent un arc et
deux carquois. En cours de route, des soldats amusent par des
danses leurs camarades. Une chasse precieuse, precedee d'ori-
flammes et de parasols, est portee sur les epaules d'une douzaine
d'esclaves. Puis le defile de 1'armee reprend. Le chef supreme
doit etre celui dont 1'elephant est coiffe d'une tiare conique riche-
ment decoree. D'autres guerriers suivent ; un petit groupe est tete
nue. Nous rencontrons encore un chef agitant un drapeau.
Petite porte dans le mur de fond.
Le reste du panneau de face montre un palais ou se tiennent
des princesses entourees de serviteurs. C'est sans doute 1'habitation
d'un des seigneurs qui commandent 1'armee du panneau precedent.
Escaliers de quelques marches.
Petite galerie touchant au porche lateral.
Panneau de face. Deux registres. Celui du bas est en tres
mauvais etat : quelques hommes entourent un personnage (scene
indistincte).
Registre superieur : interieur d'un temple. Deux brahmanes
versent sur un enorme brasier le contenu de deux petits vases.
D'autres pretres places sous les galeries laterales du temple assistent
attentifs a la scene.
Panneau de droite. Trois petits registres.
Registre inferieur : un ermite cueille des fleurs de lotus dans
une mare. Un chasseur, la tete coiffee d'une tete de cerf pour
tromper le gibier, decoche une fleche a une biche qui s'est apercu
du stratageme et fuit au galop.
Deuxieme registre : des ascetes se prosternent devant un per-
sonnage assis dans une grotte.
Registre superieur : palais devant un fond d'arbres. Un sei-
gneur entoure de personnages est assis dans la piece centrale gar-
nie de rideaux. II fait un signe a ceux qui se trouvent a sa droite.
Dans une des galeries laterales, un pretre coupe un fruit avec un
couteau a lame courbe.
Porche lateral de gauche.
Petite galerie entre le porche lateral et le porche central.
AUX RUINES D'ANGKOR
Panneau de gauche. Trois registres.
Registre inferieur : des hommes assis causent enlre eux.
Deux autres ont 1'air de vouloir en venir aux mains.
Deuxieme registre : meme scene, moins le commencement de
pugilat.
Registre superieur : palais. Le seigneur qui se trouve dans la
piece centrale est a peine ebauche. A sa droite, un homme leve
la main sur un personnage qui a manifestement peur de recevoir
des coups. De 1'autre c6te, des hommes sont respectueusement
accroupis. Des brahmanes arrivent portant leur inseparable eventail.
Panneau de face. Trois registres.
Registre inferieur : une longue habitation peuplee de person-
nages causant entre eux.
Deuxieme et troisieme registres : danseuses, chanteuses, musi-
ciennes divertissent un roi et des princesses qui se trouvent au
milieu de serviteurs, dans un palais. Le roi cause avec quelques
visiteurs ou courtisans. A droite du palais, on voit une petite habi-
tation occupee par des pretres; 1'un d'eux descend un escalier.
Petite porte dans le mur de fond.
Panneau de droite. Plusieurs petites scenes sans separation
et se rapportant presque toutes a la vie des ermites. Sur une
montagne est «construite une maison habitee par quelques pretres
qui lisent des satras. A gauche, deux ermites descendent la cote ;
un autre s'incline devant un vieillard. Au centre, un ascete tire
sur la corde d'un veau qui s'obstine a teter sa mere. Un tigre et
un cerf, 1'un poursuivant 1'autre, passent rapidement dans les
rochers. Un chasseur vise de sa fleche un sanglier. Deux ermites
coupent des bambous ; d'autres descendent chercher de 1'eau dans
un bassin qui se trouve au pied de la montagne.
Porche central.
Face est (partie droite).
Petite galerie entre le porche central et le porche lateral.
Panneau de gauche. Nous avons ici un bas-relief en bon
etat se rapportant a la mutilation de la statue d'une deesse que
Ton ne peut identifier parce qu'elle ne tient aucun attribut dans les
mains. Dans le haut du panneau, volent des apsaras qui nous
prouvent bien qu'une divinite est en scene. La statue tient la
moitie de la hauteur du panneau qui est divise, a droite et a
gauche, en trois registres. Dans le registre superieur, des hommes
armes de haches frappent de toutes leurs forces sur la tete et le
ANGKOR-THOM
diademe pointu de la divinite. Dans le registre central, des ele-
phants sont amarres a la statue (un de chaque cote) par des
cables et tirent pour briser les bras. Dans le registre inferieur,
nous voyons un grand feu dont les flammes lechent le pagne de
la deesse. Des hommes activent le foyer au moyen de soufflets;
d'autres versent sur le brasier des pots de resine. Quelques
guerriers lancent leur javelot sur la statue ou la percent a coups
de lance.
II est possible que cette scene rappelle un acte de vandalisme
commis par les Chams pendant une de leurs incursions en terri-
toire cambodgien ou par les Cambodgiens au cours d'une de
leurs campagnes centre les Chams.
Panneau de face. L'action se passe sur un bassm pourvu de
chaque cote, comme les fosses d' Angkor-Thorn et d* Angkor- Vat,
d'un escalier ou de parois a gradins. Deux embarcations assez
grandes se font face presque a se toucher. Des hommes debout,
trois dans une jonque, trois dans 1'autre, portent sur leurs epaules
un trone (un siege ou une estrade) sur lequel se trouvait un objet
conique qui a disparu et dont on devine a peme le contour.
Peut-etre etait-ce la tete de la deesse du panneau precedent, car
les apsaras sculptees dans le haut du tableau indiquent bien que
la scene a quelque chose de sacre. Des oiseaux volent en tenant
dans leur bee une fleur. Au-dessous des embarcations, dans 1'eau,
au milieu des poissons, on distingue, en y apportant la plus grande
attention, deux sirenes qui levent leurs mains en signe d'adorau'on
vers 1'objet que supportait le trone. Des hommes se jettent a 1'eau,
et Ton parvient (difficilement) a voir dans le fond du bassin un
plongeur ou une troisieme sirene tenant quelque chose dans la
main.
On dirait, mais on ne peut le certifier, que cette scene fait
suite a la precedente. Dans tous les cas, il semble bien que les
plongeurs retirent de 1'eau une chose a laquelle ils tenaient beau-
coup, et cette chose pourrait etre la deesse mutilee ou un fragment
de son corps. Nous aurions alors 1'explication des deux bas-
reliefs : les Chams ont bnse une des statues d' Angkor-Thorn et
en ont jete les morceaux dans le fosse d'enceinte. Aussit6t apres
le depart des Chams, les Cambodgiens ont repeche la deesse,
fragment par fragment, pour la restituer au temple qui la possedait.
Escalier de quelques marches.
Panneau de face : Qiva, trident en main, est assis sur un
,57
AUX RUINES D'ANGKOR
siege bas. Un personnage de grande taille se prosterne a plat
ventre devant le dieu ; d'autres personnes, d'un rang moins eleve,
s'inclinent. Au-dessous de Qiva se dressent des serpents qui
paraissent sortir d'une mare ou d'un bassin (partie endommagee).
Quelques guemers armes de la lance assistent a la scene et
doivent avoir accompagne le personnage prosterne.
Petite porte dans le mur de fond.
Au dela, deux registres : une armee est en marche dans la
foret. Les chefs sont, comme d'habitude, sur des elephants. L'un
de ces seigneurs parait, a cause de sa taille, d'un rang superieur.
II a la poitrine couverte d'une cuirasse a laquelle sont fixes deux
poignards (armement deja rencontre dans la galerie historique
d* Angkor- Vat) . Sa main droite tient un arc ; la gauche se leve
dans un geste de commandement. II est precede de drapeaux et
de parasols. Ensuite, viennent un trone et une chasse portes sur
les epaules d'une douzaine de serviteurs. Nous remarquons dans
ce defile des chars couverts atteles de chevaux, des voitures plus
petites trainees a bras d'homme, des litieres ou se trouvent des
femmes et une immense voiture a trois compartiments montee
sur six roues. Malgre son poids, ce vehicule etait porte par des
esclaves (1), et les roues ne servaient probablement que sur les
terrains plans ou les cahots n'etaient pas a cramdre. A 1'mteneur,
un seigneur est confortablement installe entre ses deux epouses.
Apres le grand char, le defile des guemers continue. Musique.
Pas de combat. L'armee se dirige a droite de la galerie, et nous
en retrouvons une partie dans le vestibule de Tangle nord-est.
Face nord (partie gauche).
Petit panneau de gauche : deux porteurs passent charges
de provisions. Un chasseur vise un cerf, un autre regarde un
tigre qui rampe sur le flanc d'une petite colline.
Panneau de face. Deux registres sur toute la longueur.
Premiere scene : en bas, longue habitation ou se trouvent
divers personnages entoures d'esclaves.
Registre superieur : un roi est assis au centre de son palais.
II appuie sa main droite sur la poignee de son glaive et leve la
gauche dans la direction de personnages qui se prosternent devant
lui. A la droite du roi, on voit deux princesses, deux danseuses,
des musiciennes et des chanteurs.
( I ) Remarquer que les roues ne touchent pas le sol.
i58
ANCKOR-THOM
Aulre scene. Registre infeneur : une petite habitation et un
temple ferme. Dans la maison se tiennent quelques personnes.
A droite du temple, on attelle un char a boeufs ; deux dames
partent en palanquin.
Registre superieur : le roi que nous avons vu dans son palais
entr'ouvre les rideaux d'un char a six roues, dans lequel il va
prendre place.
Autre scene : a droite du char, on rencontre une maison de
confortable apparence habitee par deux dames. La chambre cen-
trale est vide. Le seigneur 1'a quittee pour s'asseoir dehors sur un
pliant. Au-dessous de lui (premier plan) passe une litiere fermee
portee par deux hommes.
A partir d'ici, marche d'une armee. Le seigneur assis sur un
pliant montera un elephant qui 1'attend tout bate. Guerriers sur
les deux registres. Un cornac s'efforce de calmer 1'ardeur de son
elephant et lui enfonce le crochet de son pic dans le crane. La
tete de 1'animal est couverte d'une coiffure en tous points sem-
blable au chapeau de latanier que nous connaissons depuis long-
temps. Porteurs de drapeaux et de parasols. Des personnages du
registre superieur se prosternent devant (^iva. Le dieu etend une
main sur eux dans un geste de benediction. Apsaras dans le
haut du panneau.
Dans le registre infeneur, des brahmanes, des guerriers et de
simples particuliers s'inclinent devant un pretre.
Dans le registre superieur, a droite de Qiva, nous voyons un
temple important surmonte de trois tours terminees par le trident.
Sous le dome central se rrouve un socle autour duquel des
brahmanes sont agenouilles. II supportait un personnage ou un
embleme qui a disparu. Sous les domes lateraux, deux statues
sont debout : celle de Vishnou a gauche et, a droite, celle de
Lakshmi. A cote du temple, quelques personnages sont a
genoux ; d'autres apportent des presents.
A Textremite du registre inferieur, on apercoit un bassin pourvu
de deux escaliers.
Petite porte pleme dans le mur de fond.
Au dela, quelques personnages se rendent au temple que
nous venons de rencontrer.
Petite galerie touchant le porche lateral de gauche. Trois
registres sur le panneau de face et celui de droite. Les trois sont
remplis par une multitude de gens arrivant les uns en litiere, les
1 59
AUX RUINES D'ANGKOR
autres en charrette a boeufs, le plus grand nombre a pied. Us
portent presque tous des objets qui doivent etre des presents
destines au temple de la galerie precedente. Ce defile, ou pas
un homme n'est arme, semble representer un pelerinage.
Porche lateral de gauche.
Galerie entre ce porche et le porche central.
Panneau de gauche. Deux registres. En bas, longue habi-
tation dont la piece centrale est occupee par un personnage
entoure de familiers.
Registre superieur : palais. Un roi, glaive en mam, est assis
entre une servante et un esclave qui 1'eventent. Son e'pouse se
tient dans une des chambres laterales, en compagnie de quelques
femmes. A la gauche du roi, des familiers sont assis.
Panneau de face. Voici encore une scene que nous avons
deja vue dans Tangle sud-ouest de la premiere galerie d* Angkor-
Vat et qui, du reste, existe dans les trois plus grands temples de
rindochine : Mi- Son (Annam), Angkor- Vat et le Bayon.
La distribution du panneau que nous examinons en ce moment
ne difrere de celle d' Angkor- Vat que par quelques details sans
importance. Au centre, Ravana (dix tetes, vmgt bras, quatre jambes)
fait tous ses efforts pour soulever la montagne au sommet de
laquelle Qiva est assis sur un tr6ne entre deux personnages. Des
apsaras passent au-dessus du dieu. De chaque cote du roi des
Rakshasas se dressent les multiples tetes d'un Naga.
Sur le me'me panneau et a gauche de la derniere scene, on
aper$oit un palais pose sur des cariatides ayant la forme d'un
oiseau(l). La piece centrale parait vide, mais il pouvait s'y trouver
un personnage qui a disparu dans rerrritement de la pierre (2).
A droite de la scene de Ravana, on rencontre un second palais.
Un personnage est assis au milieu ; a sa gauche une servante
apporte un plateau contenant quelque chose de peu distinct. Deux
princesses sont debout en dehors du palais, une de chaque cote.
Petite porte dans le mur de fond.
Au pied d'une colline se tiennent deux personnages armes
d'un arc. Entre les deux bondit un enorme sangher. Sur le sommet
de la colline un dieu, qui doit etre Qiva, est assis a 1'ombre d'un
arbre. A sa gauche, un homme porte le trident ; a sa droite, un
personnage s'mclme. Des comparses completent le tableau.
( 1 ) Mais pas celle du Garouda.
(2) L'eniemble devait representer le char de Kubera traine par des hamiai.
PRAH-KHAN. — I'x DKS GEAXTS SOUTEXANT LA BAH/STRADE DES CHAUSSKKS
TRAVKRSIERES.
TEMPLE DE THOM-MASON (ANNEXE D'ANGKOR-TFIOM).
CUIDE Al'X RCl.NHS D'A.NGKOK.
PL. 55. PAGE 160.
GUIDE AUX KLTINF.S D'AXGKOK.
PL. 50, I>.U;E 101.
ANGKOR. THOM
Autre scene : en bas, des serviteurs apportent sur leur te"te des
plateaux charges de mets ou de cadeaux. Dans le registre supe-
rieur, on voit un temple contenant un petit tabernacle rres elegant
pose sur un socle. Des personnages sont assis dans les galeries
laterales et paraissent etre venus faire leurs devotions ou accomplir
un rite. II est possible que les objets apportes par les esclaves du
registre inferieur soient des presents destines au temple.
Panneau de droite. Deux registres.
Registre inferieur : danseuses, musiciennes, chanteurs et
chanteuses.
Registre superieur : £iva, tenant son trident de la main droite,
est assis sur Nandin. II porte, sur la cuisse gauche, son epouse
Parvati. Les deux divinites et leur monture se trouvent dans son
palais (ou un temple) ou, plut6t, passent devant, car le taureau
masque les piliers de 1'edifice, qui parait ainsi se trouver en retrait.
Un personnage, dont la tete est remplacee par plusieurs tetes de
serpent (Naga sous une forme humaine), est accroupi devant
Nandin. Un serviteur evente Qiva et son epouse. Quelques
seigneurs restent immobiles dans les galeries du temple.
Porche central nord. C'est notre point de depart.
LE BAPHUON.
Ce monument est situe a 300 metres au nord-ouest du
Bayon. On y arrive par un sen tier tortueux que le pied des bonzes
et des rares habi-
tants d' Angkor-
Thorn a trace
dans la broussail-
le.De tousles edi-
fices qui faisaient
autrefois la gloire
et la beaute de
la capitale roya-
le, le Baphuon FlG 38 _ TEMPLE DU BAPHUOX
est assurement (PLAN D 'ENSEMBLE).
celui qui a le plus
souffert. Tout, d'ailleurs, parait avoir concouru a la destruction de
ce temple qui est un des plus grands que les maitres d' Angkor aient
edifies, mais sa ruine tient surtout a deux causes principales. La
premiere est que le linteau de toutes les ouvertures des galeries
AUX RU1NES D'ANCKOR
e"tait soutenu par une piece de bois encastree dans la pierre et
placee la en maniere de poitrail. II est clair que, sous 1'action
constante de I'humidite.le bois s'est desagregeetque sa disparition,
survenue selon toute vraisemblance assez rapidement, a compromis
la solidite de la superstructure. Le deuxieme motif de ruine reside
tout simplement dans la destruction voulue de toute la premiere
galerie) dont les materiaux, ainsi que nous le verrons en visitant les
difreVentes parties de 1'edince, ont etc utilises a des travaux regret-
tables. Cependant, malgre les mutilations qu'il a supportees, le
Baphuon reste encore imposant par sa masse robuste couverte de
verdure et encadree de la plus belle foret qui soit.
Voici la composition de ce monument (1).
Les entrees. — Trois gopouras, relies entre eux par une galerie, cons-
tituaient les entrees d'honneur du temple et s'ouvraient en bordure de
rimmense forum autour duquel etaient distribues tous les principaux
Edifices de la ville. Nous ne retrouvons la qu'une partie des
murs de la galerie. Toutle reste s'est effondre, et les passages, autre-
f ois surmontes de tours elegantes, nesontplus representes que par
d'e'normes eboulis de pierres. La ruine est tellement complete
que Ton doit abandonner 1'idee de rendre un jour aux entrees
du Baphuon, meme partiellement, 1'aspect qu'elles avaient
autrefois.
Les galeries de communication disposees entre le porche
central et les deux porches lateraux etaient sans doute accom-
pagnees sur la fagade principale d'une veranda decorative et
s'eclairaient, de ce c6te, par de nombreuses fene'tres. Sur la
facade posterieure, on retrouve les restes d'un mur plein decore
de fausses fenetres a colonnettes et d'une frise extremement soignee
representant une multitude de petites figures de brahmanes logees
dans un cadre ogival.
Le gopoura central, a en juger par le peu qu'on en voit, devait
se composer, comme ceux de 1'entree occidentale d' Angkor- Vat,
d'un passage flanque de deux pieces commandant les galeries. II
est impossible, a cause des eboulis, de se rendre compte de
1'importance du porche ouvert sur la place et de celui qui
regardait le temple, mais ils formaient probablement un ressaut
accuse par deux ou quatre piliers supportant une toiture en
(I) Pour la description du Baphuon, noui eviteront, comme nout 1'avons fait pour le Bayon,
une trop grande abondance de detail) techniquei qui n'aurait d'autre resultat que de Jeter la
confusion dans 1'esprit du lecteur
ANGKOR-THOM
encorbellement. Les gopouras laleraux comprenaient, en plus du
passage, deux petites chambres de veille etablies aux extremites
de 1'edifice d'entree. Les trois tours qui dominaient les passages
et dont on retrouve la base au-dessus de I'entre'e centrale affectaient
la forme conique que nous connaissons deja.
La passerelle. — Au gopoura central s'amorcait une passerelle
dallee de 200 metres de longueur qui franchissait un bassm,
s'elargissait aux deux tiers de son etendue par deux courtes
branches lui donnant une forme cruciale et aboutissait a la facade
orientale du monument. Les dalles etaient posees sur des colonnes
rondes tres rapprochees, qui se retrouvent encore au complet. Le
parapet devait etre analogue a celui qui garnissait tous les ponts
et toutes les terrasses d' Angkor et, bien que nous n'en rencon-
trions ici que de rares vestiges a peine reconnaissables, il est
permis de supposer qu'il se composait, comme a 1'ordinaire, de
balustres trapus soutenant le Naga, dont les t&es multiples se
dressaient aux extremites de la passerelle. A 1'intersection des
branches de la croix s'elevait un edicule, sorte de petite chapelle,
dont il ne subsiste que quelques chambranles et un amas de
pierres eboulees.
L'allure du pont d'acces du Baphuon a etc modifiee comple-
tement, a une epoque que nous ne saurions fixer, par des mains
inhabiles qui ne s'en sont malheureusement pas tenues Ik, comme
nous le verrons tout a 1'heure. La passerelle, qui devait etre
certainement fort gracieuse avecle reflet de ses colonnes et de sa
balustrade dans les eaux du bassin, s'est transformed , — et Ton ne
devine pas bien la cause de cette modification, — en une chaussee.
II a suffi pour cela de dresser sur ses cotes une paroi verticale
et de combler de terre les intervalles des piliers. Ce travail fut
execute hativement, d'une fagon assez grossiere, et tous les
elements des parois ont etc choisis parmi ceux dont la premiere
galerie du temple etait construite. Un examen de quelques minutes
permet de se rendre compte que, dans cette malheureuse tenta-
tive de restauration, si tant est que Ton puisse appeler restauration
une besogne de ce genre, les ouvriers sont alles au plus pres
pour trouver les materiaux dont ils avaient besoin. A chaque
instant, des blocs sculp tes et dont les sculptures voisinent sans
rapport se rencontrent au milieu d'elements restes frustes ou dont
la decoration n'est pas apparente. Quant au bassin, il s'est trouve
lui aussi modifie par suite de la transformation que nous venons
AUX RU1NES D'ANGKOR
de signaler et, au lieu de la vaste piece d'eau de jadis, nous
voyons aujourd'hui deux petites mares separees par la chaussee.
Le temple. — Le Baphuon est construit sur un plan presque
carre et s'eleve en pyramide par trois gradins. La base mesure
environ 120 metres dans les deux axes. Sa hauteur actuelle est
de 43 metres, mais elle etait beaucoup plus considerable lorsque
la tour qui dominait 1'edifice etait encore debout. On voit par
les dimensions que nous venons de donner qu'il s'agit ici d'un
des plus grands temples du Cambodge.
Le monument se composait de trois galenes concentriques
posees sur de solides bases et separees par des cours etroites.
Tous les soubassements etaient pourvus, sur chacune de leurs
faces, d'un escalier a larges rampes, mais le soubassement supe-
rieur en avait deux autres a chacun des angles. On en retrouve
quelques-uns qui permettent d'acceder aux differents etages ; les
autres ont disparu sous les eboulis et les apports de terre. Sur
les paliers des rampes se dressaient des lions decoratifs semblables
a ceux que nous rencontrons a la meme place dans la plupart
des temples. Chaque escalier aboutissait a un vestibule que
dominait une tourelle et d'ou partaient les galeries.
Autour du premier soubassement, a la distance d'une quinzaine
de metres, on retrouve quelques vestiges d'un mur de limonite
qui constituait autrefois 1'enceinte particuliere du temple et dont
toutes les pierres, ou presque toutes, ont etc utilisees par les
Siamois pour la construction de la citadelle de Siem-Reap.
Premier etage. — Le soubassement du premier etage mesure
3 m. 50 de hauteur. II est bati en limonite avec revetement de gres.
Des bandes de moulures horizontales le decorent sobrement. Cette
partie n'a jamais etc terminee, car on n'y voit pas un des motifs
d'ornement que les decorateurs cambodgiens avaient 1'habitude de
sculpter sur leurs moulures.
La galerie n'existe plus qu'au centre des faces est et sud, ou
Ton retrouve, dans un etat de ruine tres avance, les vestibules
d'entree encore surmontes de leur tourelle. Ces entrees pre'sentent
des motifs decoratifs de la plus grande finesse et datant de la
meilleure epoque : colonnettes d'encadrement des portes, rinceaux
de feuilles tournees en volute, frise de fleurs de lotus e'psnouies.
Certains trumeaux sont decores d'animaux places dans un petit
cadre a part. On ne voit sur les murs aucun sujet mytholo-
gique.
j 64
ANGKOR-THOM
Les entrees ouest et sud ont completement disparu ou, du
moms, n'en reste-t-il que quelques pierres sans interet. Quant a
la galerie de pourtour, c'est elle qui, comme nous 1'avons deja
dit, a fait les frais de tous les materiaux employes pour la trans-
formation de la passerelle.
La galerie du premier gradin et le soubassement du deuxieme
etage sont separes par une cour d'une douzaine de metres de largeur
dans sa partie onentale et de 8 metres sur les autres faces. Deux
edicules s'elevaient a Test de cette cour, mais ils ne forment plus
aujourd'hui que des tumuli de pierre, d'ou emergent deux ou trois
chambranles. On ne peut done qu'emettre une supposition a leur
sujet, en tenant compte de leur emplacement, et dire qu'ils
ressemblaient peut-etre aux deux bibliotheques d' Angkor- Vat ou
aux deux petites constructions qui occupent les angles nord-estet
sud-est de la cour du Bayon.
Deuxieme etage. — Son soubassement est en deux parties
marquees par un fort retrait de 1'assise superieure sur celle de
dessous. Entre les deux regne une sorte de plate-forme qui per-
mettrait la circulation si les eboulis ne 1'interdisaient pas. La
hauteur totale du soubassement est de 7 metres. Nous ne voyons,
ici non plus, aucune trace d'ornementation sur les moulures.
Toute la facade occidentale du soubassement et de la galerie
qui le domine est masquee par des pierres regulierement posees
provenant, comme les materiaux qui ont servi a la modification
de la passerelle, de la galerie du premier etage et peut-etre aussi
de la galerie du sommet dont il ne reste presque rien. Cet amon-
cellement de materiaux a etc constitue a dessein, cela saute aux
yeux, mais il faut le regarder attentivement pour comprendre 1'idee
qui a preside a cette deplorable besogne. Apres bien des hesi-
tations, on finira par apercevoir les traits assez largement ebauches
d'une gigantesque figure du Buddha couche. La tete est horizon-
tale ; le front, les yeux, le nez et le menton sont suffisamment
dessmes. On voit aussi, mais faiblement, le contour de la coiffure.
Quant au corps, il n'est meme pas indique dans la pierre. Selon
toutes presomptions, nous nous trouvons ici en presence d'unessaiqui
remonte a la premiere heure de la penetration au Cambodge de la
doctrine bouddhique du Sud (1). La tache a paru trop lourde aux
bonzes, qui 1'ont bien vite abandonnee. II faut convenir qu'ils auraient
(OXVsiecIe.
AUX RUINES D'ANCKOR
mieux fait de ne pas 1'entreprendre ou de suivre les traces de
leurs devanciers, ces pretres intelligents et artistes, rainistres de la
doctrine bouddhique du Nord, qui surent pendant toute la grande
epoque d' Angkor mettre leur culte sur le meme pied que la
religion officielle et construisirent, dans la capitale meme du
royaume, d* elegantes chapelles qui ont resiste aux siecles.
La galerie du deuxieme etage est en bien mauvais etat, mais
elle existe a peu pres en en tier sur les trois faces est, nord et
ouest. Elle est extremement etroite et se serait certainement
conservee intacte si les constructeurs du temple n'avaient pas commis
la faute d'utiliser les poitrails en bois dont nous avons deja parle.
Depuis longtemps, les linteaux des fenetres se sont brises et le
toit presente des flechissements inquietants.
Par comparaison avec les autres parties du monument, on peut
dire que les porches et les vestibules du deuxieme etage sont bien
conserves. Les tours existent encore, et les chambres des passages
sont accessibles moyennant quelques efforts de la part du visiteur.
Une magmfique decoration, que nous examiner ons dans le cha-
pitre des bas-reliefs, couvre 1'exterieur des murs de ces entrees.
Entre la galerie du deuxieme etage et le soubassement de
1'etage supeneur se trouve une cour tres etroite encombree de
blocs provenant du sommet de 1'edifice et ou, par suite, il est
difficile de circuler.
Troisieme etage. — Le soubassement du dernier etage est
compose, ici aussi, de deux parties presentant les memes particu-
larites que 1'assise de la galerie inferieure, c'est-a-dire une plate-
forme de circulation et des bandes de moulures non decorees ;
mais il est pourvu sur chaque face de trois escahers, un au
centre, un a chaque extremite. La verticalite de ces escaliers est
telle qu'elle en interdit 1'usage a tous ceux qui n'ont pas le pied
sur ou qui sont sujets au vertige. Les faces ouest et sud du
soubassement se sont eboulees completement et forment aujour-
d'hui un plan incline ou les pierres se melangent a des terres
apportees par le vent.
La galerie qui etait posee sur cette assise de 10 metres de
hauteur a disparu. Seules deux petites tours d'angle ont resiste*.
Tout le reste est tombe dans la cour du deuxieme etage.
La tour centrale qui dominait le monument n'existe plus. Elle
devait mesurer une trentaine de metres et etre fort belle, si nous
en croyons le recit de Tcheou-Ta-Kouan : " A un li environ
ANGKOR. THOM
au nord de la tour d'or (d6me central du Bayon), il y a une
tour de cuivre encore plus haute que la tour d'or et dont la
vue est reellement impressionnante. ' II est evident que
jamais la tour du Baphuon, quoi qu'en disc le voyageur chinois
et malgre ce que pensent certains auteurs, ne fut revetue de
feuilles de cuivre, pas plus que le d6me du Bayon ne fut couvert
d'or, et que ces noms : tour d'or, tour de cuivre, ne sont que
des designations que les habitants employaient entre eux pour dif-
ferencier les temples de la ville. Dans tous les cas, on ne ren-
contre dans les eboulis aucune parcelle de metal, si petite soit-elle.
Pour ce qui est de I'impression que la tour du Bayon devait
laisser aux etrangers, Tcheou-Ta-Kouan doit avoir raison, car, si
Ton en juge par la solidite de 1'assise que constitue la pyramide
a trois gradins que nous venons de voir, la tour centrale du
temple devait atteindre une grande hauteur. Quoi qu'il en soit,
il ne reste de cette magnifique tour et du sanctuaire qu'elle cou-
vrait qu'un socle veuf de sa statue et un amas de blocs. Le dome
s'est effondre pour la simple raison, croyons-nous, qu'il etait
mal construit. Les fautes de metier commises ici par les con-
structeurs accre'ditent cette supposition.
LES BAS-RELIEFS DU BAPHUON.
Aucune des galeries du Baphuon ne se pretant a la de'co-
ration, les sculpteurs se sont dedommage's sur les entrees du
deuxieme e*tage et en ont couvert les murs d'une multitude de
petites scenes separees par un bel encadrement et extremement
variees. Ces bas-reliefs ont une tenue superieure a celle des
panneaux du Bayon, peut-etre meme a celle des galeries
d* Angkor- Vat, et nous permettent d'apprecier, sans autrement
preciser la date, que le Baphuon est d'une epoque ou les
artistes soignaient encore 1'execution des moindres details et oh
ils avaient acquis deja une certaine habilete dans la representation
du corps humain, qualite qui ne s'etait pas encore developpee
au moment des travaux decoratifs du Bayon.
I. — Porche nord. — Facade exterieure (partie droite) (I) :
(I) Tous les bas-reliefs du Baphuon vont faire ici 1'objet d'une courte explication. Us sont
repartii en 8 sections :
I. Porche nord. Facade exterieure. Partie droite.
II. Partie gauche.
III. — Facade interieure. Partie droite.
IV. — Partie gauche.
V. Porche eit. Facade exterieure. Partie droite. (Voir >uite p. 168.)
AVX RUINES D'ANCKOR
1. Combat de deux Elephants. Les colosses se font face et
agitent leur trompe d'un air menagant. Us ne sont monies que
par les cornacs qui les excitent de leur pic.
2. Un ermite baratte du lait dans une jarre. La tige de la ba-
ratte est fixee au plafond par son extremite superieure. Le
mouvement giratoire est obtenu en tirant alternativement sur les
bouts d'une corde enroulee autour de la tige et que le baratteur
tient en main. Deux hommes paraissent regarder avec curiosite
le travail de Termite.
3. Un singe est agenouille devant un arbre qui se trouve au
pied d'une colline. Deux personnages armes d'un arc arrivent
derriere le singe et 1'un va le toucher a 1'epaule. C'est 1'entre-
vue de R&ma et de Lakshmana avec Sugrlva, exile par son
frere Bali, roi des singes.
4. Duel des deux freres, Bali etSugriva.
5. Rama perce d'une fleche 1'adversaire de son alli^ : Bali
tombe mourant (1).
6. Deux personnages se tiennent debout devant deux singes
agenouilles. Le plus grand des deux hommes presente au singe
le plus rapproche de lui un objet en forme de 8 ayant 1'aspect
d'un fruit ou d'un vase etrangle dans son milieu.
7. Petit palais habite par deux personnes qui peuvent etre
des femmes (pierre usee). Cette habitation est supportee par un
rang d'oiseaux poses en cariatides (2).
8. Deux personnages accompagnes d'un singe sont en face
de Garouda et causent avec lui. Derriere Garouda, on voit le
corps d'un homme dont la tete a disparu.
9. Un archer semble voler. Sa mam droite est dans la posi-
tion de celle d'un tireur qui vient de decocher une fleche. De
1'autre c6te du tableau, Garouda descend en planant, ailes
ouvertes. Sur le sol, entre 1'archer et Garouda, est pose un
hibou, et c'est sur cet animal que I'homme a 1'arc parait avoir
VI. Porche ett. Facade exterieure. Par tie gauche.
VII. Porche sud. Partie droite.
VIII. Partie gauche.
La droite et la gauche sont celles du spectateur tourne vers le centre du temple. Les panneaux
etant disposes par bandes verticales, nous les suivrons bande par bande et de gauche a droite, en
donnant unnumerp a chaque tableau. Nous commencerons par le porche nord, parce que c'est de
ce cote que les visiteurs penelrent dans le temple, les autres faces du premier gradin etant inacces-
sible:.
( 1 ) Replique de deux panneaux de Tangle sud-ouest d' Angkor-Vat.
(2) Ces oiseaux sont probablement des Hamsas et ce que nous appelons le " palais " serait
alors le char de Kubera. (Replique d'un des panneaux de Tangle nord-ouest d'Angkor-Vat.)
,68
ANGKOR. THOM
tire, a moins que ce ne soit sur le lievre que Ton apercoit
detalant a toute vitesse. Dans le haul du panneau passe un
oiseau tenant dans son bee un rameau de feuillage. La scene
se complete par un arbre sur lequel sont perches deux oiseaux.
10. Deux personnages sont etendus, garrottes et entoures de
singes. Un autre personnage est accroupi a leur tete. II s'agit
probablement de Rama et de Lakshmana enveloppes par les
fleches magiques que le sorcier Indrajit a changees en serpents (1).
1 1 . Un singe brandissant une mas sue semble vouloir attaquer
deux personnages dont 1'un est arme d'une lance, 1'autre d'un
sabre.
II. -- Facade exterieure (partie gauche):
1 . Ravana, pourvu de ses dix tetes et de ses vingt bras, est
monte sur un char attele de lions (ou de chimeres). II cherche
a atteindre de ses fleches Rama porte par Hanuman. Le general
des singes tord le cou d'un des lions atteles au char du demon.
2. Hanuman vient de sauter sur le char de Ravana et
attaque sans armes le roi de Lanka, qui faiblit visiblement. Un
guerrier simien monte sur un des lions du char assomme a coups
de massue un guerrier Rakshasa. Un autre Rakshasa se trouve
derriere son roi, mais ne tient pas a prendre une part trop active
a 1'action.
3. Hanuman est aux prises avec un des chefs Rakshasas. II
lui a saisi le bras et leve sa massue pour Ten frapper. Le titan
se defend mal. Un singe et un guerrier assistent en spectateurs
au combat.
4. Rama passe sur un char attele de deux chevaux. II va
lancer la fleche divine qui seule peut mettre fin aux jours de
Ravana. Les fleches de 1'ennemi volent autour de lui. Hanu-
man fait un bond prodigieux. II tient une pierre dans la main
droite et une torche dans la gauche pour eclairer la scene.
5. Le dernier tableau de cette bande est completement ronge.
6. Hanuman, arme d'une massue, va combattre un guerrier
Rakshasa qui porte un sabre et un bouclier. Un arbre est place
entre les deux combattants mais ne se trouve la que pour nous
indiquer que la scene se passe dans une foret.
7. Hanuman se bat avec ardeur contre un Rakshasa (suite
directe du panneau precedent).
(1) L. Finot, Les baf -reliefs de Baphuon. ( Bulletin de la Commission archeologiqueder I ndo-
chine, 1910.)
169
AUX RUINES D'ANGKOR
8. Slt£, prisonniere de Ravana, est assise dans le bosquet
d'agokas, entouree de Rakshasis. Elle remet a Hanuman, age-
nouille devant elle, le bijou qu'il doit porter a Rama comme
preuve de son message. Des oiseaux et un ecureuil animent la
scene.
9. Ravana arrive sur un char attele de deux lions. Pas
d'acu'on.
10. Le dernier tableau de cette bande est range* par 1'humi-
dite.
III. — Facade interieure (1 ) (partie droite). — Les panneaux qui
regardent la cour du deuxieme etage sont moins nombreux et
beaucoup plus grands que ceux de la facade exterieure.
1. Combat d'un archer contre un personnage qui a disparu.
2. Deux singes sont en presence pour un pugilat serieux.
Les autres panneaux de la partie droite sont masques par des
e'boulis.
IV. — Facade interieure (partie gauche) :
1 . Sur le meme panneau et dans un encadrement compost
de larges bandes decorees de fleurettes : deux gladiateurs com-
battent armes de longs sabres et garantis par leurs bouchers.
Entre les deux combattants un homme de petite taille tient un
flambeau pour eclairer la lutte. — Un homme essaie d'arreter
ou dresse un cheval non monte ni selle. L'animal (bien dessme)
porte au cou un collier garni de grelots.
2. Un homme attaque un tigre et lui enfonce sa lance dans
la machoire. Sur le meme panneau, deux hommes se battent a
coups de poing.
3. Un homme tenant une massue est en presence d'un
enorme sanglier qu'il va combattre.
4. Deux gladiateurs armes d'un sabre recourbe et se preser-
vant de leur bouclier sont aux prises.
Ces quatre derniers panneaux represented evidemment quel-
ques jeux du cirque.
V. — Porche est. — Facade exterieure (partie droite) :
1. Un vieux chef (longue barbe en pointe, un arc et une
fleche dans les mains) vient d'etre blesse a la tete par une
fleche et tombe de son char. C'est probablement encore lui que
nous voyons, dans le meme tableau, couche, perce de traits
(I) En regard de la courette etablie entre la galerie du deuxieme etage et le soubassement du
troiiieme.
170
ANGKOR. THOM
nombreux, dans une maison ou deux personnages agenouille's le
veillent (1).
2. Deux chefs adversaires montes sur des chars atteles de
chevaux se criblent de fleches. Celui de droite est accompagne
de deux guerriers ; 1'autre est seul. On remarque, sur 1'extremite
de chaque timon, une statuette portant un petit drapeau.
3. Un chef accompagne de trois guerriers passe dans un char
lance* au galop. L'espace est sillonne de fleches.
4. Musique militaire : trompette, buccin, cymbales, trois tam-
tams.
5. Palais dont la toiture est garnie de pigeons. Dans la piece
centrale, un roi est assis en compagnie de la reine. Dans une
piece laterale, un personnage accroupi parait dormir, la tete repo-
sant sur la main droite.
6. Un homme arrache le pagne d'une femme qui, scandalise'e,
essaie de retenir son vetement.
7. Un geant lutte contre deux hommes et les terrasse.
8. Personnage assis au milieu de serviteurs qui 1'eventent.
9. Un chef guerrier est debout sur un char attele de deux
chevaux. Les fleches ennemies 1'enveloppent. Sur 1'extre'mite du
timon, on distingue une statuette de deesse tenant un arc dans
la mam.
10. Groupe de quatre guerriers.
1 1 . Un chef passe au galop de son char, dont le timon est
orne d'une statuette brandissant une palme.
1 2. Musiciens jouant de divers instruments.
VI. — Facade exterieure (partie gauche):
1 . Dans un paysage de foret, un roi, ou un dieu (pas d'attri-
buts), est assis sur un trone. Trois petits personnages sont age-
nouilles a sa gauche.
2. Une reine, ou une deesse (pas d'attributs), est a genoux
sur une estrade a trois gradins placee entre deux arbres. Au
pied de 1'arbre de gauche s'enroule un serpent. Au bas de 1'es-
trade, deux femmes sont agenouillees. Une troisieme est debout ;
un homme lui saisit le poignet, non dans un geste aimable, mais
comme s'il voulait 1'empecher de nuire ou remmener de force.
3. Qiva passe sur Nandin. II est suivi de deux serviteurs
(I) Ce bas-relief represent e tret probablement le general en chef de 1'armee des Kauravas,
Bhishma, qui est une des figures principales du long panneau d'Angkor-Vat (galerie occidentale,
partie droite).
I?1
AUX RUINES D'ANGKOR
portant des parasols et d'un troisieme tenant le trident. II se
rend vers un personnage (un dieu, peut-etre, mais pas d'attributs)
assis pres d'une femme qui joint les mams au-dessus de sa tete.
M. Finot (loc. ci7.) conjecture que cette scene represente 1'or-
dalie de Sita.
4. Un roi, ou un dieu (pas d'attributs), est assis sur un trone
et tient son epouse sur un de ses genoux (Rama et Sita). Des
servantes les entourent et les eventent.
5. Une dame se fait masser par deux servantes. Une autre
dame (peut-etre la meme deux fois represented) confie sa cheve-
lure a une esclave qui la peigne.
6. Un personnage, la t£te posee sur les genoux de son epouse,
est etendu sur le sol ; Jl doit etre blesse. Devant lui, un archer
de grande taille se prepare a le defendre ou a le venger.
7. Trois pretres sont agenouilles en face d'un personnage
egalement a genoux et levant les bras au ciel dans un geste
d'implorau'on.
8. Personnage sur un elephant. Des serviteurs 1'accompagnent,
portant des eventails et une coupe.
9. Une princesse entouree de servantes se tient dans 1'embra-
sure d'un petit porche.
1 0. Dame a sa toilette. Des esclaves la parent ; 1'une lui
presente un miroir.
1 1 . Deux taureaux sont places face a face et paraissent vou-
loir combattre. Deux petits personnages assistent a la scene.
12. Deux personnages sont agenouilles devant un roi, ou un
dieu (pas d'attributs) qui leur remet un rosaire. Dans le haut du
tableau vole une colombe portant un rameau dans son bee.
13. Deux personnages luttent sans armes. L'un porte une
longue barbe poinlue.
14. Deux archers ressemblant aux deux lutteurs du panneau
precedent tirent sur un sanglier.
15. Les memes personnages combattent au sabre.
16. Combat d'un homme et d'un tigre. Le fauve parait avoir
le dessous.
La fafade inteVieure du porche est completement masquee par
les eboulis.
VII. — Porche sud. — Facade exterieure (parn'e droite) :
1 . Un homme est assis sur le timon d'une charrette a bceufs
et boit dans une coupe. Les bceufs sont deteles.
ANCKOR-THOM
2. Lutte de deux homraes devant une vieille femme aux seins
pendants.
3. La moitie du panneau manque. On voit encore un homme
et une femme assis dans une maison.
4. Deux personnages combattent au sabre. L'un est accom-
pagne de deux temoins, 1'autre est seul.
5. Panneau presque completement detruit.
6. Un personnage a barbe pointue et un autre sans barbe
causent a 1'ombre d'un arbre.
7. Combat d'un personnage a barbe pointue contre un
sanglier.
8. Combat du meme personnage contre un taureau.
9. Deux personnages barbus causent a 1'ombre d'un arbre.
L'un a les mains respectueusement jointes sur la poitrine.
10. Un homme est dans la position d'un boxeur. Le reste du
panneau n'existe plus.
1 1 . Un homme arme d'un tronc d* arbre se bat contre un e"tre
ayant un corps humain et une tele de lion.
12. Un homme a barbe pointue est assis a 1'ombre d'un
arbre. II porte sur ses deux mains un objet que 1'on ne peut
reconnaitre. Un deuxieme personnage, dont la tete a disparu,
se tient debout, 1'epee en main.
13. Un personnage (peut-etre un dieu, mais pas d'attributs)
est agenouille, les mains jointes, sur une estrade a trois degres.
Deux serviteurs 1'eventent. Des fleches passent autour de lui.
Dans la meme scene on voit, paraissant rouler sur la pente
d'une petite colline, une tete d'homme coiffee d'un diademe
conique et tranchee net au cou.
VIII. — Facade exterieure (partie gauche) :
1. Panneau dont il manque la moitie. On apercoit encore un
personnage accompagne de son epouse.
2. Un hercule coifle d'un bonnet a trois pointes saisit un
taureau par les comes. Sur le mime panneau, ce personnage est
represente une deuxieme fois ecartelant les pattes de derriere du
taureau.
3. L'hercule du panneau precedent lutte contre le Naga dont
on voit les tetes se separer sous I'effort puissant de 1' homme (1).
La scene se passe entre deux escaliers decores de statues de
(1) Scene deja vue tur un de> tympans des aaleries croiseet (preau couvert) d' Angkor- Vat.
i73
AUX RU1NES D'ANGKOR
taureau. Deux perso images places sur les marches regardent le
combat.
4. Un seigneur et son epouse sont assis c6te a c6te dans
une attitude de douleur. A leur gauche, on voit une femme remet-
tant un enfant aux mains d'un geant.
5. Le geant du panneau precedent brise centre des rochers
le corps de 1'enfant qui lui a etc remis. Un personnage, couvert
d'un parasol que tient un esclave, assiste a la scene.
6. Un elephant se promene librement. Un esclave leve un
parasol pour garantir la tete de 1' animal.
7. Deux personnages se saluent.
8. Combat de deux personnages. L'un tient une e'pe'e, 1'autre
est sans armes.
9. Combat de Vishnou centre un guerrier arme* d'une
epe'e.
10. Une femme apporte un enfant a une dame qui en tient
deja un sur ses genoux. Le geste semblerait indiquer qu'il y a
substitution d'enfant.
1 1 . Combat de deux taureaux (panneau tres abime).
12. Krishna souleve le mont Govardhana pour mettre ses
troupeaux a 1'abri de 1'orage (1) (panneau ronge par I'humidite).
Le dieu est visible ainsi que la base de la montagne et deux
taureaux. Le reste a disparu.
13. Une femme s'amuse avec son enfant. Un homme est
allonge dans une charrette de'telee et dort. La scene se passe a
1'ombre d'un arbre.
14. Deux pretres sont accroupis sur des tabourets places sous
un arbre et prient. Quelques objets familiers se trouvent a leur
portee.
15. Deux taureaux sont face a face et restent immobiles. De
chaque c6te du panneau, a mi-hauteur du cadre, on aperfoit un
petit esclave juche sur une console et presentant un plateau charge
d'objets ou de nourriture.
16. Un homme chasse a la sarbacane des oiseaux per die's
dans un arbre. Un autre porte les victimes.
17. Un homme monte a un arbre et deux autres se cachent
derriere le tronc pour echapper a un tigre qui vient de terrasser
un de leurs compagnons.
(I) Scene deja vue dans Tangle sud-ouest de la premiere galerie d'Angkor-Vat.
174
ANGKOR. THOM
3^3-
i.
*
J-J.
LE PHIMEANAKAS (1).
Ce monument constitue un Etat dans 1'Etat, puisque, malgre' sa
situation en pleine ville royale, il est isole au milieu d'un terrain
rectangulaire de 600 metres est-ouest sur 250 metres nord-sud,
delimit e* par une double enceinte particuliere.
Sur toute la fa?ade orientale de cette protection s'etend une
longue terrasse que nous n'examinerons que plus tard, mais dont
il convient de faire mention des maintenant pour dire que c'est
par elle que notre description devrait commencer. II serait
naturel, en effet, de decrire d'abord la face honoree d'un temple ;
mais deja nous n'avons pu
le faire pour le Bayon, a
cause de 1'inaccessibilite de
son porche oriental, et
nous ne le ferons pas
davantage ici parce que,
si nous debutions par la
terrasse d'honneur, le
visiteur qui sort du Ba-
phuon serait oblige, pour
suivre 1'ordre de nos cha-
pitres, de faire un trajet inu-
tile de700ou800 metres.
Nous preferons done adopter 1'itine'raire le plus court et, partant,
le plus rationnel pour circuler dans cette immense ville ou il y a
tant a voir en un minimum de temps.
La double enceinte et les porches secondaires. — A quelques
dizaines de metres au nord-est du Baphuon, le visiteur trouve
une breche qui lui permet de franchir le premier rempart de
1'enclos du Phimeanakas. II descend ensuite dans une petite cour
et voit un porche etabli sur le deuxieme rempart.
Le terrain du Phimeanakas est circonscrit par deux murailles,
que separe une cour pourtournante large d'une trentaine de metres.
Le rempart exterieur est construit en blocs de limonite poses a
joints vifs et ne paraH pas avoir re9U la moindre decoration dans
sa partie superieure. Son etat de ruine est assez avance. Par
(t) Le mot Phimeanakas (prononcez : P'imienakah) est le Sanscrit vimana-akata (' palais
celeste "), dont les deux termes sont intervertis conformement a la construction khmere. Un
oimana est proprement une habitation volante dans laquelle les dieux et les genies se meu-
vent a travers 1'espace.
,75
FIG. 3g. — PHIMEANAKAS
(PLAN D'ENSEMBLE).
AUX RU1NES D'ANGKOR
centre, la muraille interieure s'est bien conservee, sauf en quelques
endroits. Nous la voyons coiffee d'un chaperon moulure sur lequel
courait une arete en gres. Dans le voisinage des porches, la cour
pourtournante est barree de deux murs qui forment, en avant des
entrees, une sorte de premier vestibule a ciel ouvert. Ces murs
sont perces, dans leur centre, d'une petite porte qui etablit la com-
munication avec la cour de pourtour.
Quatre porches semblables, deux sur la face meridionale et
deux sur la face septentrionale, donnent acces dans le terrain du
Phimeanakas. Une cinquieme entree, beaucoup plus importante,
occupe le centre de la muraille orientale. La face ouest est comple-
tement fermee.
La composition du porche que Ton rencontre en venant du
Baphuon est la suivante : un passage cruciforme est pourvu de
chaque c6te d'un petit escalier de quelques marches et surmonte
d'une tourelle a gradins couronnee par 1'epanouissement d'une
fleur de lotus. Deux petites ailes lateVales (chambres de veille)
flanquent le passage ; elles s'eclairent d'un seul c6td par des
fenetres a colonnettes. La porte donnant sur la cour et celle
ouverte sur 1'interieur de 1'enclos sont decorees de pilastres poly-
gonaux, dont on ne retrouve que des fragments, et d'un linteau
fortement ruine montrant le relief tres accentue et bien dessine de
feuilles tournees en volutes. Les pieds-droits s'ornent de rinceaux
d'un joli travail mais presque completement effaces. Les trois
autres porches secondaires ne different de celui-ci que par leur
e*tat de conservation.
L'enclos. — Aucune partie d* Angkor-Thorn ni des autres
mines cambodgiennes n'a fait autant parler que le terrain circon-
scrit par les deux murailles que nous venons de rencontrer. Tous
les auteurs se sont plu a chercher une signification aux vestiges
informes dont est parseme 1'enclos du Phimeanakas, et il faut con-
venir qu'ils ont souvent fait preuve d'imagination. II n'en est pas
moins vrai que ces vestiges existent et qu'ils represented quelque
chose; mais nous estimon* qu'il faudrait, apresun debroussaillement
qui n'a encore jamais etc fait, etudier longuement la question pour
la resoudre.
Moura (1) et M. Aymonier signalent que le terrain du
Phimeanakas etait divise en trois cours limitees par des murs
(I) Le royaume du Cambodge, t. II.
176
ANGKOR. THOM
de limonite dont on retrouve, en effet, les traces. Us disent aussi
que, dans ces cours, se trouvaient des edicules en forme de tour,
et le fait est exact, comme nous 1'avons verifie nous-meme. Mais
Moura ajoute que " Tune de ces tours devait servir de vestiaire
aux mandarins qui se rendaient en service au palais et que
Yeiiquette obligeait a une certaine tenue suioant la saison ". Pure
imagination. Le meme auteur pretend, au sujet de deux autres
tours, " qu'elles pourraient bien avoir etc le depot des objets precieux
et des bijoux, puisqu'on ne les connait dans les environs que sous
le nom de Prasat Cheang Tong (les tours des bijoutiers) ". Les
ateliers devaient etre construits a cote, mais ils n'ont pas laisse
de traces ". Moura appuie sa supposition sur ce fait que les rois
du Cambodge ont toujours entretenu, dans leur palais, un atelier
de bijouterie. II nous conte aussi que, dans cette meme cour, se
trouvaient probablement les logements de la garde royale, une
salle d'armes, desmagasins pour les munitions ". M. E. Aymonier
ne suppose rien et se contente de transcrire le texte de Moura.
C'est ce que nous ferons aussi en laissant au lecteur le soin d'en
apprecier la valeur.
La deuxieme cour commence a une soixantaine de metres de
la muraille orientale et se termine au dela du temple. Elle fournit
a Moura 1'occasion de nous donner la description de ce qui existe
dans le palais de Phnom-Penh et de ce qui aurait pu exister
dans 1'enceinte du Phimeanakas. II affirme que la seconde cour
contenait " la salle du trone, la salle de spectacle, les salles
d'attente pour les differents personnages du royaume et les ambas-
sadeurs, la prison specialement affectee aux princes et aux
plus hauts fonctionnaires publics, la tresorerie, le secretariat, diverses
ecoles, etc. ".
Nous avouerons, sans fausse honte, que nous n'avons nen
vu de tout cela et que les quelques cailloux qui emergent du
sol ne nous ont pas permis de reconstituer un ensemble aussi
pittoresque.
A en juger par les vestiges qui se trouvent derriere le Phimea-
nakas, un mur de limonite devait fermer une troisieme cour qui
s'etendait jusqu'a la muraille occidentale. M. Aymonier, qui
s'appuie volontiers sur la tradition locale, y place, mais dans un
petit enclos special, 1'habitation privee du roi, puis, a c6te, dans
la partie meridionale de cette troisieme cour, un pare affecte aux
princesses ; enfin, au nord, un jardin. C'est simplement possible.
_ 177
AUX RUINES D'ANGKOR
M. Aymonier reserve cette cour au roi et a son harem ; d'autres
auteurs pourront lui donner une affectation differente ; nous y verrions
plut6t nous-m£me, ainsi que dans les autres cours, les restes d'un
vaste monastere, sorte de seminaire ou les jeunes prelres etudiaient
a 1'abri des rumeurs de la ville. Mais, en verite, nous ne savons
ni les uns ni les autres a quoi nous en tenir, et il se pourrait que
la question conserve longtemps encore son caractere de probleme
insoluble. Seule une inscription de 1'epoque termmerait la discussion,
et nous ne pensons pas que ce soit a une source aussi autorisee
que Moura et M. Aymonier ont puise le renseignement qu'ils
nous donnent sur 1'utilisation d'une legere saillie que fait, sur la
cour pourtournante, le mur de c!6ture de la face occidentale. C'est
la, disent-ils, que se trouvaient les latrines necessities par
r agglomeration des femmes habitant ce preau.
Dans la troisieme cour, Moura place " la salle de repetition
du theatre, le vestiaire des actrices, la cuisine particuliere de Sa
Majest^ (sic), les logements des reines, des princesses, ceux des
concubines et, enfin, deux ou trois bailments speciaux pour les
accouchements, tout a fait indispensables dans une maison ou il
y a toujours plusieurs femmes qui sont prises a la fois du mal
d 'enfant " .
Quoi qu'il en soit, on trouve dans cette troisieme cour non pas
ce que Moura y a vu, mais la base de murs qui pouvaient com-
poser des appartements et, au ras du sol, de nombreuses pierres
dont la partie superieure est percee d'un trou ou venait, presque
certainement, s'emboiter le tenon de colonnes en bois. Done, dans
cette partie de 1'enclos du Phimeanakas s'elevaient des habitations
autrement construites que les temples et ou logeaient des personnes
de qualite.
Mais rien ne nous laisse croire qu'il y avait Ik une residence
royale plutdt qu'un monastere ou autre chose. II vaut mieux,
par consequent, ne rien af firmer.
Plate-forme cruciale isolee. — A quelques dizaines de metres
au nord-ouest du petit porche meridional que le visiteur a franchi
tout a 1'heure, se trouve une plate-forme ne dependant d'aucune
construction voisine et que nous pourrions peut-etre classer, sans
grandes chances d'erreur, parmi les monuments que les boud-
dhistes firent clever dans la ville royale sous les regnes favorables
au developpement de leur doctrine. Notre supposition est basee
sur la presence, dans Angkor-Thorn, de chapelles qui sont a peu
178
ANGKOR-THOM
pres du meme style et portent encore les restes d'enormes statues
du Buddha (1).
La plate-forme que nous rencontrons dans 1'enclos du Phimea-
nakas est dallee de gres et mesure 30 metres sur 20. Chacune de
ses branches etait pourvue d'un escalier. Son parement vertical est
en gres et se decore de fortes moulures paralleles chargees de
petits ornements que 1'humidite a fait disparahre en partie. En
avant du pare-
ment, une garni-
ture de colonnes
rondesdel m. 20
de hauteur sou-
tient une corni-
che en encorbel-
lement, sur la-
quelle etait posee
une balustrade de
pourtour qui
n'existe plus. La
branche orientale
s'est affaissee et
forme aujourd'hui
un plan incline
oil ne se retrouve
plus aucun des
LJL
pnmi-
FlG. 40. — COUPE MOSTRANT LA COMPOSITION
D'UNE TERRASSE CAMBODGIENNE.
Elements
tifs.
Sur le dallage
de la plate-forme, les indigenes ont reuni quelques statuettes
decapitees et une statue de Ganeca presque intacte. '
Le temple. — Le monument du Phimeanakas est situe a peu
pres au centre de son enclos. Sa base mesure 35 metres est-ouest
sur 25 metres nord-sud. II n'a que deux etages. Le premier se
compose d'un soubassement tres eleve et d'une petite galerie
pourtournante. Le soubassement est entierement en limonite et
s'eleve en trois gradins decores de moulures horizontales d'un
profil assez heureux. La partie superieure de chaque degre com-
(1) Nous n'avons pas d autres preuves. II est tres possible aussi que la plate-forme de 1 enclos
du Phimeanaka* et celles que nous verrons a 1'ouest du Prah-Pithu soient des construction)
brahmaniques qui servaient a certaines ceremonies en plein air.
179
AUX RUINES D'ANGKOR
prend une petite plate-forme assez large pour permettre a un
homme d'y circuler. Ses angles supportent encore quelques socles
en gres, affectant la forme d'un 8, sur lesquels elaient posees des
statues d'elephant dont on retrouve quelques fragments dans le
voisinage du monument.
Au centre de chaque face du soubassement est etabli un esca-
lier a double rampe dont les paliers superposes s'ornaient de lions
decoranfs. II en subsiste un specimen sur la facade nord. Les
rampes des escaliers se resserrent au fur et a mesure qu'elles
approchent du sommet, et les marches sont tellement hautes,
etroites et usees, qu'on ne peut les gravir sans s'aider des mains ;
encore est-ce la un exercice que les personnes alertes peuvent
seules se permettre.
L'unique galerie du Phimeanakas n'a etc construite, croyons-
nous, que dans un but decoratif, sa faible largeur (a peme un
metre) interdisant son utilisation pour les ceremonies religieuses.
Elle n'etait pas plafonnee parce qu'un homme de petite taille
n'aurait pu se tenir debout sous le plafond, et nous voyons que
la surface de 1'intrados est polie avec soin, alors que le dessous
des voutes des autres monuments n'est que degauchi.
Les vestibules du premier etage sont au nombre de quatre :
un au centre de chacun des cotes. Us ont la meme distribution
que ceux deja rencontres, mais dans des dimensions beaucoup
plus reduites. Leur passage central est flanque lateralement de
deux perites pieces et supporte une tourelle. Les portes s'enca-
drent de pilastres soutenant un fronton.
La galene prend jour de deux cotes par une multitude de
fenetres tres rapprochees. Quelques-unes sont restees pleines, et
Ton comprend d'autant moins ces exceptions qu'elles ne pre-
sentent aucune symetrie. Les autres sont grillees de balustres ou,
plut6t, 1'etaient, car il reste bien peu de ces colonnettes elegantes
mais fragiles. La plupart des trumeaux portent une decoration de
rinceaux. Certains ne sont pas termines, de meme que quelques
linteaux. Aux angles de 1'etage se trouvent quatre chambres
minuscules fermees a Test et a 1'ouest par une fausse baie et
s'eclairant au nord et au sud par une fenetre a claustras. Une
toiture en encorbellement analogue a celle de la galerie propre-
ment dite, mais un peu plus haute, couvre ces pieces.
Entre la galerie du premier etage et le soubassement du
deuxieme regne une petite cour qui n'interesse guere que les
,80
ANGKOR-THOM
angles, puisque, dans la partie me'diane de chacune de ses faces,
elle est completement occupee par rempattement des escaliers
conduisant au sanctuaire.
Le soubassement de 1'etage superieur se compose pour mi
tiers (partie Basse) de blocs de limonite et, pour les deux autres
tiers, de blocs de gres. II est, comme celui du premier etage, decore
de moulures horizontales d'un relief bien accuse. Quatre escaliers
par tent des portes poster Jeures des entrees de la premiere galerie et
conduisent au sanctuaire, qui ne comprend qu'une seule piece cruciale
de 4 metres, precedee sur chacune de ses faces d'un tout petit
vestibule dominant 1'escalier correspondant. Une partie des murs
de ces vestibules, les chambranles et les linteaux en gres des
portes du sanctuaire existent encore, et Ton peut constater, d'abord,
que les pierres sont restees nues, sauf en de rares endroits qui
ont recu un commencement de decoration, ensuite que les murs
de la chambre cruciforme, dont il reste la base, etaient en limo-
nite, c'est-a-dire en materiaux de second ordre que les construc-
teurs cambodgiens n'employaient generalement pas pour mettre les
divinites a I'abri. De ces deux observations : inachevement des
murs et qualite inferieure de la pierre, nous pouvons deduire,
presque avec certitude, que le gros ceuvre de 1'etage superieur du
Phimeanakas a etc termine hativement avec des moyens de for-
tune et que le sanctum sanctorum devait etre couvert d'une
simple toiture en bois. Quant a la tour d'or que Tcheou-Ta-
Kouan place encore ici (1), il est probable qu'elle n'a jamais
existe que dans son imagination. On ne retrouve, du reste, dans
les eboulis, aucun element laissant supposer qu'une tour s'elevait
au-dessus du sanctuaire (2). II n'en reste pas moins certain que
ce temple, qui etait dedie a Vishnou, ainsi que nous 1'apprend
un document epigraphique, cut a 1'epoque florissante d' Angkor
un r6le considerable suffisamment indique par les inscriptions que
nous rencontrerons sur les montants des portes du gopoura
oriental.
(1 ) Tcheou-Ta-Kouan parle d'une tour d'or dominant le Bayon et d'une autre tour d'or sur le
Phimeanakas.
(2) M. Aymonier croit que le Phimeanakas etait do.nine par une tour en bois tres elevee. C'est
extremement douteux parce que les Cambodgiens auraient etc incapables de construire un dome
en bois sur une base de pierre. II leur aurait fallu pour cela employer un systeme d'accrochage
tres complique qu'ils iynoraient certainement, si nous en jugeons par les fautes commises par eux
dans les appareils les plus simples. D'ailleurs, les pierres encore visibles ne presenters aucun
indice permettant de supposer qu'elles soutenaient une superstructure en bois. Ajoutons que, faute
d'un bon assemblage, la tour n'aurait pas resiste plus de quinze jours aux grands vents qui balaient
la region d* Angkor.
181
AUX RU1NES D'ANGKOR
Sur la fa9ade ouest du monument, on voit un enorme amas tie
terre qui atteint au niveau de la galerie du premier etage et s'etale
sur une dizaine de metres en avant du soubassement. La pre-
sence de cette terre est inexplicable.
Un immense bassin de 200 metres de longueur se trouve a
une cinquantaine de pas au nord du temple. II n'est plus repre-
sente, depuis longtemps, que par une forte depression de terrain
oil croissent des bananiers sauvages, une forte broussaille et
quelques arbres. Ses parois est et nord sont constitutes Tune par
le mur de separation de la premiere cour, 1'autre par la muraille
d'enceinte. Les deux autres parois sont construites en beaux blocs
de gres disposes en trois gradins sculptes de milliers de person-
nages qui joignent les mains dans 1'attitude de la priere (1).
Le gopoura oriental. — L'edifice d'entree, construit au centre
de 1'enceinte orientale du Phimeanakas, est beaucoup plus impor-
tant que les porches des faces nord et sud. II compose meme un
des gopouras les mieux agences que Ton puisse voir. Son pas-
sage d'axe comprend trois pieces disposees en enfilade dans
1'orientation est-ouest. Celle du centre communique avec les autres
par des portes encadrees de pilastres polygonaux et d'un magni-
fique linteau representant Rahou au milieu de nnceaux d'un
relief vigoureux. Cette piece est surmontee d'une tour assez haute j
s'elevant par trois gradins verticaux qui se presentent interieure-
ment comme des chemmees carrees. Les vestibules qui precedent
la chambre centrale sur ses faces est et ouest sont pourvus de
trois portes, Tune dans 1'axe, les deux autres sur les cotes.
Les chambranles des portes du vestibule ouvert en regard de
1'enclos sont graves de belles inscriptions qui ont etc malheureu-
sement deteriorees en parn'e. L'une d'elles est relative a 1'etendue
du domaine appartenant a une fondation pieuse ; toutes les autres
ont trait a un serment de fidelite prononce devant le roi Surya-
varman Ier par les chefs des territoires qui constituaient I'empire
cambodgien. Les dignitaires du royaume confessent, par 1'mter-
mediaire d'un habile lapicide, qu'ils doivent pratiquer toutes les
vertus et surtout celles susceptibles de valoir quelque profit au
souverain : s'ils se conduisent comme doit le faire un honnete
mandarin ou un valeureux chef de guerriers, 1'auguste bienveil-
(1) Tout les ouvrages tur Angkor parlent de ce bauin, mais il se pourrait que cette vaste
depression ne soil qu'une cour, car la presence de personnages en priere etonne un peu sur des
parois que 1'eau devait recouvrir.
182
ANGKOR. THOM
lance du roi leur sera acquise ; mais, s'ils pechent par prevarica-
tion ou defaut de courage, ils encourront sur cette terre les chati-
ments royaux et subiront, plus tard, les supplices des trente-deux
enfers.
Dans 1'axe nord-sud, la piece centrale est flanque'e d'ailes
laterales comprenant chacune deux chambres qui different par
leurs dimensions et leurs ouvertures : la plus voisine du centre
n'est eclairee que par une large fenetre regardant 1'enclos; la
piece extreme est pourvue d'une porte sur chacune de ses faces
anterieure et posterieure.
Quelques toitures du gopoura oriental ont etc refaites au moyen
de briques semblables a celles que les briquetiers fournissent
aujourd'hui. Nous ne savons pas a quelle date remonte cette
restauration, qui n'a du reste pas re'siste, mais elle ne peut e'tre,
ancienne.
La decoration exterieure de ce gopoura est en assez mauvais etat
mais ce qu'il en reste se classe parmi les meilleurs travaux des orne-
manistes cambodgiens : frontons, linteaux et rinceaux sont d'un
dessin parfait et fouilles par des artisans qui connaissaient leur
metier. Au centre de chaque face des parements verticaux du d6me,
une petite porte pleine est figuree entre deux pilastres soutenant un
linteau. Aux angles des gradins, on apergoit les restes de tours ou
de temples en miniature places la en maniere d'antefixes.
En avant (est) de 1'entree principale se developpe une plate-
forme, ruinee en partie, qui conduisait a un edicule situe a la jonc-
tion de ladite plate-forme et de la terrasse d'honneur que nous
allons visiter. Ce petit edifice etait peut-e"tre une chapelle, peut-
etre une loge d'ou le souverain et son harem assistaient aux
jeux (1), mais on ne peut avoir aucune idee de sa distribution etant
donne qu'il n'en reste rien qu'un tumulus de gres et de limonite.
A droite et a gauche de la plate-forme se trouve une cour pro-
fonde limitee par un mur etabli entre la terrasse d'honneur et
1'enceinte du Phimeanakas. Une petite porte, composee de mon-
tants et d'un beau linteau de gres, est pratiquee dans le mur de
separation. Deux des parois des petites cours (parements verticaux
de la plate-forme et de la terrasse d'honneur) sont decorees de
magmfiques garoudas de 2 m. 50 de hauteur poses en cariatides
pour soutenir une corniche dont la balustrade a disparu.
(1) Nous citrons bientot, en decrivant la terrasse d'honneur, que la place publique servait peut-
etre aux jeux du cirque.
AUX RU1NES D ANGKOR
LA TERRASSE D'HONNEUR DU PHIMEANAKAS.
Elle s'etend en regard du forum, prend toute la facade orientale
de 1'enclos de Phimeanakas, mesure 350 metres de longueur et
comporte cinq perrons (trois dans sa partie centrale, un a cliacune
de ses extremites) separes par d'immenses panneaux sculp tes. Sa
corniche de bordure supportait une balustrade dont on aper^oit
encore, sur le sol ou en place, quelques fragments composes de
to4 tes de Naga, de travees et de des de support.
Le perron central est etabli en regard de 1'avenue qui conduit
a la porte de k victoire. II s'accuse par un vigoureux ressaut sur
la ligne de facade et s'etage en trois paliers pourvus chacun d'un
escalier. Son parement exterieur est decore d'une rangee de garou-
das en relief supportant de leurs mains levees la corruche supe-
rieure. Ces monstres sont semblables par le corps, mais ils ont
alternauvement une tete de tigre et une tete d'oiseau a bee cro-
chu ; leur taille diminue a mesure que les paliers s'abaissent. Leur
chevelure est representee sous 1'aspect d'acanthes et forme un large
mmbe autour de la tete ; leur poitrine s'orne d'un riche collier et
leur venire d'une ceinture finement ciselee. Les ailes sont plaquees
sur le mur, derriere les bras, et semblent soutenir aussi, de leur
pointe, la corniche. En somme, nous avons la des figures decora-
tives de premier ordre, d'un relief puissant, traitees avec maitrise et
qui peuvent se comparer aux superbes geants des chaussees tra-
versieres. Entre les garoudas, on voit des petites tetes de Naga
sortir de la base du mur.
La face interne des rampes du perron central est histonee de
perits garoudas et de personnages. Sur la bordure exterieure des
trois etages du perron etait pose un parapet qui diminuait progressi-
vement d'importance jusqu'k n'etre plus, sur le palier inferieur,
qu'une tres petite balustrade dont une tete et une travee sont
demeurees en place. D'enormes lions se dressaient sur la partie
superieure des rampes, et nous en retrouvons deux specimens,
1'un en haul de 1' escalier du palier inferieur, 1'autre couche sur
le sol du palier intermediaire. Ils nous permettent meme de constater
que, contrairement a ce qui se passait pour les garoudas et la
balustrade, les lions places au bas du perron etaient plus grands
que ceux du palier superieur.
Les perrons lateraux sont infiniment moins importants que celui
du centre et n'ont pas de paliers successes. Leur decoration com-
ANGKOR-THOM
porte d'un cote des garoudas en relief et, de 1'autre, un elephant
qui fait partie de 1'equipage de chasse que nous rencontreronsbientot.
Les perrons extremes etaient domines par un edicule dont on
ne retrouve que quelques pierres. Us sont semblables par leur etendue,
mais different par leur distribution et leur decoration. Celui de
I'extremite nord de la terrasse comprend, sur sa fa9ade prmcipale,
deux escaliers etroits et symetriques separes par un panneau vertical
que decorent des garoudas. Les panneaux d'angle portent la meme
decoration. Pas de paliers successifs ; les escaliers gravissent sans
arret la hauteur de la terrasse. Sur les cotes du perron, le pare-
ment est divise en deux registres couverts de hauts-reliefs repre-
sentant, sans doute, les jeux que les rois cambodgiens offraient au
peuple sur le vaste forum (1). Les deux registres de la face nord
nous montrent des cavaliers cherchant a s'atteindre de leur lance,
des lutteurs aux prises, des equilibristes, un cocher portant un
homme debout sur ses epaules et conduisant un char attele de
deux chevaux au galop. Le panneau oppose est illustre de scenes
analogues : des hommes armes d'une rondache et d'une lance
combattent ; d'autres portent des poids ou des pierres lourdes ; des
cavaliers passent au pas comme s'ils allaient prendre leur rang pour
une course ; des groupes se heurtent dans un combat tres anime ;
un cavalier tombe blesse sur 1'encolure de son cheval. Tous ces
personnages et les chevaux sont dessines en demi-grandeur natu-
relle.
Le perron de rextremite sud se compose, comme celui du centre,
de trois paliers successifs, mais sa decoration est differente. Nous
voyons en effet sur ses murs, non plus des garoudas mais des ele-
phants dont la taille diminue en meme temps que la hauteur des
paliers. Ces animaux font suite a la chasse royale du long panneau
de la terrasse. A Tangle sud, on retrouve la moitie de la tete d'un
elephant qui soutenait le bout de la corniche. La trompe est
encore en place ; elle arrache une touffe de lotus dans un geste
analogue a celui des elephants tricephales que nous avons ren-
contres contre les porches de 1'enceinte de la ville.
Les panneaux qui s'etendent entre les perrons extremes et les
perrons de flanquement du grand escalier central represented une
chasse dans la foret. Les chasseurs sont montes sur des elephants
(1) Les Cambodgiens d'autrefois etaient grands amateurs de spectacles violent!, comme le
prouvent de nombreux bas-reliefs, et la grande place publique pouvait servir, entre autres usages,
aux jeux du cirque. (Simple supposition.)
AUX RUINES D ANGKOR
et prennent une part active a la chasse ou se contentent d'etre
spectateurs.
Ces deux bas-reliefs mesurent chacun une centaine de metres de
longueur et n'ont pas etc termines. Une grande partie du panneau
aboutissant au perron nord n'est meme pas ebauchee, mais, par
contre, tout le parement meridional est acheve ; il s'illustre des
diverses phases d'une grande chasse royale. Deux elephants irrites
sont face a face et paraissent vouloir se faire un mauvais parti,
malgre les efforts des cornacs. Un elephant enleve sur ses defenses
un buffle enorme. Deux elephants d'allure debonnaire s'eventent
avec des branches de feuillage qu'ils tiennent delicatement du bout
de leur trompe ; ils ont suffisamment chasse pour 1'mstant et se
reposent. Deux elephants ont saisi, 1'un par le corps, 1'autre par
une cuisse, un tigre qui se defend, montre les dents et griffe un des
pachidermes qui arrivera pourtant a 1'etouffer moyennant quelques
egratignures. Un buffle est attaque des deux cotes par des ele-
phants. Une trompe ramasse un cerf et enleve ce poids comme un
fetu. Plus loin, on voit le combat d'un lion contre un elephant ; le
lion se dresse menafant, toutes ses griff es dehors, et ne cede pas
un pouce de terrain, 1'elephant non plus, et nous ne saurons jamais
comment cette affaire s'est terminee. Deux elephants ecartelent un
animal de forme indistincte ; d'autres etranglent des chevreuils,
quelques-uns ne font rien. Des chasseurs lancent leur javelot sur
des animaux divers. Un cornac boit a sa gourde et ne remarque
pas que son maitre le touche a 1'epaule pour lui faire comprendre
qu'il faut en laisser un peu pour les autres. Toutes ces scenes se
passent dans une foret qui nous est indiquee par les arbres compo-
sant le fond du tableau. Des singes, des ecureuils, des oiseaux
peuplent la futaie. La chasse rencontre une colline habitee par deux
errmtes ; Tun porte des vivres, 1'autre manifeste nettement sa peur
et se colle contre les rochers.
L'etat de mine de la terrasse d'honneur du Phimeanakas est
assez avance. La facade decoree prend, par endroits, une inclinaison
facheuse ; la balustrade n'existe plus que par de rares fragments ;
la corniche se disloque; les escaliers, sauf ceux du perron central,
ne sont plus praticables. Mais enfin, telle qu'elle nous apparait
aujourd'hui, cette oeuvre est encore une des mieux conservees par mi
celles d' Angkor-Thorn, et Ton peut se rendre compte aisement de
1'effet decoratif qu'elle devait produire quand tous ses elements
etaient intacts.
ANGKOR.THOM
PRAH-PALILAY.
Le monument qui porte ce nom est situe a une cinquantaine
de metres de la muraille septentrionale du Phimeanakas. Son
allure generate devait rappeler un peu, en moins grand, celle du
Baphuon.par un triple gopoura d'en tree sur la face orientale, une
avenue partant du porche central, la pyramide a trois gradins qui
composait le temple.
Get edifice date certainement de la meilleure epoque, comme
le prouvent certains motifs decoratifs qui jonchent le sol environ-
nant, mais il est aujourd'hui tellement ruine que le visiteur per-
drait son temps et sa peine a vouloir en comprendre la distribu-
tion.
LE BELVEDERE DU ROI LEPREVX.
Cette construction, qui n'a de replique dansaucune des autres
villes de 1'ancien Cambodge, se trouve a quelques metres de
l'extremite septentrionale de la terrasse d'honneur du Phimeanakas
et se presente en plan sous une forme cruciale contrariee par
une quantite de redans qui brisent la ligne de contour. Sa lon-
gueur (est-ouest) etait approximativement de 35 metres pour
une largeur de 25 metres ; mais la presque totalite de la partie
occidentale s'est eboulee, et il n'est plus possible d'apprecier
exactement ses dimensions. Le parement est occupe par sept
registres sur lesquels se detachent, en haut-relief, des centaines
de figures en demi-grandeur naturelle. Nous devons avoir ici
1'image de la cour de plusieurs rois ou, peut-etre, d'une seule cour
royale sous differents aspects. Au centre de chaque registre
et aux angles des redans, on apergoit un seigneur (probablement
un roi) assis au milieu de reines ou de princesses. Toutes ces
j figures sont de la meme taille et represented, par consequent, des
personnages d'une egale situation sociale (1). Les rois different par
quelques details de costume, mais ils ont tous le buste nu et la
tete couverte d'un diademe conique. Ils tiennent en main un
glaive court. Toutes les femmes ont lememe vehement et les memes
ornements : elles portent une couronne pointue montee sur un tour
de tete compose de quatre ou cinq rangs de perles, de lourds
pendants aux oreilles, un magnifique collier se terminant en pointe
( I ) Puisque nous savons que les personnaget d'un rang superieur se distinguent, dans les bas-
reliefs, par une taille plus elevee.
AUX RU1NES D'ANGKOR
entre les seins, des bracelets, une double chaine prenant en
echarpe le buste nu, des anneaux aux chevilles. Leur chevelure
est divisee en plusieurs nattes dont la pointe traine sur le sol.
Quelques princesses tiennent dans les doigts un bouton de lotus;
d'autres posent familierement la main sur 1'epaule d'un seigneur, et
celles-ci sont sans doute les sultanes favorites.
Sur la terrasse du belvedere, les indigenes ont place depuis
longtemps une statue d'homme nu qui oflre les caracteres sui-
vants : le personnage se tient assis a la mamere onentale ; la tete
est assez bien modelee, la bouche sourit ; la levre superieure
s'orne d'une moustache aux pointes relevees, la chevelure descend
sur le cou en torsades ou en tresses regulieres ; sur le sommet de
la tete, on voit une petite base cylindrique brisee a quelques cen-
timetres des clieveux ; les epaules sont larges, mais sans indication
de muscles ; les bras s'attachent mal, le buste est mou, la taille
fine ; les jambes sont d'un bon tiers trop courtes ; la droite est
relevee et soutient le bras droit dont la main a disparu ; la jambe gauche
s'applique sur le socle. En somme, cette statue n'est ni meilleure
ni pire que la plupart de celles que nous ont laissees les statuaires
cambodgiens. — Moura a vu dans cette figure une representation
du dieu des richesses, Kubera, qui etait atteint de la lepre.
M. E. Aymonier nous la donne pour 1'image d'un " celebre
roi lepreux " qui serait peut-etre le fondateur d' Angkor-Thorn et
qu'il croit pouvoir identifier " avec le roi Yafovarman, qui regna
de 81 1 faka a 830 environ ". Nous ne pensons pas que 1'une
de ces deux identifications, evidemment inspirees des legendes
locales, soil a retenir, car, si 1'auteur de la statue avait eu 1'inten-
tionde representer un personnage lepreux, il n'aurait pas manque
d'accuser fortement les marques que la lepre imprime sur les
membres de ceux qui en sont affectes : plaies profondes, epais-
sissement des chevilles, deformation des doigts, etc. Or nous
n'avons remarque' sur la statue en question aucun des stigmates
qui pourraient faire croire que le personnage represente etait lepreux.
TEP-PRANAM.
La chapelle bouddhique connue sous ce nom se trouve a une
soixantaine de metres au nord du Prah-Palilay et du belvedere
que nous venons de visiter. Elle se compose d'une chaussee de
100 metres de longueur orientee est-ouest et d'une terrasse
rectangulaire.
ANGKOR-THOM ~
La chaussee debute au bord de la grande avenue qui reliait
la place publique a la porte septentnonale de 1'encemte d' Angkor-
Thorn. Elle est formee d'un simple remblai de terre maintenu
par deux petits murs de 80 centimetres de hauteur et s'arrete
a quelques metres en avant de la terrasse. II est probable qu'elle
etait garnie d'une balustrade, mais on ne retrouve, dissemmes dans
le voisinage, que quelques rares fragments de main-courante qui
pourraient bien ne pas
lui avoir appartenu. Entre
Textremite occidentale de
la chausseeetle commen-
cement de la terrasse, on
rencontre des statues de
lion d'une bonne execu-
tion et une belle cuve en
gres qui servait sans doute
a la preparation de 1'eau
lustrale.
La terrasse etait pre-
cedee, sur sa face orien-
tale, d'un escalier de
quelques marches prati-
que entre deux rampes
basses qui s'ornaient des
lions que 1'on vient de
voir couches sur le sol.
Une balustrade impor-
tante faisait le tour du
lerre-plein qu'occupe en-
core une immense sta-
tue du Buddha posee sur son socle. Les pierres qui composent
cette figure de 4 metres de hauteur sont disjointes, quelques-unes
sont brisees, et nous pouvons regretter que cette ceuvre n'ait pas
etc epargnee, car elle est remarquable par certains details, notam-
ment 1'expression de douceur dont la face de (^akyamuni est
empreinte.
Une magnifique stele en gres fin se dresse en regard et un peu
a gauche de la statue. Elle est inscrite sur ses quatre faces et
s'offre comme un des plus beaux monuments epigraphiques en langue
sanscrite que possede le Cambodge. L'inscription commence par
FIG. 41. — ANGKOR-THOM. — STATUE DITE
DU " Roi LEPREUX " (tres probablement f iva
sous 1'aspcct d'un asccte).
AUX RUINES D'ANGKOR
la genealogie de Ya?ovarman, fait 1'eloge de ce roi et relate la
fondation d'un couvent bouddhiste pour lequel elle edicte un
reglement (1).
LE CROUPE DU PRAH-PITHU.
Ce groupe est e'tabli dans 1'orientation est-ouest. II commence
a 1'extre'mite nord de la place publique et s'etend a Test. Deux
terrasses cruciales et quatre petits monuments le composent.
La premiere construction que Ton rencontre a 1'ouest (2) est
une terrasse cruciforme agencee dans les memes conditions que celle
que nous avons visitee dans 1'encemte particuliere du Phimeanakas
et rappelant aussi la plate-forme qui precede 1'entree principale de
la premiere galerie d* Angkor- Vat. Une rangee de colonnes rondes
entoure le parement de gres, soutient une corniche sur laquelle
etait posee une premiere balustrade et ne s'interrompt qu'aux esca-
liers. Cette construction est a deux gradins, comme celle d' Angkor-
Vat. Le deuxieme degre constitue la terrasse proprement dite et ne
s'accuse que par un relief tres faible (40 a 45 centimetres) sur le
premier, dont il epouse absolument la forme en menageant une
sorte de balcon d'un metre de largeur. II etait borde, lui aussi,
d'une balustrade. Les branches de la croix sont pourvues chacune
d'un perron comprenant un escalier dont les rampes etaient autre-
fois decorees de lions qui se retrouvent dans les environs.
Une deuxieme terrasse cruciale se situe a une quarantaine de
metres au nord de la precedente et lui ressemble exactement, sauf
par sa hauteur et son etendue, qui sont un peu plus grandes.
A 50 metres au nord-est, on peut voir un tres beau bassin
rectangulaire de 60 metres de longueur et 40 de largeur. Ses
parois sont en blocs de limonite ; sur sa face sud est pratique un
escalier encore visible. Revenons sur nos pas pour visiter les
autres monuments du groupe.
Premier temple. — A 2 metres a peine de la branche
orientale de la premiere terrasse cruciale, on rencontre un gopoura
tres ruine qui donnait acces dans une petite cour circonscrite par
une muraille de gres epaisse de 60 centimetres. Le chaperon de
ce rempart se decore de moulures vigoureuses et imite, dans sa
partie supe'rieure, lavoute ogivale des galeries. Un autre gopoura,
(1) Cette inscription a etc publiee par M. G. Ccedes, Journal Asiatique, mars-avril 1908.
(2) Apres avoir quitte le belvedere du roi lepreux, le visiteur aborde le groupe du Prah-Pithu
par 1'ouest.
ANGKOR. THOM
un peu moins ruine que celui de 1'ouest, est etabli au centre de
la partie orientale du mur. II est constitue par un passage central
surmonte d'une tourelle et flanque de deux ailes minuscules.
L'exterieur de ces entrees ne presente aucun des motifs d'orne-
ment habituels, mais toutes les pierres sont preparees envue d'une
decoration prevue. II ne parait pas que des porches semblables
aient etc construits sur les faces nord et sud de 1'enceinte qui
devaient etre pourvues d'une simple petite porte pratiquee dans la
muraille.
La cour mesure une trentaine de metres dans les deux axes.
Au centre s'eleve un soubassement de 15 metres de largeur a
la base pour une hauteur de 6 metres. Quatreescaliersde greslegra-
vissent, mais ils sont encombrespar les eboulis.
Le soubassement supportait un templion comprenant une piece
centralede2 m. SOprecedee, surlesquatre orientations, d'un vestibule
de 1 m. 75. Une tour dominait 1'edifice. Elle s'est effondree ainsi
que les toitures en encorbellement qui couvraient les vestibules. II
ne restedonc de cette construction que les murs verticaux, et cette
ruine est regrettable, car il y avait la une petite merveille dont
1* elegance et la parfaite execution sont attestees par les elements
qui ont resiste. On dirait meme que le choix et 1'assemblage des
mateViaux sont plus soignes qu'ailleurs. Quant aux motif sdecoratifs,
ils datent certainement de la meilleure e'poque, et les decorateurs
cambodgiens n'ont jamais fait mieux.
Un linga, que Ton aper?oit couche sur une des rampes de
1'escalier oriental du soubassement, devait se trouver autrefois sous
la coupole et nous fournit une indication sur le culte auquel etait
affecte ce premier templion.
Deuxieme temple. — II occupe le centre d'une cour qu'enve-
loppe un simple mur de limonite de 30 metres de cote, pourvu au
milieu de chacune de ses faces d'une petite porte sans ornements.
Le soubassement en gres ressemble a celui du premier temple, mais
son elevation est un peu moindre. Quatre escaliers encadres de belles
rampes sont disposes sur ses faces. L'edicule etait surmonte d'une
tourelle dont il ne reste que quelques pierres. La piece centrale
est remplie par les eboulis, et il est impossible d'en apercevoir les
murs interieurs. Quatre petits vestibules sont amenages sur les axes,
en correspondance avec les escaliers ; ils offrenl cette particularite
d'avoir deux entablements superposes, le plus haut etant en retrait
sur celui du bas, ce qui donne une certaine legerete d'aspect aux
AUX RVINES D'ANCKOR
murs. Leur toiture n'existe plus. La decoration exterieure est
aussi bien executee que celle du temple precedent.
Nous remarquerons que les deux perils edifices que nous venons
de voir ne different (les murs d'enceinte mis a part) que par leurs
dimensions ; encore cette difference est-elle insensible.
Troisieme temple. — Celui-ci est mieux conserve que ses voi-
sins et s'ordonne autrement. II s'eleve sur une assise constitute
par une magnifique plate-forme mesurant 35 metres de cote et
3 m. 50 de hauteur, dont les parements de gres s'ornent de mou-
lures paralleles d'un relief vigoureux. Un escalier est pratique au
centre de chacune de ses faces. La corniche de pourtour suppor-
tait une balustrade qui n'existe plus.
Le templion est pose au milieu de la plate-forme sur un soubas-
sement en gres pourvu d'escaliers s'etageant en trois paliers. La
tourelle qui dominait 1'edifice ne se retrouve qu'en partie : elle
couvrait une piece carree de 2 m. 50 precedee de petits vesti-
bules. L'exterieur n'a regu, faute de temps, aucune decoration ;
mais, par contre, 1'interieur des pieces est couvert de figures en
relief, d'assez mediocre facture, representant le Buddha assis. On
remarque sur la pierre les traces d'un enduit de faible epaisseur
qui etait sans doute peint. II est evident que cet edicule etait,
comme ceux du meme groupe, destine au culte brahmanique et
qu'il a etc desaffecte, a une epoque inconnue, par les pretres
bouddhistes qui 1'ont utilise pour leurs ceremonies apres avoir fait
sculpter sur les murs 1'image du Buddha.
Quatrieme temple. — Le quatrieme monument du groupe sort
de 1'alignement des trois precedents. II se trouve au nord, entre
le troisieme temple et le grand bassin dont nous avons dit quelques
mots. Son etat de ruine permet a peine de distinguer qu'il formait
une pyramide assez elevee et que ses dimensions etaient superieures
a celles des edifices voisins. Toutes ses parties se sont eboulees et
ne se presentent plus, a 1'heure actuelle, que sous 1'aspect d'un
tumulus pointu. Cependant 1'etude de ce monument serait inte-
ressante, mais elle necessiterait un expose scientifique qui ne saurait
trouver place ailleurs que dans un ouvrage technique ou la discus-
sion et les longs developpements seraient permis, ce qui n'est pas
le cas d'un Guide.
Chapelle bouddhique. — A 1'est du groupe du Prah-Pithu, on
rencontre une terrasse rectangulaire orientee est-ouest et mesurant
30 metres de longueur sur 6 de largeur. Elle est constitute par un
192
ANGKOR- THOM
terre-plein maintenu de chaque cote* par un petit mur. La hauteur
du remblai est de 60 a 70 centimetres. Sur 1'extre'mite' occidentale
se trouve une faible elevation carree de 2 metres dec6te, quidevait
supporter une image du Buddha dont on ne retrouve d'ailleurs
pas un fragment. Malgre 1'absence de statue, nouspouvons classer
cette terrasse au nombre des chapelles bouddhiques, pour la simple
raison que sa distribution est identique a celle d'autres constructions
basses qui bordent les deux avenues orientales d* Angkor-Thorn et
sur lesquelles des figures du Buddha existent encore.
Les bassins du groupe. — Devant les facades meridionale et
orientale de 1'ensemble du Prah-Pithu, une assez faible depression
de terrain indique qu'il y avail probablement en cet endroit une
immense piece d'eau de peu de profondeur ou dont le creusement
n'a jamais e'te termine. En outre, d'autres creux beaucoup plus
accentues sont visibles entre les enceintes des differents edicules
et sur toute leur fa$ade septentrionale. Us se remplissent d'eau
pendant la saison des pluies. Tous les monuments du groupe
emergeaient done autrefois comme une se'rie d'llots et ne devenaient
accessibles qu'a la condition d'etre relies par un pont. On ne
retrouve aucune trace d'un ouvrage de ce genre, mais il est pos-
sible que le systeme de communication ait consiste en une pas-
serelle en bois.
LES TOURS ET LES MONUMENTS DE LA FACE
ORIENTALE DE LA PLACE PUBLIQUE.
A Test de la grande place d* Angkor-Thorn, on apercoit un
remblai de peu de relief, coupe dans sa partie centrale par 1'avenue
qui conduit a la porte de la Victoire. Sur ce terre-plein s'elevent
deux edifices importants precedes chacun de six tours, cinq en
regard de la place, une en bordure de 1'avenue.
Les douze tours sont d'un type unique et ne different que par
leur degre d'achevement ou leur etat de conservation. Elles sont
placees sur un soubassement de 80 centimetres, mesurent une
dizaine de metres de hauteur et s'etagent en trois gradins. Leur
forme generate est celle d'une pyramide tronquee tres allongee. Les
entablements et les linteaux des ouvertures, les frontons decor atifs
place's au miheu de chaque face des gradins et le couronnement
sont en gres. On distingue un commencement de decoration sur
quelques frontons et sur I'encadrement des portes. Tout le gros
ceuvre est en limonite. La disposition interieure comprend un petit
93 ,3
AUX RUINES D'ANGKOR
vestibule de 3 metres etabli sur la fa9ade principale et une piece
rectangulaire de 6m. 50 sur 5, s'eclairant par trois larges fenelres
carrees. En avant de chacune des tours se trouvait une terrasse
d'une dizaine de metres, assise sur le remblai deja mentionne et
dont on distingue les traces sous la forme de petits murs de
soutenement. Un bassin profond, aux parois de limonite, est
creuse immediatement dernere les tours voisines de 1'ave-
nue.
Les indigenes donnent a ces petites constructions pyramidales
le nom de Prasat suor Preat, qui se traduit assez exactement par
Tours des danseurs de corde ", et Moura profile de cette
occasion pour nous apprendre que, d'apres la tradition locale,
les sommets de ces tours servaient a fixer des cables en cuir
de buffle sur lesquels les acrobates de 1'epoque dansaient, un
faisceau de plumes de paon dans chaque main, pour se donner de
1'aplomb ". De son c6te, Tcheou-Ta-Kouan pretend que ces
tours jouaient un role en justice : les parties adverses se pla9aient
sur le sommet et y restaient assises jusqu'a ce que 1'une
tombat malade ou demandat grace, ce qui entrainait pour elle la
perte du proces. Le lecteur retiendra celui de ces deux renseigne-
ments qui lui conviendra le mieux, a moinsqu'ilne prefere accepter
notre avis, qui est que ces tours constituent simplement un avant-
corps decoratif donnant de 1'importance aux deux remarquables
monuments qu'elles precedent (1).
Les deux edifices situes derriere les tours sont semblables, avec
cette seule difference que le vestibule d'entree de celui qui se
trouve au nord de 1'avenue est surmonte d'une tourelle, tandis que
celui de la construction sud n'en a pas. Ces monuments sont
entierement constants en beaux blocs de gres d'un metre d'epaisseur,
bien choisis et polis avec le plus grand soin. Leur soubassement
mesure 2 m. 50 de hauteur sur la fa9ade principale et 3 m. 50 sur la
face opposee, a cause de la difference de niveau du terrain ; des
moulures et quelques motifs le decorent. En regard de la place, se
detache la saillie d'un vestibule important eclaire par quatre grandes
fenetres percees dans les murs lateraux. Cette entree se repete en
facade posterieure. La distribution mteneure se compose d'une
galerie et de deux chambres extremes. La galerie est de forme
(I) Moura voit, dans les deux tours situces en bordure de 1'avenue, les ecuries des elephants
sacres. Cette hypothese tombe d'elle-meme devant les faibles dimensions de I'inteneur des tours
et le peu de hauteur de la porte.
194
ANGKOR-THOM
cruciale (1) : elle mesure 40 metres de longueur pour une largeur
de 4 metres. Comme les murs ont 1 metre d'epaisseur, la
largeur de la galerie, de bord a bord, est done de 6 metres, et
cette dimension est a retenir parce que nous ne la retrouvons dans
aucun des temples d' Angkor. Les deux pieces extremes sont un
peu plus etroites. Elles donnent au monument une longueur totale
de 55 meti°s. L'ensemble prendjour sur la place par huit grandes
fenetres a colonnettes, quatre pour chacune des ailes. Entre ces
ouvertures sont amenagees de fausses fenetres decoratives ornees
de balustres. La meme disposition d'eclairage existe en fa9ade
poster Jeure. Les chambres extremes sont eclairees sur la place par
une fenetre semblable a celles de la galerie, mais elles ne sont
pourvues dans 1'orientation opposee que d'une tres petite baie
pratiquee dans Tangle du mur. Les toitures des deux monuments
n'existent plus.
L'ornementation des vestibules et de la galerie est sobre, mais
d'une bonne facture : les portes s'encadrent de pilastres presque
termines ; la decoration des linteaux est rongee par 1'humidite, mais
ce qu'il en reste montre un travail d'une excellente execution. Les
parties pleines des murs sont nues. La cormche qui soutenait le
plafond s'adorne d'une frise dentelee et de moulures agrementees
de motifs finement ciseles.
Les indigenes voient dans ces deux constructions les restes des
magasms royaux. Nous emettrons 1'avis que ces monuments
avaient une affectation religieuse et que, malgre leur belle allure
decorative, necessaire pour soutenir la comparaison avec les autres
edifices situes a la peripherie de la place, ils ne representaient
qu'une antichambre ou une premiere chapelle dependant des petits
temples, mines a peu pres completement, qui se trouvent derriere
leur fafade posterieure. Nous trouvons, en effet, en contre-bas
du mur oriental de la galene, un terrain mesurant une cmquantaine
de metres dans les deux sens et circonscrit par une muraille qui
s'appuie sur les extremites des ailes. Dans cet enclos, des petites
galeries disposees en croix sont encore visibles par endroits et
semblent bien avoir relie des sanctuaires a tourelles dont les ele-
ments ont quelquefois resiste a la vegetation, plus dense ici qu'ail-
( 1 ) La forme cruciale est f aiblement marquee par un elargissement de la galerie sur 1'axe
est-ouest des vestibules. M. Fournereau voit dans cet elargissement une premiere piece centrale.
C'est une erreur, moins grave cependant que celle qu'il commet en disant que les constructions
dont nous nous occupons en ce moment sont entierement en limonite.
i95
AUX RUINES D'ANCKOR
leurs. Mais tout cela est e*boule*, envahi par la brousse,
en majeure partie, et n'autorise aucune conclusion.
THOM-MANON (I), CHAU-SAY ET LE SPEAN KROM
(ANNEXES D'ANGKOR-THOM).
A Test de la porte de la Victoire.se trouvent deux petits monu-
ments syme'triques qui flanquaient autrefois une avenue de 700 metres
reliant 1'enceinte orientale d* Angkor-Thorn au pont jete sur la
riviere. Ce pont (spean farom) (2) etait construit en beaux blocs de
gres et de limonite, mais il n'en reste qu'une seule arche, et encore
est-elle en tres mauvais e'tat. Elle permet cependant de com-
prendre que, si les Cambodgiens choisissaient de preference un
coude et la partie la plus large des cours d'eau pour y installer
leurs ponts, ce choix leur e*tait impose par 1'etroitesse des arches.
II fallait, en effet, que le courant fut aussi faible que possible pour
ne pas menacer la solidite des piles, qui, e*tant tres rapproche*es et
montees en pierres non cimentees, ne pouvaient opposer que peu
de resistance. Du reste, malgre cette precaution, quelques ponts seu-
lement se sont conserves a peu pres intacts : le plus beau est le
Spean Ta-Ong, sur la riviere de Chikreng, a 60 kilometres
d' Angkor.
Les deux monuments symetriques de Thom-Manon et de
Chau-Say se composent de petits pavilions surmonte's de tourelles.
Us sont surtout remarquables par leur decoration, qui date certaine-
ment de la meilleure epoque et que Ton peut examiner dans tous
ses details depuis que les indigenes ont completement debroussaille
les abords de la riviere sur une profondeur de 300 a 400 metres.
(1) Les indigenes ne connaissent le petit monument d« Thom-Manon que tout le nom de
Kri Manon.
(2) Spean krom : Pont en desious.
196
PRAH-KHAN (1)
LE GROUPE DE PRAH-KHAN. || LES CHAUSSEES TRAVERSIERES. H LA PRE-
MIERE ENCEINTE ET LES GOPOURAS D'ENTREE. || LA DEUXIEME ENCEINTE.
|| LES MONUMENTS DU GROUPE.
LES ruines de Prah-Khan sont situees au nord de Tangle nord-
est de 1'enceinte d' Angkor-Thorn. Elles comprennent toute
une serie de constructions disposees a peu pres au centre
d'un rectangle mesurant 820 metres est-ouest sur 740 nord-sud.
Ce vaste enclos
estentoured'une
douve dont la
parrie meridio-
nale n'est eloi-
gnee que de
250 metres du
fosse d* Angkor-
Thorn. Un seul
chemin pratica-
blerelie lesdeux
ruines : il part
de la porte nord
de 1'ancienne
capitale, suit une
direction d'abord
sensiblement
nord-est, puis est franc, et passe a 30 metres de 1'entr^e nord
de Prah-Khan.
Les chaussees iracersieres. — Quatre chaussees, une sur
chacune des faces, traversent le fosse. Elles ont 50 metres de
FIG. 42. — PRAH-KHAN (PLAN SCHEMATIQUE).
(I) Prah-Khan : 1'Epee sacree.
La date de la (ondation de Prah-Khan eit Inconnue, mais. a en juger par let precedes de cons-
truction et de decoration, elle ne doit etre que de tret peu potterieure a ceJle du Bayon.
197
AUX RUINES D'ANGKOR
longueur, 10 de largeur et commandent un triple porche qui
donne acces dans 1'interieur du pare. Leurs parements sont
construits en blocs de gres couverts de hauls-reliefs tres ruines, ou
Ton voit encore quelques personnages en demi-grandeur naturelle.
Les sujets paraissent tires des legendes mythologiques indiennes,
mais on ne peut rien affirmer parce qu'il n'en reste que de trop
rares fragments. Sur le bord des chaussees se developpait une
balustrade analogue a celle que nous avons vue a Test d* Angkor-
Thorn, en avant de la porte des Khmoch. Nous retrouvons sur
la face nord de Fran-Khan un groupe de tetes de serpent dont
la hauteur n'est pas inferieure a 3 m. 50 et, pres du porche, un
geant complet. A c6te, on voit le buste et les jambes du Rakshasa,
qui portait la queue du Naga. Le reste de la balustrade est
dissemine par morceaux sur le sol. Les chaussees orientale et
occidentale sont precedees d'une courte avenue bordee de steles
posees symetriquement et sculptees de personnages en relief.
La premiere enceinte. — Le mur de la premiere enceinte est
separe du fosse par une berme d'une quinzaine de metres. II se
compose de blocs de limonite epais d'un metre et se decore, de
loin en loin, d'ogives en gres qui occupent toute la hauteur du
rempart et presentent le relief vigoureux d'enormes garoudas tenant
dans leurs mains levees la queue de deux Nagas, dont on voit les
tetes dans le bas du motif. Un chaperon moulure a crete de gres
couvre la par tie superieure du mur.
Les gopouras cTentree. — Les entrees constituent un edifice
important et tres elegant qui comporte trois gopouras. Celui du
centre etait destine aux chars, aux elephants et aux cavaliers ; les
deux autres ne pouvaient servir qu'aux pietons. L'entree centrale
se developpe sur ses deux faces nord et sud par un porche qui
supporte une voute en encorbellement terminee par un fronton
vertical. Sa disposition interieure comprend un passage cruciforme
flanque de petites chambres le reliant aux entrees laterales. Le
passage est couvert d'une tour conique s'e'tageant en quatre gradins
et couronnee par une fleur de lotus epanouie. Les gopouras lateraux
ne presentent avec celui du centre que quelques differences : ils
sont precedes sur chaque face d'un porche a deux piliers carres ;
leurs portes sont plus basses et plus etroites ; les tours qui les
dominent ne comptent que trois gradins au lieu de quatre.
Les murs de 1 'edifice d'entree sont decores de tevadas, de
rinceaux, de fausses f entires et de differents motifs executes dans
198
PRAH-KHAX. — PORCHE CENTRAL DE LA DEUXIE.ME ENCEINTE (FACE NORD).
PRAH-KIIAX. — T'XE RES ENTREES HE LA PREMIERE GALERIE.
GriDB AUX Kl'IXKS D'ANCKOK.
PL. 57. PAGE 198.
PRAH-KHAN. — TEMPLE A COLONNES RONDES (PRES DES ENTREES ORIENTAI.ES
DE LA DEUXIEME ENCEINTE).
PRAH-KHAN. — USE DES CHAPELLES ORIEXTALES.
GUIDE AUX R.UINES LTAXGKOR.
PL. 58, PAGE 199.
PRAH-KHAN
le meilleur style. La decoration interieure n'est pas achevee, mais
elle promettait d'etre fort belle, a en juger par le linteau que Ton
aper9oit a droite du passage central, au-dessus de la porte d'une
des petites chambres de veille.
La deuxieme enceinte. — Une avenue de 250 metres, simple
remblai de terre, conduisait des porches septentrionaux au centre
de 1'enclos. Elle est depuis longtemps envahie par la foret, et le
visiteur doit suivre un passe-pied souvent masque par la broussaille.
Ce sentier aboutit a une grande construction precedee d'une
terrasse cruciale d'une trentaine de metres de longueur nord-sud.
Malgre ses dimensions, 1'edifice que nous rencontrons ici n'est
qu'un des vestibules du temple. II interrompt le mur de la deuxieme
enceinte, qui mesure 175 metres nord-sud sur 250 est-ouest. Une
entree analogue coupe la partie sud de la muraille. A Test, la
presque totalite de 1'enceinte est occupee par trois gopouras sur-
montes de tours et flanques de longues galeries. A 1'ouest, la
meme disposition existe, mais sans les gopouras lateraux.
L'edifice d'entree septentrional, qui est celui que rencontre le
visiteur, se compose d'un porche, d'une galerie exteneure formant
veranda decorative, d'une grande piece cruciale et de deux chambres
amenagees a chacune de ses extremites est et ouest. L'ensemble
est pose sur un soubassement de 1 m. 50 de hauteur. Le porche se
detache de la ligne de fagade par un ressaut comprenant quatre
piliers qui soutiennent une toiture en encorbellement et un magni-
fique fronton sculpte. Ce sujet represente deux troupes combat-
tant : le chef de 1'une monte un elephant, le chef de 1'autre est
dans un char attele d'une chimere ou d'un lion. Les deux adver-
saires se menacent de leurs armes pendant que leurs animaux sont
aux prises ; la chimere griffe la trompe de 1'elephant. Au-dessus,
un cavalier cherche a atteindre un guerrier qui chevauche un lion.
De nombreux soldats et quelques musiciens completent la scene.
Les deux troupes en presence ont la meme coiffure et les memes
vetements.
En avant des deux premiers piliers du porche, deux enormes
statues brisees, qui pouvaient avoir 2 m. 50 de hauteur,
gisent sur le sol. Les pilastres d'encadrement de la porte
d'entree sont ornes de tres beaux rinceaux, profondement fouilles,
qui, avec d'autres motifs que nous rencontrerons en visitant les
differentes parties du temple, classent le monument parmi les plus
anciens, car nous savons que la profondeur du creux dans les
199
AUX RUINES D'ANGKOR -
ornements est, a defaut d'autres preuves, un signe d'anciennete'.
La veranda accompagne la grande piece centrale sur toute la
fa9ade nord, mais elle s'arrete a 1'endroit ou commencent les pieces
extremes. Son mur de fond est perce de nombreuses fenetres dont
les trumeaux sont decores de tevadas d'un bon relief et d'un
dessin suffisant.
La muraille de la deuxieme enceinte s'amorce sur les cotes de
1'edifice d'entree. Elle est construite en blocs de limonite d'un
metre d'epaisseur et porte un chaperon sur lequel court une crete
en gres composee d'elements rapproches qui ressemblent a des
glands ou mieux a des ceufs dans un coquetier.
Les monuments. — Pour commencer notre visite par la face
honoree des constructions de Prah-Khan, nous quitterons 1'entree
septentrionale de la deuxieme enceinte pour tourner a main gauche
et longer exterieurement la muraille jusqu'a la rencontre d'une
breche qui se trouve a une centaine de metres, pres de Tangle
nord-est (1). En suivant cet itineraire, on arrive, imme'diatement
apres avoir franchi le mur, devant un bassin represente par une
forte depression de terrain ; puis on aperfoit un monument qui
retient 1'attention par son caractere archa'ique. 11 mesure 18 metres
de longueur est-ouest, 7 metres de largeur, et se compose de six
rangs de quatre enormes colonnes rondes en gres. Aux deux extre-
mites du grand axe, cet edifice est prolonge par un porche de
quatre colonnes disposees en carre et semblables a celles du corps
principal. L'ensemble repose sur un soubassement de 1 m. 20
de hauteur. II ne reste plus de la superstructure que les
architraves, et Ton ne peut se rendre compte de sa disposition ;
cependant le rapprochement excessif des colonnes semble indiquer
que ce temple etait couvert de dalles plates. Le gros ceuvre parait
avoir etc completement acheve ainsi que la decoration des archi-
traves et des chapiteaux, mais les pierres des piliers n'ont meme pas
etc pokes. Nous devons avoir la un des monuments les plus anciens
du groupe d* Angkor, s'il est permis d'evaluer son age d'apres les
precedes pnmitifs employes par ses constructeurs, et il est regret-
table que ce temple, qui n'a de replique sur aucun autre point du
territoire cambodgien, ne contienne ni une divinite ni un symbole
pouvant nous renseigner sur le culte auquel il etait affecte.
A 2 metres a peine de cet edificice, on passe sur une
(1) II est inutile d'essayer de passer sous les porches de la muraille orientate, qui sont comple-
tement bouchet par les eboulis.
200
PllAH-KlIAN. IXTERIEUR D'UNE DES CHAPEI.LES ORIENTALES.
PRAH-KHAN. — INTERIEUR D'UNE r>ES CHAPELLES ORIENTALES.
Gl'IDE AUX KU'INKS U'ANCKOR.
PL. 59. PAGE 200.
NEAK-PEAX. — DEUX ASPECTS DE CE PETIT TEMPLE QUI SE TROUVE COMPLETEMEXT
ENVELOPPE PAR LES RACIXES D'UN FICUS.
PRAH-KHAX. — UNE DES FACES DE I.A PREMIERE GAI.ERIE.
GUIDE AUX KUINES D'AXGKOK.
PL. 60, 1'AGE
PRAH-KHAN
chaussee de 70 centimetres de hauteur, dont la bordure supportait
une balustrade qui se retrouve par fragments. Cette voie part d'un
des gopouras lateraux du mur oriental de la deuxieme enceinte
et s'etend vers 1'ouest.
Au dela, et tres pres, se trouve un deuxieme temple, qui est
une pure merveille. II se presente exterieurement sous une forme
rectangulaire de 45 metres est-ouest, sur 16 metres nord-sud.
Le pourtour est constitue par un mur plein pourvu d'un porche
au centre de chaque face et decore aux extremites de fausses
portes sculp tees dans le gout de celles que nous connaissons depuis
longtemps.
L'entree orientale regarde le gopoura central de la deuxieme
enceinte. L'interieur de 1'e'difice comprend une large nef cruciale
accompagnee de galeries laterales. Les extremites des branches
sont ouvertes par des portes de 3 metres de largeur, dont le
linteau est sculpte d'une ligne de bayaderes innniment mieux des-
sine'es que celles que nous avons vues sur certains murs des galeries
d' Angkor- Vat. L'entablement s'orne de hgnes de moulures chargees
de motifs divers et d'une frise de niches ogivales accolees qui con-
tenaient un personnage dont on chercherait en vain les traces. Des
angles de 1'entablement sortent des garoudas, d'une excellente
facture, qui soutiennent de leurs bras leves la corniche superieure.
Les toitures des verandas sont en partie conservees, mais la voute
de la galerie cruciale n'existe plus. Les blocs qui la composaient
encombrent 1'interieur ou croissent des arbustes et de magnifiques
fougeres des especes les plus vanees.
A quelques pas de la porte sud de ce temple, on rencontre
encore une chaussee peu elevee, qui correspond au deuxieme
gopoura lateral de 1'enceinte orientale. Elle est en tous points sem-
blable, meme par son etat de ruine, a celle que nous avons deja
traversee au nord.
La face occidentale du monument que le visiteur vient de
quitter accuse trois saillies : celle du porche d'axe et deux autres
comprenant des petits pavilions adosses au mur du temple. En
regard s'dtend une cour de peu d'etendue oriente'e est-ouest et
bornee par un mur de limonite. Au centre de la cour, et sur la
meme ligne que le porche du monument precedent, s'eleve une
construction a tourelle qui constitue 1'avant-corps d'un edifice im-
portant que nous allons visiter. Mais, avant d'aller plus loin, nous
avertirons le visiteur qu'il ne doit pas se laisser surprendre par la
201
- AVX RUINES D'ANGKOR
quantite de debris de murs, d'eboulis, de vestiges plus ou moins
considerables qu'il aper9oit autour de lui. II n'a qu'a se diriger
directement a 1'ouest s'il desire voir tout ce qui est interessant
et ne pas s'egarer ; seulement, la bonne direction ne peut
etre suivie que moyennant quelques ascensions penibles. Nous
dirons aussi que, malgre son allure de labyrinthe, 1'ensemble du
groupe de Prah-Khan est moins complique qu'il ne parait. II
s'etablit sur une ligne est-ouest et sur un meme plan horizontal,
par une suite ininterrompue de constructions conduisant au temple
principal, dont elles ne sont que les annexes ou les dependances.
En laissant de c6te 1'edifice a colonnes rondes qui est isole, nous
trouvons de Test a 1'ouest : les gopouras d'entree de la face orien-
tale de la deuxieme enceinte, le monument de forme cruciale deja
visite, une cour, un edifice a tourelle, trois galeries concentnques
separees par des cours et, enfin, un sanctuaire central relie aux
trois galeries qui 1'enveloppent par des passages etablis sur les axes
est-ouest et nord-sud.
L'edifice que nous venons d'atteindre occupe la partie centrale
de la face est de la premiere des trois galeries concentriques. II
est precede de deux grands vestibules relies par un couloir et
surmontes de tours dont il ne reste que la partie basse. L'inte-
rieur prend la forme cruciale ordinaire. Les extremites des
branches nord et sud sont detruites et encombrees d'eboulis, mais
il est probable qu'elles se terminaient par un mur perce d'une
porte de communication qui donnait acces dans la galerie pour-
tournante. Les branches est et ouest sont ouvertes, 1'une sur les
vestibules et 1'autre sur une galerie d'axe, par des portes encadrees
de pilastres et d'un linteau du plus beau style. Sur les pieds-droits,
on remarque, a cote du chambranle, deux figures de femme de
grandeur presque naturelle. Elles portent un diademe pointu laissant
echapper de longues nattes qui descendent jusqu'au sol. Leur poi-
trine, leurs bras et leurs chevilles sont couverts de bijoux. Sur les
memes pieds-droits , mais face a 1'interieur du temple, se trouvent
deux dvarapalas appuyes sur une massue que t ermine un trident. La
piece cruciale ou nous nous trouvons en ce moment est accompagnee
de chaque c6te de petites galeries laterales completement bouchees
sur la face orientale. Par contre, la face opposee s'ouvre en regard
des cours interieures par une serie de fenetres. Les piliers carres qui
supportent la voute s'ornent a la base d'une tete de Rahou et de
quelques lignes d'ornements. A hauteur d'appui, 1'on voit dans un
202
PRAH-KHAN
cadre ogival un dessin de Qiva dansant : le dieu a dix bras, une
longue barbe en pomte, de nombreux bijoux. A ses pieds se
tiennent Gane?a et Skanda. Au-dessous du chapiteau, un petit
personnage est represente en buste dans une pose de cariatide.
Ces figures et les motifs decoratifs des piliers sont traces assez
grossierement, sans relief, et paraissent plut6t etre une ebauche
qu'une execution definitive. Les architraves portent des moulures pro-
fondes agrementees d'oves et de fleurettes. L'entablement presente
aux angles un bon relief de garouda serrant dans ses deux mains
les queues des Nagas dont les tetes se dressent sur le bord du
listel. D'autres tetes surgissent d'entre les jambes du garouda. La
frise comporte une ligne de niches separees par des nymphes que
nous n'avons encore jamais rencontrees : ces gracieuses petites
figures ont des ailes, un buste de femme, et les jambes sont rem-
placees par une forme annelee rappelant le corps d'une libellule.
Le personnage que contenaient les niches a disparu sous les coups
d'outil, mais on en distingue vaguement le contour.
Avant de quitter ce monument, il convient de remarquer qu'il
aurait du etre entierement construit en gres et que 1'association des
deux materiaux qui entrent dans sa composition n'etait pas prevue.
La limonite y est pourtant largement utilisee. Cela tient, comme
il est facile de s'en rendre compte par la place qu'elle occupe
tantot dans la toiture, tantot dans les murs et aussi en remplace-
ment de piliers, a ce que la pierre de premiere qualite manquait.
Pour continuer la visite des monuments de Prah-Khan et
passer de la premiere galerie pourtournante a la suivante, il est
necessaire, tous les passages etant bouches, de faire 1'ascension
des eboulis qui obstruent en partie 1'extremite de la branche nord
de 1'edifice que nous quittons et de monter sur une toiture.
D'autres eboulis nous permettront de descendre dans la deuxieme
galerie ou dans une des cours.
On observera que les deux premieres galeries pourtournantes
sont fermees d'un c6te par un mur plein, sauf dans les axes, et
qu'elles sont pourvues sur leur face interieure, c'est-a-dire en
regard du centre du temple, d'une veranda qui les accompagne
sur toute leur etendue.
Les vestibules de la deuxieme et de la troisieme galerie se
composent d'un passage et de deux petites pieces laterales. Les
passages supportent une tour elegante s'elevant par gradins riche-
ment decores. Les chambres de flanquement sont abritees de
2o3
AUX RUINES D'ANGKOR
voutes etagees s'arretant par des pignons encadres du Naga.
Dans la deuxieme galerie, 1'association de la limonite et du gres
se rencontre encore, et parfois la difference de teinte des materiaux
est du plus heureux effet, notamment quand le chambranle des
fenetres est en gres et le trumeau en limonite.
Toute la troisieme galerie est en gres. Elle repose sur un sou-
bassement charge de moulures. Des petites fenfires pratiquees sur
ses deux faces 1'eclairent faiblement. Sa decoration reste dans le
style que nous connaissons, mais se fait remarquer par la beaute
de 1'exe'cution.
La partie centrale du temple comprend le sanctuaire surmonte
d'une haute tour, quatre courettes et des galeries d'axe. Nous
retrouvons ici, sur un mur de fond, une ligne de niches conte-
nant encore la figure qui a dte enleve'e avec tant de soin sur
tous les entablements des temples deja visiles. Elle represente un
dieu, ou un roi, assis sur une estrade. Ce personnage est coiffe
d'un diademe conique et porte de lourds pendants aux oreilles ; ses
jambes sont couvertes d'un pagne. Aucun attribut ne permet de 1'iden-
tifier ( 1 ) . L'encadrement ogival se compose de branches de feuillage.
Les petites galeries d'axe qui aboutissent au sanctuaire suppor-
tent chacune une tourelle. L'une d'elles a conserve son fronton
et deux registres du bas-relief qui le decorait. On y voit une prin-
cesse a sa toilette ; des servantes 1'arrosent de parfums.
Les piliers et les murs de la partie centrale du temple sont
perces de trous reguliers et rapproches, dont 1'utilite ne se com-
prend que si la pierre etait revetue d'une couche de stuc : les
trous auraient alors servi a maintenir 1'enduit. C'est possible, car
on de'couvre, dans les eboulis ou sur les murs, quelques parcelles
d'un mortier de sable et de chaux.
Dans le deuxieme enclos et au sud des monuments que nous
venons de voir se trouvent quelques constructions en limonite qui
sont depourvues de toute decoration et ne peuvent offrir d'interet
que pour les archeologues. Cependant les personnes qui en auront
le temps feront bien de les visiter. Ces edifices sont des temples
d'un aspect grossier et se distribuent en galeries etroites eclairees
par des fenetres grillees qui ressemblent a des meurtrieres (2).
(1) Cette figure a ete martelee dans tous les monuments du Cambodge sans exception, et 1'on
est surpris d'en rencontrer quelques exemplaires sur un des murs de Prah-Khan.
(2) II est possible aussi que ces constructions aient ete affectees aux malacles, car, ainsi que
nous 1'apprend la grande stele de Ta-Prohm, traduite par M. Ccedes, il existait dant 1'ancien
Cambodge 300 hopitaux places sous la protection des abbayes.
2O4
VI
NEAK-PEAN; BANTEAI-KEDEl
TA-PROHM
LE TEMPLION DE N^AK-PEAN ET SES NAGAS. || LE GROUPE DE BANT1*AI-
KEDEI ET DE TA-PROHM. || DESCRIPTION DE CES DEUX TEMPLES : LEURS
ENCEINTES ; LEURS GALERIES ; DISPOSITION PARTICULIERE DES FOSSES ;
LES CHAPELLES ANNEXES. || LA GRANDE STELE DE TA-PROHM.
NEAK-PEAN (I).
CE monument occupe, a 2 kilometres de 1'enceinte orientale
de Prah-Khan, le centre exact d'une grande depression
rectangulaire qu'entoure une levee de terre et qui est un lac
artificiel (2).
Le nom de Neak-Pean de'signe un ensemble tres simple com-
pose d'une terrasse de pourtour, de quelques bassins et d'un tout
petit e*dicule en gres. La terrasse mesure 400 metres est-ouest et
350 metres nord-sud ; sa largeur est d'une vingtaine de metres.
Elle entoure un enclos creuse de nombreux bassins, dont un seul
est aujourd'hui assez profond pour conserver pendant la saison
seche quelques pieds d'eau. Au milieu de 1'enclos se trouve un
bassin plus important, mais a sec pendant cinq mois de 1'annee,
garni d'un parement de gres dispose en gradins et d'ou emerge
un soubassement circulaire de 14 metres de diametre a la base et
de forme conique tronquee qui supporte 1'edicule. L'elevation du
soubassement comprend un certain nombre de marches dont la
premiere est formee par les corps de deux Nagas qui dressent leurs
tetes du c6te oriental (3).
Le monument n'a pas plus de 2 metres de c6te et contient une
petite chambre surmontee d'une tourelle. Malgre ses minuscules
dimensions, il pre"sente un double Jnteret : d'abord par les beaux
reliefs qui le decorent et aussi parce qu'il est completement enve-
(1) Prononcez Neak-Ponn.
(2) II est evident que leuli les voyageurs peu presses peuvent aller visiter ce monument.
(3) C'ett cette particularity qui a valu au monument le nom de Neak-Pean, " les Naeai
eourbei ".
205
AUX RU1NES D'ANGKOR
loppe par les racines d'un arbre gigantesque qui 1'abnte sous un
dome toujours vert. Cette emprise de la nature n'a cause aucun
dommage a 1'ceuvre de rhomme, contrairement a ce qui s'est
passe dans tant d'autres ruines, et pas une pierre n'a etc deplacee
par les racines, qui laissent toutes les faces visibles sauf une.
Cependant il faut dire que, si 1'arbre s'abattait, un jour de grand
vent, il entrainerait dans sa chute 1'edicule tout entier.
Primitivement, la base de ce petit sanctuaire s'ouvrait par quatre
portes encadrees d'un fronton et de pilastres en miniature ornes
de rinceaux. Trois de ces ouvertures ont etc bouchees par des
bas-reliefs qui datent certainement de la meilleure epoque, mais la
face orientale est restee libre. Son fronton, en parn'e ronge, montre
encore une image de Vishnou, les quatre tetes de Brahma (le
corps a disparu) et quelques fragments de personnages.
Sur la face nord, on retrouve les pattes de devant et la moitie
de la tete d'un elephant qui semble sortir du mur. II est probable
que le meme animal etait reproduit aux quatre angles de 1'edifice.
Le bas-relief de la meme face nous presente un personnage de
grande taille, debout, qui doit etre un dieu (Vishnou sans doute) :
coiffure cylindrique, pas d'attributs, les mains sont bnsees ; apsaras
dansle haut. De chaque cote du dieu, deux petites loges (quatre en
tout) contiennent des personnages assis. Sur le fronton, un cava-
lier passe au galop. Son rang est indique par un grand parasol,
un eventail et des drapeaux tenus par des hommes qui occupent
le has du tableau.
Le panneau de la face ouest est sculpte d'une grande figure
identique a celle du panneau precedent. Aux c6tes du dieu se
tiennent un homme et une femme agenouilles, les mains jointes
dans une attitude d'adoration. Les racines de 1'arbre masquent
le fronton, mais le peu que Ton en aper^oit indique que la pierre
est rongee par rhumidite.
Sur la face sud, on retrouve encore le personnage de grande
taille deja represente deux fois. Celui-ci a conserve ses deux
mains, mais les attributs qu'elles tenaient ont disparu. De chaque
cote de la tete du dieu, un petit medaillon en relief porte une
figure haute de 6 a 7 centimetres. Le tableau se complete par
des apsaras et une quantite de petits personnages. Le fronton
disparait entier ement sous les racines.
Au bas du soubassement, pres des tetes de 1'un des Nagas, un
enorme fragment de bas-relief, de provenance inconnue, est
206
NEAK-PEAN; BANTEAI-KEDEI; TA-PROHM
couche sur le sol. La pierre mesure 2m. 50 de longueur et 1 m.50
de hauteur. Elle est sculptee de personnages dont il manque la
moitie et qui etaient d'une taille superieure a celle d'un homme.
Une jambe d'elephant fait partie de ce fragment.
Sur le bord oriental du bassin se trouve une cellule en gres
longue de 3 metres, large de 2, assez basse et couverte d'une
voute en encorbellement. Elle n'est pas fermee par devant (est).
Centre le mur de fond, s'applique une enorme tete qui offre cette
singularite d'avoir la bouche largement ouverte en forme d'O.
Cette tete est coiffee d'un diademe conique brise dans sa partie
superieure.
BANTEAI-KEDEI (I).
Cette ruine se situe a 4 kilometres a l*est-nord-est d' Angkor- Vat, et
Ton s'y rend par une petite route tortueuse ombragee sur presque
tout son parcours.
Le terrain du temple mesure 700 metres est-ouest et 500 metres
nord-sud ; il est circonscrit par une muraille de limonite portant
un chaperon moulure et une crete en gres. Une entree comprenant
une piece centrale cruciforme et deux petites ailes laterales est
etablie au centre de chacune des faces du rempart. Des entrees est
et ouest partait une avenue qui gagnait le centre du rectangle ; cette
voie existe encore par son remblai, mais la foret 1'a depuis long-
temps rendue impraticable.
Le visiteur qui arrive d' Angkor- Vat passe devant le porche
occidental de Banteai-Kedei; mais, comme il lui serait impossible
de penetrer dans 1'inteneur de 1'enclos par cette entree que les
eboulis obstruent completement, il doit longer la muraille d'enceinte
jusqu'a Tangle nord-ouest, ou se trouve une breche que les habi-
tants de la region utilisent journellement (2).
A 200 metres du premier rempart s'eleve un autre mur de
limonite (tres ruine), dispose en carre sur 300 metres de cote et
qui semble avoir etc entoure d'un fosse marque par un creux assez
sensible. En avant de la partie centrale de la deuxieme enceinte,
on passe sur une terrasse cruciale de 20 metres de longueur pourvue
d'un escalier de quelques marches a 1'extremite de ses branches nord,
sud et ouest. Sur la branche orientate se dressent les piliers du
(1) Les indigenes disent indifferemment " Ponteai-Kedei " et " Banteai-Kedei ". Le mot
Banteai (ou Ponteai) se traduit par " forleresse ", " citadelle ".
(2) Les perspnnes qui ne disposeront que d'un temps limite feront bien de ncgliger Banteai-
Kedei et de visiter la ruine voisine, Ta-Prohm, qui est beaucoup plus interessante.
2O7
AUX RUINES D'ANGKOR
porche de I'e'difice d'entr^e (deuxieme enceinte) qui se distribue en
un grand vestibule cruciforme flanque de deux petites chambres.
Une toiture en encorbellement couvre cette construction qui prend
jour sur les deux faces par de nombreuses fenetres encadrees d'une
decoration tres soignee et de la meilleure epoque(l). A 1'interieur,
quelques architraves brisees et ne reposant plus sur leurs piliers
sont soutenues par des etais en pierre qui sont peut-etre assez
re'cents. Toute la partie decorative de cette entree est terminee,
aussi bien a 1'exterieur qu'a 1'interieur, ou nous retrouvons, sur
1'entablement, la ligne de niches que nous avons deja vue dans les
temples de Prah-Khan. Ici, comme ailleurs, le personnage que
ces niches contenaient a etc detruit a coups de marteau. La cre"te
des toitures portait le motif de faitage que nous avons egalement
rencontre sur les toits de Prah-Khan et qui ressemble a une rangee
d'ceufs dans des coquetiers.
Derriere la deuxieme muraille regne une berme de 5 metres de
largeur qui se repete autour du monument central et, entre les
deux chemms de circulation ainsi etablis, s'etend une douve d'une
vingtaine de metres qui s'interrompt sur les faces est et ouest par
une petite chaussee autrefois bordee d'une balustrade dont on
retrouve quelques travees dans le voisinage. Cette avenue relie les
gopouras de la deuxieme enceinte au temple, qui se compose de
deux galeries concentriques et de galeries en croix a 1'intersection
desquelles se place le sanctuaire.
La premiere galerie pourtournante communique avec 1'exterieur
par quatre vestibules supportant une tourelle et analogues a ceux
que nous avons visiles maintes fois. Elle s'accompagne sur ses
quatre faces internes d'une veranda qui regarde la cour interieure.
Ses entrees septentrionale et meridionale sont reliees a la deuxieme
galerie par des couloirs, mais ses porches des c6tes est et ouest sont
libres, c'est-k-dire qu'une separation existe entre eux et ceux de la
galerie suivante.
La deuxieme galerie pourtournante n'a pas de veranda, ni d'un
c6te ni de 1'autre. Chacune de ses faces est et ouest s'ouvre par
cinq portes : une aux extremity's, une au centre ; les deux autres,
beaucoup moms importantes, se trouvent au milieu des ailes. Les
vestibules extremes forment une assez forte saillie surcharged, ainsi
que tout le reste de 1'edifice, d'une decoration parfaitement
(1) La face honoree du monument est a 1'ett, mais nous commencons notre description par
1'ouett, parce que c'est de ce cote que Ton aborde le temple.
208
PRAH-KHAX. — ANGLE D'UNE GALERIE. TA-PROHM. — IXTERIEUR DE L'EDIFICE
D'EXTREE DE LA DEUXIEME
EXCEINTE (FACE EST).
BAUTEAI-KEDEI. — PORCHE OCCIDENTAL
DE I.A DEUXIKME EXCEIXTE.
BAUTEAI-KEDEI. — ANGLE D'I:XE
DES GALERIES.
Gl'lUE AUX KL'INES D' ANGKOR.
L. 6t. PAGE 208.
GLIDE ALX KLINES I/ANGKOR
PL. 62, I'AGE 20
NEAK-PEAN; BANTEAI-KEDEl; TA-PROHM
executee (1). Entre les portes, les murs s'ornent de fausses fenetres
k colonnettes et des motifs decoratifs habituels. Les faces nord et
sud ne sont ouvertes qu'aux extremites et par un passage d'axe
qui est masque par le couloir et que Ton ne peut apercevoir de
1'exterieur ; sur ces c6tes, les petites portes intermediaires n'existent
pas. La deuxieme galerie de pourtour supporte huit tourelles
coniques, une sur chaque vestibule, qui s'elevent par gradins
successifs dans 1'allure de celles des autres monuments.
FIG. 48. — BANTEAI-KEDEI. — DISTRIBUTION DES TEMPLES
ET PLAN D'ENSEMBLE.
Dans le carre forme* par la deuxieme galerie se deVeloppent des
galeries en croix qui determinent les axes est-ouest, nord-sud, et
limitent quatre petites cours. Au milieu des deux cours de 1'ouest
se dresse un pilier de 2 metres de hauteur surmonte d'un chapi-
teau et d'un tenon. II est evident que ces piliers sont des
socles et que, sur le tenon, se posait probablement un linga, seule
forme qui convienne a ce genre de piedestal; mais nous n'avons
retrouve jusqu'a present aucun fragment qui nous permette d'etre
(1) Pour eviter des repetitions fastidieuses, nous omettons de donner le detail des motifs deco-
ratifs de Banteai-Kedei qui ne different pas, du moins par leur composition, de tous ceux que le
vititeur a deja rencontres dans les templet d' Angkor-Thorn et de Prah-Khan.
209
AUX RUINES D'ANGKOR
affirmatif. Les deux cours de Test renferment chacune un ddicule
rectangulaire.
Une haute tour placee sur le point d* intersection des galeries en
croix domine I'ensemble du temple et couvre une chambre carree de
4X 4 metres representant le sanctuaire. On retrouve, sur la corniche,
les restes d'un plafond en bois qui ne semble pas dater de la fon-
dation du monument. Sous la tour, le sol est creuse d'une cavite
entouree de blocs de gres ou venait se loger une statue dont il ne
reste pas le moindre vestige. Le sanc-
tuaire s'ouvrait par quatre portes don-
nant sur un tres petit vestibule ; deux
de ces baies ont etc bouchees au moyen
d'un mortier d'argile, et nous retrouvons
dans ce travail la main des bonzes qui
avaient 1'habitude de murer les faces
nord et sud des salles qu'ils utilisaient
pour leurs ceremonies. Mais il faut
croire que 1'endroit ne convenait pas
aux pretres bouddhistes, car ils 1'ont
abandonne depuis longtemps.
En se dirigeant a Test, on remarque
la mime disposition que dans la partie
occidentale puis, au dela de la deuxaeme
enceinte, on rencontre une grande cha-
pelle de 30 metres de longueuret 20 de
largeur. Cette construction ressemble
a celle que nous avons trouvee dans
Prah-Khan. Elle est precedee, a Test
et a 1'ouest, d'un porche a quatre piliers
qui n'existe pas dans les orientations nord et sud, ou s'ouvre une
simple porte encadree de pilastres et surmontee d'un fronton.
L'exterieur des murs se decore de fausses fenetres et de rinceaux ;
1'interieur comprend une galerie cruciale amenagee au milieu d'une
galerie de pourtour. Toutes les toitures se sont effondrees et, comme
le soleil et la pluie penetrent librement dans cet edifice, la plus folle
vegetation y croit a 1'envi.
Une avenue longue de 30 metres et garnie d'une balustrade
dont il reste quelques elements relie la chapelle a 1'entree orien-
tale de la premiere enceinte. Au nord de 1'avenue, on remarque
un edicule tres ruine qui se composait de piliers carres excessive-
210
FIG. 44. — BANTEAI-KEDEI. —
SOCLE EN FORME DE PILIER
CARRE.
NEAK-PEAN; BANTEA1-KEDE1; TA-PROHM
ment rapproche's et mesurait une quinzaine de metres de longueur.
Au sud de 1'avenue est installe'e une pagode bouddhique, de date
rdcente, dans laquelle sont reunies quelques statues du Buddha.
L'entre'e orientale de la premiere enceinte ne differe de celle
de 1'ouest que par ses dimensions plus vastes.
A 200 metres a Test de la muraille de Bantdai-Kedei s'etend
un vaste bassin, de forme rectangulaire, qui s'appelle le sras srang ;
il mesure 800 metres est-ouest pour 400 metres nord-sud et con-
tient toujours une certaine quantite d'eau, meme pendant la saison
seche. II est paremente de pierre et entoure d'une digue qui fut
constitute au moment du creusement. Comme ce remblai est insi-
gnifiant comparativement a la profondeur du bassin, il est probable
que les constructeurs ont utilise une forte depression naturelle et
qu'ils n'ont eu qu'a la modifier legerement. Au centre du sras srang
s'elevait un tout petit edifice dont il reste quelques pierres. Dans
la partie mediane du bord occidental, une terrasse est etablie ; elle
servait sans doute aux fideles et aux desservants du temple qui
venaient faire leurs ablutions dans les eaux du lac.
TA-PROHM (I).
Le temple de Ta-Prohm se trouve tres pres de celui de Bante'ai-
Kedei, et les enceintes de ces deux monuments se touchent presque
par leurs angles sud-ouest et nord-est. Le plan ci-contre indique
le chemin que Ton doit suivre pour atteindre la porte orientale,
qui est la seule que le visiteur peut aisement trouver.
La muraille de la premiere enceinte de Ta-Prohm s'etend sur
un kilometre est-ouest et 650 metres nord-sud. Elle est construite
en blocs de limonite, avec chaperon moulure couvert d'une crete
en gres, et s'ouvre par quatre entrees identiques (2) comprenant un
passage crucial flanque de deux petites chambres laterales. Dans
Tangle nord-est de ce rempart, est creuse un bassin de 200 metres
de longueur et large de 50 a 60 metres. Une avenue, envahie par
la foret et ravinee par les eaux de pluie, conduit de la porte orien-
tale de la premiere enceinte a 1'edifice d'entree du deuxieme rem-
part et se transforme, avant d'atteindre son point terminus, en une
chaussee paremente'e de limonite et bordee d'une balustrade que
(1) Prohm ett une corruption de " Brahma ". Ta-Prohm se traduit par " 1'ancetre Brahma ".
(2) Identiquet comme diitribution ; mail 1'edifice d'entree, situe au centre de la face orientale
de la muraille d'enceinte, eit lurmonte d'une tour decoree dei quatre faces de Brahma, tandisque,
dans let autres orientations, cette decoration ne parait pas avoir exiite. C'eit peut-etre a ces quatre
figures que le temple doit son norn, certainement recent, de Ta-Prohm.
211
AUX RVINES D'ANCKOR
Ton retrouve par endroits. Avenue et chaussee sont impraticables,
et le visiteur doit suivre un petit sentier trace dans la broussaille.
La deuxieme enceinte affecte une forme cruciale et n'occupe
pas le centre du pare : elle se deplace sensiblement vers 1'ouest
pour laisser plus d'espace sur la face honoree du monument. Ses
dimensions, prises aux extremites des branches, sont de 250 metres
dans les deux axes. Un fosse profond en fait le tour a la distance
d'une berme de 10 metres et n'est coupe que sur 1'axe est-ouest
par les chaussees d'acces. Au nord et au sud, la douve ne
s'interrompt pas. Sur les bords de sa face orientale sont distributes
de nombreuses petites cellules, bien aligne'es mais tres ruinees, qui
ne semblent pas dater de la fondation du monument.
L'ensemble des constructions de Ta-Prohm suit une ligne est-
ouest et se distribue, details mis a part, de la fafon suivante :
une entree monumentale placee au milieu de la face orientale de
la deuxieme enceinte ; une premiere chapelle ; une terrasse tres
courte reliant la chapelle aux Edifices principaux ; le temple com-
prenant deux galeries concentriques et une partie centrale qui con-
rient le sancruaire ; une entree monumentale sur la face occiden-
tale.
La premiere construction que Ton rencontre en venant de Test
est tres importante, mais ne represente qu'une dependance que
nous avons definie par le terme " d'entre'e monumentale ". Elle
est pose'e sur un soubassement de 1 m. 50 de hauteur et se com-
pose d'une vaste galerie cruciforme pourvue sur ses deux faces
d'un vestibule et d'un porche formant une saillie de 7 a 8 metres
que precede un escalier de quelques marches orne de lions deco-
ratifs ; deux ailes late'rales donnent a cet Edifice une longueur de
40 metres et lui font occuper la presque totalite du redan oriental
de la deuxieme enceinte. Les pieces extremes des ailes s'ouvrent
par des portes encadrees de pilastres et surmontees d'un fronton.
La decoration exteYieure de ce premier monument offre une serie
de motifs du meilleur style et plusieurs panneaux Jllustres de
sujets mythologiques qui deviennent difficilement identifiables par
suite de la disparition de tous les personnages principaux et des
attributs qui devaient les completer. A 1'interieur, la decora-
tion est e'galement soignee : les entablements, les architraves et
les chapiteaux des piliers nous montrent une ornementation de la
tres bonne e'poque, d'un dessin ferme et d'un relief vigoureux, et
ceci seul permet de classer sinon 1'ensemble tout entier, du moins la
212
NEAK-PEAN; BANTEAI-KEDE1; TA-PROHM
majeure partie de Ta-Prohm, parmi les fondations les plus anciennes.
La galerie centrale de I'edifice que nous visitons en ce moment a
etc affectee pendant un certain temps aux ceremonies bouddhiques,
et de nombreuses statues de Buddha s'y trouvent encore sur un
socle en brique et a 1'abri d'une toiture restee intacte.
Au nord de I'entre'e monumentale de la deuxieme enceinte,
et en dehors de la muraille (sur la berme), on remarque un
edicule en gres, a piliers trapus et tres rapproches, semblable a
celui qui existe
a la meme place
dans Banteai-
Kedei et rappe-
lant par son al-
lure, sauf dans la
forme des piliers,
I'edifice a colon-
nes rondes de
Prah-Khan. II
est bon de noter
a ce sujet que,
parmi tous les
monuments du
groupe d' Ang-
kor, seuls les
trois temples qui
paraissent etre a peu pres de la meme epoque ont une
annexe placee dans la meme situation et sans replique symetrique.
Cependant ici, a Ta-Prohm, une construction etablissait la syme-
trie a gauche avec 1'edicule de droite (1), mais il en reste quel-
ques chambranles en limonite qui prouvent que ces deux annexes
n'avaient aucune ressemblance.
Immediatement apres 1'entree orientale de la deuxieme en-
ceinte s'eleve une chapelle rappelant par tous ses details les deux
monuments que nous avons vus dans Prah-Khan et, plus recemment,
dans Banteai-Kedei. Elle occupe un rectangle de 30 a 35 metres
de longueur pour une largeur de 20 metres. Ses faces nord
et sud sont closes et se decorent au centre et aux extremites
de fausses portes d'un travail precieux encadrees de pieds-droits
FIG. 46. — TEMPLE DE TA-PROHM (PLAN D'ENSEMBLE).
(1) A main gauche et a main droite lorsque le viiiteur est tourne vert le centre des mines.
2I3
AUX RUINES D'ANCKOR
et surmontees d'un fronton sculpte de sujets assez bien conserves.
En facade principale (est) et en fafade posterieure (ouest), un
porche a deux piliers et des portes extremes permettaient de
pe'netrer dans 1'edifice. Ces entrees sont aujourd'hui bouchees par
les eboulis, et il faut gagner le porche occidental pour trouver un
passage ; encore n'est-il pas des plus commode. L'interieur
s ordonne par une grande piece en croix entouree d'une galerie de
pourtour. Une double veranda longe la piece centrale sur tout
son parcours, mais la galerie de la peripherie ne peut avoir de
veranda que sur ses faces interieures, puisqu'elle est fermee exterieu-
rement par le mur plein decore de fausses baies. A quelques
metres de leur extremite, les branches de la croix et les quatre
parties de la galerie pourtournante sont pourvues de grandes
portes libres, hautes de 3m. 50 et larges de 3 metres, portant un
linteau magnifique representant des danseuses en haut-relief. Les
toitures se sont effondrees en majeure paru'e, surtout a cause de
la largeur exceptionnelle des galeries, et les pierres de la voute
encombrent le sol a tel point qu'il est difficile de passer entre les
piliers. Quatre petites cours, que les arbustes et les ronces ont
envahies, etaient reservees entre les galeries.
Le porche occidental de la chapelle est relie a la premiere
galerie du temple proprement dit par une courte terrasse surelevee
d'un metre et garnie d'une balustrade (1) qui se retrouve par
fragments.
La premiere galerie pourtournante du temple mesure approxi-
mativement 120 metres dans les deux axes. Elle est pourvue en
fajade principale (est) d'un porche central a deux piliers, de
deux porches lateraux moins importants et de deux portes extremes.
La meme disposition se repete en facade posterieure. Au nord
et au sud, on retrouve les portes extremes et le porche central;
les entrees laterales y sont supprimees. Les vestibules du centre
empruntent comme tou jours une forme cruciale et communiquent
par des pieces etroites ; ceux des extremites ne comprennent
qu'une seule chambre cruciforme. La galerie est longee exterieu-
rement, sur tout son developpement, par une veranda qui ne
s'interrompt qu'aux passages ; sur les faces inteVJeures, fermees par
un mur plein, cette veVanda n'existe pas. Les murs des vestibules
(1)11 est bien entendu que toutes lei fois que nous employons le mot " balustrade " il s'agit
de 1'unique motif decoratif que les constructeurs combodgiens ont place en bordure des ponts, de
certaines chaussees et des terrasses : Naga formant la main-courante par travees plus ou moins
longues posees sur des balustres carres et robustes.
214
NEAK PEAN BANTEAI-KEDEI; TA-PROHM
ne portent aucune decoration, mais les portes de communication
s'encadrent d'un linteau bien sculpte et de pilastres polygonaux.
Nous remarquons, sur les chambranles des fenetres, un motif
decoratif que nous connaissons depuis Angkor- Vat : perroquets
combattant. Les longs panneaux de la galerie sont decores d'un
motif en relief qui se reproduit ici une centaine de fois : deux
piliers carres supportent une ogive formee du corps du Naga dont
les tetes sortent de la gueule ouverte d'un Makara et viennent
reposer sur les chapiteaux des piliers ; sous 1'ogive, on distingue
nettement les plis d'un rideau. Le meme dessin se reproduit en
moins grand, comme par un effet de perspective, dans la partie
superieure du panneau.
La premiere galerie de pourtour et la suivante sont separees
par une grande cour ou s'elevent de tres nombreuses constructions
a tourelles et des pavilions qui ont du etre des chapelles particu-
lieres. Dans 1'axe est-ouest de la partie orientale de cette cour,
un edifice contenant trois longs corridors est etabli entre les
entrees centrales des deux galeries. Le passage du milieu sup-
porte une tour et se relie aux passages lateraux par un couloir
formant la croix. Les pavilions a tourelle dissemines dans la cour
sont de faible dimension, 4x4 metres, mais leur decoration,
d'un relief accuse, temoigne qu'ils datent aussi de la tres bonne
epoque. Us ne contiennent qu'une seule petite piece ouverte par
quatre portes ; leurs frontons represented des sujets mythologiques
dont quelques-uns sont en parfait etat.
Nous voyons dans la partie sud-est de la cour une chapelle
ou la limomte se melange au gres dans de fortes proportions,
probablement parce que les materiaux de premiere qualite man-
quaient. Ce cas n'est pas unique dans Ta-Prohm, et il semblerait
a premiere vue que 1'association des deux pierres est le resultat
d'une restauration ; mais un examen plus attentif fait ecarter cette
idee, car il est evident que la limonite a etc monte'e en meme
temps que le gres et par des ouvriers tres exerces.
Une grande construction rectangulaire, entierement en limonite,
se trouve egalement dans le meme angle de la cour, qu'elle
bouche completement. II est difficile de se rendre compte de sa
destination, mais on peut supposer qu'elle represente une des
fondations pieuses et peut-etre un des hopitaux dont il est question
dans 1'inscription que nous verrons a la fin de ce chapitre.
De 1'autre cote (nord-est) du couloir qui coupe dans son
2I5
AUX RU1NES D'ANGKOR
axe la face orientale de la cour se placent encore des pavilions
a tourelle disposes symetriquement a ceux de la partie sud-est,
mais la construction en limonite et la chapelle edifice en maleriaux
melanges n'y sont pas repetees.
Au nord et au sud de la cour, un Edifice important est
construit entre les entrees de la premiere galerie pourtournante
et celles de la seconde. II comprend un passage cruciforme
entoure sur trois faces par une galerie peu eclairee dont il est
separe* a Test et a 1'ouest par deux courettes ; la quatrieme face,
celle du nord, est limitee par le mur plein de la premiere galerie
de pourtour. Les surfaces murales qui regardent les courettes
sont decorees de motifs intacts executes a la perfection.
La partie occidentale de la grande cour est occupee au centre
par un important vestibule d'axe comprenant un couloir d'une
quinzaine de metres de longueur termine (1) par une chambre
cruciale couverte d'une haute tour. Cette construction estflanquee
au sud d'un pavilion en gres portant une tourelle et, au nord,
d'un autre pavilion du meme style mais completement en limonite,
sauf dans I'encadrement des portes. Le vestibule d'axe et le
pavilion en gres sont ornes de superbes motifs, tandis que le pavilion
en limonite se contente de moulures assez fortement accusees.
La deuxieme galerie pourtournante est etablie sur un plan a
peu pres carre et mesure environ 45 metres dans les deux orien-
tations. Ici aussi nous rencontrons, dans la toiture comme dans
1'elevation des murs, 1'association des deux materiaux habituels,
mais quelques parcelles de mortier de chaux qui sont restees dans
les creux de la limonite nous font croire que cette pierre etait
couverte d'un enduit.
Sur la face est, la deuxieme galerie pourtournante communique
avec la grande cour par un porche central commandant un assez
vaste vestibule, deux petits porches lateraux et deux portes
extremes. A 1'inverse de ce que nous avons observe dans la
galerie precedente, elle est accompagne'e d'une veranda interieure ;
1'autre face (en regard de la grande cour) est constitute par un
mur plein. Les piliers de la galerie et ceux de la veranda sont
massifs, 0,70 X 0,70, et les derniers ont une si faible hauteur
qu'un homme de petite taille ne pourrait passer sous 1'architrave.
Une partie considerable du mur plein, surtout du c6te sud, est
( I ) Ou debutant, suivant que 1'on y penetre par Test ou par 1'oucst.
2l6
TA-PROHM. — DECORATION INTERIEURE
DE LA PREMIERE GAI-ERIE.
TA-PROH.M. — PORTE DE COMMU-
NICATION (PREMIERE GALERIE).
TA-PROHM. — DECORATION EXTERIEURE DE I.A DEUXIEME GALERIE.
PL. 63. PAGE 216,
W%^J(!fal
*"N^'J|;V.:^:
-
TA-PROHM. — UN DES PORCHES
DE LA PREMIERE GALERIE.
TA-PROHM. — ANGLE D'
DES GALERIES.
TA-PROHM. — UN DES EDICULES SITUE DANS LA PARTIE OCCIDENTAI.E
DE LA COUR POURTOURXANTE.
GUIIJK AUX KLINES D'ANGKOK.
VL. 64, PAGE 217.
NEAK-PEAN; BANTEA1-KEDE1-, TA-PROHM
ruine'e, de meme que la toiture dont les elements jonchent le sol
et ne laissent circular que difficilement. Au centre des faces nord
et sud s'ouvre un seul porche (obstrue compUbtement) qui commu-
nique avec les edifices places dans la meme orientation et que
nous avons deja vus. Un arbre gigantesque, dont la hauteur n'est
certainement pas inferieure a 40 metres, s'eleve sur la parn'e nord
de la galerie, pres du porche, et enveloppe de ses racines la toi-
ture, le mur et les piliers. D'autres arbres tres nombreux con-
courent a rendre pittoresques les mines de Ta-Prohm, qui ne
sont que tres rarement visitees par les Europeens, pas beaucoup
plus souvent par les indigenes, et dont la foret s'est emparee
depuis des siecles.
L 'edifice central est separe de la deuxieme galerie de pourtour
par un espace de quelques metres formant cour interieure. II se
distribue en trois galeries paralleles orientees est-ouest, separees
par des cours oblongues, et dont les extremites sont reliees par
d'autres galeries etablies dans 1'orientation nord-sud; ou, si Ton
prefere, 1'edifice central se compose d'une galerie en quatre
parties formant un carre et contenant une autre galerie placee
dans 1'axe est-ouest (Voir le plan). Les angles de ces galeries
et chacun des vestibules supportent des tourelles, et 1'ensemble est
domine par une haute tour centrale qui abrite le sanctuaire. Cette
disposition parait peut-etre simple a la lecture et, en realite, le
plan de Ta-Prohm n'est pas complique, mais le visiteur verra
qu'il est difficile de se familiariser ici avec les aitres et ne com-
prendra pas sans peine la topographic des lieux (1). Cela tient a
la quantite de constructions annexes qui masquent la vue a
chaque instant et surtout aux difficulty's que Ton rencontre pour
circuler. En effet, toutes les cours sont encombrees de pierres,
accaparees par la vegetation, et, en somme, on ne peut se fixer
un itineraire et le suivre directement.
Les galeries de 1'edifice central s'illustrent exterieurement, en
regard des cours interieures, d'une abondance de motifs decoratifs
qui font honneur aux artistes qui les ont executes et sont traite's
dans un style prouvant que le temple, que nous visitons en ce
moment, est contemporain de celui de Prah-Khan et doit dater
d'une epoque a peine posterieure a la fondation du Bayon.
( I ) Pour rendre notre expose aussi peu contus que possible, nous avons onus a dessein dans
notre description tous les details inutiles ou que le visiteur connait pour les avoir deja rencontres
dans d'autres monuments.
2I7
AUX RU1NES D'ANGKOR
Le sanctuaire est une petite salle cruciale semblable a toutes
celles qui avaient la meme affectation dans les monuments reli-
gieux de 1'ancien Cambodge. II n'y reste aucun fragment de
statue, et nous ne pouvons, par consequent, savoir a quelle divinite
brahmanique le temple de Ta-Prohm etait dedie (1).
L'interieur des galeries de 1'edifice central ne s'eclaire que par
les portes, et 1'obscurite y est telle qu'il est necessaire de se
munir d'une torche pour les'parcourir.
Enfin, apres avoir traverse toutes les parties du monument,
nous arrivons sur la face occidentale de la premiere galerie de
pourtour, dont les trois porches centraux regardent une assez
vaste cour limitee par la muraille de la deuxieme enceinte.
A 1'extremite occidentale de la cour, soit au centre du redan de
la muraille, se trouve un grand edifice d'entree comprenant un
vestibule et deux ailes laterales. Cette construction est en limonite
et en gres; elle correspond a celle que nous avons rencontree
sur la face orientale du deuxieme rempart, mais son importance
est moindre. A droite et a gauche du redan, le mur est perce
d'une poterne qui permet de se rendre sur la berme et sur les
bords du fosse.
La stele (2). — Cette pierre est couchee sur le sol d'une des
galeries orientales du temple. Elle se presente sous la forme d'un
gros pilier parallelipipedique, mesurant 2 metres de hauteur, et ses
quatre faces sont couvertes d'une inscription sanscrite, dont nous
voulons donner ici quelques passages principaux qui fixent cer-
taines coutumes des Cambodgiens d'autrefois et mentionnent
plusieurs fondations que 1'on chercherait vainement dans Ta-
Prohm, toutes les constructions de ce temple, a 1'exception d'une
seule et des cellules des bords du fosse, paraissant lire de la
meme epoque. M. E. Aymonier pense autrement (3), mais il
s'est sans doute fie aux apparences de certains edifices et n'a pas
observe que toutes les sculptures semblent, tellement leur facture
est pareille, etre de la meme main, c*est-a-dire d'un groupe d'ar-
(1) Dans plusieurs galeries de Ta-Prohm et dans certains pavilions, on rencontre des statues
d'une origine evidemment brahmanique, mais elles sont toutes mutilees, sauf une, ce qui interdit
leur identification. L'une d'elles, la seule qui soit a peu pres intacte, est donnee par les indigenes
comme etant celle de Brahma ; mais il est certain qu'elle reproduit plutot un roi ou un grand
personnage qu'une divinite, car li le sculpteur, d'ailleurs de faible talent, qui 1'a executee avail
voulu repreienter le premier membre de la triade indienne, il n'aurait pas manque de le pourvoir
des quatre tetes que lui attribue la tradition.
(2) Toutes les explications qui vont suivre sont tirees de 1'article de M. G. Ccedes, La Stele
de Ta-Prohm (.Bulletin de I' Ecole franfaise d' Extreme-Orient, Janvier-Juin 1906).
(3) E. Aymonier, Le Cambodge, t. Ill, p. 31.
2I8
NT.AK-PEAN; BANTEA1-KEDE1; TA-PROHM
tisans utilisant les memes precedes et travaillant sous la m£me
direction.
Cette inscription, dit M. G. Coedes, emane du roi boud-
dhiste Jayavarman VII et date de 1 186 A. D., soit de quatre
ans apres son sacre. Elle donne la genealogie du roi et a pour
objet de consacrer une serie de fondations pieuses accompagnees
d'une sorte de reglement administratif, dont le prince heritier
Suryakumara doit assurer 1'execution.
Quelques stances relatent que Jayavarman mena contre le
Champa une campagne victorieuse, fit le roi prisonnier et, dans
sa clemence, lui rendit la liberte. Les inscriptions chames et les
historiens chinois nous avaient deja a maintes reprises entretenus
de cette expedition ; mais, chose curieuse, on ne 1'avait pas
encore vue servir de theme aux panegyristes du Cambodge ; la
presente inscription comble une lacune dans la litterature officielle.
L'inscription rappelle ensuite les faveurs dont le roi a, lors
de son sacre, comble son guru (precepteur, professeur) et la
famille de celui-ci : palanquins avec parasols a manche d'or,
insignes d'une haute dignite, titres honorifiques, biens fonciers et
richesses de toute sorte, et nous apprend qu'en 1 186 il erigea un
certain nombre de statues parmilesquelles celle de sa mere et celle
de son guru (1). Suit une sorte de registre des fournitures neces-
saires au temple pour les differentes ceremonies qui s'y accom-
plissent.... Apres la totalisation du riz consomme chaque annee,
1'inscription indique les denrees alimentaires et autres a prelever
sur les fermiers et sur les commer9ants et enumere les donations
du roi et des proprietaires fonciers : ce dernier passage est des
plus instrucuf, en ce sens qu'il donne une vue d'ensemble du
personnel employe au service du temple et des richesses qui com-
posaient son tresor ; il se termine par 1'enumeration suivante :
39 tours a pinocles, 566 habitations en pierre, 288 en brique,
76 brasses de largeur et I 1 50 de longueur pour fetang long et
le bassin, 2702 brasses de mur d'enceinte en limonite. Cela ne
peutetre qu'une description sommaire du temple de Ta-Prohm ou,
plus exactement, des constructions nouvelles qu'y fit clever Jaya-
(1) Dans une des salles du temple de Ta-Prohm, oil a ete trouvee la stele, troi* statues, un
liomme entre deux femmes, sont encore debout. Ce sont peut-etre celles dont Jayavarman
commemore la fondation. (G. Coedes.)
__ 2IQ
AUX RU1NES D'ANGKOR
varman de concert avec les proprietaires auxquels il etait associe.
Les constructions de Ta-Prohm paraissent bien ne pas dater
toutes de la meme epoque ; d'apres le temoignage de la stele,
il faudrait done faire dater du Xlle siecle les tours, le premier
mur d'enceinte en limonite et un certain nombre d'autres construc-
tions qu'on regrette de ne pas voir mieux definies. L' inscription
ne parle pas du sanctuaire principal et des murs d'enceinte inte-
rieurs ; c'est done qu'ils existaient deja avant le regne de Jaya-
varman.
II est probable que 1'enceinte exterieure existait aussi, et nous
en avons trois preuves : 1 ° les entrees de cette enceinte portent
une serie de motifs decoratifs d'une facture absolument semblable
a celle des sujets qui ornent les murs du sanctuaire ; 2° de
1'enceinte interieure (face est), part une chaussee parementee de
pierre qui se dirige, bien au dela de la limite du fosse, a la
rencontre de la porte orientale de la premiere enceinte. Cette
chaussee a toutes les apparences d'un travail datant de la fonda-
tion du temple, et il n'y a pas d'exemple que les Cambodgiens
aient construit une voie de ce genre en dehors du rempart exte-
rieur des monuments ; 3° dans Tangle nord-est de la premiere
enceinte se trouve un immense bassin (1) que nous avons signale
dans notre description d'ensemble, et ce bassin semble bien avoir
etc creuse apres la construction de la muraille centre laquelle est
rejetee une partie des terres de deblai.
Une des stances nous apprend qu'il y a 1 02 h6pitaux repartis
entre les differentes provinces du Cambodge ; elle ne nous dit
pas s'lls ont etc tous fondes par Jayavarman, mais c'est peu pro-
bable. Le grand mouvement d'assistance aux malades qui marque
1'annee 1 186 n'a pas du seulement consister en des fondations
d'h6pitaux, mais aussi dans 1'entretien d'institutions de ce genre
existant deja. La liste fournie par les stances suivantes est une sorte
de budget des depenses en nature necessities par ces hopitaux,
car il est impossible que les enormes quantites de chaque denree
qui y figurent s'appliquent a un seul h6pital. II ne parait pas
d'ailleurs y en avoir eu a Ta-Prohm (2), et ces fondations chari-
(1) M. Aymonier oublie de parler de ce bassin. Du reste, les erreuri que commet
cet auteur dans sa description de Ta-Prohm sont innombrables et, pour ne citer que let plus
iraportantes, nous dironi qu'il n'a pas remarque que la deuxieme enceinte affecte la forme d'une
croix et que sur les faces nord et sud la douve n'est pas traversee par une chaussee. Son plan
et sa description nous presentent une enceinte parfaitement rectangulaire et deux chaussees
d'acces la oil il n'y en a pas.
(2) Cela n'est pas bien sur, car la grande construction en limonite qui se trouve dans la partie
22O
NEAK-PEAN; BANTEAl-KEDEl; TA-PROHM
tables ne sont rappelees sans doute que pour donner un tableau
d'ensemble des oeuvres pieuses du roi....
La liste mentionne les denrees suivantes : paddy, haricots,
millet, beurre fondu, lait caille, miel, melasse, huile de sesame,
camphre, moutarde, cire, poivre..., etc. L'inscription fait e'gale-
ment mention de 640 paires et 2 demi-paires de vetements
pour les divinites, de 45 voiles en etoffe de Chine destines k etre
e'tendus, a cause des moustiques, sur les socles des divinites. Nous
apprenons encore que Ta-Prohm est desservi par 18 officiants
principaux et 2 740 officiants ordinaires ; que dans le monument
resident 2232 assistants, parmi lesquels 615 danseuses ; que
66 625 hommes et femmes y font le service des dieux et que la
population totale du temple est de 79365 (1) habitants, avec les
Birmans et les Chams. Le tresor comprenait des objets en or et
en argent, 35 diamants, 2 eventails ornes de perles, 40620 perles,
4540pierres precieuses, du cuivre, du bronze, un chaudron d*or,
de la vaisselle de cuivre, de 1'etain, du plomb, 967 voiles de
Chine, 523 ombrelles..., etc. Enfin, Ton voit que les 439 saints
religieux qui etaient, nous dit I'inscription, " nourris la, dans le
palais royal (2) ", vivaient dans 1'abondance.
sud-est de la cour pourtournante pourrait avoir etc affectee aux malades. Une conitniction
temblable exitte dan» Prah-Khan. [J. C.]
(1) Ce chiffre de 79 365 represente probablement toute la population de la region.
(2) Nous ignoroni oil se pla<;ait ce palais.
221
VII
MONUMENTS SECONDAIRES DU GROUPE
D'ANGKOR
PRASAT KRAVANH. || PRASAT BAT-CHUM. || PRE-RUP. II MEBON (DU BARAY
ORIENTAL). !! TA-KEO. || TA-NEI. || TA-SOM. || PRASAT KROL-KO. || PRASAT
PREI. II BANTEAI-PREI. || PRASAT TONLE-SNGUOT || PRASAT BANTEAI-THOM.
II MEBON (DU BA RA Y OCCIDENTAL).
Si nous nous sommes etendu assez longuement sur les temples
principauxdu groupe, les edifices de second plan qui n'offrent,
ni par leurs dimensions, ni par leur distribution, aucun caractere
special nous retiendront beaucoup moins longtemps. Du reste,
les voyageurs qui auront le loisir de les visiter seront toujours peu
nombreux, et ceux qui voudront s'y rendre connaitront deja suffi-
samment la question pour se passer d'une description de detail
qui ne serait qu'une repetition de ce que nous avons deja dit
dans les chapitres precedents.
Le groupe central d* Angkor est entoure de monuments qui
sont d'importance differente, allant de la simple tourelle isolee au
temple a triple galerie, et se situent assez regulierement a la peri-
pherie d'un cercle de 10 kilometres de diametre. Nous aliens en
donner un rapide apercu en suivant 1'itineraire que doit rationnel-
lement adopter un visiteur habitant le bungalow.
PRASAT KRAVANH (I).
A 4 km. 500 d'Angkor-Vat, dans la direction est-nord-
est. Petit edifice supportant cinq tours en briques dispose'es
sur une ligne nord-sud et tres ruinees. La tour du centre est
beaucoup plus elevee que les autres et couvre un sanctuaire qui
abrite un linga et dont les murs sont sculpte's sur leurs faces
inte'rieures. Un des panneaux represente un dieu entourd de
(1 ) " Krevan " eit mal orthographic tur la carte. Le veritable mot est Kraoanh : cardamome.
— . 223
AUX RU1NES D'ANGKOR
sept range'es d'assistants ; Vishnou occupe deux autres panneaux :
sur 1'un, il est soutenu par Laksmi et monte sur un tr6ne en
forme de lotus e'panoui ; sur 1'autre, il chevauche Garouda et est
accompagne de deux femmes qui se tiennent dans une pose
d'adoration. Les montants des portes de trois des tours portent
des inscriptions en langue khmere assez mal conserves.
PR AS AT BAT-CHUM.
A 1 kilometre exactement au nord-est de Prasat Kravanh et
a 5 km. 500 d' Angkor- Vat. Ce petit monument est precede', a
Test, d'une avenue; il est entoure d'un bassin et se distribue
en trois tourelles alignees nord-sud dont les portes sont,
comme celles du temple precedent, gravees d* inscriptions (1).
Etat de conservation mediocre. Un etang de 450 X 250 metres
qui porte le nom de Trapeang Khmoch, " la mare du mort ou
des morts ", est creuse a Test de Bat-Chum ; il s'est colmate
suffisamment pour que les indigenes 1'aient transforme en rizieres.
PR&.RUP.
Est situe k 2 kilometres au nord-est du precedent et a 7 km. 500
d' Angkor- Vat. Le mur d'enceinte mesure 1 25 metres dans les deux
orientations et s'ouvre par quatre porches construits en limonite et
en gres. Ces edifices d'entree se composent, comme tous ceux
que nous avons vus, d'une piece centrale cruciforme et de deux
ailes laterales. Le monument s'eleve en trois gradins etages formant
terrasse. Le premier gradin est en limonite et supportait une galerie
dont on retrouve quelques Elements sous la forme de piliers
d^cores; sur le deuxieme degre, egalement en limonite, etaient
placees, en flanquement des escaliers, des petites chapelles en brique.
Le troisieme e*tage est paremente de gres, et sa plate-forme atteint
une quinzaine de metres de hauteur au-dessus du sol de la plaine ;
cinq tours de briques le dominent : quatre aux angles et une
beaucoup plus haute couvrant le sanctuaire pose sur un soubasse-
ment de gres, de 3 m. 50 de hauteur, dont les quatre faces sont
pourvues d'un escalier. Les tours renferment un certain nombre
de statues et de debris de statues brahmaniques. Des escaliers k
(I) Les inscriptions de Bat-Chum ont etc publiees par M. G. Coedes (.Journal Aslatlque,
Septembre-Octobre 1908). Elles nous apprennent que ce monument etait un temple bouddhique
cleve vers le milieu du X* tiecle de notre ere.
224
— MONUMENTS SECONDAIRES DU CROUPE D'ANGKOR — i
larges rampes que decoraient des lions sont pratiques sur chacune
des faces des trois etages.
La decoration de Pre-Rup n'a pas etc e'pargnee par le temps,
mais ce qu'il en subsiste nous montre un travail de la bonne
epoque.
MEBON (DU BAR AY ORIENTAL).
A 1 400 metres au nord de Pre"-Rup et a 9 kilometres
d' Angkor- Vat. Ce monument offre dans ses grandes lignes beau-
coup d'analogie avec le precedent,
puisqu'il s'ordonne par trois terrasses
dont la plus elevee supporte quatre
tours d'angle et une tour centrale
au-dessus du sanctuaire ; mais il
forme un Hot de plan carre, isole
au milieu d'un ancien lac artificial
(baray oriental) que nous avons
mentionne dans le chapitre ayant
trait aux projets des constructeurs
d* Angkor. Le premier gradin me-
sure 160 metres dans les deux
sens, et sa hauteur est de 5 me-
tres. Sur chacune de ses faces
sont pratiques des escaliers abou-
tissant a des gopouras construits en
gres et en limonite. Les angles de la plate-forme supportent des
elephants aux trois quarts de grandeur naturelle et d'une bonne
execution. Sur cette me'me plate-forme, qui est divisee en deux
parties par un petit mur longeant le bord a la distance de 5 &
6 metres, on voit les restes d'une serie de constructions qui
pouvaient etre des chapelles ou les logements des desservants du
temple.
La deuxieme terrasse, egalement divisee par un mur bas, n'a
pas plus de 2 metres de hauteur. On y accede par des escaliers
& larges rampes qui conduisent a des vestibules couverts d'une
tourelle. Les angles supportent, comme ceux de la terrasse prece-
dente, des elephants de gres, mais ceux-ci sont coiffes d'une sorte
de tiare. Sur la deuxieme partie, on rencontre les vestiges de
tourelles en brique qui flanquaient les escaliers de 1'etage superieur
et les restes d'edicules qui s'elevaient aux angles.
FIG. 46. — MEBdx DU BARAY
ORIENTAL (PLAN D'APRES
A. TlSSANDIER).
225
i5
AUX RU1NES D'ANCKOR
Cinq tours dominant le troisieme gradin, mais elles ne sont pas
disposees comme celles que nous avons rencontre'es tant de fois :
elles occupent la partie occidentale de la terrasse pour laisser, a
Test, un assez vaste espace libre.
A en juger par certains details de sculpture, le temple de
Meb6n se range parmi les monuments de la meilleure epoque
d' Angkor, car, des les premiers jours de la decadence, les sculpteurs
cambodgiens ont abandonne* les grandes figures d'animaux et les
sujets trop compliques, tels que ceux que nous avons ici
dans la representation de divinites entourees d'adorateurs et
chevauchant des animaux fantastiques fort bien traites. Cette
decoration est executee aussi bien dans le gres que dans la brique,
et c'est la un cas assez rare.
11 reWte de 1'inscription de Bat-Chum que le temple de M^bdn
date des premieres annees du regne de Rajendravarraan
(944-947 A. D.).
TA-K&O.
Ce temple est situe sur la rive gauche de la riviere, &
1 300 metres au nord-ouest du centre de Ta-Prohm et a
900 metres de la muraille occidentale d' Angkor-Thorn, un peu
au-dessous du parallele de la porte de la Victoire. On peut s'y
rendre indifferemment de 1'une ou 1'autre de ces mines, mais il est
plus facile d'y arriver de Ta-Prohm, parce que le visiteur n'a pas
a traverser de cours d'eau.
Ta-Keo est entoure' d'un fosse profond, large de 15 metres,
mesurant 220 metres est-ouest pour 200 metres nord-sud, et
coupe dans sa partie orientale par la seule chaussee qui donne
acces dans le temple. La douve est ininterrompue sur ses trois
autres faces. Une pyramide a trois gradins compose le monument.
La premiere terrasse a 3 metres de hauteur et s'etend sur
120 metres est-ouest et 100 metres nord-sud. Un soutenement de
limonite maintient la plate-forme qui supporte des vestibules d'entree
surmontes d'une tour et precedes d'un escalier. Le gopoura oriental
etait flanque de deux constructions tres allongees qui ne se repetent
pas sur les autres faces, ou Ton voit seulement un petit mur de
limonite faisant le tour du plateau a 5 ou 6 metres du bord.
La deuxieme plate-forme mesure 80 metres est-ouest, 75 metres
nord-sud et 10 metres de hauteur. Elle est maintenue par un
parement de gres decore de moulures enormes, et sa partie haute
226
r.
MONUMENTS SECONDA1RES DU GROUPE D'ANCKOR ,
se detache en corniche. Ici, le travail de decoration n'est pas
termine, car, si les moulures de la face est s'agrementent de motifs
divers, celles des autres c6tes sont restees simplement polies.
Comme a 1'etage infeVieur, chaque face est pourvue d'un escalier
qui conduit a une entree sommee d'une tour. Une galerie, large
de 3 metres et prenant jour par de nombreuses fenetres a colon-
nettes, occupe toute la bordure du plateau et porte une tourelle
sur chacun de ses angles. Derriere la galerie orientale se placeut
deux edicules dis-
poses symetrique-
ment de chaque c6te
de 1'axe est-ouest.
La troisieme plate-
forme est tres basse,
2 m. 50, et mesure
47 metres de c6te
dans les deux axes.
Cinq tours s'y dres-
sent : celle du cen-
tre atteint une hau-
teur considerable (30
a 35 metres) et est
posee SUr un SOU- FIG. 47. — TEMPLE DE TA-KEO (PLAN SCHE.MATIQUE .
bassement de 5 me-
tres a large empattement. Quatre escaliers conduisent au sanc-
tuaire. Les tours d'angie contiennent des fragments de statues
brahmaniques et des socles ; Tune d'elles abrite encore la double
image de Qva et de sa Qakri, Parvati.
L'ensemble du temple est moins charge de motifs decoratifs que
les autres monuments du groupe, mais les sculptures y sont d'un
dessin ferme qui te"moigne de 1'anciennete de cette fondarion.
Moura pretend qu'on peut avoir la conviction que des sacrifices
humains s'accomplissaient ici.
TA-NEI.
Se situe a 900 metres au nord de Ta-Keo et tres pres de
Tangle nord-ouest du remblai qui entoure le Baray oriental. Ce
monument est precede, a Test, d'une avenue de 80 metres debutant
par un edicule d'entree dont le fronton represente un dieu ( 1 ) adore
(I) Rama, sani doute.
227
AUX RUINES D'ANGKQR
par des singes. Une douve de 10 a 15 metres de largeur s'etend
autour de 1'unique galerie. La partie centrale de Ta-Nei comprend
deux sanctuaires en gres surmonte's de tours et decore's richement.
TA-SOM.
Ce monument, assez important, se trouve a un peu plus de
2 kilometres du Meb6n oriental et sur la bordure de 1'ancien lac,
au centre duquel s'eleve le curieux Edifice de Neak-Pean. Ta-Som
est protege par une enceinte en limonite, de 250 metres est-ouest
et 200 metres nord-sud, perce'e au milieu des faces orientale et
occidentale par des entrees monumentales decorees des quatre
faces de Brahma. La porte ouest est completement enveloppe'e par
les racines d'un gigantesque ficus. Un fosse* large de 25 metres
entoure le mur de la deuxieme enceinte ; il dtait traverse* a Test et
a 1'ouest par une chaussee gar me de la balustrade habituelle. Le
temple comprend une unique galerie en limonite, un sanctuaire
central couvert d'une tour et deux petites constructions. La galerie
est pourvue, dans chaque orientation, d'un vestibule en gres por-
tant un fronton sculp te.
PRASAT KROL-KO.
A 2 kilometres a Test de Ta-Som et a 600 metres au nord de
Ne'ak-Pean. Tres petit temple protege par une enceinte de
120 metres de c6te\ Un fosse de 10 metres de largeur entoure le
sanctuaire somme d'une tour.
PRASAT PREI.
Simple chapelle situee a 300 metres au nord de Tangle nord-
est de Prah-Khan. Elle comprend un petit mur d'enceinte de
20 metres de cote, un sanctuaire et deux tres petites constructions.
Prasat Prei parait Sire une dependence du monument suivant.
BANTEAI-PREI.
Se place a 450 metres au nord de Tangle nord-est de Prah-
Khan. Un mur d'enceinte en limonite, ouvert par deux entries
monumentales et mesurant 230 metres est-ouest et 150 metres
nord-sud, circonscrit le temple qui a comme autres protections un
fosse de 20 metres de largeur et une deuxieme muraille en limo-
nite. Des chaussees d'acces aujourd'hui tres ruinees traversaient le
fosse sur ses faces est et ouest. Au centre, on rencontre une petite
i MONUMENTS SECONDAIRES DU CROUPE D'ANGKOR —
galerie etablie sur un plan rectangulaire de 25 X 18 metres
et contenant un sanctuaire crucial pourvu de quatre porches a
fronton et domine par une tour decore'e dans le meilleur style.
PRASAT TONLE-SNGUOT.
Cette tour, isolee au milieu de la foret, est completement ruinee.
Elle se trouve a 1 kilometre de 1'enceinte occidentale de Prah-
K'nan et a 500 metres de la porte septentrionale d* Angkor-Thorn.
PRASAT BAI^TEAI-THOM.
A 2 500 metres au nord-ouest de la porte nord d* Angkor-Thorn.
L'enceinte en limonite de ce temple mesure 1 00 metres de c6te ;
elle etait precedee sur la face Est d'une terrasse cruciale que Ton
retrouve en partie. La face occidentale s'ouvre par un petit
gopoura. Un deuxieme mur en limonite protegeait un sanctuaire dont
il ne reste que des vestiges.
PRASAT PREI (1).
Tour ruinee situee a 550 metres de Tangle nord-ouest d* Angkor-
Thorn et a 700 metres du village qui porte le nom de 1'ancienne
capitale royale.
MEBON (DU BAR AY OCCIDENTAL) (2).
Le temple de
Meb6n, deuxie-
me de ce nom,
occupe le centre
du grand lac ar-
tificiel qui s'ap-
pelle le Baray
occidental. II s'e-
leve sur un ilot
de forme circu-
laire mesurant
200 metres de
diametre et se
distribue de la
fafon suivante :
un mur d'en-
FIG. 48. — M£BON DU BARAY OCCIDENTAL
(SCHEMA D'APR^S M. E. AYMONIER).
( 1 ) C'est la deuxieme ruine de ce nom. La premiere se trouve au sud et tres^pres de Banteai-Prei-
(2) Noui avons mentionne le Baray occidental dans le chapitre intitule " Projets census par
i fondaleurs du rovsume ".
\ff/ l^vu* QTVUO lllcllklvllu<-
les fondateuri du royaume ".
229
AUX RUINES D'ANGKOR
ceinte de 70 metres de cote ; un vaste bassin ; une chaussee
crucial e entouree du bassin, sauf sur la face est ; un sanctuaire a
ciel ouvert.
Du bord oriental du lac partait une digue qui aboutissait a la
berge de 1'ilot et se poursuivait par une chaussee rejoignant 1'entree
du temple. Le mur d'enceinte a 3 metres de hauteur et repose
sur une assise ornee de fortes moulures ; il se couronne par un
chaperon dont la crete en gres est decoree d'une frise de niches
encadrees de feuillages et contenant des brahmanes en priere et
divers personnages. Le cote' est de 1'enceinte s'ouvrait par un
edicule d'entree surmonte d'une tour et flanque de deux autres
edifices a triple passage supportant egalement des tourelles. D 'autres
constructions du meme genre etaient disposees sur les autres faces,
mais la partie occidentale de la muraille est dans un tel etat de
ruine qu'il est impossible de se rendre compte si elle presentait la
meme disposition. Un vaste bassin, dont les parois etaient construites
en gradins, occupait la presque totalite de 1'inte'rieur de 1'enceinte
et entourait une plate-forme cruciale partant de la porte orientale
et s'etendant vers 1'ouest. A 1'intersection des branches de la croix,
on rencontre un socle (ou un soubassement) ruine ou se distinguent
encore quelques fragments de bas-reliefs. La decoration des
tourelles, des portes et des frontons des edicules places a la
peripherie laisse croire que le temple du Baray occidental date
de 1'epoque d' Angkor-Thorn, et nous pouvons supposer qu'il n'etait
qu'une annexe des monuments religieux de 1'ancienne capitale.
Angkor, 1910.
230
BIBLIOGRAPHIE
Dr Adolf Bastian, Reise durch Kambodja nach Cochinchtna; Jena, 1868.
Francis Gamier, Voyage d 'exploration en Indo-Chine; Paris, 1873.
Le P.C.E. Bouillevaux, I'Annam el le CamboJge; Paris, 1874.
L. Delaporte, Voyage au Cambodge; Paris, 1880.
Moura, le Royaume du Cambodge.
A. Tissandier, Cambodge el Java; Paris, 1896.
A. Pavie, Mission Panic; Paris, 1898-1904.
Fournereau, I'Arl Khmer; Paris.
E. Aymonier, Is Cambodge, t. Ill; Paris, 1904.
Georges Maspero, ['Empire Khmer; Phnom-Penh, 1904.
General de Beylie, I' Architecture hindoue en Extreme-Orient; Paris, 1907.
Ch. Carpeaux, les Ruines d' Angkor; Paris, 1908.
L. de Lajonquiere, Inventaire descriptif des monuments du Cambodge; Paris.
Bulletin de I'Ecole francaise d' Extreme-Orient; Hanoi.
23l
TABLE DES PLANCHES
FRONTISPICE
Groupe d'Angkor-Thom-Bayon. — Profil d'une tele decorative.
PLANCHE I.
Route du village de Siem-Reap. — Riviere de Siem-Reap 16
PLANCHE II.
Chaussee d'allee d'Anflkor-Vat. — Vue prise du porche central de« entrees occiden-
tales. — Vue tur 1'entree occidentale d' Angkor-Vat prise du porche central de
la premiere galerie 17
PLANCHE III.
Angkor-Vat : Colonne du Perron d'honneur. — Angkor-Vat : Interieur d'une
veranda. — Angkor-Vat : Statue de Rahou 24
PLANCHE IV.
Angkor -Vat : Motif decoratif de chambranle. Fleurc et feuilles entourees d'un
cercle. — Angkor-Vat : Motif decoratif de chambranle. Paroquets combattant. 25
PLANCHE V.
Angkor-Vat : Entrees occidentales. Encadrement de porte. — Angkor-Vat : Decoration
des vestibules des entrees occidentale?. Bayadere 32
PLANCHE VI.
Angkor-Vat : Detail d'un chapiteau et d'une architrave. — Angkor-Vat : Rinceaux
decoratifs sur un pied-droit 33
PLANCHE VII.
Angkor-Vat : Indigenes travaillant a la rettauration de la chaussee dallee. — Angkor-
Vat : Indigenes travaillant a la restauration de la balustrade de la chaussee dallee. 36
PLANCHE VIII.
Angkor-Vat : Face d'une tele de balustrade. — Angkor-Vat : Profil d'une tete
de balustrade. — Angkor -Vat : Chauwee traverriere. Tete de balustrade (Naga sous
trois aspects) 37
PLANCHE IX.
Angkor-Vat : Entrees occidentals : Detail de la decoration exterieure (tevadas. frise
decorative, fenetres grillees de balustrcs) <40
PLANCHE X.
Angkor-Vat : Entree occidentales. Statue de Vishnou. — Angkor-Vat : Decoration
d'un pied-droit 41
PLANCHE XI.
Angkor-Vat : Facade principale 44
PLANCHE XII.
Angkor-Vat : Statue en bois representant un bonze priant. — Angkor- Vat : Base
du soubassement du massif central 45
233
AUX RUINES D'ANGKOR
Pages.
PLANCHE XIII.
Angkor-Vat : Grand escalier du massif central. — Angkcr-Vat : t.'ne des eateries
ci'axe du massif central (au fond, le sanetuaire) 48
PLANCHE XIV.
Angkor -Vat : Angle sud-ouest du massif central. — Angkor- Vat : Base de la grande
tour du massif central. — Angkor-Vat : Une des tours d'angle du massif central . 49
PLANCHE XV.
Angkor- Vat : Cour du deuxieme etage. face sud. avant les travaux de degage-
ment. — Angkor-Vat : Un des edicules situes dans la partie occidentale
de la cour du deuxieme etage 52
PLANCHE XVI.
Angkor-Vat : Pnrtie occidentale de la cour du deuxieme etage et tour sud-ouest du
massif central. — Angkor- Vat : Partie septeritricnale de H cour du ds'.ix'eme ctaae. 53
PLANCHE XVII.
Angkor-Vat : Interieur des vestibules occidentaux de la galerie du deuxieme etage. —
Angkor- Vat : Interieur de la galerie du deuxieme etage, partie meridionale. . . 56
PLANCHE XV III.
Angkor-Vat : Decoration des murs d'un del edicules situes dans la cour du deuxieme
etage. — Angkor -Vat : Porte d'un des edicules de la cour du deuxieme etage. . . 57
PLANCHE XIX.
Angkor-Vat : Une des portes de la galerie du deuxieme etage. — Angkor-Vat :
Porche central (ouest) de la galerie du deuxieme etage et passerelle. — Angkor-
Vat : Angle nord-ouest de la galerie du deuxieme etage. — Angkor- Vat : Preau
couvert : Partie des galeries croisies 60
PLANCHE XX.
Angkor-Vat : Preau couvert : galerie septentrional e. — Angkor- Vat : Veranda
de la galerie du deuxieme etage. en regard du prcau couvert 61
PLANCHE XXI.
Angkor- Vat : Detail dela decoration muralede la galerie du deuxieme etage (en regard
de la cour dallee) 64
PLANCHE XXII.
Angkor- Vat : Preau couvert. un del angle* des aaleries croisees. — Angkor -Vat :
Preau couvert. tympan de la galerie orientee nord-sud (Scene de la legende de
Vishnou) -. - . ;, v-. 65
PLANCHE XXIII.
Angkor- Vat : Preau couvert, angle sud-est. — Angkor-Vat : Porche principal de la
galerie du premier etage (ouest) 68
PLANCHE XXIV.
Angkor- Vat : Preau couvert, collection de statues bouddhiques. — Angkor-Vat :
Preau couvert. Encadrement d'une des portes. — Angkor- Vat : Preau couvert.
base d'un des piliers 69
PLANCHE XXV.
Angkor-Vat : Cour du premier etage. Une des bibliotheque* avant le* travaux d«
degagement. — Angkor- Vat : Angle sud-est de la galerie du premier etage. ... 72
PLANCHE XXVI.
Angkor- Vat : Facade meridionale de la galerie du premier etage. — Angkor-Vat :
Porche septentrional de la galerie du premier etage 73
234
TABLE DES PLANCHES
Page..
PLANCHE XXVll.
Angkor-Vat : Porche de Tingle lud-ouett de la aalerie du premier etage. — Angkor-
Vat : Interieur de la aalerie du premier etage. — Angkor-Vat : Angle nord-ouejt de
la galerie du premier etage 76
PLANCHE XXV11I.
Angkor- Vat : Galerie du premier etage : fragments de« bas-relief* de Tangle md-
ouest. — Angkor- Vat : Galerie historique : defile de« pandits 77
PLANCHE XXIX.
Angkor-Vat : Fragments des bai-reliefs de la galerie historique. Deux fraction* de
Tarmee en marche 80
PLANCHE XXX.
Angkor-Vat : Galerie hittorique : brahmanes et terviteurs places aupres du
roi. — Angkor-Vat : Galerie historique ; femmes et eiclave* luivant Tarroee. —
Angkor-Vat : Galerie hittorique ; lee guerrier* vont prendre leur place dan* le
defile. — Angkor- Vat : Galerie hittorique : Une fraction de 1'armee en marche. . 81
PLANCHE XXXI.
Angkor- Vat : Scene* de la galerie det cieux et des enfert. — Angkor-Vat : Scene*
de la galer.e des cieux et det enfert 84
PLANCHE XXXII.
Angkor- Vat : Fragments d'une de* galeries orientates. — Angkor- Vat : Fragment*
de la galerie teptentrionale (partie gauche) 85
PLANCHE XXXIII.
Angkor- Vat : Fragment* de* bas-reliefs de la galerie septentrionale (partie droite).
(Dans ce long panneau. tout les dieux de TOlympe brahmanique sont representet.) 88
PLANCHE XXXIV.
Angkor- Vat : Fragments des bas-reliefs de la galerie septentrionale (partie droite). —
Angkor-Vat : Bas-relief de la galerie septentrionale (partie droite). — Angkor-
Vat : Bas-relief de Tangle nord-ouest (fragment) 89
PLANCHE XXXV.
Angkor-Vat : Fragment! de* bas-reliefs de la galerie occidentale (partie gauche).
Bataille livree a Havana par Rama avee Taide de 1'armee de* singes 92
PLANCHE XXXVI.
Angkor-Vat : Le perron d'honneur. — Angkor-Vat : La terratte de pourtour
(partie orientale) 93
PLANCHE XXXVII.
Angkor- Vat : Facade interieure des entree* occidentalet et commencement de
T avenue dallee. — Angkor-Vat : Facade principale des entree* occidentals* (avant
les travaux de degagement). ... ~~." ...... 96
PLANCHE XXXVIII.
Angkor- Vat : Une travee de la balustrade de Tavenue dallee (fragment). — Angkor-
Vat : Entrees occidentales. Rinceaux et motif* d'encadrement de la porte princi-
pale. — Angkor -Vat : L'nteau du porche central des entree* occidentalet. ... 97
PLANCHE XXXIX.
Angkor- Vat : Facade prineipale du porche central des entree* occidentals (avant IDS
travaux de degagement) 100
PLANCHE XL.
Angkor- Vat : Un de* edicule* flanquant Tavenue dallee. — Angkor-Vat : Decoration
exterieure des entree* occidentale* 101
235
AUX RUINES D'ANGKOR
Page*.
PLANCHE XL1.
Anskor-Vat : Perspective des entree* occidentals. — Angkor- Vat : Profil d'un des
porches lateraux des entrees occidentales 101
PLANCHE XLI1.
Angkor -Vat : Interieur d'une des galeries laterales de« entre'es occidentales. — Angkor-
Vat : Fausse porte terminant le» galeries laterales des entrees occidentales. —
Angkor- Vat : Interieur d'un des porches extremes des entrees occidentales. ... 105
PLANCHE XLlll.
Angkor-Thorn : Porte sud de la muraille d'enceinte (avant la refection du remblai). —
Angkor-Thorn : Balustrade des chaussees traversieres (devant la porte de Khmocb). 1 1 2
PLANCHE XL1V.
Angkor-Vat : Un des porches extremes des entrees occidentals. — Phnom Bak-Keng:
Facade principale du temple. — Angkor- Vat : Edifice d'entree place au centre
de la muraille septentrionale de 1'enceinte 113
PLANCHE XLV.
Bayon : Base d'une tourelle du groupe. — Bayon : Tetes decoratives d'une tourelle. —
Angkor-Thorn : Elephants placet a la base des porches de 1'enceinte (porche septen-
trional) 120
PLANCHE XLVI.
Bayon : Porche septentrional de la deuxieme galerie — Bayon : L'ne des tourelles. . 121
PLANCHE XLV1I.
Bayon : Teles decoratives. — Bayon : Profil d'une tele. — Bayon : Fragment d'un
des bas-reliefs de la premiere galerie (la partie superieure n'est qu'ebauchee) . . 128
PLANCHE XLVlll.
Bayon: Fragment des bas-reliefs de la premiere galerie. — Bayon : Fragment des bas-
reliefs de la deuxieme galerie. — Bayon : Fragments des bas-reliefs de la deuxieme
galerie : Mutilation de la statue d'une deesse 129
PLANCHE XLIX.
Bayon : Fragments des bas-reliefs de la deuxieme galerie. Armee en marche. —
Baphuon : Vue d'ensemble du temple 1 36
PLANCHE L.
Groupe du Phimeanac^s : Colonnes supportant la eorniche d'une terrasse cruciate. —
Phimeanacas : Bas-relief du perron septentrional de la terraise d'honneur (pret du
belvedere du " Roi Lepreux ") 137
PLANCHE LI.
Phirneanacas : Decoration de la terrasse d'honneur. Elephants faitant partie de
1'equipage de chasse. — Phimeanacat : Decoration de la terraste d'honneur. Elephant
ramassant de la trorape un animal blesse 1 44
PLANCHE Lll.
Baphuon : Fragment de bas-relief. Scenes inspireet du ramayana. — Phimeanacas :
Le temple. Vue d'ensemble. — Phimeanacas : Garoudas dispose* en cariatides
pour soutenir la eorniche de la terrasse d'honneur 145
PLANCHE LIU.
Prah-Pithu : Un des templions. — Terrasse du roi lepreux : Sculptures de la fac.ado, 152
PLANCHE LIV.
Angkor -Thorn : L'ne des tours boidant a Test la grand e place centrale. — Angkor-
Thorn : Tour et ruine d'un des edifices situes a 1'est de la grande place centrale. . 153
236
TABLE DES PLANCHES
Paae*.
PLANCHE LV.
Prah-Khan : Un de* giants loutenant la balustrade del chauiiee* traversieres. —
Temple de Thom-Manon (annexe d' Angkor-Thorn) 160
PLANCHE LV1.
Temple de Thom-Manon (annexe d'Angkor -Thorn). — Prah-Khom : Entrees
septentrionale* (porche central) 161
PLANCHE LVIl.
Prah-Khan : Porche central de la deuxieme enceinte (face nord). — Prah-Khan : Une
del entrees de la premiere galerie 1 98
PLANCHE LVlll.
Prah-Khan : Temple a colonne* rondei (prei dot entrees orientate* de la deuxieme
enceinte). — Prah-Khan : Une des chapellei orientalei 199
PLANCHE L1X.
Prah-Khan : Interieur d'une del chapellei orientalei. — Prah-Khan : Interieur d'une
det chapellei orientales 200
PLANCHE LX.
Neak-Pean : Deux aspect! de ce petit temple qui te trouve completement enveloppe
par les racinei d'un ficus. — Prah-Khan : Une del facet de la premiere aalerie . .201
PLANCHE LXI.
Prah-Khan : Angle d'une galerie. — Ta-Prohm : Interieur de 1'edifice d'entree
de la deuxieme enceinte (face est >. — Banteai-Kedei : Porche occidental de la
deuxieme enceinte. — Banteai-Kedei : Angle d'une del galerie* 208
PLANCHE LXll.
Banteai-Kedei : Interieur de la chapelle orientate. — Banteai-Kedei : Interieur
du temple 209
PLANCHE LXlll.
Ta-Prohm : Decoration interieure de la premiere galwie. — Ta-Prohm : Porte de
communication (premiere galerie). — Ta-Prohm : Decoration exterieure de
la deuxieme galerie 216
PLANCHE LX1V.
Ta-Prohm : L'n del porches de la premiere galerie. — Angle d'une del sala-
ries. — Ta-Prohm : Un del edicule* situe dam la partie occidentale de la cour
pourtournante .217
TABLE DES GRAVURES DANS LE TEXTE
P«ge».
Itineraire de Saigon a Angkor 3
Epi de faitage et tuile de cheneau en terre cuite trouves dan« le» fouillet d' Angkor -Vat. . 21
Pierret relieet par un double T en fer plat 21
Voute cambodgienne (coupe) 22
Demi-voute de veranda (coupe) 23
Appareil friquemment rencontre dans les muri d' Angkor 23
Carte du groupe d' Angkor dressee en 1908 par les lieutenant* Buat, geodetien,
et le lieutenant Ducret, topographe 29
Temple d'Angkor-Vat (plan) 33
Angkor- Vat. — Plan du maaiif central (d'apre* Francis Gamier) 35
Galerie cambodgienne (coupe) 37
Tour cambodgienne (coupe) 39
Angkor-Vat. — Vestibules occidentaux du deuxieme etage, edicules de la cour
dallee, passerelle et angle sud-ouest de la deuxieme galerie (plan) 43
Angkor-Vat. — Plan du preau couvert et des bassins 47
Angkor-Vat. — Vestibules occidentaux de la premier* galerie (plan) 53
Angkor- Vat. — Plan d'un des angles de la galerie du premier etage 55
Angkor-Vat. — Bas-reliefs de la premiere galerie 57
Angkor-Vat. — Un des panneaux de Tangle sud-ouest de la premiere galerie. ... 59
Angkor- Vat. — Un des panneaux de Tangle sud-ouest de la premiere galerie. ... 61
Angkor-Vat. — Un des tympans de Tangle sud-ouest de la premiere galerie 63
Angkor-Vat. — Bas-reliefs de la premiere galerie 65
Angkor -Vat. - Galerie des Cieux et des Enters (fragments du registre des supplicei) . . 71
Angkor -Vat. — Scene du Barattement (fragment) 75
Angkor- Vat. ~ Partie centrale de la scene du Barattement 77
Angkor- Vat. — Scene du Barattement (fragment) 77
Angkor -Vat. — Un des panneaux de Tangle nord-ouest de la premiere galerie :
Ordalie ce Sita 87
Angkor- Vat. — Entrees Occident ales de Tenceinte : partie centrale (plan) .... 95
Angkor- Vat. — Entrees occidentales de Tenceinte : passage reserve aux char* el aux
elephants (plan) 97
Temple du Phnom Bak-Kena (plan) 103
Temple du Phnom Bak-Keng. — Coupe dei terrasses, des escaliers et des tourelle*. . 1 05
239
AUX RU1NES D'ANGKOR
P*ae«.
Angkor-Thorn. - Plan d'ensemble leve par le lieutenant Ducret 109
Bayon (plan d'ensemble) 117
Bayon. — Fragment d'un des bas-reliefs de la premiere gslerie : Guerrien combattant. . 1 27
Bayon. — Bai-reliefs de la premiere galerie : Scene de peche (fragment) 131
Bayon. — Bas-reliefs de la premiere galerie : Embarcations armees en guerre (frag-
menl) 133
Bayon. — Bat-reliefs de la premiere galerie (fragment). . 135
Bayon. — Bas-reliefs de la deuxieme galerie (fragment) 153
Temple du Baphuon (place d'ensemble) 161
Pbimeanakas (plan d'ensemble) 175
Crape montrant la composition d'une terrasse cambodgienne 179
Angkor-Thorn. — Statue dite du " Roi Lepreux " 189
Prah-Khan (plan schematique) 197
Banteai-Kedei. — Distribution des temples et plan d'ensemble 209
Banteai-Kedei. — Socle en forme de pilier carre 210
Temple de Ta-Prohm (plan d'ensemble) 213
Mebon du Baray oriental (plan d'apres Tissandier) 225
Temple de Ta-Keo (plan schematique) 227
Mebon du Baray occidental 229
240
TABLE DES MATIERES
Pages.
I. DE SAIGON AUX RUINES D'ANGKOR I
II. NOTES D'HISTOIRE ET D'ARCHITECTURE 5
III. ANGKOR-VAT 31
IV. ANGKOR-THOM 107
V. PRAH-KHAN 197
VI. NEAK-PEAN ; BANTEAI-KEDE! ; TA-PROHM 205
VII. MONUMENTS SECONDAIRES DU GROL'PE D'ANGKOR . . 223
16
16147-1 1 . — Corbeil. Imprimorie Creti.
YTXTYtram,
University of California
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